‹ Histoire de la caricature moderneChapitre 40 sur 42 · Masqu(''< rt i-isnr/cx. I vol. in-1^. Paulin · texte numérisé non relu

Masqu(''< rt i-isnr/cx. I vol. in-1^. Paulin

DE LA CARIGATURK l\rODERNP]

et Henry Moniiier, qui lurent le Ir.iit d'union entre l'école des l'aubourgs et l'école de la bourgeoisie, laissaient le champ ouvert aux spirituelles compositions de Gavarni. Ses jolis cavaliers, habillés avec

un tact exquis par Humann, ont alors crée une race de « dandies » qui s'étudiaient à porter galamment l'habit noir si contesté; d'un simple domino Gavarni lait une merveille comparable aux masques charmants du Vénitien Petrus Longhi.

« Faites des comédies sur les comédies de ce monde, écrivait l'aimable cardinal de Bernis à Voltaire; conservez votre gaieté comme la prunelle de

Tueil, ('ll<' l'sl le signe de la saiilé eL de la sagesse. » Je pciix' à (l;i\iinii en lisant ce passage. Il en est liiiil ([iii l»(iii(l<'iit ('(inlre le plaisir puur se donner l'appiii-enre dliuninics graves 1

Aussi il est rare que le public ne soit pas reconnaissant de cette bienheureuse gaieté dont il a tant besoin lui-même. C'est ce qui fit l'immense succès

DE LA CAIMCATintlO M ( » D E R \ K 3i;!

(lo (>a\ariii, duiiL on \uiiliil faire laiit(~»l iiii ri\al (\r Halzar, laiiLôL un luoralislv. L'arlislo se lais-a prendre il ce pièg'O. Coiitoinporain de Balzac, il na de cuiuiiiiiu avec lui ni son allure rui)usle, ni >a ])rorundeiii', ni ses lourmonles, ni ses visions, ni ses \isées. (juant à ce qui louche les qualil<''s du moraliste, j'en laisse l'explicalion ù un poêle qui croiL (jue pour honorer l(\s artistes il convient de les juger avec indépendance :

« Gavarni n"esl pas essenliellenienl salirique: il tlaltc souvent au lieu de mordre; il ne blùnie ])as; il encourage. Il est légèrement teinté de corruption. Grâce à Thypocrisie charmante de sa pensée et à la puissante tactique des demi-mots, il ose tout. D'autres l'ois, quand sa pensée cynique se dévoile franchement, elle endosse un vêtement gracieux, elle l'aresse les préjugés et fait le monde son complice. Oue de raisons de popularité ! Un échantillon entre mille : Vous rappelez-vous cette grande et belle fille qui regarde avec une moue dédaigneuse un jeune homme joignant devant elle les mains dans une attitude suppliante? — Un petit baiser, ma bonne dame charitable, pour l'amour de Dieu, s'il vous j)lait! — Repassez demain, on a déjà donné à votre père ce matin. — « Ces coquins-hà sont si jolis que la jeunesse aura fatalement envie de les imiter. " dit Baudelaire.

Gavarni vaut mieux qu'un moraliste; l'humour l'entraîne à ses heures, et Sainte-Beuve a cité, dans

une étude sur le peintre envisagé surtout comme écrivain * , un morceau que Voltaire eût volontiers signé.

Dans qupUo inuKjc est la beauté? Telle est la discussion qui s'élève sur un navire entre des passagers désœuvrés :

— I-a beauté, c'est ma mie, dit l'écolier, le bonheur est dans l'amour.

— Le bonheur est en campagne, dit le soldat; rien n'est beau comme un cavalier le sabre au poing.

— Si ce n'est un coffret plein et bien gardé, répond l'avare. Au tour du laboureur : — Ce qui plaît le mieux à nos regards

est un champ d'épis jaunes.

Mais le poète : — C'est de lauriers que la beauté se couronne. Par Apollon! point de bonheur sans la pensée.

Le joueur de flûte : — A quoi bon la pensée? sait-on ce que dit le rossignol? on l'écoute.

Et le peintre : — La beauté n'a point d'images : c'est une image.

• — La beauté, affirme le philosophe, c'est la vérité.

— C'est le succès, s'écrie le partisan.

— Oui! ajoute l'aventurier, une belle fille au sein nu; elle tient les dés du joueur heureux.

— Oh! fait le marchand, le bonheur ne joue pas, il calcule.

Le moine vient à son tour : — L'heureux croit, mes frères, la beauté prie.

Mais tout à coup : — Malédiction ! — C'est la voix du maître qui vient effrayer les chanteurs : — Malédiction! taisez-vous... serrons la voile!

Pour le marin, la beauté, tête de bois, rit à la poupe du vaisseau quand on rentre au port après l'orage.

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