XXII NOTICE
fois homme de sens, bienveillant pour ses confrères et de bonne compagnie. Il y avait en lui cependant cette sorte d'originalité excentrique qui accompagne ordinairement le génie et lui sied bien. Après les discours et le souper, nous portèmes des toasts, et lorsque vint son tour d’énoncer le sien, le Juvénal de la caricature surprit tous ceux qui ne le connaissaient que superficiellement en nous proposant la santé de Davin, le peintre français. Gillray était un peu excité par les libations précédentes, il s’était déjà familiarisé avec les convives et avait noyé sa réserve lorsque, s'agenouillant trèsrespectueusement sur sa chaise, il s’écria : Au premier peintre et au premier patriole de l'Europe! »
J'interromps de nouveau M. Landseer pour regarder dans ma collection les caricatures de Gillray sur la Convention nationale : il me semble que ces têtes atroces qu'il a mises sur les épaules des ogres de la Montagne ne sont plus si hideuses depuis que je sais que chacune de ces têtes a valu au caricatriste un shilling de sa pension. Quel désenchantement !
M. Landseer coneluait sa lettreen vantant comme admirable de composition une caricature de Gillray qui n’a rien de ministériel; c’est la parodie de la fameuse scène des portes de l'enfer dans Milton, où le Péché est représenté sous les traits de la reine Charlotte, femme de Georges IIE, et Satan sous ceux du lord chancelier Thurlow. M. Landseer nous révélait aussi que Gillray vécut dans un grenier tant qu'il s'était contenté de graver des sujets sérieux, et que lorsqu'il descendit à un étage moins élevé, grâces aux profits de ses caricatures, il s’écria : Sof que j'élais de raccommoder mes vieux souliers !
Mais de la folie de Gillray, mais de la dernière scène de sa vie, M. Landseer ne dit rien, lui qui a connu le Juvénal de la caricature, lui qui s’est cru obligé de présenter sous des couleurs moins défavorables son apostasie politique.