LE MAT DE CÛC:AGNE DES AMBITIEUX
Dessin de Daumier.
DE LA C.AHICA'I riU'; .M » ) D i: K NE 7
Dct'ciisciirs (le l.i roN.iuh'', eux non ])ln> nV't.iicnl point r]);irgnrs. Ils Iraînaionl le boulcL de leur position : titres, grades, actes pdlitiipies antérieurs étant sans cesse mis en luniièn^ par des adversaires qui vengeaient leurs amis enchaînés et montraient debout la Révolution sans cesse armée.
Chaque jour qui s'écoule permet de juger avec plus d'impartialité un roi qui reçut sans sourciller tant de vives attaques. Il faut consulter les journaux, les pamphlets et les caricatures du temps, pour se rendre compte des violences de la démocratie.
Louis-Philippe s'imaginait qu'on gouverne avec un parapluie pour sceptre et qu'il suffit de l'ouvrir pour se garer des orages insurrectionnels.
Ce brave bourgeois (car il fut le premier bourgeois de son royaume), sans faste et sans façon, distribuait des poignées de main aux gens qu'il rencontrait sur son passage; coiffé d'un chapeau gris, il allait visiter se» bâtisses, ayant la manie de bâtir.
Bon homme, au fond, appelé à gouverner un peuple ingouvernable, et à qui manqua le royaume d'Yvetot. La fin sinistre de Philippe-Égalité eût dû servir de leçon au fils : un moment d'ambition lui fit oublier les leçons de l'expérience, de la pauvreté, de l'exil.
La politique de Louis-Philippe se résume dans les mots inscrits au fronton de la Charte : Liberté, Ordre imblic. En effet, le roi tenait pour la liberté,
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'■ uiR' sage liberté '. » Les \1oleiices des partis, la foiiiplicilé des journaux, les conspirations, les émeutes, les attentats réitérés, obligèrent les ministres à créer les lois de septembre, et on verra, par l'œuvre de l'artiste que j'étudie, que ces lois semblaient nécessaires, tant les attaques devinrent hardies et menaçantes.
Le gouvernement de Louis-Philippe est surtout résumé par le mol ordre, qui est resté dans la langue politique et a survécu aux diverses révolutions. Combien de gens se vantaient alors dans les proclamations d'être <> des Jionwies d'ordre! » Pourtant les gardes nationaux « ar/tis de l'ordre » lurent ceux qui, en 18i8, poussèrent le plus vivement à la chute du gouvernement de Louis-Philippe.
Ces mots abstraits, dont les hommes officiels se servent avec tant de complaisance, deviennent d'un grotesque sinistre par leur répétition et leur singulier emploi.
« L'ordre règne à Varsovie ! » s'écriait à la
1. Les caricaturistes imaginèreiit un blason de fantaisie dont chaque détail pouvait se diviser ou être réuni pour former les armoiries royales. C'était au sommet du blason la Paix inévitable; un Chapeau encocardé reposant sur une Trique; une Poignée de mains; des Chaînes; un gros Sac d'écus; une paire de Ciseaux; un Pain de sucre; un Rat grignotant, etc. Rébus symbolique qui signifiait la paix atout i)rix, la couronne défendue par les gourdins des sergents de ville, l'aflabilité royale, l'emjjrisonuement des républicains, la censure, la bourgeoisie du quartier des Lombards, l'amour de l'or, etc.
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dhainbre des dcpulcs un luinislrc dévoué au gouvernement constitutionnel.
Le lendemain paraissait une planche représentant les Polonais massacres dans les rues. « L'ordre règne à Varsovie ! >'
Louis-Philippe, fidèle observateur do la maxime : Abstiens-toi, eût pu prendre pour devise : Chacun chez soi. Les proverbes sont, a-l-on dit, la sagesse des nations; ils ne sont pas toujours la sagesse des souverains.
Le roi aimait son peuple, cherchait à le rendre heureux, se refusait à intervenir dans les affaires extérieures, et tenait à honneur de ne dépenser ni l'argent, ni le sang de ses sujets. Les peuples ressemblent à certaines femmes qu'on ne saurait mener par la douceur : ils crient, se répandent en plaintes, maudissent le gouvernement, ils veulent sentir le joug.
Louis-Philippe, qui désirait faire croire à l'utopie de régner sans gouverner, en arriva à mécontenter tellement ses partisans les plus dévoués, qu'à un moment, presque tous, amis et ennemis, firent cause commune contre lui.
Il serait difficile de trouver dans la glorieuse littérature de cette époque des sympathies pour un règne dont le peintre principal fut Balzac, qui, repoussé, incompris, laissa échapper des cris de colère contre un gouvernement préoccupé exclusivement d'intérêts matériels.
L'avenir ne consulle pas toujours les historiens proprement dits. Un roman do Balzac, une scène d'Henry Monnier, les feuilles éparses d'un Daumier, autant de notes importantes qui entrent dans le dossier d'un règne : ce sont les dépositions de ce dernier témoin que j'ai consultées patiemment, plus préoccupé d'art que de politique, attiré par un robuste crayon, cherchant les raisons cachées qui faisaient agir ce crayon.
Denys, tyran de Syracuse, désireux de connaître les lois et les mœurs des Athéniens, Platon lui envoya les comédies d'Aristophane.
Qui veut se rendre compte aujourd'hui de l'époque de Louis-Philippe doit consulter l'œuvre de Daumier.