‹ Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l'artChapitre 7 sur 102 · VII NOTICE · texte numérisé non relu

VII NOTICE

de franchir le seuil de la porte. Je m'étais promis de rapporter quelques échantillons de l'humour des caricaturistes anglais, et je les choisis dans plus d’un portefeuille de marchand. J'avais aussi parmi mes lettres de recommandation une lettre pour MM. Colnaghi, dont le riche magasin attire les amateurs du monde fashionable par des productions d'un ordre plus élevé, mais qui livrèrent avec une complaisance aimable tous leurs portefeuilles à mon caprice pendant de longues séances, et m’adressèrent à quelques possesseurs de collections complètes. Je pus alors mettre plus de méthode dans mes recherches et régulariser en quelque sorte mon cours de mœurs anglaises par la caricature, en comparant les diverses époques et les diverses manières. À mesure que j'attachais plus d’importance à l'œuvre, je devenais naturellement plus curieux de connaitre l'artiste; mais, il faut le dire, l'artiste qui n’a fait que des caricatures est à peine mentionné dans les biographies; deux des noms les plus fameux parmi les caricaturistes anglais ne sont dans aucune : bien plus, dans les livres consacrés en même temps à l'histoire des artistes et à la critique sur les arts du dessin, comme celui d'Horace Walpole *, il n’est fait mention ni des caricaturistes ni de leurs ouvrages, ce que je ne pardonne pas plus que je ne pardonnerais aux biographes d'Homère d’avoir oublié la Batrachomyomachie, après avoir disserté sur l'Jliade ; aux critiques de Racine de ne pas parler des Plaideurs après Athalie, etc., etc. Et dites-moi, pour nous arrêter sans autre transition à cette analogie, ce vers négligé, mais franc et naïf de la comédie; ce vers souple et facile, qui se joue de la prosodie, mais non de la langue; ce vers brisé que nos romantiques n'ont inventé qu'après Racine, n'est-ce pas le trait négligé aussi, mais facile, franc et naïf de la caricature? La caricature, si elle s'étend au delà d’un portrait isolé et compose une suite de scènes, n'est-elle pas un peu la comédie, la comédie des Plaideurs, la comédie d’Aristnphane ? N'est-elle pas du moins la satire en vers libres d'Ho-

t Anecdoctes of painters. Allan Cunningham ne s'occupe pas davantage des caricaturistes dans ses livres of british artists.

NOTICE IX race? De même que Racine a fait les Plaideurs, Molière Les ourberies de Scapin, Léonard de Vinci a fait des charges. Boileau, il est vrai, a blämé Molière d'être descendu à la bouffonnerie: il l’a blâmé de la scène du sac dans Les Fourberies; Boileau a dédaigné aussi de mentionner La Fontaine dans son Art poëlique, ce pauvre La Fontaine qui n'avait fait que des fables et des contes. Si vous trouvez Boileau sévère pour Molière et injuste pour La Fontaine, permettez-moi de me récrier contre Reynolds, qui, dans ses Discours, n'a pas cru devoir accorder une seule ligne à Hogarth ; permettez-moi de réclamer un peu de gloire pour des noms exclus de toutes les biographies générales et de toutes les biographies d'artistes, un peu de gloire pour Rowlandson, Bunbury, Doughton et Gillray, qui ne sont plus, et pour George Cruickshank, R. Doyle, J. Leech, Seymour et autres, qui vivent encnre.

Je voudrais d'abord parler d'Hogarth, qui est le vrai créateur de la caricature anglaise ; mais s'il a été oublié par Reynolds, il a été si bien vengé par vingt biographes, depuis Ire- Jand jusqu'à Allan Cunningham, que l'embarras serait d’être court au milieu de tant de volumes de mémoires, de critiques et d’anecdotes consacrés à ce talent populaire. Tout a été dit sur Hogarth. L'idolätrie de quelques-uns de ses admirateurs, tels que Charles Lamb, est allée jusqu'au paradoxe. Quoique certes bien supérieur comme graveur, quoique sa popularité tienne beaucoup à la muluplicité de ses gravures qui décorent non-seulement Guildhall, à Londres, mais encore les murs de plus d’une chaumière, cependant il s'est trouvé des défenseurs de sa peinture. Quant à moi, ceux de ses tableaux que j'ai vus dans la galerie d'Angerstein, qui est aujourd'hui à la National Gallery, m'ont paru d’un rose pâle : c'est l’impression qui me reste de ces peintures effacées. Mais en jugeant Hogarth par ses gravures, je me range du côté de ses enthousiastes. Quel peintre a représenté la vie sociale de son temps avec plus de naturel? Quel peintre procure de plus vives émotions de joie et de tristesse, tout en dédaignant l'idéal et la dignité du genre historique? Quel peintre a eu

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