CHAPITRE I
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Origine de Ja caricature et du grotesque. — La caricature en Égypte. — Monsires:
Typhons et Gorgones. — La Grèce. — Les dionysiaques et l’origine du drame. — La comédie antique. — Goût de la parodie. — Parodies sur des sujets tirés de la mytholagie grecque: la Visite à l'amant; apollon à Delphes. — La prédilection pour la parodie se continue chez les Romains: la Fuite d'Énce.
Mon intention n'est pas, dans les pages qui vont suivre, de discuter la question de savoir ce qui constitue le comique ou le risible, ou,en d'autres termes, d'entrer dans la philosophie du sujet; je ne veux qu'étudier l'histoire de sa manisfestation extérieure, les formes diverses quil a prises ct son influcnce sociale. Le rire paraît presque une nécessité de la nature humaine, dans toutes les conditions de l'existence de l'homme, quelque grossière ou quelque policée qu'elle soit. Quelques-uns des plus grands hommes de tous les siècles, esprits aussi éminents que cultivés, Cicéron dans l’antiquité, par exemple, et Érasme dans les temps modernes, sont célèbres pour leur penchant au rire. Le premier était quelquefois appelé par ses adversaires scurra consularis,le bouffon consulaire, et le second, qu’on a qualifié d'oiseau moqueur, rit, dit-on, avec si peu de modération en lisant les fameuses Let'res des hommes obscurs (Epistolæ obscurorum virorum), qu’il en fit une maladie sérieuse. Le premier des auteurs comiques, Aristophane, a toujours été regardé comme un modèle de perfection littéraire. Une
ces
DECRILCELT ES Le
épigramme de l’antologie grecque, attribuée au divin Platon, nous apprend que, lorsque les Grâces cherchèrent un temple qui ne fût pas exposé à tomber en ruine, elles trouvèrent l'âme d’Aristophane :
Af yanutes Teuevos tt Jabeiv REP oÙyi RETEÏTAL Zrnroëoau, Luyrv edcov ’Apiotozavous.
D'un autre côté, les hommes qui ne riaient jamais, les dyéAxstor, étaient considérés comine les moins resnectables des mortels.
Une tendance au burlesque et à la caricature semble, en effet, être un sentiment profondément enraciné dans la nature humaine, et c’est un des premiers talents déployés par les sociétés encore à l'état barbare. Le sentiment du ridicule et l'amour de ce qui est plaisant se trouvent même chez les sauvages etentrent largement dans leurs relations avec les autres hommes. Avant que les peuples songeassent à cultiver la HNttérature ou les arts, lorsque le chef tronait dans son palais grossier, entouré de ses guerriers, ceux-ci s'amusaient à tourner leurs ennemis et leurs adversaires en dérision, à rire de leur faiblesse, à railler leurs défauts physiques au intellectuels, à leur donner des sobriquets tirés de ces mêmes défauts ; en un mot, à les caricaturer en paroles ou à raconter des anecdotes propres à exciter le rire. Si les esclaves adonnés à l’agriculture (car en ce temps les hommes qui labouraient la terre élaient des esclaves) jouissaient d'un jour de repos, ils le passaient dans les ébats d’une gaieté bruyante et sans contrainte. Entin, lorsque ces mêmes peuples se mirent à construire des habitations tixes et à les orner, les sujets qu'ils choisirent de préférence pour cette ornementation furent ceux qui représentaient des idées risibles. L: guerrier, qui caricaturait son ennemi dans les discours qu'il prononcait à la table du festin, chercha bientôt à donner à ses railleries une forme plus durable, en traçant de grossières ébauches sur là roche nue ou sur toute autre surface qu’il trouvait à sa convenance. Telle fut l’origine de la caricature et du grotesque dans les arts. En effet, l'art même, dans ses formes primitives, n'est que la caricuture, car c’est seulement par l’exagération des traits qui appartient à la caricature que des dessinateurs inhabiles pouvaieut se faire comprendre.
Ïl serait sans doute possible de trouver dans des pays différents des exemples du développement de ces principes à des degrés
différents ; néanmoins, on ne peut dans aucun pays suivre le cours complet de ce développement même. Pour ce qui est, en effet, des races humaines parvenues à un degré avancé de civilisation, nous ne commençons à connaître leur histoire que lorsqu'elles sont déjà parvenues à un degré assez élevé d'instruction ; et, même à cette époque de leur progrès, nos informations se bornent presque à leurs monuments religieux et à d’autres plus rigoureusement historiques. Tel est le cas notamment avec l'Égypte, dont l'histoire, ainsi que nous la représentent ses monuments, nous reporte aux âges les plus reculés de l'antiquité. L’art égyptien est, en général, empreint d’un caractère sombre et massif, offrant peu de gaieté ou de jovialité dans ses dessins ou dans ses formes. Cependant, comme
le fait remarquer sir Gardner Wilkinson dans son excellent ouvrage sur les Mœurs et coutumes des anciens Égyptiens, les premiers artistes égyptiens ne peuvent pas toujours cacher leur penchant naturel à la plaisanterie ; on le voit percer dans une multitude de petits incidents. Ainsi, dans une série de graves compositions historiques peintes sur un des grands monuments de Thèbes, où figure une réunion de convives des deux sexes, nous trouvons la preuve évidente qu’en pareil cas les dames n'étaient pas toujours très-odérées dans l'usage qu'elles faisaient du jus de la treille. « En représentant ce fait, ajoute sir Gardner, les peintres du temps ont quelquefois sacrifié la galanterie à l'amour de la cari-
cature. » Parmi les femmes, évidemment de haut rang, représentées dans cette scène, « quelques-unes appellent leurs suivantes pour les soutenir sur leurs siéges, d’autres ont pcine à s'empêcher de tomber sur les personnes qui se trouvent derrière elles, et la fleur fanée, qui est près de s'échapper de leurs mains échauffées, est mise là pour nous peindre leurs sensations. » La figure 1 représente un groupe composé d'une dame qui a poussé l'excès trop loinet de sa suivante qui vient à son aide. Sir Gardner fait observer que « plusieurs exemples analogucs de la caricature primitive se remarquent dans les compositions des artistes ésyptiens qui ont exécuté les peintures des tombeaux à Thèbes, » lesquelles peintures appartiennent à une époque très-reculée des annales de l'Egypte.
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