XX NOTICE
« verve satirique avait irrité l’impassible Pitt, — contrarié vi- « vement Fox, — exaspéré Sheridan, et piqué à un tel point « la susceptibilité de Canning, qu'il alla voir le caricaturiste « pour se plaindre et lui faire des remontrances. »
Si mon imagination avait rattaché une vie d'artiste de bonne compagnie au nom de Gillray, cet article venait y substituer une réalité bien misérable. Le caricaturiste ne s’était donc entouré de tant d'obscurité que parce qu'il se sentait indigne du grand jour. Que la société entière eût été pour lui une ennemie, je le lui aurais pardonné s’il lui avait déclaré plus noblement la guerre, en la bravant de sa personne, au lieu de comploter contre elle en espion ou en sicaire qui se cache pour distiller ses poisons, pour aiguiser son stylet. Il avait changé d'opinion et de parti : J'avais attribué ce retour en arrière à de nouvelles convictions, à un remords de conscience, et l’article insinuait que Gillray était une de ces âmes vénales qui se damnent pour qui les paye le plus cher; puis cette existence de cynique atrabilaire, d’artiste dégradé aitachant au pilori ministériel de ses caricatures la gloire et le talent, les réputations les plus nubles, à côté de la sottise et de la vanité sans mérite, cette existence se terminait, après six ans d’aliénation, par une dernière scène où l’homme qui avait appelé le ridicule sur les autres venait exposer lui-même sa folie aux rires du public! Je ne pus m'empêcher de dire après cette révélation : Heureux Gillray, d'avoir échappé aux recherches des biographes !
Quelques jours après, un artiste anglais qui a connu Gillray essaya de le réhabiliter par une lettre adressée au journal qui avait si cruellement déchiré le voile sous lequel la vie de Gillray était restée cachée jusque-là. Je lus avec intérèt cette réhabilitation ; mais le charme était rompu pour moi. Tel est l'effet d’une mauvaise impression, qu'une réfutation complète ne l’efface pas toujours entièrement, encore moins une justification qui atténue les torts d’un ami sans le disculper. Voici cette lettre de M. Landseer, peintre distingué dont le nom