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CHAPITRE XXIV

La caricature anglaise au temps de Georges II. — Les éditeurs d'estampes anglais. — Les artistes employés par eux. — Le long ministire de sir Rol:ert Walpole. — Guerre avec la France. — Ministère Newcastle. — Intrigues d’0-

péra. — Avénement de Georges IT, et lord Bute au pouvoir.

À l’avénement de Georges IT, le goût de la caricature politique augmenta considérablement; ce genre de publications était devenu presque une nécessité de la vie sociale. À cette époque aussi, il s'était établi une école anglaise distincte de caricature politique, et les éditeurs d’estampes devinrent plus nombreux et prirent une position plus importante dans le commerce des produits de la littérature et des arts.

Parmi les plus anciens de ces éditeurs, le nom de Bowles occupe une place éminente. L'estampe burlesque de Hogarth sur l'opéra des Gueux, publié en 1728, fut « imprimée pour le compte de John Bowles, au Cheval noir, dans Cornhill. » Quelques exemplaires de l’estampe du Roi Henry VIII et Anna Bullen, gravée par le même grand artiste, la même année, portent la mention éditoriale de John Bowles; d'autres furent « imprimés pour le compte de Robert Wilkinson, Gornhil}, de Carington Bowles, cloître de Saint-Paul (Saint Paul's church yard), et de R. Sayer, Fleet street. » Les Joyeusetés de la Foire de Southwark, par Hogarth, furent aussi publiées, en 1733, par Carington et John Bowles. Ce Carington Bowles était peut être mort en 17353; car, en cette année, la caricature intitulée Ressentiment anglais porte la mention éditoriale : « Imprimé pour le compte de T. Bovwles, cloître de Saint-Paul, et de John Bowles et fils, Cornhill. » John Bovwles paraît avoir été le frère du premier Carington Bowles du cloître Saint-Paul. Un de ses fils, nommé Carington, prit la suite de cette maison, qui, sous lui et son fils, nommé comme lui Carington, et ensuite sous la raison sociale Bowles et Carver, est arrivée jusqu’à la génération présente. Une autre maison de vente

d’estampes, très-célèbre aussi, fut établie dans Fleet street, par Thomas Overton, probablement dès la fin du dix-septième siècle. À la mort de celui-ci, la maison fut achetée par Robert Sayers, graveur à la manière noire, artiste de mérite, dont le nom figure comme Co-éditeur d’une estampe de Hogarth en 1729. Overton fut, dit-on, l’ami personnel de Hogarth. La suite des affaires de Savers fut prise par le graveur Laurie, son élève, qui, lui-même, transmit son commerce à son fils Robert-H. Laurie, bien connu dans la Cité. Cette maison devint plus tard la maison Laurie et Whittle. Elle subsiste encore dans Fleet street, au n° 33; c’est le plus ancien établissement de Londres pour la publication des cartes de géographie et des estampes.

Sous le règne de Georges IT, le nombre des éditeurs de caricatures se multiplia ; entre autres, nous trouvons le nom de J. Smith, « à la tête de Hogarth, dans Cheapside, » attaché à une caricature publiée au mois d'août 17356; ceux d'Edwards et de Darly, « au Gland d’or, vis-à-vis de Hungerford, dans le Strand, » qui publièvent aussi des caricatures pendant les années 1756 et 1751. Des caricatures et des cstampes burlesques furent publiées par G.Bickham (May's Buildings), dans Covent-Garden; une caricature dirigée contre l'emploi des troupes étrangères, et intitulée : une Nourrice pour les Hessois, porte la mention : « Vendue May's DBuildings, dans Covent-Garden, où l'on en trouve cinquante autres. » Le Spectacle rare, publié en 1760, se vendait « au magasin d'estampes politiques de Sumpter, dans Fleet strect, » et plusieurs caricatures sur le costume du temps, notamment sur les Macaronis (petits-maîtres), vers l’année 1779, furent publiées par F. Bowen, « en face de Haymarket, dans Piccadilly. » On trouve aussi, vers le milieu du siècle dernier, Sledye, « marchand d’estampes, Henrictta street, Covent-Garden. » Entre autres estampes burlesques, Bickham, May's Buildings, publia une scrie d'images des diverses professions, représentées par les différents outils, etc., employés pour chacune d'elles.

