CHAPITRE VII
Db I tt6 A 1360. — La cathédrale est pillée par les Anglais du comte de Derby. ^ Nouveaux subsides et nouvelle interruption des travaux. ^ Abolition de réoolàtrie; ses revenus employés aux besoins de Féglise. — L*nsage d'anticiper les matines et les laudes prend son origine à Poitiers. — Union des cures de Brie et de Marnes à l'église cathédrale. ^ Réflexions sur les prétentions contradictoires des bénéfîciers dans Thistoire ecclésiastique.
La paix avec l'Angleterre, dont le Poitou avait joui pendant quelques années, s'était éclipsée d'abord en 1324 par la mauvaise foi d'Edouard II. L'année suivante le calme était revenu; mais, en 1339, Edouard III, vassal du roi de France par la Guyenne, qu'il possédait toujours , rompt les traités sous le frivole prétexte de ses droits à la couronne de France , et alors recommencent ces cruels démêlés qui devaient être si funestes à notre province. La maladresse de Philippe de Valois amena les tristes défaites de l'Ecluse en 1340, de Crécy en 1346; et celle-ci surtout anima les Anglais de telles espé-
* c Ejus tempore fundatur ecclesia cathedralis sancto Petro apostolo dicata, io quà aediflcavit anno 4564 capellam quam redditibiis donavit. » ( Hiêt. eceles. ; Pietaveniiê eomilalut. Mss. , p. 4 05. )
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rancesy que de toutes parts on les voyail fondre avec autant de rapidité que de succès sur les plus riches villes du royaume. Poitiers devait exciter leur convoitise. Comme place de guerre, comme ville opulente par le grand nombre de ses églises et de ses communautés, ils voyaient en elle une proie importante, et le comte de Derby, un de leurs plus habiles généraux » résolut de s*en emparer '. C'était précisément peu de temps après un ordre du roi de France, donné en cette même année 1 346 % qui dégarnissait la malheureuse cité , ainsi que beaucoup d'autres qu'on croyait moins exposées , de la garnison qui aurait pu la défendre. Derby le savait; de Bordeaux il s'avançait à grandes journées^ suivi d'un pêle-mêle confus d'Anglais et de Gascons , levait le siège de Niort, sauvé par une heureuse résistance, se vengeait sur SaintrHaixent , Lusignan et Hontreuil-Bonnin , où tout était massacré et brûlé, et enfin arrivait sous la porte de
• Heori , comte et plus tard doc de Laocastre, avait obtenu le titre de comte de Derby en 4558, en récompense des services qu'il avait rendus à Edouard III dans la guerre d'Ecosse. Devenu lieutenant de ce prince en Guyenne, il s'était emparé de Bordeaux en 4545. 11 était neveu de Thomas de Lancastre, décapité en 4522 , sous Edouard If, et fils do Benrî qui manqua de Tètre eu 4545. Le comte de Derby contribua beaucoup à faire conclure le traité de Brétiguy , et mourut de la peste à Leicester^en 4562. -> Nous croyons «M^tte note d'autant plus nécessaire, que jusqu'à présent les auteurs qui ont écrit sur l'histoire du Poitou se sont copiés successivement en désignant ce personnage sous le nom de comte de Derby, quelquefois même d'Erby, ce qui est une faute gros* sière , et sans rien dire de son origine et de ses précédents ( r. SmoleU , Gaillard, Rapin-Tboyras , etc.
* On ne sait pas le jour où se fit cette malheureuse expédition ; mais ce dut être après le 26 août, puisque c'est ce jour-là que se donna la bataille de Grécy.
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88 niSlOIRE DE LA CATHEDRALE (4346.)
la Tranchée. Une foule de gens des campagnes et d'étrangers s'étaient réfugiés dans la ville, et se mirent en devoir de soutenir l'assaut. Mais une fausse attaque du comte près le pont Àcbard y amena la population , tandis que ses troupes entraient par une chaussée voisine du pont Joubert. La cruelle fureur du soldat , encore animée par les sanglantes victoires des jours précédents , n'épargna ni les femmes ni les enfants; le massacre^ le pillage, devinrent le mot d'ordre ; et quand sept cents habitants eurent été égorgés, que les maisons et les places publiques se furent remplies de ruines et couvertes de sang, le pillage devint le complément de cette horrible tragédie. Les lieux saints, loin d'être garantis par l'auguste caractère de la religion^ furent profanés, dépouillés par des soldats chrétiens, comme ils eussent pu l'être par des sauvages : pas une église, pas un clottre n'échappa au délire de leur avide impiété. La cathédrale se trouva l'une des premières sur leurs pas A peine maîtres de la ville, où de loin ses tours inachevées , sa flèche élancée et son magnifique chevet avaient attiré leurs regards et tenté leur convoitise, ils se dirigèrent vers l'édifice qu'avaient abandonné un personnel peu familiarisé avec les armes. La nouvelle des triomphes atroces de ces barbares, précédant de quelques jours leur arrivée, était venue, il est vrai, donner l'éveil à la sollicitude et inspirer des précautions. Beaucoup de richesses avaient été cachées , des reliques enlevées; puis on avait fermé les portes, et chacun s'était mis de son mieux à l'abri du danger. Mais comme cette fuite n'avait pu se faire en des endroits si secrets, que l'ennemi ne découvrît bien ces malheureux et n'en tuât un grand nombre, le soin qu'on avait pris de soustraire une immense quantité d'objets précieux
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ne réussit pas leilemenl, qu'il n'en déterrât aussi une bonne part, et les habitudes de pillage d'un côlé, et de l'autre des menaces promptement suivies de violences , forcèrent beaucoup de vaincus à livrer jusqu'aux moindres restes des saints trésors. Ainsi les demeures des particuliers furent fouillées dans leurs recoins les plus obscurs^ et c'est là surtout qu'ils purent s'emparer de ce qui faisait la gloire des sanctuaires et l'ornement des autels. Hais ces excès ne furent commis qu'après ceux qui désolèrent l'intérieur du temple. Ils brisèrent les tabernacles, enfoncèrent portes, grilles et barrières, pénétrèrent dans les caveaux , violèrent le silence môme des lombes , dans lesquelles ils espéraient trouver de riches insignes des dignitaires et des prélats ; ils dépouillèrent les sacristies des magnifiques ornements où les armoiries épiscopales brillaient sur îe drap d'or et d'argent; les riches tapis , les étoffes de prix dont se paraient les murs, les autels et le pavé aux fêtes solennelles, passèrent aux mains de ces brigands indisciplinés; et comme toutes les églises et les plus simples chapelles furent dévastées^ Derby s'en put faire une si large part, que, revenu bientôt à Saint-Jean-d'Angély, où il avait son quartier général , il distribua aux dames de la ville des tissus de laine et de soie en assez grande profusion pour mériter d'elles le titre de plus noble chevalier qu'elle$ eussent oncqws cognu.
