CHAPITRE XX
Enfance de la caricature politique. — Le revers da jeu des Suisses. — La ca.
ricature en France. — Les trois ordres. — Période de la Ligue; caricatures contre Henri lil. — Caricatures contre la Ligue. — La caricature en France au dix-septiéme siècle. — Le général Galas. — La querelle des ambassa-
deurs. — Caricatures contre Louis XIV; Guillaume de Furstembery.
Nous avons déjà fait remarquer que la caricature politique, dans le sens moderne du mot, ou même la caricature personnelle, était incompatible avec l’état des choses au moyen âge, tant que les arts dela gravure etde l'imprimerie n'eurent pas atteint un développement suffisant. C'est qu’il faut en effet à la caricature une circulation étendue, prompte et facile. La chanson politique ou satirique se transportait en tout lieu par l'intermédiaire des ménestrels ; mais la satire qui s'adresse aux yeux, et que traduisait seulement une sculpture ou une enluminure isolée, avait eu à peine le temps d’être achevée, que déjà elle avait perdu son à-propos, même dans la petite sphère de son influence, et elle restait alors pour les siècles à venir une figure étrange dont la signification échappait à tout le monde. Toutefois, dès le début de l'imprimerie, on compritl'importance de la caricature politique et l’on s'en servit avec fruit. Nous avons vu quel puissant auxiliaire elle fut pour la Réforme, dont l'esprit n’était pas moins politique que relirieux ; mais même avant quele grand mouvement religieux eût commencé, on avait déjà tiré parti de la caricature. Une des premières gravures à laquelle on puisse donner le nom de caricature, — la plus ancienne peut-être de nos caricatures modernes connues, est celle que donne notre figure 172, elle est certainement française et appartient à l’année 1499. L'histoire du temps l'explique suffisamment.
À cette date, le roi de France Louis XIF, qui ne comptait pas encore une année de règne, venait d’épouser Anne de Bretagne et méditait une expédition en Îtalie pour réunir la couronne de Naples
à celle de France. Une pareille expédition lésait de nombreux intérêts politiques, et Louis eut à user de diplomatie avec ses voisins, dont plusieurs étaient radicalement opposés à ses projets ambitieux. Les Suisses, secrètement soutenus, croit-on, par l'Angleterre et les
us Fig. 172.
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Pays-Bas, se montrèrent particulièrement hostiles. Louis, néanmoins, triompha de leur opposition et arriva à renouer l'alliance qui avait expiré sous Charles VII, son prédécesseur. Cette difficulté temporaire avec les Suisses fait le sujet de la caricature que nous reproduisons ci-dessus (fig.172). L'original a pour titre : le Revers
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du jeu des Suisses. Les princes les plus intéressés à la question sont réunis autour d’une table de jeu, à laquelle est assis le roi de France, à droite, vis-à-vis du Suisse et à côté du doge de Venise, placé en face du spectateur, et qui était l’allié de la France contre Milan. Louis XII annonce qu’il a en main un beau jeu, le Suisse reconnaît la faiblesse du sien et le doge abat ses cartes. Dans le fait, le roi de France a gagné la partie. Dans le coin de droite le roi d'Angleterre Henry VIIT, reconnaissable aux trois lions de son blason, est en grande conversation avec le roi d’Espagne. Derrière lui se tient l’infante Marguerite, qui, du coin de l’œil, faitévidemment des signes d'intelligence au Suisse pour lui signaler le jeu de ses adversaires. À côté de la princesse est le duc de Wurtemberg, et, devant celui-ci, le pape Alexandre VI (Borgia), qui, bien qu'allié du roi de France et quelque effort qu'il fasse, ne parvient pas à voir le jeu du roi. Derrière le doge se tient le réfugié italien Trivulce, habile général dévoué aux intérêts de la France. À la droite du doge est l’empereur, qui manie un autre paquet de cartes et qui paraît se réjouir à la pensée qu'il a quelque peu troublé le jeu de Louis XIT. Dans le fond à gauche le comte palatin et le marquis de Montferrat attendent le résultat définitif. Audessous du dernier de ces personnages se montre le duc de Savoie qui se prêtait alors aux projets français. Le duc de Lorraine sert à boire aux joueurs, tandis que le duc de Milan, qui à cette époque jouait en quelque sorte un double rôle, ramasse les cartes tombées à terre, afin de faire un jeu à son usage. Louis XIE mit ses desseins à exécution. Le duc de Milan, Ludovic Sforza, surnommé le Maure, joua mal sa partie, perdit son duché et mourut prisonnier.