La maison de Carington Bowles, du cloître de Saint-Paul, publia, dans le cours du dernier siècle et de celui-ci, un nombre immense de caricatures du caractère le plus varié, mais consistant plutôt en scènes comiques de la société qu’en sujets politiques; plusieurs étaient gravées à la manière noire et assez vigoureusement coloriées. De ce nombre étaient des cariratures sur les modes

et les faiblesses du temps, sur des accidents, des épisodes comiques, des circonstances ordinaires de la vie, des caractères, etc. ; elles sont souvent dirigées contre les hommes de loi, les prêtres, et surtout les moines et les frères; car le sentiment anticatholique était très-prononcé au siècle dernier. J. Brotherton, New Bond street, n° 1432, publia beaucoup de caricatures de Bunbury; tandis que la maison Laurie et Whittle employait surtout les Cruikshank.

Mais l'éditeur d’estampes qui publia peut-être le plus de caricatures fut S.-W. Fores, établi d'abord dans Piccadillv, au nüméro 3, puis, plus tard, au numéro 50, au coin de Sackville strect, où le nom subsiste encore. Fores semble avoir été très-fécond en expédients ingénieux pour étendre le cercle de ses affaires. Îl forma une espèce de bibliothèque de caricatures et d’autres estampes, et fit payer le droit de les feuilleter chez lui; ensuite, il adopta le système du prèt à domicile par portefeuilles pour des soirées, et ces portefeuilles de caricatures devinrent un amusement à la mode dans les dernières années du dix-huitième siècle. Parfois, il avait recours à quelque curiosité héttroclite pour ajouter aux attraits du magasin. Ainsi, sur les caricatures publites en 4790, on trouve la mention que : « le Musée de caricatures de Fores renferme la collection la plus complète du royaume, ainsi que la téte et la main du comte Struenzée; prix d'entrée : À shilling. » Les caricatures contre les révolutionnaires français, publiées en 1793, sont indiquées comme publiées par « S.-W, Fores, Piccadillr, n° 3, où l'on voit un modèle complet de la guillotine; prix d'entrée : 1 shilling. » Sur quelques estampes, il est dit que ee modèle a six pieds de haut.

Parmi les artistes employés par les éditeurs d’estampes du temps de Gcorges IT, nous trouvons encore un certain nombre d'étrangers. Coypel, qui caricatura l'Opéra à l’époque de Farinelli et contretit Hogarth, appartenait à une famille distinguée de peintres francais. Goupy, qui caricatura aussi les artistes de l'Opéra, en 1727, et Boitard, qui travailla activement pour Carington Bowles, de 1750 à 1770, étaient également Français. Liotard, autre caricaturis'e de l’époque de Georges IL, était natif de Genève. Les noms de deux autres, Vandergucht et Vanderbank, disent assez leur origine hollandaise. Au nombre des caricaturistes anglais qui travaillèrent pour la maison Bowles, furent Georges Bickham, frère de l'éditeur

d’estampes; John Collet et Robert Dighton, avec d'autres de réputation moindre. R. Attwold, qui publia des caricatures contre l'amiral Byng en 1750, fut un imitateur de Hogarth. — Parmi les Caricaturistes moins renommés des vingt-cinq dernières années du dix-huitième siècle, nous citerons Mac Ardell, dont l’estampe l’Averse du parc, représentant la confusion causée parmi la société élégante sur le Mail dans le parc de Saint-James, par une averse soudaine, est si connuc; et aussi Darley. Paul Sandby, qui fut patronué par le duc de Cumberland, exécuta des caricatures sur Hozgarth.

