CE QL" ON PEUT PENSER DE LA REPRESENTATION GROTESQUE D'UN POTIER
Daus une thèse latine curieuses M. Leuonnant a fait graver divers monuments auxquels j'emprunte ie dessin de la page ci-contre.
La lampe ea terre d'ane grandeur remarquable, dit M. Lenonnant, que je traduis d'après le latin, a près de deux pieds de long et affecte une forme de navire. Cette poterie, dont raulheniicilé est incontestable, quoi qu'on ait dit -, est recommanJable à beaucoup d'égards. Elle est de la plus haute antiquité, comme le prouvent suflisamment les madrépores qu'un long séjour sous les eaux y fixa. Elle vient, dit-on, de Pouzzoles, où le culte de Sérapis était en grand honneur. Le sinnUacre de ce dieu fait partie des ciselures de la lampe.
Tout d'abord on est frappé par un mélange sin-
1. Quœstionem cur Plato Aristophanem in convivium induxtrit, par Cliarles Leiiorniant. Paris, in-l', Firmin Didot. 1838.
2. H semble, d'après ce çuoi qu'on ait dit, que des doutes s'étaient élevés parmi les archéologues sur l'aulhenticité de la lampe, que malheureusement la France s'est laissé enlever par FAngleterre.
Ltiiipo de Pouzzulcs.
giilier d'art sacré et d'art profane. Les deux premiers compartiments sont réservés aux divinités peintes dans leur noblesse, le troisième à un potier ridicule se livrant à l'exercice de son art. Les dieux en haut, en bas un ouvrier contrefoit. Assemblage de noble et de trivial, de grand et de grotesque.
L'Olympe antique admettait dans ses rangs un Vulcaifl boiteux, semblant montrer par là que l'art manuel, la grossièreté des traits et les déformations corporelles qui résultent des durs iravaux de la forge, n'empêchaient pas, dans une société démocratique, l'ouvrier d'aspirer au rang des dieux. Yulcain était ridicule, et Vénus le traitait en Georges Dandin : mais le parvenu n'en faisait pas moins partie du Panthéon sacré.
Le potier de la lampe de Pouzzoles n'offre-t-il pas quelque ressemblance avec Yulcain?
M. Lenormant ayant cherché quel était l'usage de cette lampe, le sens des inscriptions gravées dessus et dessous, et quels personnages ces dieux représentent, il est utile de citer son opinion :
Xûus avons là un vœu, soil pour obleiiii- une lieureuse navigalioii, soit un reniercîmont û\\n trajet sur les eaux accompli lieureusemeiit sous les auspices des dieux. Le monument du vœu représente le navire lui-même. A la place de rangs de rames se trouvent vingt trous à mèclies.
Le mot inscrit an iniVicu, Eyn'^^oîix, heureuse navigation, montre le dessein de l'ouvrier.
DE LA CAKICATlRt; ANTIQUE 155
Eu tèie se dresse un jeune homme avec le bonnet phrygien, la lance et la chlamyde, debout près d'un cheval dont il tient les rênes : sans aucun doute, c'est l'un (]es frères d'Hélène, astres brillants qui écartaient les tenipt-tes des âmes pieuses. Plus haut se trouve Isis, avec les attributs de la Fortune et de l'Ej^jviotç, portant une corne pleine de fruits et de fleurs de lotus, la couronne égyptienne, le signe du croissant, et debout près de Sérapis, que rendent suffisamment reconnaissabJe sa barbe, son paUiiim, son aspect et les rayons qui l'entourent. Le gouvernail sur lequel il s'appuie conviendrait mieux à Isis Pharia, maîtresse de l'art de la navigation, si nous ne trouvions sur les nioimaies d'.\le.\andrie Sérapis appuyé sur un gouvernail ; aussi admettrait-on sans peine que ce dieu, chez les anciens, était l'un de ceux qui présidaient à la navigation.
Voilà pour la poupe du navire. .V l'avant se trouve la tète jeune et rayonnante du .Soleil, navigateur lui aussi d'après la mythologie égyptienne, origine delà religion de Sérapis. Les anciens eux-mêmes rapportent qu'Hercule traversa la mer sur une coupe. D'ailleurs, le Soleil et Sérapis, quelle qu'ait été l'intention de l'auteur du vase, réuni.ssent l'exemple le plus rare et le plus sacré d'une heureuse navigation. Cette opinion, qui parait embrouillée aux modernes, est cependant éclaircie par l'inscription gravée sur la lampe : AABE^IETOMIAIOlEPAniN iSois-moi favorable, Soleil Sérains). C'est pourquoi ce navire, orné des signes du Soleil et de Sérapis, est offert à ces dieux mêmes réunis en un seul.
Après avoir clieiché l'origine de ces dieir M. Lenormant passe à la troisième sculpture, i^^^ se rattache à Tart grotesque, et il a pris s^*^ ^ faire dessiner avec quelque développeme'^ ^^ "" gure singulière dont les attributs sont parlants,
comme les signatures des ouvriers au moyen âge.
Ce polier tient un vase dans les mains et va le faire
cuire dans le four en face de lui; pour qu'il n'y ait
aucun doute à ce sujet, l'artiste a modelé aux pieds