CHAPITRE XVIII
Callot et son école. — Histoire romanesque de Callot. — Ses « Caprices » cet ses autres œuvres burlesques. — Les « Danseurs » el les «a Gueux. » — Imitateurs de Callot; Della Bella. — Spècimens de Della Bella. — Romain de Hooghe.
L'art de la gravure sur cuivre, quoiqu'il eût fait de rapides progrès pendant le seizième siècle, était encore très-loin de la perfection; mais ia fin de ce même siècle vit la naissance d’un homme qui était destiné non-seulement à imprimer un nouveau caractère à cet art, mais aussi à inaugurer un nouveau genre de caricature et de burlesque. Ce fut le célèbre Jacques Callot, Lorrain de naissance et descendant d'une famille noble de la Bourgogne. Son père, Jean Callot, remplissait les fonctions de héraut d'armes du duché de Lorraine. Jacques naquit à Nancy en 1592. Il avait été destiné, paraît-il, à l’état ecclésiastique et élevé en conséquence. Mais le début de Jacques dans la vie présente un épisode romanesque dans l'histoire de l’art et des artistes. Tout enfant, il montrait pour le dessin une remarquable aptitude et un irrésistible penchant qui lui faisaient négliger ses études plus sérieuses. Il manifesta surtout de bonne heure un goût décidé pour la satire, qui se révélait principalement par les caricatures qu'il faisait de tous ceux qu il connaissait. Son père et tous ses parents désapprouvaient cet entrainement pour le dessin ; ils ne négligèrent rien pour l'en détourner, mais ce fut en vain. Claude Henriet, peintre de la cour de Lorraine, lui donna des leçons, et le fils de celui-ci, Israël Henuriet, devint son camarade préféré. Il apprit aussi les éléments
de l'art de la gravure de Demange Crocq, graveur du duc de Lorraine.
LD
1 C'est la date fixée par Meaume, dans son excellent ouvrage sur Callot,
intitulé Aecherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callut, 2 vol. in-8°. 1860.
Vers cette époque, le peintre Bellangé, qui avait été élève de Claude Henriet, revint d'Italie et fit au jeune Callot un récit émouvant des merveilles artistiques qu'il avait vues dans ce pays. Bientôt après, Claude Henriet étant mort, son fils Israël alla à Rome, et les lettres qu’il écrivit de cette ville ne firent pas moins d'impression sur l'esprit du jeune artiste resté à Nancy, que les conversations de Bellengé. En fin de compte, la passion de Jacques Callot pour les arts prit des proportions telles, que, voyant ses parents obstinément opposés à toutes ses aspirations dans cette voie, il quitta secrètement la maison de son père, et qu’au printemps de 1604, alors qu'il venait seulement d'entrer dans sa treizième année, il partit à picd pour l'Italie, sans lettres de recommandation et presque sans argent. Îl ne savait même pas de quel côté se diriger ; mais, après quelques heures de marche, il tomba au milieu d’une troupe de bohémiens allant à Florence et fit route avec eux.
Sa vie de sept ou huit semaines avec les bohémiens paraît avoir singulièrement développé son amour du burlesque, et, à une époque assez avancée de sa carrière, il nous a transmis ses impressions dans une série de quatre planches admirablement gravées, représentant des scènes de cette existence errante.
Quand Ja troupe fut arrivée à Florence, Jacques se sépara de ses singuliers compagnons de voyage, et fut assez heureux pour rencontrer un officier de la maison du grand-duc, qui écouta son histoire et s'intéressa si vivement à lui, qu'il le fit admettre dans l'atelier de Remigio Canta Gallina. Cet artiste lui donna des leçons de dessin et de gravure, s'appliquant à le corriger de son goût pour le burlesque et l'occupant constamment à des sujets sérieux.
