NOTICE XI
tres. Qu'est-ce que la pièce que M. Scribe fait jouer en ce moment à la Porte-Saint-Martin, st ce n’est the Harlol's progress *? Cibber en avait déjà fait une pantomime, du vivant d'Hogarth. Un anonyme l'avait traduit en opéra-comique. II n’y a plus rien de nouveau sous le soleil.
Les caricatures biographiques d'Hogarh sont celles qui représentent un personnage connu. Ce genre de caricature tient plutôt du hbelle que de la satire générale. Comme le libelliste, le caricaturiste ne recule pas devant une personnalité directe ; il immole à la moquerie tout homme qui a le malheur d'avoir une défectuosité physique ou morale qui prête au ridicule, ne respectant ni le trône, ni l'autel, ni l’homme en place, ni l’homme privé; tantôt satisfaisant sa vengeance particulière, tantôt obéissant au cri public, il prend un individu connu ou inconnu et le fait montrer au doigt. Hogarth exposa à cette espèce de pilori le célèbre Pope qui, en rimant ses satires spirituelles, oubliait quelquefois qu'il avait une gibbosité sur laquelle on pouvait exercer de cruelles représailles; car nous sommes ainsi faits, que notre vanité rougit plus encore de nos défauts corporels, qui ne dépendent pas de nous, que des folies ou des vices de notre caractère, que nous pouvons corriger. Le démocrate M. Wilkes reçut aussi du burin d'Hogarth un affront du mème genre, et il ne sut s'en venger qu’en le dénonçant dans son journal comme un jacobile. C'était une pauvre vengeance, même pour un Journaliste. Il est vrai que Wilkes avait commencé la querelle, et l'on se tire rarement avec les honneurs de la guerre d'une querelle où l'on a tort. Ce qui désolait Wilkes et ses amis, c'est que Hogarth s'était contenté de le peindre très-ressemblant ; tout ce qu'il y avait de burlesque dans son portrait était le contraste d’une figure trés-commune, avec sa prétention de ressembler à Brutus ou
4 La date de 1832 indique que je faisais allusion à Dix ans de la vie d’une femme, dont quelques critiques affectèrent d'être scandalisés et qu'aujourd'hui comme alors je maintiens être aussi moral que la série de scènes d’'Hogurth avec laquelle je le compare : seulement aujourd’hui on trouverait timide ce qui fut alors trouvé hardi.
XII NOTICE à l’un des Gracques. Un peintre de nos jours, M. Duboist, faillit payer plus cher qu'Hogarth la malice d’avoir fait un portrait trop ressemblant. M. Duboist, ayant une discussion avec le riche M. Thomas Hope, qui n'était pas encore l'auteur d'Anastasius, s'avisa de le peindre jetant des sacs de guinées aux pieds de sa femme et d'écrire au bas du tableau : Scène de la Belle et la Béte; puis il exposa son œuvre dans son atelier, en exigeant un shilling pour prix d'entrée. Les recettes étaient abondantes, lorsqu'un neveu de M. Hope vint un jour déchirer la toile en présence de nombreux spectateurs. M. Duboist porta plainte aux tribunaux, demandant des dommages et intérêts ; mais quoique le peintre prétendit avoir été privé d’une propriété qui lui valait jusqu’à vingt-cinq guinées de recette par semaine, 1l ne put faire condamner sa partie adverse qu'à cinq guinces d'amende. Au reste, M. Duboist n'osa pas recommencer son tableau, le neveu de M. Hope ayant juré que la seconde fois il s’en prendrait à la figure du peintre, pour savoir ce qu'il en coûterait pour dévisager un artiste impertinent. Une anecdote en amène une autre, et celle-ci m'en rappelle une seconde que je citerai encore, au risque d’abuser de la digression. Un négociant de Marseille, M. Tafin, plus vaniteux que libéral, se laissa persuader de poser pour son portrait. Tant que la toile resta sur le chevalet de l’artiste, il s'admira dans son image, et proclama son peintre un Apelle; mais quand celui-ci voulut demander le prix convenu, l'avarice l’emportant sur la vanité, M. Tafin marchanda le chefd'œuvre, en disant qu'il n'était plus ressemblant. Le peintre rapporta son œuvre dans son atelier, changea le fond du portrait, y barbouilla les feux du purgatoire, ajouta même, je crois, quelques diables faisant la grimace au bon négociant, écrivit au bas : PÉCHEUR AVARE, VOILA TA FIN, et le suspendit à sa porte en guise d’enseigne. Tous les passants n'avaient garde de ne pas reconnaitre M. Tafin, et répétaient ironiquement en faisant un signe de croix : « Pécheur avare, voilà ta fin. » 1] en coûta le double à M. Tafin pour se racheter du purgatoire. Hogarth en général se laissait volontiers aller au plaisir de