‹ Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l'artChapitre 75 sur 102 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Gillray. — Ses premiers essais. — Ses caricatures commencent avec le ministère Shelburne. — Mise en accusation de Warren Hastings. — Caricatures sur le roi; « Nouvelle manitre de payer la dette nationale. » — Raison alléguce de l'hostilité de Gillray contre le roi. — Le roi et les chaussons de pommes. — Travaux postérieurs de Gillray. — Sa folie et sa mort.

Le plus grand des caricaturistes anglais et peut-être de tous les caricaturistes des temps modernes, James Gillray, naquit en l'année 1757. Son père, qui portait comme lui le prénom de James, était Écossais, natif de Lanark. Ayant perdu un bras à la bataille de Fontenoy, Gillray père devint pensionnaire externe de l'hôpital de Chelsea. Îl obtint aussi la place de gardien du cimetière morave de Chelsea, place qu'il conserva pendant quarante ans. Ce fut à Chelsea que naquit James Gillray, son fils. Celui-ci, ayant sans doute montré des dispositions pour les arts, fut mis en apprentissage chez un graveur de lettres; mais, dégoûté au bout de quelque temps, il s’échappa, se joignit à une troupe de comédiens ambulants, et dans cette compagnie subit plus d’une rude épreuve. Toutefois, il revint à Londres, reçut des encouragements comme donnant des espérances d'avenir, et obtint la faveur d’être admis en qualité d'élève à l’Académie royale, — l'institution alors naissante, à la fondation de laquelle Hogarth s'était montré opposé. Gillray ne tarda pas à se faire connaître comme dessinateur et comme graveur; c'est dans cette double capacité qu'il travailla pour les éditeurs. Au nombre de ses premières productions, on cite avec éloge deux illustrations du Village abandonné, de Goldsmith. Longtemps après qu'il se fut fait connaître comme caricaturiste, Gillray continua de graver les dessins d'autres artistes. La plus ancienne caricature qu’on puisse lui attribuer avec quelque certitude, c'est la planche intitulée : Paddy à cheval, et datée de 1779, époque à laquelle il avait vingtdeux ans. Le « cheval » sur lequel est monté Paddvy est un tau-

reau ; le cavalier est placé le visage tourné vers la queue de l’animal. On suppose que c’est une satire des Irlandais, qui avaient alors la réputation d’être des coureurs de fortune. Quoi qu’il en soit, la pointe n’est pas très-apparente, et, à vrai dire, les pre= mières caricatures de Gillray sont pâäles; cependant, c’est chose remarquable de voir quels rapides progrès il fit, et en combien peu de temps il parvint à la perfection. Deux caricatures, publiées en juin et en juillet 473892, à l’occasion de la victoire de l’amiral Rodney, sont regardées comme marquant son début bien tranché dans la politique.

Un caractère distinctif du genre de Gillray, c’est le tact merveilleux avec lequel il saisit dans son sujet les côtés qui prêtent au ridicule, et la vigueur avec laquelle il les met en relief. Sous le rapport de la finesse du dessin et de l’habileté à grouper les personnages, il surpasse tous les autres caricaturistes. Îl était, en effet, né peintre d'histoire, et si les circonstances l'avaient servi, il eût probablement brillé dans cette branche de l’art. On appréciera d’autant plus cette supériorité, qu’on sait qu'il dessinait ses compositions de premier jel sur sa plaque, sans esquisse préalable. À peine lui arrivait-il quelquefois de crayonner sur des cartes ou des bouts de papier quelques contours de portraits d'individus, à mesure qu'ils frappaient ses regards.

Bientôt après la publication des deux caricatures sur la victoire navale de Rodney, le ministère Rockingham fut dissous par la mort de son chef, et il en fut formé un autre sous la direction de lord Shelburne. Fox et Burke se retirèrent, en y laissant leur ancien collègue Pitt, qui abandonna alors le parti whig. De ce moment Fox et Burke furent en butte à toutes sortes d'insultes et de satires outrageantes de Ja part des caricaturistes, entre autres de Sayer, et des journalistes à la solde de leurs adversaires. Gillray prit part à la croisade contre les deux ex-ministres et leurs amis, sans doute parce qu’elle offrait alors la meilleure chance de popularité et de succès. Dans une de ses caricatures, qui est une parodie de Milton, Fox est représenté dans le personnage de Satan, tournant le dos au paradis ministériel, mais regardant d’un œil d’envie par-dessus son épaule l’heureux couple de Shelburne et Pitt, occupés à compter leur argent sur la table du Trésor :

Aside he turned, etc.