Après avoir étudié queiques mois sous Canta Gallina, Jacques quitta Florence et se rendit à Rome pour chercher son ancien ami [sraël Henriet ; mais à peine arrivé, il fut reconnu dans la rue par des marchands de Nancy, qui s’emparèrent @e sa personne et, malgré ses larmes et sa résistance, le ramenèrent en Lorraine chez ses parents. I! fut alors tenu plus strictement que jamais à ses études ; mais rien ne pouvait maitriser sa passion pour l'art, el, ayant réussi à amasser quelque argent, il s’échappa de nouveau, peu de temps après, de la maison paternelle. Cette fois, il prit la route de Lyon et traversa le mont Genis ; il avait atteint Turin, lorsqu'il fut rencontré dans cette ville par son frère aîné Jean, qui le ramena encore à Nancy. Rien toutefois ne pouvait désormais
arrêter l'ardeur du jeune Gallot, et bientôt après cette seconde escapade, il grava une copie d’un portrait de Charles IlI, duc de Lorraine, à laquelle il mit son nom et la date de 1607. Cette œuvre, bien qu'elle ne décelât pas un grand talent au point de vue de la gravure, excita l'intérêt. Dès lors, les parents de Jacques, convaincus qu'il était inutile d’étouffer cette vocation spéciale, lui permirent non-seulement de s’y livrer, mais encore de retourner en ltalie. |
Les circonstances étaient tout à fait favorables pour le jeune artiste : Charles ITT, duc de Lorraine, était mort et son successeur, Henri I, se préparait à envoyer une ambassade à Rome pour annoncer son ‘avénement. Jean Callot, par sa position de héraut d'armes, eut assez de crédit pour obtenir que son fils fit partie de la suite de l’ambassadeur, et Jacques partit pour Rome le premier décembre 1608, sous de meilleurs auspices que ceux sous lesquels il avait entrepris ses premiers voyages en Îtalie.
Callot arriva à Rome au commencement de l’année 1609. Cette fois enfin il rejoignit son ami d'enfance, Israël Henriet, et se mit avec ardeur à ses travaux de prédilection. Îl est probable qu’il étudia sous Tempesta avec Henriet, qui était élève de ce peintre, et avec un autre Lorrain, Claude Dervet. Au bout de quelque temps, Callot, qui commençait à sentir le besoin d'argent, entra chez un graveur français, nommé Philippe Thomassin, qui demeurait alors à Rome et chez lequel il travailla près de trois ans. Îl acquit là une grande habileté dans le maniement du burin. Vers la fin de l’année 1611, il alla à Florence étudier sous Julio Parigi, qui y était établi comme peintre et comme graveur. La Toscane était à cette époque gouvernée par son duc Côme de Médicis, grand amateur d'art, qui prit Callot sous sa protection et lui fournit les moyens de se perfectionner.
Jusque-là, Callot s'était adonné principalement à copier les œuvres des autres ; mais, sous Parigi, il commença à s’essayer davantage à des dessins originaux. Son goût pour le grotesque se révéla dès lors d’une manière plus décidée que jamais, et quoique Parigi l’en blâmât, le maître ne pouvait s'empêcher d'admirer le talent que ce goût trahissait. En 1615, le grand-duc donna une fète somptueuse au prince d'Urbin, et Callot fut employé à graver les détails des réjouissances : ce fut son début dans un genre de dessin dans lequel il devait acquérir plus tard une si grande Célébrité.
L'année suivante, son engagement avec Parigi expirant, l’élève reprenait possession de lui-même. Le talent de Callot se manifesta dès lors sans entrave dans toute son originalité par une nouvelle espèce de dessins, auxquels l’auteur donna le noi de Caprices, et dont une série parut vers l'année 1617 sous le titre de Caprici di varie figure. Callot en tit une seconde édition à Nancy plusieurs années après, et dans le nouveau titre qu'il y mit, ils étaient indiqués comme ayant été gravés pour la première fois en 1616. Dans une courte préface, il en parle comme de la première de ses œuvres à laquelle il ait attaché quelque importance. Ces dessins nous frappent aujourd'hui comme de singuliers spécimens des créations fantastiques d’une imagination éminemment tournée au grotesque ; mais, sans aucun doute, ils empruntent de nombreux traits aux fêtes, aux cérémonies et aux mœurs de cette terre classique des mascarades , traits qui devaient être alors familiers aux Florentins. Dans tous les cas assurément, ces gravures étaient accueillies par eux avec un extrême plaisir. Notre figure 164 reproduit un de ces sujets ; il représente un estropié se soutenant sur une petite béquille et ayant le bras droit en écharpe.