Telle est la plus ancienne des caricatures politiques (et elle était purement politique). Mais la question relisieuse ne tarda pas nonseulement à se mêler à la question politique, mais presque à l’absorber, ainsi que nous l'avons fait voir dans notre historique de la caricature sous la Réforme.
Avant cette époque, la caricature politique n’était qu'une affaire entre têtes couronnées ou entre les rois et leurs nobles; mais l’agitation religieuse avait donné naissance à un vaste mouvement social qui mit en jeu les sentiments et les passions populaires. Ces éléments nouveaux donnèrent à la caricature une valeurtoute nouvelle.
Sa puissance grandit surtout dans les classes moyennes et les classes inférieures de la société, c’est-à-dire dans le peuple, le tiers état,
désormais mis en avant. La nouvelle théorie sociale est proclamée dans une estampe dont on trouvera uu fac-simile dans le Musée de la caricature de E.-J. Jaime, et qui, par le genre et les costumes, paraît être allemande. Les trois ordres : l'Église, la noblesse et le peuple, représentés respectivement par un évêque, un chevalier etun laboureur, se tiennent debout sur le globe dans une égalité méritoire, chacun recevant directement du ciel, les emblèmes de ses attributions : l’évéque la Bible, le laboureur la houe et le chevalier l’épée, qui va lui servir à défendre les autres. Cette estampe (fig.173), qui porte pour titre ces mots latins : Quis Le prætulilt? « Qui t'a choisi ? » appartient probablement à la première moitié du seizième siècle.
Fig. 178. Une peinture de l'hôtel de ville d'Aix, en Provence, représente le même sujet d’une façon beaucoup plus satirique, destinée à rendre les trois ordres tels qu'ils étaient et non pas tels qu'ils auraient dù être. La main divine soutient, du haut du ciel, un immense cadre en forme de cœur renfermant une peinture qui représente un roi agenouillé devant la croix, allégorie tendant à indiquer que le pouvoir civil doit être soumis au pouvoir ecclésiastique.
Les trois ordres sont représentés par un cardinal, un noble et un paysan.
Ce dernier ploie sous le faix du cadre en cœur, qui repose tout entier sur ses épaules. Le cardinal et le noble, celui-ci revêtu du costume des mignons de la cour, posent la main sur le
cadre, à droite et à gauche, de manière à montrer qu'ils n’en supportent pas tout le poids.
Au milieu de l'agitation à laquelle la France fut en proie dansle cours du seizième siècle, la caricature disparaît un instant ; on n’en trouve que des traces très-rares. La réforme religieuse y était plutôt aristocratique que populaire, et les réformateurs cherchaient moins à exciter les sentiments de la multitude, qui, à vrai dire, se portaient généralement dans la direction opposée. La relision de Calvin avait, en outre, un cachet de tristesse qui contrastait singulièrement avec la gaieté de celle des sectateurs de Luther, et les factions en France cherchaient plutôt à s’entr'égorger qu'à se moquer les unes des autres. Les rares caricatures qu'on connaisse de cette époque sont excessivement agressives et grossières.
Nous ne sachions pas qu'on possède de caricatures huguenotes, mais il en existe quelques-unes contre les huguenots. C’est avec la Ligue cependant, on peut le dire, que le goût de la caricature politique a pris racine en France, et y a longtemps continué de fleurir plus que partout ailleurs.
Les premières caricatures des ligueurs furent dirigées contre la personne du roi Henri de Valois ; elles sont d'une incroyable brutalité. Il s'agissait alors d’entretenir le fanatisme de la multitude.