Il se retira dévoré d'envie, et avec un sourire jaloux il leur lança un coup d'œil oblique.

Une autre caricature, également de Gillray, est intitulée : Guy Faux et Judas Iscariote. Le premier est représenté par Fox qui, à la lumière de sa lanterne, découvre la défection de son ancien collèsue lord Shelburne, et s'écrie furieux : « Ah! ah! je vous retrouve ; c’est bien vous. Qui a armé les prêtres et le peuple ? Qui a trahi son maître? » A ce point de son exorde, il est interrompu par une riposte railleuse de Shelburne qui, d’un air ravi, emporte la caisse du trésor : « Ah! ah! le pauvre Gunpowder (poudre à canon — allusion à Guy Fawkes, de la conspiration des poudres) est vexé! Hi! hi! tu n'auras pas la caisse, c’est moi qui te le dis, vieil oison ! »

Burke était ordinairement affublé en jésuite, et dans une autre estampe de Gillray (publiée le 25 août 1782) intitulée : Cincinnatus en retraite, Burke est représenté comme réduit à vivre au fond de sa cabane irlandaise, où il est entouré de reliques et d'emblèmes catholiques, au milieu desquels sont des bouteilles et des verres à boire le whisky. Un vase, sur lequel est inscrit : Relique n° 4, dont s’est servi saint Pierre, cst rempli de pommes de terre bouillies, que le jésuite Burke est occupé à peler. Pendant ce temps, trois diablotins dansent sous la table.

En 1783, le ministère Shelburne fut dissous à son tour, et remplacé par le ministère Portland, dans lequel Fox eut le portefeuille des affaires étrangères et Burke devint payeur général de l’armée. Lord North, qui s'était uni aux whigs contre lord Shelburne, obtint alors le poste de secrétaire au département de l’intérieur. Gillray prit ardemment part aux attaques dirigées contre cette coalition de partis, et c'est à dater de ce moment qu’il se lança à corps perdu dans la caricature. Fox notamment, et Burke, toujours en jésuite, devinrent le but constant de ses traits acérés. L'année suivante ce ministère fut renversé à son tour, et le jeune William Pitt arriva au pouvoir, tandis que les anciens ministres, constituant alors l'opposition, étaient devenus impopulaires dans le pays tout entier. Le crayon de Gillray les poursuivit, et ne cessa de livrer au ridicule les figures de Fox et de Burke. Mais Gillray n’était pas un libelliste à gages, comme Sayer et quelques-uns des caricaturistes secondaires de l’époque; évidemment il choisissait ses sujets, jusqu'à un certain point avec indépendance, et il avait si peu d’égards pour Îes ministres ou pour la cour, que la cour et les ministres resseniirent tour à tour les traits de sa satire. Ainsi, lorsqu’en 1187.

la Chambre des communes repoussa le projet des fortifications nationales, — mis en avant, alors qu'il était directeur général de l'artillerie, par le duc de Richmond, qui avait abandonné les whigs pour entrer dans un ministère tory, la meilleure caricature que provoqua cet événement fut celle de Gillray, intitulée : Honni soit qui mal y pense. Elle représente l'horreur qu’éprouve le duc de Richmond en se voyant contraint, avec si peu de cérémonie, d’avaler ses fortifications (fig. 223). C’est lord Shelburne, devenu alors marquis de Lansdowne, qui est représenté comme lui administrant la dose amère.

Quelques mois après, lors du fameux procès de Warren Has-

tings, Gillray prit parti contre les accusateurs, peut-être parce que ceux-ci n'étaient autres que Burke et ses amis; cependant plusieurs des caricatures de l'artiste sur cette affaire sont dirigées contre les ministres et même contre le roi en personne. Lord Thurlow, qui était en faveur auprès du roi, et qui soutint avec fermeté la cause de Warren Hastings après que celui-ci eut été abandonné par Pitt et les autres ministres, fut tout particulièrement l’objet des satires de Gillray. Thurlow, on s’en souvient, était connu pour sa manie de jurer continuellemeut, manie qui l'avait fait surnommer Thurlow tonnant (the thunderer). Une des meilleures caricatures de Gillray à cette époque parut le 4° mars 1188;

elle est intitulée : le Sang sur le tonnerre (Blood on thunder, — fragments de jurons anglais) passant à qué la mer Rouge; elle représente Warren Hastings porté sur les épaules du chancelier Thurlow, à travers une mer de sang, jonchée de cadavres d'’Indous mutilés. Comme on le voit par la copie que donne notre figure 224 de la partie la plus importante de cette estampe, « le Sauveur de l'Inde, » ainsi que l’appelaient ses amis, a eu soin de mettre en sûreté ses profits. |

