‹ Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l'artChapitre 6 sur 102 · NOTICE VII · texte numérisé non relu

NOTICE VII

Enfin, de bonne composition au milieu de tous ces grotesques, Anglais, Écossais, Irlandais, et faisant trêve à la susceptibilité patriotique pour étudier l'Angleterre dans ses antipathies nationales comme dans ses satires contre elle-même, je ne refusais pas de rire des formes burlesques prètées au Français maitre de danse ou mangeur de grenouilles.

La caricature d’ailleurs exprime quelquefois plus impartialement que le journal une situation politique. Cette année-là mème (1832), j'étais arrivé à Londres très-porté à croire, d'après les journaux de Paris, que le roi Louis-Philippe était le très-humble serviteur du cabinet de Saint-James et que son représentant, le prince de Tal'eyrand, sacrifiait les intérêts de la France, tantôt aux intérêts anglais, tantôt aux intérêts russes. J'étais assez prévenu pour hésiter à aller remettre une lettre d'introduction à un ambassadeur si peu jaloux de l’honneur national. En longeant Piccadilly, je m'’arrétai, selon ma coutume, devant la vitrine d’un marchand d'estampes, et quelle fut la première image qui frappa mon regard ? une caricature qui représentait le roi de la Grande-Bretagne, le czar, l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse et les autres monarques, un bandeau sur les yeux, attachés à une ficelle que tenait M. de Talleyrand appuyé sur une béquille.

On lisait sous ce petit tableau :

« Les aveugles conduits par un boiteux !. »

Je me sentis un peu moins honteux d’être Français, et j'allai remettre respectueusement ma lettre à notre ambassadeur, qui me fit un accueil fort gracieux.

Dès mon premier voyage en Angleterre, l'enseigne de ces exhibilions m'avait trop amusé pour que je ne fusse pas tenté

1 Si ma mémoire ne me trompe, cette caricature était signé H. B. Les initiales H. B. servaient de pseudonyme à John Doyle, dont le vrai nom jouit d’une popularité directe grâce au talent de son fils, Robert Doyle.

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