Une de ces caricatures représente un démon se présentant au roi pour le convoquer à une réunion des États en enfer ; à distance, on aperçoit un second démon qui s'enfuit en emportant le monarque. Üne autre fait allusion au meurtre du duc de Guise en 1388, que les ligueurs attribuaient aux conseils de d'Épernon, l’un des favoris de Henri. Elle est intitulée : Suufflement et conseil diabolique de d'Epernon à Henri de Valois pour saccager les catholiques. Au centre de la composition est placé le roi et à côté de lui d'Épernon, qui lui souffle dans l'oreille avec un soufflet; à leurs pieds, sur le premier plan, gisent les corps décapités des deux frères catholiques, le duc de Guise et son frère le cardinal, tandis que l’exécuteur des vengeances royales tient par les cheveux les têtes des victimes. Dans le lointain on aperçoit le château de Blois, où s’est passé le drame ; à gauche, le cardinal de Bourbon, l'archevêque de Blois et d’autres amis des Guises expriment l’horreur que le forfait leur inspire. Henri II fut lui-même assassiné l’année suivante, et les caricatures contre sa personne devinrent encore plus brutales pendant la période durant laquelle les ligueurs
essaytrent de mettre sur le trône un souverain de leur choix. Quelques-unes le représentent sous le nom de Henri le Monstrueux ; d’autres, intitulées les Hermaphrodites, le montrent sous les formes qui font allusion aux vices infâmes dont on l’accuse.
Bientôt néanmoins le courant de la caricature se tourna dans la direction opposée, et aux insultes grossières employées par les ligueurs succédèrent les œuvres spirituelles de satiristes et de caricaturistes qui, de la plume et du crayon, prirent parti pour Henri 1V. La satire, en fin de compte, était l’arme la plus formidable, mais la caricature avait le mérite de mettre sous les yeux de certaines gens d’une manière plus saisissante ce que les pamphlets avaient raconté déjà. La caricature des Hermaphrodites, par exemple, était fondée sur un pamphlet satirique contre Henri IE, intitulé l'Isle des Hermaphrodites. Il en est de même aussi des caricatures contre les ligueurs, mentionnées plus haut.
Les États tenus à Paris par le duc de Mayenne et les lisueurs, dans le but d'élire un nouveau roi en opposition à Henri de Navarre, fouruirent le sujet de la célèbre Satire Ménippée, dans laquelle les actes de ces États étaient admirablement ridiculisés. Quatre éditions à un grand nombre d’exemplaires se vendirent en quelques mois. Plusieurs caricatures naquirent de ce livre remarquable ou l’accompagnèrent. Du nombre de ces dernières est une grande cstampe intitulée la Singerie des États de la Ligue, l'an 4593. Les membres des États et les liguenrs y sont représentés avec des têtes de singes. La partie centrale représente l'assemblée des États que le duc de Mayenne, lieutenant général du royaume, préside sur un trône. Au-dessus de lui est un grand portrait de l'infante d’Espagne, l'Espousée de la Lique, comme elle est abpelée dans la satire, toute prête à épouser le premier venu que les États déclareront roi de France. Dans des fanteuils, de chaque coté de Mayenne, sont assises deux dames d'honneur de ladite future épouse. À gauche, sur une file, siégent les membres du célèbre conseil des Seize, réduits à douze à cette époque, parce que, pour les rendre un peu moins turbulents, le duc de Mayenne en avait fait pendre quatre. Ils portent les couleurs de la future épouse. En face d'eux sont les représentants des trois ordres, tous dévoués, est-il dit, « au service de ladite princesse. » Devant le trône se tiennent les deux musiciens de la Ligue : l’un est l’aveugle Phelipottin, le joueur de vielle de la Ligue ; son acolyte, qui joue
du triangle, est « le pensionné de la future épouse. » Ces artistes étaient chargés de divertir l'assemblée dans les intervalles des discours des divers orateurs.
Tout ceci est une satire contre les efforts du roi d'Espagne pour mettre sur le trône de France un monarque de son choix. Assis sur un banc, derrière les musiciens, sont les députés de Lyon, de
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Fig. 174.
