‹ Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l'artChapitre 41 sur 102 · APPLE LLLL LL RE PET EE EEE · texte numérisé non relu

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Fig. 57.

On voit, à la disposition du dessin, que ces carreaux sont destinés à être assemblés par quatre pour faire un tout complet.

Une enlumiuure d'un manuserit du quatorzième siècle appartenant au Musée Britannique (ms.

Reg., 10, E.1v), nous montre les lièvres tirant une vengeance encore plus éclatante de leur ancien ennemi. Le chien a été pris, lis en jugement pour ses nombreux méfaits ct condamné. La figure 55 représente les lièvres Ie conduisant à Ja potence dans la charrelte des criminels.

Une autre scène d'exécution, inspirée par un esprit analo-

gue, est reproduite par notre figure 36, dont le sujet nous est fourni par une des stalles sculptées du monastère de Sherbonc. (La copic que nous donnons ici est faite d’après la gravure qui se lrouve dans les Spécimens de sculpture ancienne, de Carter.) Les oies se sont emparées de leur vieil ennemi, maître renard, et sont en train de le pendre à la potence, pendant que deux moines, qui assistent à l'exécution, paraissent s’amuser de l'empressement

que mettent les bourreaux ailés à s’acquitter de leur tâche. M. Jewitt fait mention de deux autres sujets appartenant à cette série, et dont l’un est pris d’un manuscrit enluminé : c’est la souris traquant le chat et le cheval conduisant la voiture. Dans cette dernière composition, le voiturier d'autrefois, l’homme, occupe la place du cheval entre les limons.

« Le Monde à l’envers ou la Folie humaine » (The world turned upside down), était, en Angleterre, il y a quelques années encore,

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Fig. 56.

un livre populaire pour amuser les enfants. J’en ai en ce moment sous les yeux un exemplaire imprimé à Londres vers l’année 1790, Il se compose d’une série de gravures sur bois grossièrement exécutées, avec quelques vers burlesques sous chacune. Une de ces gravures, intitulée : le Bœuf devenu fermier, représente deux hommes attelés à une charrue, que dirige un bœuf. La suivante nous fait vair un lapin tournant la broche à laquelle rôtit un homme, pendant qu'un cuisinier arrose ce mets nouveau avec une grande cuiller. Sur une troisième on voit un tournoi, où les chevaux sont armés et montés sur les hommes ; une autre représente le bœuf tuant le boucher.

D'autres nous montrent des oiseaux prenant au filet des hommes et des femmes; l’âne devenu meunier et faisant porter ses sacs par le garçon du moulin ; le cheval passé palefrenier et étrillant l’homme; les poissons pêchant l’homme à la ligne, etc.

Dans une sculpture ornementale, finement exécutée, du cloître

de Beverley, et que reproduit notre figure 57, l’oie elle-même est représentée dans une position grotesque, qui pourrait presque lui donner droit à figurer dans le Monde à l'envers, quoiqu'il ne s'agisse là que d’une simple composition burlesque, sans aucune signification satirique apparente. L’oie a pris la Place du cheval chez le marécha], qui lui cloue vigoureusement un fer sous sa patte palmée.

Les sujets burlesques de ce genre ne sont pas rares, surtout dans les sculptures ornementales des monuments et des boiseries sculptées et, à une époque un peu plus rapprochée de nous, sur tous les objets servant à l’ornementation. La fantaisie de l'artiste avait à cet égard le champ libre. Rien ne bornait son choix, et partout ses sujets pouvaient être variés à l'infini, bien que d'ordinaire on les voie se limiter à des genres particuliers. Les vieux rroverbes populaires, par exemple, étaient une source féconde de drôleries, qui trouvaient parfois des interprétations litiérales comiques. (C'est ainsi que des proverbes, des dictons populaires, ont été, en quelque sorte, mis en action sur des misérérés sculptés. Sur un miséréré de Rouen, par exemple, que reproduit notre figure 58, le sculpteur a voulu représenter l’idée du vieux dicton qui, par allusion à des largesses faites sans discernement, recommande de ne pas jeter des perles devant des pourceaux, et il lui a donné une forme bien plus pitto-

resque et bien plus intelligible eu égard à la forme, en figurant une femme assez pimpante nourrissant ses cochons avec des roses, ou plutôt leur offrant des roses pour nourriture, car les cochons ne se montrent pas très-empressés de tâter de ce mets trop délicat {.

On trouve des sujets de ce genre répandus sur toutes les œuvres d’art du moyen âge; et, à une époque un peu moins éloignée, ils ont été transportés à d’autres objets, aux enseignes de maisons, par exemple. La coutume de placer des enseignes au-dessus des portes des boutiques et des tavernes était bien connue des anciens; les ruines de Pompéïe en fournissent des preuves nombreuses; mais au moyen âge, l’usage des enseignes et des emblèmes était général; et comme, contrairement à ce qui paraissait se faire à Pompéïe, où certains emblèmes, certains signes étaient appropriés à certains métiers et à certaines professions, chaque individu était libre de choisir son enseigne, il y en avait une variété infinie. Un grand nombre encore, il est vrai, se rapportaient au genre particulier d'occupation de ceuxà qui elles appartenaient, tandis que d’autres étaient d’un caractère religieux et indiquaient le saint sous la protection duquel s’était placé le maître de la maison. Certaines personnes prenaient des animaux pour enseignes; d’autres des figures monstrueuses ou burlesques. En somme, il n’y eut guère de sujet de caricature ou de plaisanterie burlesque familier aux sculpteurs et aux enlumineurs du moyen âge qu’on ne vit de temps en temps apparaître sur ces enseignes populaires.

Quelques-unes des vieilles enseignes encore conservées, surtout

1 Ces prétendues roses ne seraient-elles pas plutôt des marguerites, et l'artiste n’aurait-il pas cherché, en outre, un jeu de mots dans le proverbe latin: Margaritas ante porcos? — 0.5.

dans les anciennes villes si originales de la France, de l'Allemagne el des Pays-Bas, nous prouvent qu’elles furent souvent l’instrument de la satire populaire. Une enscigne assez commune en France, c'est celle de la Truie qui file. Notre figure 59 représente ce sujet traité sur une vieille enseigne du seizième siècle, sculotée en bas-relief sur une maison de la rue dn Marché-aux-Poirées, à Rouen. La truie est représentée sous la forme d'une laborieuse ménagère s'occupant à filer tout en allaitant ses enfants. On voit À Beauvais, rue du Châtel, une enseigne singulièrement satirique, sur une maison autrefois occupée par un épicier-moutardier. Au premier plan (figure 60) est un gros moulin à moutarde, à côté duquel se tient la Folie, un bâton à la main et remuant la moutarde, pendant qu'un singe, au rire sardonique, y mêle un condiment, dont on devine aisément la nature à l'attitude du malin animal 1. La marque de commcrce du marchand qui avait adopté

cet étrange emblème est sculptée au-dessous.

{ Voir, sur ce sujet, un petit livre intéressant de M. Ed. de la Querrière, intitulé Recherches sur les enseignes des maisons particulières. In-8o. Rouen, 1852, Les deux exemples ci-dessus en sont tirés.

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