Notre figure 463 est un autre dessin de la mème série, représentant un bouffon masqué, ayant la main gauche sur la poignée de son stylet ou peut-être d'un sabre de bois.
A partir de cette époque, quoiqu'il fût très-laborieux et produisit beaucoup, Callot ne grava que ses propres dessins. Au temps où il travaillait pour les autres, Callot s'était surtout servi du burin; mais maintenant qu'il était son maitre, il mit de côté cet instrument, s’adonna presque entièrement à la gravure à l’eau-
Fig. 164.
forte, et il y atteignit la plus haute perfection. Son œuvre est remarquable par la netteté et l’aisance de ses lignes, ainsi que par la vie et l'esprit qu'il donne à ses personnages. On doit admirer surtout l’habileté extraordinaire avec laquelle il a su grouper ensemble un grand nombre de petits personnages, dont chacun conserve tout le mouvement et l’expression qui lui sont propres.
La grande foire annuelle de l’Impruneta donnait lieu à des réjouissances extraordinaires, auxquelles assistait une foule immense de gens de toutes les classes, le jour de la Saint-Luc, le 18 octobre, dans les faubourgs de Florence. La planche qui la représente embrasse un vaste terrain, couvert de plusieurs centaines de personnages, tous, séparément ou par groupes, occupés de différentes manières, conversant, paradant, achetant, vendant, jouant, agissant de mille façons. Chaque groupe ou chaque personnage forme, à lui seul, un tableau. Cette gravure fit sensation ; elle fut suivie d’autres tableaux de foires, et, à son ) retour définitif à Nancy, Callot | Le en fit une nouvelle planche. Ce 7 fut à cause de ce talent particu-
Fig. 15. lier pour grouper de grandes
masses de personnages que l’ar-
tiste fut si souvent chargé de dessiner des cérémonies publiques, des siéges et d’autres opérations militaires.
Callot fut généreusement protégé par le duc de Florence, Côme, qui le combla de bienfaits ; mais à la mort de ce prince, le gouvernement dut passer aux mains d'une régence, et les arts et les lettres ne reçurent plus les mêmes encouragements. Les choses en étaient là lorsque Charles de Lorraine, qui devint duc plus tard sous le nom de Charles IV, rencontra Callot, et le décida à retourner dans son pays natal. L'artiste arriva à Nancy en 1622, et il se mit à y travailler avec plus d'activité que jamais. Ce fut peu de temps
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après qu’il publia ses séries de grotesques, les Balli (ou les Danseurs), les Gobbi (ou les Bossus) et les gueux. La première de ces séries, intitulée Balli ou Cucurnia , se compose de vingt-quatre petites planches, dont chacune contient deux personnages comiques dans des attitudes grotesques, avec des groupes de personnages plus petits dans le lointain. Au-dessous des deux personnages principaux sont inscrits leurs noms, noms aujourd'hui inintelligibles,
mais sans aucun doute bien connus à cette époque sur le théâtre comique de Florence. Ainsi, dans le groupe que reproduit notre figure 166, empruntée à la quatrième planche de la série, le per-
1 M. Meaune paraît ne pas être parfaitement au courant de la signification de ce mot; un de mes amis me l’a indiquée très-clairement. C'était le titre d’une chanson, ainsi appelée parce que le refrain était une imitation du chant ‘du coq, et celui qui la chantait devait aussi mimer l’action de l'oiseau. Lorsque Bacchus, dans le Bacco in Toscana (Bacchus en Toscane) de Redi commence à ressentir les effets exhilarants de sa dégustation critique des vins de la Toscane, il va chercher Ariane pour qu'elle lui chante sulla mandola la Cucurnia (la Cucurnia sur la mandoline). Une note explique le mot comme nous l'avons expliqué nous-mème. « Canzone cosi detta, perche in essa si replica molte volte la voce del gallo; e cantandola si fanno atti et moti simili a quegli e esso gallo. » (Chanson ainsi appelée, parce qu'on y répète plusicurs fois le cri da coq, et qu’en la chantant on fait des gestes et des mouvements semblables à ceux de ce coq.)
