Voir les Ejccntriqucs, 1 vol. iQ-18. Michel Lévy
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iiaires m'ont tant tracassr quo jo loiir ai (Ioiiik'' un dividende.
— Un vrai dividende?
— Oui, je l'ai tout à fait donnô.
— Que comptes-tu faire?
— Je vais tâcher de le reprendre.
On trouve dans d'autres planches de cette importante série plus d'une personnalité où percent les rancunes d'un parti contre l'audacieux transformateur de la presse politique, M. Emile de Girardin; mais l'aigreur et la rancune remplacent trop souvent l'esprit dans ces compositions, et celles basées sur des études de mœurs leur sont de beaucoup supérieures.
Robert Macaire, qui a essayé de toutes les professions; devient préparateur au baccalauréat.
— Nous avons, dit-il à un jeune homme qui se présente, deux manières de vous Mve recevoir : la première, c'est de faire passer votre examen par un autre; la seconde, c'est de vous le faire passer à vous-même.
— Je voudrais le passer moi-même.
— Bien... Savez-vous le grec?
— Non.
— Le latin?
— Pas davantage.
— Très bien... Vous savez les mathématiques?
— Pas le moins du monde.
— Que savez-vous donc?
— Rien du tout.
— Mais vous avez deux cents francs?
— Certainement.
— A merveiltc... Vous serez reçu jeudi prochain.
Philipon a jeté son héros (]ans toutes les positions, depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevées, et toujours les mots de Macaire portent.
Bertrand mélancolique dit à son patron : — Nous avons réalisé notre million, mais nous
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avons promis do l'or cl nous no Ironvons que (hi sable.
— Va toujours, oxploito ton capital. N'est-ce pas une mine d'or?
— Oui, mais après?
— Après, tu diras : .Je me suis trompé, c'est à refaire, et tu formeras une société pour l'exploitation du sable.
Le timoré Bertrand se recueille et dit :
— Il y a des gendarmes dans le pays.
— Des gendarmes, tant mieux, ils te prendront des actions.
Ainsi s'explique Philipon en légendes gouailleuses, faisant du célèbre forçat Collé, celui qui se jouait avec audace de l'armée et du clergé, un fmancier de premier ordre, un industriel la tête pleine de vastes conceptions et trouvant toujours le mot, même lorsqu'il abandonne sa patrie.
Daumier n'est pas resté inférieur au texte. Il a donné à Macaire et à Bertrand la vitalité d'un Oreste et d'un Pylade.
La cravate en ficelles, les habits rapiécetés, les bottes éculées, les chapeaux effondrés prennent sous son crayon des tournures qu'on n'oublie pas.
Ces deux gredins, jamais vulgaires, sont les dieux lares du temple de la Bourse et de hardies entreprises flnancières se lisent dans les traits de ces personniiicateurs des sociétés industrielles de l'époque.
Un Cervantes pourrait seul expliquer la valeur de la figure de second plan de ce drame: comme Sancho, qui arrive quelquefois à surpasser Don Quichotte, Bertrand se dresse par instants au-dessus de
Robert Macairo; mais toujours Sancho et Bertrand restent comiques en subissant les rafales de la misère et de la poltronnerie.
Dans ce drame crayonné, combien le dessinateur a-t-il laissé en arrière les vulgaires comédiens qui
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faisaient de Bertrand nn eomiilice médiocre I Daumier l'a élevé à la hauteur de son patron et ce lierre dépenaillé arrive quelquefois à faire oublier le chêne qu'il enserre.
Robert Macaire et Bertrand devinrent en une dualité incessante la représentation moderne du Mercure des anciens. En eux ils résumèrent l'agent de change emportant la fortune de ses clients, la /laifsse factice et la baisse mensongère. Ils furent comme le
i?S HISTOIRE
corbeau sarcasLiqiie posé sur le toit du temple de l'argent; placées par le caricaturiste sur les piédestaux du palais de la Bourse, les deux statues servirent de patrons aux génies sans scrupules et sans le sou.
De telles interprétations sont dangereuses. On ne vit pas impunément en compagnie de pareils héros sans s'assimiler quelque chose de leur extérieur.
Dans les divers personnages que représenta plus tard Frederick, le public retrouva certains accents de Robert Macaire; également le crayon du caricaturiste fut affecté, dès lors, d'une sorte de ricanement qui faisait penser au bruit de la tabatière grinçante du héros des Adrets.
Toutefois, de la publication de Robert Macairr date dans l'œuvre de Daumier un entrain particulièrement sarcastique qui allait s'attaquer au masque comme aux mœurs de la bourgeoisie.
Le matériel de l'art m'intéresse peu, et je ne m'inquiète pas comment le sentiment que l'artiste avait du mouvement, de l'ombre et de la lumière, se traduisit en t'raits énergiques; mais sa main trouva, pour ces nouvelles publications, une indépendance qu'on ne rencontre que dans les esquisses des grands peintres.
Tout le feu dont était remplie l'âme du maître put se traduire spontanément sur la pierre sans être gêné par le métier.
Dès lors Daiimior rotrnça ses observations avec la spontanéité du cri qui s"échappe de la poitrine d'un orateur.