Plusieurs de ces artistes des premiers temps de la caricature anglaise paraissent avoir été mal payés. Le premier des Bowles se vanta, dit-on, d'avoir acheté un grand nombre de gravures pour un peu plus de la valeur intrinsèque de la planche de métal. Le goût croissant de la caricature avait aussi multiplié les amateurs, parmi lesquels il faut nommer la comtesse de Burlington et le général Townshend, devenu plus tard le marquis Townshend. Lady Burlington était l'épouse du comte de Burlington qui fit construire Burlington House, dans Piccadilly. Elle était l'âme de l’une des factions soulevées par des disputes relatives à l'Opéra, à la fin du règne de Georges F*, et passe pour avoir dessiné la fameuse caricature sur Cuzzoni, Farinelli et Heidegger, laquelle fut gravée à l’eau-forte par Goupy, qu’elle avait pris sous son patronage. Îl ne faut pas oublier que Bunbury lui-même était, ainsi que Sayers, un simple amateur; et, entre autres amateurs, on peut citer encore le Capitaine Minshull, le capitaine Baillie et John Nixon. Bunbury excrça son crayon contre les « macaronis » {c’est ainsi qu’on appelait les dandies des premières années du règne de Georges Ill) ; une de ses caricatures, intitulée : le Cabinet de toilette du Macaroni, a joui d'une popularité toute particulière.

La caricature politique prit tout son essor sous le ministère de sir Robert Walpole, lequel ne dura pas moins de vingt ans, à dater de 1721. Dans la période qui l'avait précédé, on avait accusé les whigs d'avoir inventé la caricature; mais alors ce furent certainement les tories qui recueillirent les plus grands bénéfices de l'invention; car, pendant plusieurs années, la plupart des caricatures qui furent publiées étaient dirigées contre le ministère whig. C'est aussi un trait distinctif assez curieux de la société de cette époque, que de voir les femmes preudre tant d'intérêt à la poli-

tique, qu'il était de mode d’avoir des caricatures sur les éventails, aussi bien que sur d'autres objets également d’un usage personnel. En outre, l’idée populaire de ce qui constituait une caricature était encore si peu fixe, qu’on appelait ordinairement les caricatures des hiéroglyphes, terme qui, il est vrai, n’était pas mal choisi, car les caricatures étaient tellement compliquées, tellement remplies d’allusions mystérieuses, qu'il n’est pas du tout facile aujourd’hui de les comprendre ou de les apprécier.

Vers l’année 1739, les caricatures politiques étaient en progrès,

comme esprit et comme dessin; mais il fallait encore d'assez longs commentaires pour les rendre intelligibles. Une des plus célèbres fat provoquée par la motion faite dans la Chambre des communes, le 45 février, contre le ministère Walpole; c'est une satire contre l'opposition, dont les membres sont représentés comme si pressés de courir aux places, qu'ils se renversent étourdiment les uns les autres avant d’atteindre leur but. Le parti de l’opposition riposta

par une contre-parltie intitulée la Raison, qui, sous quelques rapports, était la parodie de l’autre, mais inférieure par le trait et l'esprit. En même temps, parut une autre caricature contre le ministère, intitulée le Motif, qui en provoqua une autre encore : la Conséquence de la motivn, suivie le lendemain par celle des Libertins politiques ou Motion sur motion, tandis que les adversaires du gouvernement produisirent aussi leur caricature, intitulée les Bases, atiaque violente et grossière contre les whigs.

Entre autres caricatures publiées à cette occasion, une des meilleures est celle qui porte le titre de les Funérailles de la faction ; elle est datée du 26 mars 1741. Audessous, on lit ces mots:

« Funérailles dirigées par le Squire S—s, » par allusion à Sandys, qui avait fait la motion dans la Chambre des communes, et qui avait ainsi entraîné son parti à une défaite signalée.

Parmi les principaux pleureurs du cortége, on voit les journaux de l’opposition : the Craftsman (l'Artisan), créé par Boling-

| Fig. 197. broke et Pulteney; the

Champion (le Champion),

qui était encore plus agressif; the Daily-Post (le Courrier quoti-

dien), the London and Evening Post (le Courrier de Londres et

dujsoir) ; et the Common Sense Journal (le Journal du Sens commun). Ce groupe en deuil est représenté dans notre figure 196.

À partir de celte époque, il n’y eut point de trêve dans la publication des caricatures ; leur nombre, au contraire, sembla augmenter tous les ans, jusqu'au moment où un nouvel aliment fut donné à lu verve des dessinateurs, dans la guerre avec la France en 1733 et les intrigues ministérielles des deux années suivantes. La guerre, acceplée avec répugnance par le gouvernement anglais, qui y était mal préparé, fut le sujet d'un grand mécontentement, quoique tout

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d'abord on eût conçu l’espérance de grands succès. Une des caricatures publiées sous cette première impression, à une époque où une flotte anglaise était mouillée devant Louisbourg, au Canada, est intitulée : le Kiessentiment anglais, ou les Français bloqués dans Louisbourg. Elle était duc au crayon de l'artiste français Boitard. Un des groupes qui y figurent représente le marin anglais plein d'ardeur et malmenant le Français qui se désespère. Reproduit dans notre figure 197, il peut servir de spécimen de la manière de Boitard.