Une caricature de Gillray contre le gouvernement, caricature d'une hardiesse remarquable, parut le 2? mai de la même année. Elle est intitulée : le Jour du marché, tout homme a son prix ; elle représente une scène à Smithfield, où les bêtes à cornes mises en vente sont les soutiens du ministère du roi. Lord Thurlow, avec Sa physionomie renfrognée caractéristique, figure comme acheteur principal. Pitt et son ami et collègue Dundas sont représentés buvant et fumant joveusement à la fenêtre d'un cabaret. D'un côté Warren Hastings s’en va sur un veau qu’il vient d'acheter et qui n'est autre que le roi; car on croyait dans le peuple que Hastings avait gagné à sa cause l'avarice du roi Georges au moyen de riches présents en diamants. D’un autre côté, les bestiaux, dans leur course folle, culbutent la voiture dans laquelle cheminent Fox, Burke et Sheridan. Cette planche mérite d'être mise au nombre des meilleures œuvres de Gillray.

Gillray caricatura sans ménagements l'héritier du trône, peutêtre parce que la dissipation et les folles dépenses du prince donnaient beau jeu à la critique, et aussi parce qu’en politique il s'était joint au parti de Fox; mais l’hostilité de Gillray à l’égard

du roi est attribuée, pour une certaine part, aux opinions personnelles de l'artiste. Une grande estampe fort remarquable de notre Caricaturiste, qui, bien que non signée, porte tout le cachet du genre de Gillray, parut le 21 avril 1786, tout juste après la présentation à la Chambre des communes d’une demande d'argent pour payer les dettes du roi, lesquelles étaient très-considérables, malgré les revenus énormes que touchait alors la Couronne. Georges passait pour un homme d'ordre, parcimonieux même, et la reine était généralement regardée comme très-avare ; on ne savait comment se rendre compte des dépenses extraordinaires, et l’on cherchait à les expliquer de différentes manières, qui n'étaient pas à l'honneur du couple royal. On disait que des sommes immenses étaient dépensées en corruptions secrètes pour préparer la voie au pouvoir arbitraire; que le roi faisait de grandes épargnes, et entassait des trésors à Hanovre; et qu'au lieu de fournir aux dépenses de sa famille, il laissait son fils aîné se créer de sérieux embarras par suite de l’exiguïté de sa pension, et devenir ainsi un ohjet de pitié pour son ami de France, l’'opulent duc d'Orléans, qui lui avait offert de lui venir en aide. La caricature dont je viens de parler est extrêmement acerbe; elle est intitulée : Nouveau moyen de payer la dette nationale. Elle représente l’entrée de la Trésorerie, d’où sortent le roi Georges et la reine son épouse, avec leur entourage, leurs poches et le tablier de la reine si pleins d'argent que les pièces de monnaie en débordent et s'éparpillent sur le sol, Néanmoins Pitt, dont les poches sont pleines aussi, ajoute aux réserves royales de gros sacs contenant Îles revenus nationaux, lesquels sont reçus avec des sourires de satisfaction. À gauche, un soldat estropié, assis par terre, implore vainement nn secours ; tandis qu’au-dessus le mur est couvert d'affiches lacérées, desquelles se détachent ces mots : « Dieu sauve le roi! — La Charité, roman. — Récemment arrivé d'Allemagne un gros et roval assortiment... »; puis : « Dernières paroles prononcées par cinquantcquatre malfaiteurs exécutés pour avoir dévalisé un poulailler. » Cette dernière affiche est une allusion satirique à la sévérité notoire avec laquelle étaient poursuivis les plus insignifiants délits commis sur le domaine privé du roi. A l'arrière-plan, à droite, on aperçoit le prince en haïillons et non moins besoigneux que le malheureux éclopé ; près de lui ést le duc d'Orléans, qui lui offre une lettre de change de 200,000 liv. st. Le mur est placardé d'affiches et d’an- \ °6.

nonces comme les suivantes : à L'Économie, vicille chanson »; « la Propriété anglaise, farce » ; puis celle-ci : « Vient de paraître, au bénéfice de la postérité : les Gémissements de la liberté agonisante » ; une autre, immédiatement au-dessus de Ja tête du prince, porte le cimier de l’héritier du trône, avec la devise Ich starve (je meurs de faim, parodie de la devise des princes de Galles).Cette caricature est très-certainement l’une des plus remarquables de Gilliray. La parcimonie du roi et de la reine inspira maintes caricatures et chansons, dans lesquelles ces illustres personnages étaient représentés mar- " Chandant avec leurs fournisseurs, faisanteux-mêmes des marchés et se réjouissant d’avoir ainsi réalisé quelques petites épargnes.