Poitiers, d'Orléans et de Reims, villes où l'influence de la Ligue était dominante.
Une bonne partie de cette scène est représentée dans notre figure 174.
L'Assemblée des États met en scène d'autres groupes de personnages, puis de chaque côté est un compartiment distinct : ce- Jui de gauche représente une forge sur laquelle on voit épars les fragments d’un roi placés là pour être refondus, et une multitude
de singes armés de marteaux el disposés à se mettre au travail; le compartiment de droite représente un acte de tyrannie bien connu alors, commis par les États de la Ligue.
Une autre grande gravure, d’une bonne exécution, publiée à Paris en 1394, immédiatement après l'entrée de Henri IV dans sa capitale, représente aussi la grande procession de la Ligue, telle qu'elle est décrite au commencement de la Satire Ménippée. Elle avait pour butde ridiculiser l’esprit belliqueux du clergé catholique français ; elle est intitulée la Procession de la Ligue.
Le triomphe de Henri IV sur la Ligue fait le sujet d’une série de trois caricatures, ou plutôt peut-être d’une caricature à trois compartiments. Le premier, intitulée la Naissance de la Ligue, représente celle-ci sous la forme d’un monstre à trois têtes, l'unc de loup, l’autre de renard, la troisième de serpent, — qui sort de l'enfer. Au-dessous sont les vers suivants :
L'enfer, pour asservir soubs ses loix tout le monde, Vomit ce monstre hideux, fait d'un loup ravisseur,
D'un renard envieilly, et d’un serpent immonde, Affublé d'un manteau propre à toute couleur.
Le second compartiment représente la chute de la Ligue. C'est celui que reproduit notre figure 175 ; il a pour titre: le Déclin de la Ligue.
Henri de Navarre, sous la forme d'un lion, s'est jeté sur le monstre, et il était temps, car l’horrible bête à déjà saisi la couronne et le sceptre.
A l'horizon, le soleil de la prospérité nationale se lève sur la France.
Le troisième compartiment, les Effets de la Ligue, représente la destruction du royaume et le massacre du peuple, œuvres de la Ligue.
Les caricatures se multiplièrent en France pendant le dix-septième siècle; mais elles sont si compliquées ou si obscures, que l’explication de chacune d'elles exigerait une dissertation complète. Souvent d'ailleurs elles ont trait à des événements qui aujourd’hui .n’offrent plus que très-peu d'intérêt. Il en parut plusieurs assez spirituelles au temps de la disgrâce du maréchal d’Ancre et de sa
Fig. 176.
femme. La guerre peu glorieuse des Pays-Bas, en 1635, fournit le prétexte de quelques autres, car en France on sait rire des revers comme on rit des succès, et l'on essaya de s’amuser aux dépens du général impérialiste Galas, qui avait forcé les armées françaises à battre en retraite. Galas était affligé d’une obésité notoire; les caricaturistes du jour profitèrent de leur mieux de ce défaut de nature. Notre figure 176 est empruntée à une gravure dans laquelle le développement abdominal du général est, on en conviendra, quelque peu exagéré. Galas est représenté, non sans quelque
raison, comme bouffi de son importance, laquelle s'évapore en fumée. Avec cette fumée s’échappent de sa bouche les vers suivants, par lesquels il proclame lui-même sa grandeur :
Je suis ce grand Galas, autrefois dans l'armée
La gloire de l'Espagne et de mes compagnons; Maintenant, je ne suis qu’un corps plein de fumée, Pour avoir trop mangé de raves et d'oignons; Gargantua jamuis n'eut une telle panse, etc.
Les caricatures commencèrent à se multiplier en France vers le milieu du dix-septième siècle; mais le despotisme monta sur le trône avec Louis XIV. La liberté de la presse, sous toutes ses formes, cessa d’exister, et les caricatures ayant trait à la politique française, à moins de venir du parti de la cour, durent être publiées dans d’autres pays, spécialement en Hollande. [1 suffira d'en donner deux exemples tirés du règne de Louis XIV.