La mode vint alors d'imprimer sur ses cartes des caricatures

politiques dans des proportions réduites, et de soixante-quinze de ces cartes on composa un petit volume, sous le titre de : Histoire politique et satirique des années 1756 et 1757, en une série de soixante-quinze planches spirituelles et divertissantes, contenant tous les faits, les personnages et les caricatures les plus remarquables de ces deux années mémorables (Londres ; imprimé pour le compte d’E. Morris, près de Saint-Paul). Les mentions éditoriales des planches (qui portent les dates de leurs diverses publications) nous apprennent qu'elles sortaient du célèbre magasin de Darly et Edwards, au Gland, en face de Hungerford, Strand. Ces caricatures commencent par les relations étrangères de l'Angleterre et expriment l’opinion que les ininistres sacrifiaient les intérêts du pays à l’influence française. Dans l'une d'elles (reproduite par notre fisure 198), intitulée : l'Angleterre enlaidie, ou

les Habilleurs français, le ministre Newcastle, en femme, et son collègue Fox ont revêtu la Grande-Bretagne d’une robe neuve à la française, qui ne Jui va pas. La Grande-Bretagne s’écrie : « Rendez-moi mes habits. Je ne peux pas remuer les bras dans ceux-ci; en outre, tout le monde se moque de moi. » Newcastle répond d’un ton quelque peu impérieux : « Chut, tenez-vous tranquille, vous n’ayez pas besoin de remuer les bras ; à quoi bon?» De son côté, Fox, d’un tonplus insinuant, lui offre une fleur de lis, en lui disant : « Tenez, madame, mettez cela à votre ceinture, tout près de votre cœur. » Les deux tableaux qui ornent les murs de Ja chambre représentent une hache et une corde, et au-dessous on lit : « Les délégués du pouvoir habilleront-ils ainsi notre génie ?

Qu'ils se souviennent qu'il arrive une heure d'expiation où il faut rendre compte, et alors gare les cols. »

Une autre planche de cette série développe plus clairement cette dernière idée. C'est une attaque contre les ministres, qu’on croyait occupés à s'enrichir aux dépens de la nation ; elle est intitulée le Diable oiseleur. D'un côté, pendant que Fox s’agite avidement pour ramasser l'or, le diable le prend dans un nœud cou- Jant suspendu au gibet ; de l'autre côté, un autre démon fait tomber la hache fatale sur Newcastle, qui se livre au même exercice. Cette dernière caricature (voir notre figure 199) porte ce titre : un Niais mordant à l’amorce, pendant que l'oiseleur fait tomber une hache. Disposé comme il l’est, cet instrument de supplice est l’image parfaite d'une guillotine, longtemps avant le règne de celle-ci en France.

Le troisième échantillon qne je citerai de ces caricatures est intitulé l’Idole ; il a pour sujet les extravagances et les jalousies personnelles se rattachant à l'Opéra italien. La rivalité entre Mingotti et Vanneschi y faisait alors autant de bruit que celle entre Cuzzoni et Faustina quelques années auparavant. La première de ces ar-

tistes ne jouait que quand la fantaisie lui en prenait; c’est à grand’peine qu'on la décidait à chanter un petit nombre de fois pendant la saison, et Ce moyennant des traitements excessifs : deux mille livres sterling, dit-on. Dans la caricature dont je parle, la cantatrice, debout sur un tabouret, sur lequel est écrit : « Deux mille livres par an, » reçoit les adorations de ses admirateurs. Immédiatement devant elle on voit un membre de l'Église agenouillé:

et s'écriant : « Gloire à toi, maintenant et à jamais! » Dans le fond paraît une femme tenant en l'air son bichon, animal alors à la mode, et disant à la favorite de l'Opéra : « Il n’y a que ce petit chien et vous que j'aime. » Derrière l’ecclésiastique on voit à genoux d'autres hommes, tous personnages de distinction, et en dernier lieu un noble et sa femme ; le mari tient à la main un billet de deux mille livres, prix de son abonnement à l'Opéra, et dit, en forme de remarque : « Nous n’aurons que douze chansons | pour tout cet argent. » À quoi la dame répond avec un superbe dédain : « Eh bien, c’est assez pour cette mesquine bagatelle. » L'idcle, en retour de tous les hommages, chante d’un air assez maussade :

Tra la la 6 vous, êtres infimi, Mon nom est Miogotti,

Si vous ne m'adorez pli, Vous irez tous au diabli #1.