On disait que Georges faisait valoir une ferme à Windsor, non pour son amusement, mais bel et bien pour le petit profit qu’il en tirait. Peter Pindar le dépeint comme se ré— jouissant de l'habileté qu'il a mise à acheter son troupeau à bon compte. Gillray saisit avidement fous ces points de ridicule, et dès 1786 il publia une estampe intitulée : le Fermier Georges et sa femme (voir notre figure 225), représentant le couple royal avec l’accoutrement très-familier sous lequel on le voyait d'habitude se promener à Windsor et dans le voisinage. Cette gravure paraît avoir été trèspopulaire, et des années après, dans une caricature qui parodie une scène de l'Ecole de la médisance (celle de la vente aux enchères du mobilier d'un jeune prodigue, alors que le commissaire-priseur propose au public un portrait de famille), le portrait offert aux enchérisseurs est la fameuse gravure du Fermier Georges et sa femme. Un brocanteur en a offert 6 shillings : « Personne ne met

4 Nom de plume du docteur Wolcoit, le poële bouffon de l'époque.— 0. S.

au-dessus d’une couronne ? » demande Careless, le commissairepriseur. — « Adjugez le fermier, Careless! » s’écrie le jeune prodigue ruiné, qui n’est autre que le prince de Galles.

De nombreuses caricatures contre Ja honteuse ladrerie du ménage royal parurent dans les années 4794 et 1792, pendant lesquelles le roi passa une grande partie de son lemps aux eaux de Weymouth, ses eaux favorites, où ses habitudes domestiques étaient devenues de plus en plus un objet de remarque. Sous Île prétexte que Weymouth était un séjour dispendieux, et profitant de l'obligation imposée à la malle-poste royale de transporter francs de port les paquets à l'adresse du roi, Sa Majesté se faisait, disait-on , apporter par cette voie ses provisions de sa ferme de Windsor.

Le 28 novembre 1791, Gillray publia sur la simplicité par trop primitive du ménage royal une caricature en deux compartiments, dans un

(TR EI N | D: w( desquels le roi est re- [| CR ù (|

présenté sous un cos- à K É = | => tume qui n’a rien assu- =. D & LD} = rément de celui de la Fig. 996.

royauté, faisant griller des rôties pour déjeuner, tandis que dans l’autre la reine Charlotte, non moins simplement vêlue, mais la poche bourrée d'argent toutcfois, fait frire des goujons pour souper. Une autre estampe de Gillray, intitulée : les Antisaccharites, montre le roi et la reine enseignant l’économie à leurs filles en leur montrant à prendre le thé sans sucre. Comine les jeunes princesses ne paraissent pas goûter l'expérience, la reine leur fait des remontrances, qui se terminent par cette remarque : « Surtout rappelez-vous combien d'argent cela épargnera à votre pauvre papa ! »

D'après une version qui paraît authentique, l'antipathie de Gillray pour le roi fut accrue à cette époque par un incident assez analogue à celui par suite duquel Georges If avait provoqué la rancune

