PENDANT LE CHOLERA
Dans ce recueil, Daumier a dessiné ses plus énergiques vignettes, ses plus brutales, ses plus sombres. Presque toutes forment des tableaux pleins de couleur; et les yeux éprouvent une vive satisfac-
DE LA CARICATl'KK MODERNE 187
lion à CCS riches oppositions de noir cl do l)l;inc qui l'uni oublier le lugnl)ro ûc^^ sujets.
]5audelairc a dik-rit une de ces compositions dans ses Curiosités es//r'n'(jncs et ce petit morceau doit (*lre cité :
Chargé d'illustrer une mauvaise publication médico-poétiquo, la Néuiésis médicale, Daumier fit des dessins merveilleux. L'un d'eux, qui a trait au choléra, représente une place publique inondée, criblée de lumière et de chaleur. Le ciel parisien, lîdèle à son habitude ironique dans les grands fléaux et les grands remueménages politiques, le ciel est splendide ; il est blanc, incandescent d'ardeur. Les ombres sont noires et nettes. Un cadavre est posé en travers d'une porte. Une femme rentre précij)itamment en se bouchant le nez et la jjouche. La place est déserte et lirùlante, plus désolée qu'une place populeuse dont l'émeute a l'ait une solitude. Dans le fond, se profilent tristement deux ou trois petits corbillards attelés de haridelles comiques, et au milieu de ce forum de la déiolation, un pauvre chien désorienté, sans but et sans pensée, maigre jusqu'aux os, flaire le pavé desséché, la queue serrée entre les jaraltes.
Il faut voir, dans la li- satire, /es Cluoiataiis, le branle que l'inflexible caricaturiste a communiqué aux hommes qui s'enrichissent avec leurs prétendues consultations gratuites. Plus d'une fois, en regardant ces dessins graves oii se décalquent en traits ineffaçables les misères corporelles de l'humanité, j'ai regretté que Daumier n'eût pas été appelé à traiter l'œuvre qui répondait le mieux à .son essence, celle que seul, parmi les artistes contemporains, il eût pu rendre après Ilolbein, la Danse des morts moderne.
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On ne saurait juger un artiste sans l'avoir suivi pas à pas dans sa carrière; c'est une longue étude quand on a affaire à un fécond producteur dont l'imagination travaille comme l'eau d'une source.
Il en est ainsi de Uaumier, dont j'ai étudié l'œuvre feuille à feuille. Ce grand crayonneur laissera une sorte de fresque satirique de la bourgeoisie pendant la première moitié du dix-neuvième siècle.
Dans cette œuvre défilent les personnages au pouvoir, les magistrats, les industriels et les inventeurs, les hommes et les femmes. C'est en même temps la légende comique de Paris et du Parisien dans ses affaires et ses plaisirs. Et il est utile d'en donner un
MENAGERIE PARISIENNE
Croquis par Daumier.
HISTOIRE DE LA CARICATURE MODERNE li»!
aperçu, car un volume suffirait à peine h cataloguer les milliers de compositions du maître.