Pendant les dernières années du règne de Georges Il, sous l’administration vigoureuse de William Pitt, il régna dans la politique intérieure du pays un calme qui présenta un étrange contraste avec l’agitation des années précédentes. Les factions semblaient avoir rentré les cornes, etil y eut comparativement peu à faire pour le caricaturiste. Mais ce calme ne fut que de courte durée après la mort de ce prince, et le nouveau règne fut marqué dès son début par les symptômes d’une agitation politique imminente et du genre le plus violent. Les artistes satiriques, qui jusque-là s'étaient contentés d’autres sujets, se sentirent la tentation de s'embarquer sur la mer houleuse de la politique.

De ce nombre fut Hogarth, dont nous raconterons dans notre prochain chapitre les mésaventures comme caricaturiste politique.

Jamais peut-être aucun nom ne provoqua une plus grande quantité de cari-— catures et d'attaques satiriques que celui de lord Bute, qui, grâce à la faveur de la princesse de Galles, gouverna en maître à la cour pendant la première partie du règne de Georges III. Bute s'était adjoint au ministère, comme un collègue sur lequel il pouvait compter, ce même Henry Fox qui devint plus tard le prernier lord Holland et qui s'était enrichi avec l'argent de la nation. Ces deux ministres paraissaient viser à la substitution du pouvoir arbitraire au gouvernement constitutionnel. Fox était ordinairement représenté dans les caricatures avec la tête et la queue (quelque peu

1 Il est bon de noter que dans l'original toutes les désinences anglaises de ce quatrain sont italianisées pour rimer avec Mingotti. — 0. S.

exagérées) de l'animal dont il avait le nom (renard), tandis que Bute, par suite d’un très-mauvais calembour sur son non, était, lui, représenté revêtu du costume écossais et chaussé de deux grandes bottes, ou quelquefois d'une seule, de dimenssion encore plus considérable. Dans ces caricatures, Bute et Fox sont généralement ensemble. Ainsi, un peu avant la démission du duc de Newcastle en 1163, il parut une caricature intitulée : la Chambre d'enfants de l'Etat, où les différents membres du ministère formé sous l'influence de lord Bute sont représentés comme se livrant à des jeux d'enfants. Fox, en qualité de chef de file des majorités parlementaires, est à cheval, armé de son fouet, sur les épaules de Bute {voir notre fizure 201), tandis que le duc de Newcastle, revêtu d’un office plus servile, fait la bonne et balance le berceau. Les vers qui accompagnent cette caricature décrivent ainsi le premier de ces groupes (Fox est communément désigné dans la satire sous la dénomination de Volpone) :

D'abord, vous voyez le vieux sournois de Volpone À cheval sur les robustes cpaules Du favori Sawny.

Tra la la la.

Le nombre des caricatures publiées à cette époque fut très-considérable; elles étaient presque toutes dirigées contre Bute et Fox, la princesse de Galles et le gouvernement qu'ils dirigeaient. La caricature, en ce temps-là, alla jusqu’à la licence la moins désuisée, etl’on vitles plus grossières allusions aux prétendues relations secrètes du ministre avec la princesse de Galles; la plus innocente peutêtre de ces allusions fut l’addition d'un jupon à la botte, comme symbole de l'influence sous laquelle le pays était gouverné.

Dans les charges de cortéges et de cérémonies, on faisait généralement figurer un Écossais portant la bannière de la botte et du jupon. Lord Bute, effrayé de la haine qui s'était ainsi amassée contre lui, chercha à arrèter le torrent en employant les satiristes à defendre le gouvernement. Pas n'est besoin de rappeler qu’au nombre de ces auxiliaires mercenaires fut le grand Hogarth luimême, qui accepta une pension et publia, dans le courant de septembre 1762, sa caricature intitulée l'Époque (the Times), 1" n0vembre.