de Hogarth. Gillray avait visité la France, les Flandres et la Hollande, etil avait fait dans ses voyages une récolte de croquis dont il avait gravé quelques-uns. Notre figure 226 représente un groupe, tiré des croquis en question, lequel s'explique de lui-même, cet permet de juger assez convenablement de fa manière dont Gillray traitait ces sortes de sujets. [l accompagnait le peintre Loutherbourg, qui avait quitté Strasbourg, sa ville natale, pour aller se fixer en Angleterre, et était devenu le peintre favori du roi. Il devait aider l'artiste alsacien dans ses études pour son grand tableau du Siége de Valenciennes. Gillray esquissait des groupes de personnages, tandis que Loutherbourg dessinait le paysage et les maisons. A leur retour, le roi ayant exprimé le désir de voir leurs ébauches, cellesci lui furent mises sous les yeux. Les paysages et les maisons csquissés par Loutherbourg étaient des dessins simples et faciles à comprendre, et le roi s’en montra très-satisfait; mais il était déjà prévenu contre Gillray, et quand il vit ses croquis à grands traits, mais spirituels pourtant, des soldats français, il les jeta de côté dédaigneusement, en disant : « Je ne comprends pas ces caricatures. » Peut-êtrele mot mêmedont ilse servit était-il une raillerie intentionnelle à l'adresse de Gillray. Celui-ci, dit-on, en fut piqué au vif, etil ne tarda pas à y répondre par une caricature qui attaquait à la fois une des vanités du roi et ses préjugés politiques. Georges [IT s’imaginait être un grand connaisseur en fait d'arts. Une caricature était intitulée : Un connaisseur examinant un Cooper ; elle représentait le roi regardant la célèbre miniature d'Olivier Cromwell par le peintre an- Fig. 227. | glais Samuel Cooper. Lors-

que Gillray eut achevé cette

estampe, on dit qu'il s'écria : « Je voudrais bien savoir si le connaisseur royal comprendra cela! » Elle fut publiée le 18 juin 1792, et elle ne peut manquer d'avoir fait sensation à cette époque de révolutions. Le visage du roitrahit un mélange d’étonnement et

d'inquiétude en contemplant les traits de ce grand destructeur de trônes, dans un temps ou tout pouvoir royal était menacé. On doit remarquer aussi que le satiriste n'a pas oublié le penchant caractéristique du roi pour l'économie domestique; car, comme le montre notre figure 227, Sa Majesté examine le portrait à la Iumière d’un bout de chandelle planté sur une brüle-tout.

À partir de cette époque, Gillray laissa rarement passer une occasion de caricaturer le roi. Il peignit tantôt sa tournuregauche, fort peu majestueuse, alors qu'il s’en allait flänant sur l’esplanade de Weymouth ; tantôt les manières triviales avec lesquelles, dans le cours de ses promenades aux environs de Ja ferme de Windsor, il accostait les ouvriers et Ics paysans les plus communs, et les accablait d’une kyrielle de questions insignifiantes ; car le roi Georges avait pour trait distinctif la manie de réptter ses questions et souvent d'y répondre lui-même.

«Ensuite il demande à la femme du fermier ou à sa servante combien d'œufs les poules ont pondus; ce qu’il y a au four, dans le pot, dans la marmite ; s’il pleuvra ou non, et quelle heure il est; glanant ainsi dans les pauvres cabanes des renseignements destinés plus tard à enrichir la nation. »

Ainsi parle Peter Pindar; or, c’est assez souvent dans ce rôle que les estampes satiriques représentaient le roi Georges.

Le 10 février, Gillray peignit l’affabililé royale dans un sujet reproduisant une de ces rencontres rustiques: le roi et la reine, faisant leur promenade, sont arrivés à une chaumière, où nn ignoble

échantillon du paysan anglais porte à ses cochons leur déjeuner de Javure d'écuelles. Cette scène est reproduite dans notre figure 228, Le regard hébété du paysan traduit la confusion dans laquelle le jette la rapide succession des questions qui lui sont faites. « Eh bien! l'ami, où allez-vous, hé ? — Quel est votre nom, hé? — Où demeurez-vous, hé? — hé? »

D’autres estampes représentent le roi éprouvant des aventures ridicules à la chasse, divertissement qu'il aimait beaucoup. Une de ces aventures les plus connues à été célébrée à la fois par la plume de Peter Pindar et par le burin de Gillray. On raconte qu'un jour le roi Georges, en suivant la chasse, arriva à une pauvre chaumière où sa curiosité habituelle fut récompensée par la découverte d’une vieille femme qui faisait des chaussons de pommes. Quand on lui eut dit ce que c’étail, il ne put dissimuler son étonnement que les pommes eussent pu être introduites dans les chaussons sans avoir Jaissé trace de leur passage sur la pâte qui les couvrait. La caricature de Gillray, à laquelle nous empruntons notre figure 229, représente le roi regardant par la fenêtre la manière de faire des chausséns, et demandant d'un air surpris : « Eh ! eh! des chaussons de pommes? — Comment met-on les pommes dedans ? — Est-ce qu’on fait cela sans couture ? » Cette anecdote est racontée plus complétement dans les vers de Peter Pindar :

Once on a time a monarch tired with whooping, elc., qui sont le meilleur commentaire de la gravure :

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