En l'année 1661, une dispute s'éleva à Londres entre l’ambassadeur de France, M. d'Estrades, et l'ambassadeur espagnol, le baron de Batteville {, sur une question de préséance ; les choses allèrent si loin, qu’il en résulta une émeute daus les rues de la capitale anglaise. Au même moment, un nouvel ambassadeur espagnol, le marquis de Fuentes, se dirigeait vers Paris; mais Louis XIV, indigné de la conduite de Batteville à Londres, donna l'ordre d'arrêter Fuentes à la frontière et de lui faire défense d'aller plus loin. Le roi d'Espagne désavoua l'acte de son ambassadeur en Angleterre; Batteville fut rappelé et Fuentes reçut l’ordre de faire des excuses au roi de France. Cet incident devint le sujet d’une caricature assez outrecuidante dont notre figure 477 donne la plus grande partie. Elle porte pour titre : Batteville vient adorer le soleil.
Dans l'original, on voit, au coin de droite, un soleil éclatant dont le disque représente la figure juvénile de Louis XIV, mais le cari- Caturiste paraît avoir substitué Batteville à Fuentes. Au-dessous de cette composition sont placés les vers suivants :
On ne va plus à Rome, on vient de Rome en France Mériter le pardon de quelque grande offense.
L'italie tout entière est soumise à ses lois; Un Espagnol s'oppose à ce droit de nos ruis.
1 Plus correctement Vatieville ou Watteville.
Mais un Français puissant joua des bastonnades, Et punit l’insolent de ses rodomontades.
À partir de ce moment, les Espagnols furent livrés aux caricaturistes. Toutefois les caricatures (ou plutôt le recueil de caricatu=
Fig. 177.
res) les plus vigoureuses du règne de Louis XIV vinrent de l'’étranger , elles étaient dirigées contre le roi, ses ministres et ses courtisans.
La révocation de l’édit de Nantes, qui eut lieu en octobre 1685,
fut précédée et suivie d’atroces persécutionscontre les protestants, persécutions qui privèrent la France de quelques-uns de ses citoyens les plus intelligents et les plus utiles. Les émigrés, qui s’expatrièrent en masse de plus d’une province, se réfugièrent de préférence dans les pays les plus hostiles à Louis XIV,— l’Angleterre et la Hollande, — où ils pouvaient donner carrière à leur haine contre leurs oppresseurs.
De ce dernier pays, où ils jouirent de la plus grande liberté d’action, se répandit bientôt une avalanche de livres, de pamphlets et d’estampes contre le roi de France et ses ministres, entre autres le recueil dont nous venons de parler, lequel est fort remarquable.
Il est intitulé les Héros de la Ligue, ou la Procession monacale conduile par Louis XIV pour la conversion des protestants de son royaume. Il consiste en une série de vingt-quatre figures grotesques, destinées à représenter les ministres et les courtisans du « grand roi » les plus odieux aux calvinistes.
Ces caricatures durent irriter à un haut degré ces personnages. Nous allons en donner un échantillon, et, comme il est difficile de choisir, nous prenons la première de la collection. Elle représente Guillaume de Furstemberg, un des princes allemands dévoués à Louis XIV, et qui, à force d’intrigues, s'était fait donner l'archevêché de Cologne, dignité qui le rendait électeur de l’Empire. Les protestants français ne manquaient pas de raisons pour détester Guillaume de Furstemberg; mais ce qui n’est pas très-clair, c’est le motif qui le fit représenter sous l’accoutrement d'un marchand des halles !, Sur l'original on lit en haut de
Fig. 178.
1 Cet accoutrement nous paraît bien plutôt celui d'un sacristain ; l'éteignoir à cierge passé dans le capuchon semble l'indiquer clairement, — 0. S.
l’'estampe : « Guillaume de Furstemberg crie : Ile, missu est.» En bas est le quatrain suivant :
J'ai quitté mon pays pour servir à la France,
Soit par ma trahison, soit par ma lâcheté ;
J'ai troublé les États par ma méchanceté, Use abbaye est ma récompense.