‹ Histoire de la caricature antiqueChapitre 31 sur 94 · I. Vitir Musée de Florence, t. Il, p. G8 et · texte numérisé non relu

I. Vitir Musée de Florence, t. Il, p. G8 et

lique se présente accolé à des lètes d'animaux, cheval, bouc, de l'assemblage desquels se détachent épis de blé et caducée. Il semble que l'idée de paix, de commerce prospère, de riches moissons soit attachée à ces étrangetés qu'on appelait, non sans justesse, au xviii' siècle : Chimères.

Des cornalines représentent aussi : les unes, le profil noble d'un Méléagre accolé à une tête de sanglier; les autres, Minerve formant une association avec un masque noble, plus particulièrement le masque socratique ^

Têtes renversées singulièrement accouplées, groupées avec d'autres formant des animaux extravagants, telles sont ces pierres précieuses, symboles plutôt que caricatures.

Une cornaline du cabinet Gaylus représentait un animal bizarre aipsi formé : le corps composé de trois têtes, dont un masque grave assujetti sur le dos; un bouc formant la partie postérieure, des naseaux duquel sortent trois plumes de paon, plus un animal accolé au poitrail dont le nez s'allonge tout à coup en col de cygne terminé également par une tète d'oiseau.

La disposition du masque tourné vers le ciel, dit le comte

1. Pii\ir la comparaison de ces divers symboles, voir surtout le deuxième volume des Pierres de Jacob Gronovius, Lugduni Bat.ivorum, en Vj ce vu.

de Caylus, et le croissant de la lune au milieu de deux éloiles placées une dans la partie supérieure et une dans l'inférieure, pourraient faire croire qu'il s'agit ici de la critique d'un astrologue : le fait est vraisemblable, et celte apparence excuse la conjecture.

D'après une pierre du cabinet du comte de Cavlus.

La chimère ci-dessus peut donner une idée de ces gemmes mystérieuses; mais, quoi qu'en dise le comte de Gaylus, on n'y voit aucune apparence de parodie. Ce que cache tm assemblage d'animaux et de symboles de paix (le raiïieau, la corne d'abondance), je ne tenterai pas de l'expliquer.

Ces pierres gravées font songer aux questions énigmatiques que se posaient les rhéteurs de Tanliquité :

C'est une jeune fille qui rampe, qui vole, qui marche.

8i HISTOIRE

Elle emprunte à la lioimo son allnrj et ses bonds. Par devant, on voit une femme ailée, au milieu, une lionne frémissante, par derrière, un serj^.e.it qui s'enroule. Ce n'est rependant ni un serpent, ni une femme, ni un oiseau, ni une lionne; car fdle, elle est sans pieds; lionne, elle n'a pas de tète : c'est un mélange confus d'êtres divers, et ses parties inijiarfaites forment un tout complet.

Telle est une épigramme de Mésomède sui^ le Sphinx, non sans analogie avec ces pieiTes gravées.

Ou ne peut douter, dit M. de Caylus, que l'assemblage ridicule, ou du moins contraire à la nature, de plusieurs têtes mêlées quelquefois avec des corps ou des parties d'animaux, et toujours placées en différents sens, n'ait tiré son origine de la Grèce; on prétend même que cette sorte de critique a été, en premier lieu, employée par Socrate. Le fait pourrait être contredit ; mais cette plaisanterie, ou plutôt cette espèce de satire, s'est perpétuée; on la voit même souvent répétée plus d'une fois, d'autant que les Romains l'ont adoptée. Nous ne pouvoas en douter, non-seulement par la quantité de copies en ce genre que cette nation nous a laissées de plusieurs ouvrages grecs, mais par les gravures qu'elle a produites, et dont l'objet était semblable.

Dans ces malièt\\'^ ardues, qui m'ont fait interroger vainement plus d'un érudit, le mieux est d'exposer un dessin comme la police étend le cadavre d'un inconnu à la Morgue pour qu'il soit reconnu. Les chercheurs viennent tour à tour regarder le dessin et apportent leurs lectures à l'appui, car l'explication s'en trouve quelque part; mais quel livre,

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quelle page feuilleter qui servent de commentaire à ces pierres précieuses et permettent d'écrire au-dessous : Philosophie des images énigmati-

que s

Les animaux, à travers les rôles fantasques que les graveurs en pierres fines leur faisaient jouer, ne s'enveloppèrent pas toujours d'autant de mystères que dans les symboles précédents. Si quelquefois ils ne sont que caprices d'ornementation

Fresjue du Musée Borbonico.

comme dans la fresque ci-dessus, le plus souvent les pierres gravées nous les montrent dans de petits drames qu'on expliquera certainement un jour.

Un beau jaspe rouge du musée Médicis de Florence a fait travailler les commentateurs, voulant approfondir le sens de la représentation d'un renard sur un char conduisant deux coqs. Pourquoi la vigilance est-elle dirigée par l'astuce, car le coq

86 IIISTOIRE

a toujours été le symbole de la vigilance, comme le' renard de la ruse '?

Le renard qui fouette et tient par la bride lea deux coqs à son cbar, dit un archéologue italienJ sio-nifie l'astuce avec la visfilance, nécessaires auî entreprises, comme dans l'épigramme suivante :|

Un renard menteur et rusé est traîné sur un char ra-^ pifle et frappe des oiseaux vigilants. L'astuce industrieuse

Jaspe rouge du Musée de Florence.

roule des soucis qui ne dorment jamais : perfide, elle s€ sert de fourberies continuelles.

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