‹ Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l'artChapitre 33 sur 102 · Î , , , », + ? CES · texte numérisé non relu

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H guots éGou)el n vouwv ovdsy pepet.

(La nature, qui ne se soucie aucunement des lois, a commandé.)

Anaximandride fit le changement suivant :

‘H rés éGou)e0” r vémwv oùèev péder.

(L'État, qui ne se soucie aucunement des lois, a commandé.)

Nulle part l'oppression ne s'exerce avec plus de rigucur que sous les gouvernements démocratiques; et Anaximandride, poursuivi pour cette plaisanterie comme s’il eût commis un crime contre l'État, fut condamné à mort. Comme on peut le supposer, la liberté de parler avait cessé d’exister à Athènes. Les écrits d’Aristophane nous font parfaitement connaître le caractère de l’ancienne comédie dans sa plus large liberté. Ce qu'on a appelé la comédie moyenne ou intermédiaire, dans laquelle la satire poiltique était

interdite, dura, à partir de cette époque, jusqu'au temps de Philippe de Macédoine, où l'ancienne liberté de la Grèce fut définitivement anéantie. Après vint la dernière forme de la comédie grecque, désignée sous la dénomination de comédie nouvelle, et représentée par des noms tels que ceux d'Epicharme et Ménandre. Dans la comédie nouvelle, toute caricature, toute parodie, toute allusion personnelle, furent entièrement interdites. La comédie se transforma complétement en une comédie de mœurs et de la vie domestique, en une peinture de la société contemporaine, sous des noms et des caractères de convention. De cette comédie nouvelle est dérivée la comédie romaine, telle que nous l'avons aujourd’hui dans les pièces de Plaute et de Térence, qui ont été des imitateurs déclarés de Ménandre et des autres écrivains de la comédie nouvelle des Grecs.

Naturellement, la caricature en images se voyait rarement sur les monuments publics de la Grèce ou de Rome ; mais on en trouve de nombreux restes sur des objets d’un caractère plus populaire et d’un usage habituel. Les recherches des modernes antiquaires en ont fait découvrir en assez grande abondance sur les poteries de la Grèce et de l'Étrurie, ainsi que sur les crayonnages des murs des maisons d'Herculanum et de Pompei. Sur les vases sont reproduites des scènes comiques, surtout des parodies, évidemment empruntées au théâtre, et conservant les masques et les autres attributs (j'en ai nécessairement omis quelques-uns) qui attestent la source à laquelle

elles ont été prises. Les Grecs, on en a des preuves nombreuses, étaient passionnés pour Îles parodies de tout genre, en littérature ou en peinture. Le sujet de notre figure n° 9 est un curieux échantillon des parodies trouvées sur les vases grecs; il est tiré d’un beau vase étrusque {, ct l’on a supposé que c'était une parodie de la visite de Jupiter à Alcmène. Cette hypothése paraît assez douteuse;, on ne saurait nier du moins que ce ne soit la représentation burlesque de la visite d’un amant à l’objet de sa flamme. L'amoureux, portant le masque et le costume comiques, monte, au moyen d'une échelle, à la fenêtre où se présente la dame de ses pensées, laquelle, il faut l'avouer, a l'air de faire un accueil bien froid à son admirateur. Celui-ci essaye de gagner les bonnes grâces de Ja belle en lui offrant un présent qui, au lieu de pièces d’or, semble se composer de poinmes, ce qui explique son peu d'effet. L'amoureux est accompagné de son serviteur, qui tient une torche pour l'éclairer en chemin : ce qui montre qu’il s'agit d'une aventure nocturne. Le maître ct le serviteur ont des couronnes de fleurs sur la tête, et le serviteur en porte à la main une troisième, qui, avec le contenu de son panier, est probablement destinée à être aussi offerte en présent à la dame. |

Winekelmann a publié, d’après un vase qui était autrefois dans la bibliothèque du Vatican et qui se trouve aujourd'hui à Saint-Pétersbourg, une parodie moins équivoque de la visite de Jupiter à Alcmène. La façon dont le sujet a été traité a de l'analogie avec Île dessin que je viens de décrire. Alcmène apparaît exactement dans la même attitude à la fenêtre de sa chambre, et Jupiter apporte son échelle pour monter jusqu'à elle, mais il n’a pas encore posé contre le mur l'instrument d'escalade. Dans son compagnon, on reconnaît Mercure au célèbre caducée qu’il porte de la main gauche, tandis que dela main droite il tient une lampe dont il dirige la lumière sur la fenêtre, afin de mettre Jupiter à même de contempler l'objet de son amour. .

