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PROLOGUE DE LA COMEDIE BOURGEOLSE Dessin de Daumiei

11 existait en 1814, à Marseille, un honnête vitrier, nommé Jean-Baptiste Daumier, qui cultivait la poésie et que de maladroits enthousiastes engagèrent à tenter la fortune littéraire à Paris. Naïl" comme un méridional, le vitrier se laissa prendre aux fumées de la gloire. Peu fortuné, chargé de famille, il avait vécu jusque-là de la vie facile du Midi, travaillant tout le jour et passant ses heures de loisir dans une petite bastide, aux environs de la ville; son esprit, qui se laissait aller aux balancements des flots, trouva une sorte de veine poétique que les tristes réalités de la vie parisienne devaient bientôt tarir.

L'Académie de Marseille y perdit un poète qu'elle

comparait complaisammeiit à Goldsmith. Paris y gagna un rude peintre de mœurs.

C'est ici que commence la mélancolique complainte du pi^rc de Daumier.

Sans instruction, lisant tout livre qui lui tombait sous la main, le vitrier, nourri de Jean-Jacques, des traductions de Delille, des tragédies de Racine et des œuvres de Condillac, devait donner au public le fruit de ce singulier mélange de lectures, qui aboutirent à un poème champêtre, à des odes, à une tragédie '.

Rien que l'épigraphe du volume donne le ton de la chanson :

Heureux si, plus docile à moa humble fortune, Je n'avais parcouru que la route commune Où disparurent mes aïeux.

A Marseille, Jean-Baptiste Daumier, influencé par un ciel pur, aimé de ses concitoyens, ignorant les difficultés de la vie, avait trouvé dans la peinture d'îine Matinée dp printaiips quelques vers descriptifs heureux :

Les matins du pi interaps sont chers à la nature. C'est au lever du jour que, jilus vive et plus pure, La sève de la lige inonde les canaux, Et d'un jeune feuillage enrichit les rameaux.

i. Les Veillées poétiques^ par J.-B. Daumier (de Marseille). Pari?, Boulland, 1823, 1 vol. in-12.

A Paris, le poMo abandonna les i)ipoau\ chainpôtres pour souffler dans la double ilùLc de la tra- .ycdie :

Oui, prince, après dix ans d'une absence cruelle, Vous retrouvez en moi cet ami plein de zèle, Tel qu'on le vit toujours, avant que les destins L'appelassent, sans vous, vers les bords mexicains '.

Mais la Ibrtune ne sourit pas à l'artisan déclassé; « cependant, dil-il, quelques personnes recommandables voulurent bien m'admettre à lire mes vers dans des cercles nombreux, où se trouvaient réunis des hommes connus par leur rang élevé, leur goût et leur talent. »

Il n'est si mince poète qui ne traite d'égal à égal avec les rois. Jean-Baptiste Daumier adressa une ode à Louis XVIII :

Chantre timide et solitaire, A peine je quittai les guérets et les bois. Que du printemps ma muse tributaire Osa chanter pour l'oreille des rois.

Une autre ode fut aussi envoyée à une célébrité d'alors, l'auteur de la Gaule poétique, l'illustre avocat général M. de Marchangy :

Sans cesse, du discours déployant la puissance, Ta vois mêle à son gré la force et l'élégance ; Le dieu du goût préside à tes doctes leçons, Et tu sèmes pour nous d'abondantes moissons.

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