CARACALLA
Bronze Hn Musée d'Avignon.
tella qui servait aux libéralités publiques dos empereurs, et qu'on retrouve si souvent dans la main des génies sur les diptyques consulaires. Les gâteaux figurent le p^ini, la distrihn-
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tioii (le froment qui accompagnait les spectacles du cirque, panem el circenses. Peut-être aussi doit-on chercher dans la forme de ces gâteaux et dans l'X ' tracé sur leur surface supérieure une allusion, soit à des signes de la libéralité consulaire, qu'on remarque assez souvent sur les diptyques, soit plutôt encore à un impôt du dixième qui figura au nombre des extorsions de Caracalla. En somme, l'artiste a voulu nous montrer ici un empereur divinisé, libéral pour ses soldats aux dépens de ses autres sujets.
Ilél'odien et Dion (bassins ont donné des traits de ce féroce empereur que le peuple détestait, mais que l'armée défendait. Le peuple l'avait surnommé Tamntas, qui était le nom d'un gladiateur, ignoble de figure, petit de taille, à l'Ame basse et aux instincts grossiers.
Meurtrier de son frère, goi^geant les soldats à l'aide d'iiTipôts arbitraires qu'il prélevait sur ses svijets, ci^uel jusqu'à la férocité dans la Gaule, faisant massacrer la jeunesse d'Alexandrie pour se venger de quelques satires contre lui et contre sa mère, Caracalla, exécré et liai par les fils de ses victimes, dut être caricaturé par les Alexandrins, dont Hérodien disait : a Ils paraissent naturellement aimer la i\^illerie et dire habituellement des plaisanteries, lançant sur les puissants beaucoup
1. Cet X ne serait-il ]tas la marque, dite raijage , que les pâtissiers gravent à la pointe du couteau sur les gâteaux pour les empêcher de brûler?
(Je choses qui leur paraissent apfréables, mais pénibles pour ceux qui sont raillés', »
Ainsi se trouve démontrée l'importance de la caricature.
Voilà une petite figure de bronze perdue dans un musée de province ; en apparence ce n'est rien, jusqu'à ce qu'un érudit juge qu'elle peut être la représentation de l'empereur Garacalla,
A ce propos la mémoire d'un cruel tyran est remise en lumière par la science archéologique; ses crimes sont étudiés à nouveau. Il a avancé la
1. La preuve que la nialiguilé n'épargna pas Garacalla, c'est le massacre d'Alexandrie. Les historiens sont d'accord que, pour se venger des railleries que le peuple de cette ville s'était permises -ur son compte, il s'y rendit en grande pompe, fit semblant de n'avoir eu aucune connaissance de ces plaisanteries, sacrifia aux dieux du pays, et, une nuit, quand la ville était plongée dans le plus profond sommeil, le signal fut donné et les soldats de Carai-alla, pénétrant dans les maisons, firent main basse sur tous ceux qu'ils rencontrèrent.
Les Alexandrins paraissent avoir été de tout temps un peuple léger et plaisant. Voici un fait tiré des Annales de Baronius, cité par Tilleinont dans sou Histoire des Empereurs romaim; ce fait se passait sous Vespasien :
« Les Alexandrins prirent un fou, nommé Carabas, qui courait les rues tout nu, le couvrirent d'une natte pour lui servir de cotte il'armes, lui mirent un diadème de papier sur la tèle et un brin de roseau à la main. Après l'avoir habillé en roi, ils le mirent en un lieu élevé, où chacun lui venait rendre ses respects, plaider devant lui, prendre ses ordres et faire tout ce que l'on- fait aux princes. D'autres, avec des bâtons sur l'épaule au lieu de halleiiardes, étaient autour de lui comme ses gardes, et tout le peuple, iMi criant, l'appelait Maris, qui en syriaque signifie prince. »
11 est bon d'ajouter que cette cérémonie burlesque fut imaginée pendant le séjour à .ilexamlrie d'Agrippa, roi des Juifs, qui venait do Rome et se rendait dans ses Étals.
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mort de son père. Il a poignardé son frère Gela dans les bras de sa mère. Il a fait mettre à mort tous les amis de son frère. 11 ordonne le pillage de la ville d'Alexandrie pour quelques plaisanteries. Il fait empoisonner son favori Festus. Il prend les surnoms de Germanique et de Parthique, quoique la guerre contre les Partlies et les Germains ait tourné à sa honte. Il a l'audace de faire élever des statues dont le buste géminé montre d'un côté les traits d'Alexandre, de l'autre les siens. Il fait brûler sous ses yeux les livres du plus grand des philosophes, d'Aristote. Il opprime le peuple au profit de la soldatesque. Il meurt assassiné, il est vrai, et trouve un châtiment qui se fait trop attendre; maïs n'eût-il pas été châtié par le fer d'un citoyen, que la caricature l'épie dans ses gestes et son masque. Qui sait si le fils d'une de ses victimes n'a pas coulé sa figure dans le moule d'où est sorti ce petit bronze !