sonnage qui se trouve à gauche se nomme Smaraolo Cornuto, ce qui signifie simplement Smaraolo le Cornard; ct celui qui est à droite s'appelle Ratsa di Boio. Dans l'original le fond est occupé par une rue, pleine de spectateurs regardant des gens qui dansent une pantalonnade, autour d'un individu monté sur des échasses et jouant du tambourin. Le couple reproduit par notre figure 167 représente un des Caprices de Callot, tiré d’une série qui diffère des premiers Caprices ou des Balli. Les Gobbi, ou les Bossus, forment une série de vingt et une gravures ; et la collection des Bohémiens, dont il a déjà été parlé, et qui fut aussi exécutée à Nancy, se composait de quatre planches, dont les sujets étaient
séparément: 4° les Buohémiens en voyage; ®% l’Avint-Garde ; 3° la Halte, et 4° les Préparatifs de la fête. On ne saurait rien trouver de plus saisissant comme vérité ct en mêine temps de plus comique que cette dernière série de sujets.
Nous donnons comme spécimen de la série des Baroni ou Mendiants, un personnage appartenant à cette catégorie particulière de gueux dont le rôle consistait à faire appel à la charité en exposant des blessures ou des ulcères facti:es. Dans le jargon anglais, ad hoc, du dix-septième siècle, ces plaies simulées s’appelaient des clymes, et l’on trouvera un compte rendu de la manière dont on les faisait daus le singulier tableau des classes vicieuses de la société
de ce temps-là, qu'ont publié Head et Kirkman, sous le titre de The English Rogue. Le faux estropié de notre figure 168 tient sa jambe soulevée pour étaler aux yeux sa prétendue infirmité, Callot passa le reste de sa vie à Nancy, d'où il ne fit plus que des absencestemporaires. En 1698, il alla à Bruxelles pour dessiner et graver le siége de Bréda, une de ses œuvres les plus parfaites, et il y fit, à cette occasion, la connaissance personnelle de Van
Dick. Au commencement de 1629, il fut appelé à Paris pour exécuter les gravures du siége de la Rochelle et la défense de l'île de Ré; mais il retourna à Nancy en 4630. Trois ans plus tard, son pays natal fut envahi par les armées de Louis XII, et Nancy se rendit aux Français le 15 septembre 1633. Callot, requis de faire des gravures Commémoralives de ce fait, refusa de consacrer, par son burin, le souvenir de la chute de la ville où il était né. fl fit plus, pour rappeler les maux causés à son pays par l'invasion française, il composa les deux séries d'aamirables dessins connues sous le nom de Petites et Grandes Misères de la guerre. Environ deux ans après, Callot mourut dans la force de l’âge, le 24 mars 1635.
La réputation de Callot fut grande parmi ses contemporains, et son nom est resté un des plus illustres de l’histoire de l’art français. II eut, commne on pouvait s’y attendre, de nombreux imitateurs, et les Caprices, les Balli et les Gobbi devinrent des sujets en grande vogue. De ceux qui le suivirent dans cette voie, le mieux inspiré et le plus distingué fut Étienne Della Bella ; c'est à vrai dire le seul qui mérite une mention particulière. Della Bella naquit à Florence le 18 mai 14610 1 ; son père, qui mourut deux ans après, le laissa orphelin avec sa mère dans le dénûment. En grandissant, le jeune Étienne montra, comme l'avait fait Callot, des talents précoces pour le dessin. Îl assistait avec empressement à toutes les fêtes, à Lous les jeux publics, etc., et lorsqu'il en revenait, il en faisait le sujet d'ébauches grotesques. On a remarqué de lui une particularité, c’est qu'il avait l'habitude bizarre de toujours commencer à dessiner les hommes par les pieds, en remontant graduellement jusqu'à la tête. Dès les premiers temps qu’il s’adonna à son art, il fut frappé du genre de Callot, dont il se fit d’abord l’imitateur servile; mais plus lard il abandonna quelques-unsdes caractères particuliers de cette école, et adopta une manière de faire qui était plus la sicnne, quoique fondée encore sur celle de Callot. Ï! rivalisa presque avec Callot dans l'habileté avec laquelle il réussissait à grouper des multitudes de personnages. Aussi, comme le maitre lorrain, trouva-t-il à exécuter de nombreuses gravures de siéses, de fêtes et de sujets compliqués de cette espèce.