Hogarth n’excella pas dans la caricature politique, et cette es-

tampe renferme peu de qualités de nature à l'élever au-dessus des publications d’un caractère analogue. C'était le moment où les négociations relatives au traité de paix impopulaire de lord Bute suivaient leur cours. La satire de Hogarth est dirigée contre la politique étrangère de l’ex-ministre Pitt. Elle représente l’Europe dans un état de conflagration générale et les flammes atteignant déjà la Grande-Bretagne. Pendant que Pitt souffle le feu, Bute, avec une troupe de soldats et de marins assistés de ses Écossais favoris, travaille à l’éteindre. Il en est empêché par l'intervention du duc de Newcastle, qui apporte une brouette pleine de Monitors et de North Britons, journaux de l'opposition violente, pour alimenter les flammes.

Les plaidoyers, à la plume ou au crayon, des mercenaires de Bute rendirent peu service au gouvernement ; ils ne firent que provoquer un redoublement d'activité de la part de ses adversaires.

La caricature de Hogarth attira plusieurs réponses, dont une des meilleures fut une grande estampe intitulée : le Spectacle ambulant (The raree Show), contre-partie politique de la gravure de William Hogarth, the Times. Ici c'est la maison de John Bull qui est en feu, et les Écossais s’en réjouissent en dansant. Au centre du tableau on voit une grande baraque de comédiens, par une fenêtre de laquelle Fox passe la tête et montre du doigt l’enseigne, qui représente Énée et Didon entrant ensemble dans la caverne, avant-goût de la scène qui se joue au naturel dans la baraque. C’est une allusion aux propos qui circulaient généralement sur le compte de Bute et de la princesse, lesquels, cela va sans dire, étaient l’Énée et la Didon de la pièce. Tous deux apparaissaient en outre sous les

costumes de ces rôles sur l’estrade de la baraque, flanqués de deux écrivains à la solde de Bute : Smollet, qui dirigeait le Brion, et Murphy, qui écrivait dans l’Auditor, l'un souffant dans la trompette et l’autre battant du tambour. Parmi les différents groupes qui remplissent le tableau, on en voit un, derrière la baraque des comédiens, dont l'intention est évidemment une satire contre l'esprit de fanatisme religieux qui à cette époque envahissait le pays. Un prédicateur en pleint vent, monté sur un cscabeau, harangue un auditoire qui n’a pas l'air des plus intelligents; l'inspiration est communiquée à l’orateur d’une façon assez triviale par un esprit qui, assurément, n'est pas l'Esprit - Saint (voir notre tigure 202).

La violence de ces attaques finit par amener la chute de lord Bute, ostensiblement du moins.

Le ministre caricaturé donna sa démission, le 6 avril 1763. Le duc de Cumberland, le héros de Culloden, qui était regardé comme le chef de l'opposition dans laChambre des lords, était alors Fig. 203.

très-populaire. On crut que c'était lui qui avait renversé « la botte, » et sa popularité s’en accrut tout à coup. Le souvenir de ce triomphe fut consacré par un certain nombre de caricatures. L'une d’elles est intitulée : la Botte renversée, ou la Volonté anglaise triomphant : rêve. Le duc de Cuimberland, la cravache à la main, a crossé la Bolte hors de la maison, en criant à un jeune homme en costume de matelot qui lc suit : « Laissez-moi faire, Ned ; je m'entends à traitcrles Ecossais. Souvenez-vous de Culloden. » Le jeune homme répond : « Poussez

ferme, mon oncle, qu’il ne se relève pas. Laissez-moi aussi lui donner mon coup de pied. »

Un groupe presque semblable et parlant un Jangage analogue est introduit dans une caricature de mème date, intitulée : la Botte et la Ganache. Le jeune homme est sans doute censé représenter le neveu de Cumberland, Édouard, duc d'York, qui avait élé promu au grade de contre-amiral, et qui, paraît-il, s'était associé à son oncle pour faire de l'opposition à lord Bute. La « Botte, » comme le fait voir notre figure 203, est entourée de la fameuse « ligne de beauté » de Hogarth, dont il sera parlé plus au long dans le chapitre qui va suivre.

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