‹ Histoire de la caricature antiqueChapitre 53 sur 94 · Magasin pittoresque, mars · texte numérisé non relu

Magasin pittoresque, mars

cédente, paraît également se rapporter à Hercule. C'est la reproduction d'une peinture de vase trouvé à Lentini, en Sicile, et dont l'Institut a fait graver un croquis '.

Le sujet de cette peinture, dit l'auteur de l'articJe, est une scène comique du théâtre grec. Quatre personnages y sontligurés dans le costume qui caractérisait ce genre de scènes.

Après avoir ajouté que « l'action se passe devant un leinple d'ordre dorique, » le rédacteur entre dans un certain nombre de détails sur l'aiTiénagement du théâtre, le /o'/£«v, le ^-ju-tyri, l'escalier, en face de la scène, qui favorisait les évolutions du chœur.

D'accord avec le Dictionnaire des Beaux-Arts, je reconnais que le personnage principal, revêtu de la peau de lion, a toutes les apparences d'Hercule, mais d'un Hercule caricaturé dont le masque a quelque analogie avec celui de la précédente apothéose travestie. Il porte sa main sur l'héroïne et semble vouloir l'entraîner malgré ses supplications.

L'auteur de l'article ajoute qu'un archéologue italien, M. Stéphani, croit reconnaître dans cette femme Auge, fille d'Aléus, roi d'Arcadie, la même qui, prêtresse de Minerve Aléa à Tégée, fut aimée

1. Dictionnaire de l'Académie des Beaux-Arts, t. 1", in-8°. Didot. 1873.

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d'ilercule ; mais jo m'altiiste .-ur l'insuflisance tie rarehéologie comme des parenls en présence d'un moribond que la science médicale est impuissante à rappeler à la vie.

Combien de regard? ont cberclié à pénétrer le sens de celte peinture depuis sa découverte ! Que d'évocations liistoriques de l'ancienne Grèce ont plissé de fronts !

En face de ce mimodrame, j'aurais voulu t[ue le DiclioiDiaire des Beaiuv-Arts se prononçât sur les deux ligures grotesques, témoins de cette tentative d'enlèvement; et comme l'absence d'un commentaire archéologique m'autorise à donner le mien, j'entrevois l'interprétation par un peintre de vases d'une comédie boulTonne, donnant un résultat semblable à celui qu'obtiendrait un i^eintre de nos jours qui étudierait la légende d'Orphée, non d'après le lyrisme de Gliick, mais au sortir de l'audition des polkas d'OITenbach.

La scène de l'enlèvement de l'héroïne par Hercule est-elle tragique? Tous les personnages semblent indiquer le contraire; l'héroïne elle-même manque de noblesse.

Si Sophocle, Eschyle, Euripide étaient soumis à de vives critiques par un Aristophane, combien n'exislait-il pas d'autres poètes tragiques d'un ordre inférieur qui, outrant les coups de théâtre et les

DE LA CAUICATUnE ANTIQIE

lamentations des personnages, durent fournir pâture aux pinceaux railleurs de la génération qui suivit!

M. Georges Perrot le dit avec autorité :

Dans n'importe quel musée, jetez les yeux sur une collection de vases ou de terres cuites, sur une suite de rhytons ou sur une série de petits bronzes, et vous serez frappé de trouver là à côté d'objets qui, par la noblesse du style, nous rappellent les pures traditions de la statuaire, des figures et des groupes d'un tout autre caractère, où se donne libre carrière une verve satirique et moqueuse, parfois grossière jusqu'à l'indépendance. Ici ce sont des difformités pbysiques qu'il exagère, comme la longueur du nez ou son insuffisance, la largeur de la bouche, l'épaisseur d'une lèvre pendante; Ci sont des types inférieurs, comme celui du nègre, dont il s'amuse à outrer les traits caractéristiques. Ailleurs il prête à l'homme la tète ou les membres de l'animal, ou à celui-ci le costume et les occupations de l'homme, et il trouve dans la confusion de ces deux natures des effets imprévus et comiques, des allusions railleuses. A l'aide de ces divers moyens graphiques, il tourna souvent en parodie des personnages célèbres des scènes empruntées au mythe, à l'épopée ou à la tragédie. L'im;igination grecque, si sobre et si retenue dans le grand art comme dans la poésie sérieuse, s'échappe et prend ses ébats avec la comédie ou avec l'art du céramiste, modeleur ou peintre '.

I. Le triomphe d'hercule, caricature grecque tV après un vase de la Cijrénaique. Paris, iinp. Cliamerot, 1876, in-4".

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