NOTICE XV
mes mutiles questions sur Gillray, j'aurais pu croire que ce n'était aussi qu'un pseudonyme, tant il me paraissait impossible qu'on ignorät en Angleterre quand était né, comment avait vécu, quand était mort l'homme qui avait signé de ce nom plus de sept cents planches, l’homme dont on pouvait dire que «€ Gillray par ses caricatures et Dibdin par ses chansons de matelots, avaient combattu pour le peuple anglais contre la République française et l'empereur, autant que l’armée et la flotte. »
Réduit à chercher du moins l’histoire de sa pensée dans la suite chronologique de ses dessins, il me fut facile de deviner que Gillray, comme presque tous les libéraux d'Angleterre, avait salué dans la révolution française l’aurore de l’affranchissement de tous les peuples, mais qu’il avait eu regret de son premier élan d'enthousiasme lorsque cette révolution, soit fureur, soit désespoir, faisant de l’échafaud un instrument de puissance et de terreur, avait jeté aux rois et aux peuples effrayés la tête sanglante de Louis XVI. Ce fut alors, me disaije, que comme Burns, comme Southey, comme Coleridge, comme Wordsworth parmi les poëtes, comme Mackintosh parmi les orateurs politiques, Gillray se rallia aux opinions de M. Pitt et, reniant les dieux qu'il avait adorés, porta son crayon comme auxiliaire à cette feuille anti-française intitulée l'Anti-Jacobin, où Canning, qui faisait alors des vers, écrivait le Rémouleur et ses piquantes épigrammes contre le bonnet rouge. Voilà comment Gillray se trouva enrôlé par les torys non-seulement contre la France, mais aussi contre l'opposilion qui parlait encore pour la paix avec la France dans le parlement, contre lord Grey, contre Fox, contre Sheridan. Ni la victoire tant qu'elle resta fidèle au drapeau tricolore, ni l'éloquence de ceux dont l'Angleterre de 1832 salue avec respect les monuments à Westminster, ni la gloire de Napoléon consul, ni le patriotisme de Fox l’emportant un moment sur la politique guerroyante de Pitt, n’obtiennent grâce devant l’artiste satirique : Napoléon n’est pour lui qu'un pigmée un peu grandi par de hautes bottes, avec une tête vulgaire surmontée