On est surpris de voir avec quelle hardiesse les Grecs parodiaient et ridiculisaient des sujets sacrés: c’est ce que l’apologiste chrétien Arnobe reprochait à ses adversaires païens dans ses écrits contre eux. Des lois, disait-il, avaient été faites pour protéger la réputation des hommes contre la calomnie et la diffamation; mais

1 Donné dans les Anfiques du cabinet Pourlalès de Panofka, pl. X

semblable protection n’existait pas pour la réputation des dieux, qui étaient traités avec le manque de respect le plus flagrant {. C'était le cas notamment pour les dessins et les peintures.

Pline nous dit que Ctésiloque, élève du célèbre Apelle, peignit un tableau burlesque représentant Jupiter donnant naissance à Bacchus : le dieu y avait une posture des plus ridicules ?. Les écrivains de l'antiquité nous donnent à entendre qre de tels cas n'étaient pas rares, et citent les noms de divers peintres comiques dont les œuvres de ce genre ont été en vogue. Quelques-unes de ces œuvres étaient d’acerbes caricatures personnelles : tel était un tableau célèbre d'un peintre nommé Ctésidès, décrit aussi par Pline. La reine Stratonice, épouse de Séleucus Nicator, avait, paraît-il, mal accueilli ce peintre lorsqu'il était venu à sa cour; l'artiste, pour se venger, se faisant l'écho de la médisance publique, composa une scène dans laquelle la princesse était représentée en conversation amoureuse avec un pêcheur, homme de bas étage, il exposa ensuite sa peinture dans le port d'Éphèse et se sauva à bord d’un navire. Pline ajoute que la reine admira la beauté et la perfection de l’œuvre plus qu’elle ne parut ressentir l'outrage, et qu'elle défendit qu’on enlevàt le tableau #.

Le sujet du second spécimen que nous citons (fig. 10) de la caricature grecque est mieux connu. Il est pris d’un oxybaphon, apporté du continent en Angleterre, où il est passé dans la collection de M. William Hope #. L'oxybaphon (é6xzov) ou, comme l’appclaient les Romains, l'acetabulum était un grand vase à mettre du vinaigre, lequel formait un des ornements importants de la table et était par conséquent très-susceptible de comporter des enjolivements de ce genre. C'est une des plus remarquables caricatures de cette espèce qu’on connaisse : elle représente une parodie d'un des épisodes les plus intéressants de la mythologie grecque,

t Arnobius (Contra gentes), liv. IV, p. 150. « Carmen malum conscribere, « quo fama alterius coinquinatur et vita, decem viralibus scitisevadere noluis'1s « impune : ac ne vestras aures convitio aliquis petulantiore pulsaret, de atro- « cibus formulas constituislis injuriis, Soli dii sunt apud vos superi inhonorati « contemptibiles, viles: in quos jus est vobis datum qux quisque volucrit di- « cere turpitudinem, jacere quas libido confinxerit atque excogitaverit formas. »

? Pline, Hist. nat., liv. XXXV, c. xL.

3 Pline, Hist.nat., liv. XXXV, c. xL.

s Gravé par H. Lenormand et J. de Witt, Élite des monuments céramoyraphiques, pl. XCIV.

celui de l’arrivée d’Appollon à Delphes. L'artiste, dans son amour du burlesque, n’a épargné aucun des personnages qui jouent un rôle dans l’épisode. L’Apollon hyperboréen lui-même apparait sous la forme d’un charlatan sur son théâtre de foire couvert d’une

espèce d’auvent, et auquel on monte par des marches de bois. Sur l’estrade est déposé le bagage d’Apollon, consistant en un sac, un arc, et son bonnet scythien. Chiron (XIPQN) est représenté comme souffrant des effets de la vieillesse ct de la cécité. Appuyé sur un

bâton tortu et poussé par derrière par un compagnon qui lui aide à monter, il vient consulter le charlatan de Delphes. Le Centaure et son compagnon portent les masques et les autres attributs des acteurs comiques. Au haut du tableau, sont des montagnes sur lesquelles on voit les nymphes (NYMDAÏT), qui, comme tous les autres acteurs de cette scène, sont déguisées au moyen de masques, et les leurs sont des plus grotesques. À droite se tient debout un person-

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nage qui passe pour représenter l’epoptes, l'inspecteur ou le surveillant du spectacle ; lui seul n’a pas de masque. On a eu recours au calembour pour rehausser le côté facétieux de la scène, car, au lieu de LYSBIAZ, le Pythien, placé au-dessus de la tête du burlesque Apollon, il semble évident que l'artiste a écrit IIEIGIAZ, le consolateur, par allusion sans doute aux cousolations que le charlatan admniuistre à son visiteur aveugle et caduc.

