ROBERT MACAIRE
HONORE DAUMIEl!
HONORÉ DAlJMIEll
La Rostaiiralion venait de sombrer; les derniers coups de fusil étaient tirés en l'air. Charles X s'enfuj'ait en exil, poursuivi par la caricature qui se vengeait d'avoir été longtemps bâillonnée. Un nouveau roi montait sur le trône, moitié contraint, moitié de bon gré, semblant avoir reçu de l'exil et d'une vie difficile l'éducation nécessaire aux princes. Appuyé sur le parti libéral, le duc d'Orléans, libéral lui-môme, appelait aux affaires les hommes d'opposition, les membres des sociétés secrètes, les anciens carbonari, qui tous conspiraient depuis longtemps
sans daiif;t'r. car la France entière conspirait avec eux.
Mais à 1 "écart se trouvait un groupe de jeunes hommes mécontents qui fronçaient le sourcil à l'idée de « la meilleure des républiques. » La nouvelle royauté, ils la disaient escamotée et ils rêvaient une république idéale qui, à dix-huit ans de là, devait apparaître honnête et modérée, mais sans force et sans idéal.
Ces démocrates payèrent de leur liberté leurs aspirations à la liberté et leurs croyances de leur sang versé sur les barricades, pendant que d'autres plus habiles, avides d'honneurs, de dignités, de places et de portefeuilles, grimpaient au mât de cocagne de l'ambilion.
Les bourgeois étaient appelés aux affaires, gens prudents portant un drapeau sur lequel était écrit : E)irichisscz-vons. Deux mots qui sonnent mal aux oreilles de la jeunesse.
Pendant cinq ans ce fut une guerre acharnée de la démocratie contre la royauté. Attaques à coups de plume, à coups de crayon, à coups de fusil. L'insurrection était en permanence dans le journal, dans le livre, dans les rues : elle bouillonna cinq ans et fut cinq ans à rentrer clans son lit. Le roi supporta philosophiquement ces tempêtes; mais les hommes qui entouraient Louis-Philippe insistèrent sur le danger cjue courait avec le chef de l'État le gouvernement constitulionnel.