‹ Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l'artChapitre 13 sur 102 · XVI NOTICE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE

d’un énorme chapeau à trois cornes, et un long sabre”trainant; Fox reparait sans cesse avec la corpulence d’un autre Falstaff; Sheridan, avec son nez d'ivrogne. Au reste, Gillray n’embellit pas davantage les héros de son parti : Pitt, dans ses caricatures, n'est guère moins grotesque que Fox, avec son nez retroussé, sa taille grêle, ses jambes de sauterelles et sa plume au-dessus de l'oreille ; Burke à un peu l'air d'un jésuite échappé de Saint-Omer, et le roi lui-même, Georges IIL, a tout juste la grâce d’un gros fermier en habit rouge, Comme presque tous les caricaturistes anglais, excepté Hogarth, Gillray ne cherche que le grotesque. Nos artistes ne sauraient admirer son dessin : Ja caricature anglaise est sous ce rapport bien inférieure à Ja nôtre ; mais aussi elle est plus naïve, plus énergique, plus variée, plus expressive en un mot, c'est-à-dire plus facilement comprise du peuple. Chez nous, c’est la science, le métier qui nuit à l'effet en cherchant la perfection. Les caricaturistes anglais n’ont guère employé qu’un des moyens les plus faciles de l'art, c'est la silhouette de la physionomie, tout juste l'inverse du système de leurs grands peintres, qui est la reproduction de la nature par les masses d'ombre et de lumière. Remarquons en passant que l'Espagnol Goya seul a su appliquer avec succès ce système à la caricature : aussi Goya est-il aux caricaturistes anglais ce que Murillo est à leurs peintres d'histoire.

Les caricatures de Gillray contre Napoléon ne sont pas toutes excellentes : on peut en citer d'assez mauvaises, entre autres celles où son crayon traduit les libelles les plus ridicules contre la famille Bonaparte. Il en est une où madame Lætitia et ses enfants, tous en haïllons, rongent des os dans une chaumière corse; nous voyons dans une autre M. de Marbeuf conduire le jeune Napoléon tout déguenillé à l'Ecole militaire. Mais ces caricatures servaient merveilleusement les passions de l’Angleterre aristocratique. Napoléon répondait aussi en aristocrate quand il appelait l'Angleterre une nation de boutiquiers. C’est un des mots que l’Angleterre aristocratique n'a pas pardonnés encore à Napoléon.

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