L'esprit de parodie des Grecs, s’attaquant même aux sujets les

plus sacrés, quoique tombé en décadence dans la Grèce, se releva à Rome, et nous en trouvons des traces sur les murs de Pompei et d'Ierculanum. Nous y voyons la même facilité à tourner en ridicule les légendes les pius sacrées et les plus populaires de la mythologie romaine. L'exemple que j’en donne (fig. 11), d’après une peinture murale, offre un intérêt tout particulier, tant par les détails du dessin lui-même que par ce fait que c’est la parodie d’une des léendes nationales chères au peuple romain, qui s’enorgueillissait de descendre d'Énée. Virgile a raconté d’une mauière touchante comn.ent son héros échappa à la destruction de Troie, ou plutôt il a mis le récit de cet épisode dans la bouche de son héros. Lorsque la ville condamnée par les destins était déjà en flammes, Énée chargea son père Anchise sur ses épaules, prit par la main scn jeune fils Tules, ou, comme on l’appelait encore, Ascasne, et, suivi de sa femme, il quitta ses foyers :

« Er“o age, care pater, cervici imponere nostræ. Ipse subibo humeris, nec me labor iste gravabit. Qu> res cumque cadent, unum et commune periclum, Una salus ambobus ecrit: Mihi parvus lulus Sit comes, et longe servet vestigia conjux. » (Vinc., Æn., liv. IE, 1. 707.)

e Ainsi, ils se sauvérent, l'enfant tenant son père par la main droite et se traînant après lui à pas inégaux :

Dextræ se parvus lulus

Implicuit, sequiturque patrem non passibus æquis. (VNinc., Æn., lire Il, 1. 723)

Et de cette facon Énée emsorta son père et son fils, ainsi que ses pénates cu Jes dieux domestiques de sa famille, qui devaient être transportés dans un autre pays et devenir un jour les protecteurs de Rome.

Ascanium, Anchisenque patrem, Teucrosque Penates. (b., 1. 747.)

Ici il est évident que l’artiste a voulu parodier un tableau qui parait avoir été célèbre à cette époque et dont au moins deux copies différentes se trouvent sur des intailles antiques C'est le seul cas, à ma connaissance, où l'original et la parodie aient été

conservés depuis une époque aussi reculée ; cette circonstance m'a paru si curieuse, que j'ai tenu à donner, à côté de la parodie, une copie d'une des intailles en question (fig. 12) ‘. Elle représente littéraleinent le récit de Virgile, et la seule différence entre la composition sérieuse et la caricature c’est que, dans celle-ci, les personnages sont représentés sous la forme de singes. Énée, personnifié dans le fort et vigoureux animal, portant le vieux singe Anchisesur son épaule yauche , s'avance à grands pas, tout en SC retournant pour regarder la ville en feu. De la main droite, il traîne le petit Jules ou Ascagne, qui évidemment marche non passibus æquis, et suit difficilement le pas de son père. L'enfant porte un bonnet phrygien et tient à la main droite le joujou qu’on appellerait de nos jours une crosse, — le pedum.

Anchise s'est chargé du coffre qui renferme les pénates sacrés. Un détail curieux, c’est que les singes de ce dessin sont les mêmes animaux à la tête de chien ou cynocéphales qu’on voit sur les monuments égyptiens.

(Ce chapitre était déjà livré à l'impression, lorsque est parvenu à ma connaissance un mémoire fort intéressant de Panofka sur les Parodicen und Karikaturen auf Werken der klassischen Kunst dans'Abhandlungen der Akademie der Wissenschaflen zu Berlin, pour l’année 1854; je ne puis qu y renvoyer mes lecteurs.)

1 Ces intailles sont gravées dans Musée florentin de Gorius, vol. IF, pl. XNX. Sur l'une d'elles les figures sont renversées,

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