‹ Histoire de la caricature antiqueChapitre 38 sur 94 · U 11 1 SI U IRE · texte numérisé non relu

U 11 1 SI U IRE

échappe à l'œil el qu'on ne saurait y voir (rinterseclion '

Un bronze du cabinet Caylus expliquera mieux ma pensée ; en cherchant le véritable sens de celle fjourine, je me demande si l'art hiératique des Égyptiens (la représentation de l'homme avec une tète d'animal) ne fut pas le germe d'un art satirique postérieur.

Les Romains , qui avaient tant emprunté aux Égyptiens, se raillèrent de leurs dieux comme nous nous moquons des choses du passé. Les Égyptiens avaient élevé l'animal à la haute position de dieu ; les Romains rabaissèrent l'homme en rnonlranl sa parenté avec certains animaux.

Les hommes, dit le comte de (laylus qui s'iiUéressait au sens satirique do ces sortes de monuments, ont toujours été frappés du ridicule, et les nations les plus sages ont nonseulement succomhé au plaisir de le relever, souvent enconelles ont fait servir les arts à communiquer l'impression qu'elles en avaient reçue. Pline et quelques historiens ont rapporté plusieurs exemples de ces sortes de critiques que la Grèce leur avait fournis. Ainsi je ne doute pas que, dans le nombre des monuments qui sont venus jusqu'à nous, il n'y en ait plusieurs de satiriques; mais le caractère des personnages étant aussi inconnu que le fond de la plaisanterie, il est impossible aujourd'hui de sentir la finesse de ces badinages, auxquels il est certain que la ressemblance extérif'ure ajoute intinimeat. Nous no pouvons donc les aper-

1. Zeuxis et Antiûchus. Œuvres de Lucien, trad. par E. Tali)Ol. Hachetto, 1857.

DE LA CAIlICATURE ANTIQUE

.•evoir que très-généralement, et même avec peine, d'autant qu'il est rare de trouver dos monumenls de ce genre aussi peu douteux que celui-ci.

Ce bronze, continuait M. de Caylus, représente un séna-

r.ronze du Ciliiiiot des MéJaille*.

leur romain avec toute ia gravité de son éial, c'esl-à-dinhabillé d'une toge plus exacteoient rendue pcut-èlrc que sur aucun autre monument. Ce digne consulaiie lient à la main le volume ou le rouleau (ju'on était dans l'iiabitudc de

donner aux liumnies do cet état. Outre que la tète de ce personnage est celle d'un ours parfaitement dessinée, l'habitude du corps, le maintien et la position des pieds ressemblent à cet animal. J'avoue que le scrinium ne paraît point ici; il était un témoignage qu'on avait exercé les principaux emplois du sénat. Cependant, je croirais volontiers que cette critique, ou que cette charge, pour employer le terme consacré par les modernes, serait celle d'un consul, cette dignité mettant un homme plus au jour et l'exposant davantage au ridicule; il paraît, du moins, que ce portrait est celui d'un homme fort connu dans son temps, car on ne prend point la peine de faire jeter eu bronze une figure pour tourner en ridicule un homme ignoré. L'examen des consuls du Haut-Empire, car le bon goût du travail donne une pareille date à ce monument, pourrait, absolument parlant, faire retrouver le nom de celui qu'on a eu en vue; mais l'éclaircissement ne vaudrait pas la peine de la recherche.

Il n'y aui'ait rien à ajouter au commentaire de l'homme érudit qui, l'un des premiers au xviii'" siècle, comprit l'importance de l'archéologie antique et dépensa une partie de sa Ibrtune à la révéler aux curieux de son temps, si réellement ce pei^sonnage avait une tète d'ours; mais il s'agit d'une tête de rat '.

Il existe pourtant peu d'analogie dans les museaux; mais M. de Caylus, trompé par un dessi-

1. (( 3093. Acteur comique, ou peut-être caricature. C'est un personnage revêtu de la toge, de l'extérieur le plus grave, mais avec une tète de rat, debout, tenant un volume de la main gauclie, et relevant de l'autre les plis de sa toge. H., i cent. 1/2. » (Chaboulllet, Catalogue général et raisomié des camées et pien-es gravées de la Bibliothèque impériale. Paris, 185{^.)

DE LA (Al'.K.ATLRE ANTIuLE l'2:^

nateur ignorant qui S en triplant la ligure de grandeur, lui avait enlevé sa finesse, écrivit sa dissertation d'après le croquis ; et il crut (peut-être n'avait-il pas le bronze sous les yeux) que cette sta-

Autre broiiz^ du Cabinet des Médaille-, vu de profil (voir pajre 133i.

luette représentait un personnage consulaire qu'on avait voulu satiriser sous les traits d'un animal vo-

Page 1