Demême que les aspirations de Callot s’étaicnt dirigées versl’Italie, celles de Della Bella se tournèrent vers la France, et lorsque, dans les derniers jours du ministère du cardinal Richelieu, le grand-duc de Florence envoya Alexandre del Nero comme ambassadeur à Paris, Della Bella obtint la permission de l'accompagner. Richelieu était occupé au siége d'Arras, et la gravure de cet événement fut le fondement de la réputation de Della Bella en France, où il demeura environ dix ans. 11 visita ensuite les Flandres ct la Hollande, et fit, à Amsterdam, la connaissance de Rembrandt. Il retourna à Florence en 4650, et y mourut le 93 juillet 1664.
Pendant qu’il était encore à Florence, Della Bella exécuta quatre
1 Les matériaux nécessaires à l’histoire de Della Bella et de ses œuvres se trouvent dans un volume écrit avec soin par C.-A. Joubert, intitulé: Æssai d'un cataluque de l'œuvre d’Étienre de la Bella, in-8°. Paris, 1772.
dessins de nains tout à fait dans le genre grotesque de Callot. En 1637, lors du mariage du grand-duc Ferdinand II, Della Bella publia les gravures des différentes scènes ou spectacles donnés à cette occasion. Ces scènes, qui nécessitèrent l'emploi de machines
et d'appareils compliqués, sont représentées dans six gravures, dont la cinquième, l'Enfer (scena quinta d’inferno), est remplie de furies, de démons et de sorciers qui auraient pu trouver place dans la Tentation de saint Antoine de Callot. Nous en donnons un échantillon dans notre figure 169, où une sor:cière nue se tient à califourchon sur le squelette d’un animal qu'on pourrait croire antédiluvien.
Fig. 169.
En 1642, Della Bella composa une série de petits Caprices, consistant en treize planches, dont la huitième est reproduite par notre
figure 110 représentant une mendiante portant un enfant sur son dos, tandis que devant elle un autre marmot est étendu par terre. Dans cette catésorie de sujets, Della Bella imitait Callot; mais le copiste ne parvint jamais à égaler le maître. Ce qu'il a fait de mieux, comme artiste original, dans le genre burlesque ct la caricature, c’est une série de
Fig. 170.
planches qu’il exécuta en 1648, et qui représentent la Mort emportant des individus de différents âges. Notre figure 171 est une copie de la quatrième planche de cette série : la Mort emporte sur son
épaule une jeune femme qui fait mille efforts pour lui échapper. A la fin du dix-septième siècle, ces Caprices et ces scènes de mascarades commencèrent à perdre de leur vogue, et la caricature et le burlesque prirent de nouvelles formes; inais Callot et Della Bella eurent plus d’un successeur, et leur exemple exerça une influence durable sur l'art.
On ne doit pas oublier qu’à la fin du même siècle un célèbre
artiste d'un autre pays, le fameux Romain de Hooghe, sortit de l'école de Callot, où il avait appris, non pas le talent du burlesque ct de la caricature, mais l’art de grouper habilement des masses de personnages, surtout dans des sujets représentant des épisodes de guerre, des tumultes, des massacres et des processions publiques.
Nous aurons à revenir sur Romain de Hooglhe dans un autre chapitre. De son temps, l’art de la gravure avait fait de grands progrès dans l’Europe continentale, et notamment en France, où il trouvait plus d'encouragement qu'ailleurs; mais il en avait, en somme, fait moins en Angleterre, où il était dans une condition inférieure, sauf une seule exception, celle de la gravure des portraits. On cite deux graveurs distingués en Angleterre, au dix-septième siècle : l’un, Hollar, était Bohémien, et l’autre, Faithorne, quoique Anglais, avait appris son art en France. Ïl ne commenca à se former d’école anglaise que lorsque des graveurs hollandais ct français vinrent, à la suite du roi Guillaume, en poser les fondements en Angleterre.