Athénée, X. 411, etc
Soyez donc fils de Zeus pour être ainsi traité! Exterminer Diomède, à quoi bon, si la réputation de goinfre s'attaclie à jamais à votre estomac? Hercule, l'oiseleur du lac Stymphale, le dompteur d'Érymante, n'en sera pas moins traité d'idiot par Aristophane. Dans la comédie des Grenouilles, il en fait un affamé de purée qui avale à lui seul des marmites de pois cassés. Le type même était devenu si usé qu'Aristophane donne comme un moyen comique de s'en priver : « Nous n'avons pas d'Hercule que Ton frustre de son dîner, » dit-il, etdanssaparabase de la Paix le poëte accuse davantage encore son mépris :
Ces Hercules mâchant toujours et toujours affamés, poltrons et fourbes, qui se font battre à plaisir, il (Aristophane) les a le premier couverts de ridicule et chassés de la scène.
Si Aristophane dédaignait de fiiciles moyens de comique, vraisemblablement ses miettes étaient ramassées par les poêles inférieurs qui vivent de la desserte des grandes tables, et, à l'aide de ces citations, on peut conjecturer qu'un Hercule grotesque, un Hercule de foire faisait l'affaire des théâtres populaires.
On arrive ainsi à comprendre la peinture du triomphe d'Hercule. Essayons de pénétrer plus avant.
Je me figure un peintre de vases, d'un esprit médiocrement délicat, dont les instincts sont plutôt éveillés par des comédies de bas étage que par les nobles représentations de la tragédie. Les personnages mythologiques fatiguent cet homme; les Dieux, il en a « plein le dos ». Pour lui, Hercule n'est qu'une brute.
Qu'on veuille bien me permettre de faufder quelques points modernes à ces lambeaux d'étoffe antique pour les ajuster et essayer d'en montrer l'usage. 11 y eut à toutes les époques des « Brasseries de la rue des Martyrs », des « cafés du Rat mort » où les évhémérisles se faisaient écouter; dans ces endroits, toute réputation était traitée de misérable, toute noble action passait pour être inspirée par un bas intérêt, tout cri vibrant de défense se changeait en parole obscène.
Ce n'est pas précisément l'esprit qui domine dans cette peinture du Triomphe d'Hercule, ,1'y vois une charge sans sel attique, une bizarrerie qui n'arrête les yeux que par l'archaïsme des figures, un })oncis vulgaire dans les masques de centaures, un satyre qui a déjà dansé la même danse phallique au-devant de plusieurs autres cortèges.
Un peintre a parodié la peinture d'un vase où le sujet se déroulait avec sa noblesse de style.
C'est pourquoi un rédacteur du Magasin pillo-
resque a eu raison, dans l'article de VApothéose iVHercule S de meltre en regard les peintures de deux vases grecs et d'appeler par là une comparaison des plus utiles pour l'histoire de Fart.
Ici se projette la lueur rayonnante du beau antique, là l'ombre sarcaslique. Une Histoire de la Caricature, telle que je la comprends aujourd'hui, devrait présenter la grimace au second plan, la figure noble au premier. Elle est insoutenable la raillerie permanente, et l'homme a suffisamment de misères et de soucis à porter sans qu'il soit besoin de le bafouer perpétuellement. Aussi, pour bien planter un jalon dans la voie que j'indique, ai-je tenu à mettre face à face la noble représentation d'Hercule jeune emporté dans l'Olympe par la Victoire et la parodie de cette apothéose par un peintre de vases.
La comédie et le drame satirique avaient rendu familiers aux imaginations de semblables spedacles, dit le rédacteur du Magasin pittoresque. On demeure confondu, en lisant ceux qui ont été conservés, de la licence avec laquelle, comme ses poêles à certaines heures, le peuple grec dépouillait, on peut le dire, de leur divinité les mêmes êtres qu'il adorait ou invoquait si dévotement à tous les autres moments de la vie.
Une autre peinture, sur laquelle je m'étais prononcé un peu témérairement dans l'édition pré-