Caracalla se croit puissant parce qu'il a l'armée pour lui, et voici qu'un artiste sorti de ce peuple opprimé lègue sa honteuse mémoire aux siècles à venir, pour que les siècles à venir en retrouvant cette figurine se disent : « Ceci fut l'image d'un empereur exécré de son peuple. »
Aristote ne reconnaissait pas la puissance de la caricature; mais c'est qu'alors la |)lMme était plus
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vengeresse que le crayon. Qu'on lise cette impitoyable éloquence s'attaquant au cynique empereiu" (Commode, qui faisait publier par la ville le catalogue de ses débauches et de ses cruautés :
Pour l'ennemi de la patrie point de fiuiérailles; pour le parricide point de tombeau; que le parricide soit traîné; que l'ennemi de la patrie, le parricide, le gladiateur soit mis en pièces dans le spoliaire! Ennemi des dieux, bourreau du sénat; ennemi des dieux, parricide du sénat; ennemi des dieux et du sénat, le gladiateur au spoliaire ! Au spoliaire le meurtrier du sénat! Au croc le meurtrier du sénat! Au croc le meurtrier des innocents! Pour l'ennemi, pour le parricide, point de pitié! Que celui qui n'a pas épargné son propre sang soit traîné au croc des gémonies ; aux gémonies celui qui t'aurait fait mourir, ô Pertinax ! Tu as partagé nos terreurs, nos périls. Pour que nous soyons sauvés, bon et grand Jupiter, conserve-nous Pertinax. Vive la fidélité des prétoriens! Vivent les cohortes prétoriennes! Vivent les armées romaines! Vive la piété du sénat! Que le parricide soit traîné, nous t'en prions, Auguste, que le parricide soit traîné! Exauce-nous, César: les délateurs au lion! Exauce-nous, César: les délateurs au lion! Honneur à la victoire du peuple romain ! Honneur à la fidélité des soldats! Honneur à la fidélité des prétoriens ! Honneur aux cohortes prétoriennes ! A bas les statues de l'ennemi, les statues du parricide, les statues du gladiateur et du parricide! Que l'assassin des citoyens soit traîné; que le parricide des citoyens soit traîné; plus de statues au gladiateur !... (Jue la mémoire du gladiateur parricide soit abolie; que les statues du gladiateur soient renversées ! Abolissons la mémoire de l'impur gladiateur ; le gladiateur au spoliaire ! Exauce-nous, César :que le bourreau soit traîné, que le bourreau du sénat, selon l'usage, soit traîné au croc! Plus cruel que Domitien, plus impur que Néron, qu'il lui soit fait comme
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il a fait!... Au croc le cadavre du parricide, au croc lecadavre ilu gladiateur, le cadavre du gladiateur au spoliaire! Prends l.'s voix, prends les voix! Nous opinons tous pour qu'il soit I rainé au croc. Au croc le meurtrier de tous; au croc celui ijin n'a épargné ni le sexe ni l'âge; au croc l'assassin de tous les siens; au croc le déprédateur des temples, le violateur (les testaments, le ravisseur de toutes les fortunes ; qu'il soit Irainé! Nous avons été esclaves des esclaves. Que celui qui faisait acheter le droit de vivre et ne tenait point sa parole soit traîné ; que celui qui a vendu le sénat soit traîné ; que celui qui a vendu aux fils leur héritage soit traîné! Hors du sénat les espions ; hors du sénat les délateurs ; hors du sénat les suborneurs d'esclaves ! Et toi qui as partagé nos craintes... fais le rapport, prends les voix sur le parricide; nous demandons ta présence. Les innocents n'ont pas reçu la sépulture ; que le cadavre du parricide soit traîné ! Le parricide a exhumé les morts ; que le cadavre du parricide soit traîné ' !
Cela soulage d'eutendre un si éloquent cri de rc- Yolle. On respire à pleins poumons. L'opprime se redresse; l'indignation qui s'échappe desapoitrine lait palpiter les cœurs des citoyens. Il est des instants où la révolte est sublime et enfante des imprécations qui ne sont plus seulement de l'art populaiie, mais du gi^and art àïa Sliakspeare.
Seuls les modernes ont pu faire passer une telle indignation dan.< le crayon. L'eau-forte n'était pas employée dans Tantiquité comme de nos joui^s, où quelques Anglai> ont fait mordre non-seulement
1. Voir J. Leclcrc, les Journaux citei les Romainfi. 18']8, bid il, in-8".
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leur planche, mais les personnages avec la planche ; car ce qui restait d'acide, il semble que quelques caricaturistes l'onl jeté à la figure des grands.
Masque d'après une cornalino