DESSIN D ENFANT HELEVE SUR LES MURS DE POMPEI
quelques particularités relatives à la vie privée des anciens.
1. Graffiti de Pompéi. Inscriptions et gravures tracées au stylet, recueillies et iiilcrinctées par Raiihaël Garucci, <le la compagnie de Jésus, membre résidant de TAcadémic d'Hcrculanum. Deuxième édition. Atlas de 32 pi. Duprat, 1856.
r.O HISTOIRE
Il est curieux d'observer quel sentiment intérieur pousse l'enfance à dessiner ce qui frappe ses yeux, et pourquoi, dans l'antiquité comme dans les temps modernes, le môme contour baroque l'ait que le gamin de Paris ou l'enfant romain qui sortent de classe, semblent avoir également étudié à l'école des beaux-arts deTignorance.
Le portrait ci-dessus appartient à cette catégorie. Dî ce graffito, le P. Garucci a dit dans une trop courte notice : « PEPiEGRIM'S. Porlrail couronne en caricature -i^. Le savant jésuite pembe pour une satire : je le tiens pourundessin tracé par un enfant, et il ne faudrait rien moins que l'ingénieux Tôpiïer pour trancber la question. Malheureusement l'auteur de Monsieur Jabot est mort, et aucun esthéticien n'a continué à creuser le sillon qu'il avait capricieusement tracé '.
Pour na'if, ce dessin l'est; ou l'artiste s'est caché sous le masque si difficile à garder, le masque de la naïveté.
On joue la grandeur, on monte sur des échasses pour représenter l'héro'ique, on feinl le passionné : des paroles sonores, de grands gestes, des éclats de voix, de longues périodes, peuvent dans tous les arts tromper momentanément le public; mais la
\. Essai de plujsiognomonie, 1 vol. in-i% autographié. Genève,
naïveté, voilà où échouent les natures les plus subtiles.
Un enfant aura voulu retracer sur les murs de Pompéi la figure d'un triomphateur, couronné de laurier, qu'il admirait sur son char. De la noblesse des traits il a tiré un nez grotesque; du front il a fait une plate continuation du nez, comme l'œil s'est changé en œil de perroquet, s'écartant outre mesure (ainsi font tous les enfants) de la racine du nez'.
Si ce portrait n'était pas naïf, il faudrait en conclure qu'un peintre, pour mieux se déguiser, aurait imité la façon de dessiner des enfants. Et ainsi à couvert, de même qu'un faussaire qui écrit de la main gauche, il eut retracé sur les murs, sans être inquiété, la caricature d'un conquérant.
Cela peut tromper des yeux inexercés ; mais le caractère des lignes fait que je tiens à mon premier sentiment, n'ayant pas h craindre les querelles archéologiques qui firent reprocher au P. Garucci, lors de la publication de son ouvrage, d'avoir attribué à
1. TopITer avait (Hudi<; avec un grand soin les premiers essais île profils tracés par les enfants, et il en donna divers spécimens dans son Essai: « Si cctto fii^iire est moins stii|iide (|iie la première, ditil on c imparanl divers types, cida tient principalement à ce ([iio j'ai diminué l'écarlemenl des paupières et approché l'œil du nez. » Ailleuis, ilans diverses physionomies, on apparaît « un caractère commun de bêtise, » TopITcr montre que ce caractère « tient au trait le plus analoijue qu'elles aient entre elles, savoir la fornio de l'œil et la place qu'il occupe. »
des enfants la plupart des graffiti tracés au stylet sur les murs de Pompéi.
Avec ces dessins, les plus intéressants sont les souvenirs d'amoureux. Depuis l'écorce d'arbre dans laquelle sont creusées de tendres initiales qui de jour en jour s'agrandissent, pendant qu'hélas ! au contraire, l'amour va sans cesse diminuant, que de monuments couverts de dates, de souviens-toi, d'entrelacements de chiffres et devises !
Du dessin suivant, tracé sur une muraille de Pompéi, le P. Garucci dit :
Psyce dans un cœur dont le sein intérieur est formé par Jes lignes sinueuses de l'Y. Cet emblème instructif et gracieux se prête à plusieurs commentaires : Psyché est mon cœur. L'expression grecque -^u;^/; était rendue par les Romains uiia.
Qiiiri jurât ornato, ornato procedere, vita, capillo,
écrit Properce. Tel est ici, à mes yeux, le sens le plus naturel et le plus simple.
Celui qui aime confie son secret à tout ce qui l'entoure, aux hommes, aux oiseaux, à la brise. Tout l'être est plein d'une telle ivresse qu'elle pousse le jeune homme à crier : « J'aime, je suis aimé ! » Les murailles elles-mêmes reçoivent la confidence : « Psyché est mon cœur. »
Je cite ce graffito i)our donner un à peu près des
inscriptions de diverse nature retrouvées sur les murs ; leur caractère naïf a trompé quelques ar-
E M BLE. ME ASIOUREUX
Creusé sur une muraille à Pomiiéi.
chéologues, et quelquefois des compositions historiques ont été à torl présentées comme des caricatures.
274 HlSTOir.K
M. E. Breton, ainsi qu'un rédacteur du Magasin jnttoresque, clierche, dans les lignes du dessin suivant, une idée satirique, étrangère, selon moi, à la main de l'artiste qui semble avoir jeté là le premier croquis d'une œuvre sérieuse \
Cette caricature, dit le rédacteur du Magnsin pittoresque (année J835, p. 33i), fait allusion à une querelle des habitants de Pompéi et de ceux de Nucéria, qui eut lieu l'an 59 de J.-C, à l'occision d'une représentation dans l' amphithéâtre. Les Pompéiens furent vainqueurs ; mais Néron les condamna à être entièrement privés de spectacles et de jeux publics pendant dix années: c'était à cette époque une terrible sentence. — La caricature semble l'œuvre de plusieurs Pompéiens. Le gladiateur qui descend dans l'arène, la visière baissée et porfjiint une palme dans sa main droite, est plus habilement dessiné que les deux autres personnages, dont l'un semble entraîner d'une échelle sur un lieu élevé un Nucérien prisonnier. — Il eût été au reste diflicile de s'expliquer cette curieuse composition, si l'artiste, ou plutôt si les artistes n'avaient eu la complaisance d'écrire ces mots dans un coin du tableau : Caw/ja»j Victoria una cura Xucerinis pcristis, c'est-à-dire, si nous comprenons : Campaniens, vous avez péri dans la victoire aussi bien que les Nucériens.
Ce dessin ne me paraît autre que la première pensée d'une composition de peintre, telle qu'elle s'échappe de sa main rapide. Les lignes rectangulaires sont des jalons, que plus tard l'artiste i^emplacera par des figures d'un contour moins géométrique. De