Un tel chevalier eût été, ce nous semble , un peu plus noble en défendant le pillage et les massacres. On doit l'être fort peu quand on consent à se faire le témoin et l'approbateur de ces crimes militaires qui déshonorent à jamais une armée et plus encore les chefs qui la conduisent. Le sac de notre infortunée cité ne dura pas moins
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90 HISTOIHE de la cathédrale (U46.)
de douze jours consécutifs : c'est dire quelles pertes elle dut souffrir. Accoutumé aux dépradations par son général, à la cruauté par Edouard III, qui venait de faire tuer de sang-froid à Grécy une foule de Français qu'attirèrent dans un piège les bannières de leur patrie , le soldat ne s'en tint pas à ces horribles moyens de destruction. Quand les habitants de Poitiers eurent disparu par la fuite, ou succombé aux brutalités de leurs ennemis, ceux-ci voulurent se donner le dernier plaisir de voir brûleries ruines qu'ils avaient faites; ils mirent le feu aux maisons et aux églises : ce fut alors seulement que Derby crut devoir intervenir, et arrêter cet affreux désordre, dont les vestiges étaient encore reconnaissables plus de vingt-quatre ans après'.
Ftous n'avons pas de preuves, et les historiens ne nous disent pas , que la cathédrale ait subi alors les atteintes du feu. Peut-être n'était-il pas encx)re trop tard, quand Derby se jeta entre les monuments et les forcenés qui les livraient aux flammes. On se persuade difficilement d'ailleurs que le feu eût épargné nos belles stalles ^ et les vitraux, que l'action violente d'une chaleur concentrée aurait infailliblement détruits, et la menuiserie des chapelles, dont beaucoup se conservèrent encore au delà de deux cents ans. Mais n'était-ce pas un suffisant et trop légitime sujet de douleur que la perte irréparable des riches ornements qui couvraient les autels et les châsses , et de voir réduite à une si triste pauvreté l'église enrichie avec tant de soins par tant de pontifes et de rois !
' Voir comme sources de tous ces détails les Chroniques de Froissard , mihi , f" 92 ; — Bouchet, f» 4^0 ; — D. Font. , t. xx , p. 585 ; —Mts. de Bourgeois y p. h^l^ — Regiitreê de Vkôîel de vUle de Poitiers y 55« vol, doD. Font^p. 05.
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(4546.) DE POITIERS. 9i
Quelque affreuse que fût cette catastrophe, qui n'approche pourtant pas encore d'une autre que nous aurons, hélas! à raconter, les maux qui en devinrent la conséquence ajoutèrent encore aux malheurs de ceux qui en avaient souffert. Cette immense ville n'était plus qu'une vaste solitude d'où s'étaient éloignés en même temps , et gens d'église, et nobles^ et bourgeois^ et magistrats. Pendant quelques semaines^ l'office divin fut forcément interrompu; les murs de la cité, abattus ou démantelés^ n'avaient plus à défendre que des ruines désertes, et l'on eût pu se dispenser de les relever, si l'amour du sol,i oit furent toujours les affections du cœur et lesîiabitudes de toute la vie, n'y eût rappelé peu à peu les propriétaires de ces lugubres débris. Hais , quand elle se fut repeuplée lentement, il fallut payer des subsides, auxquels les corps religieux, les chapitres et les paroisses, quels que fussent les privilèges qui les en exemptaient , furent obligés de contribuer. Les charges publiques à partager, les désastres à réparer tant bien que mal , occupèrent utilement une trêve renouvelée plusieurs fois avec les Anglais. On devine que pendant ce temps les travaux qui restaient à faire pour l'achèvement de notre édifice durent s'arrêter encore. On avait, hélas! bien d'autres sollicitudes, et les documents authentiques conservés dans les registres capilulaires éclairent de bien sombres lueurs cette époque funeste de notre histoire*
Il parait que les chanoines vécurent d^ privations et d'expédients depuis la funeste année 1 346 jusqu'en 1 351 , et l'on ne peut se faire une juste idée de ce qu'ils eurent à souffrir que par le récit qu'ils en consignèrent euxmêmes dans leurs archives , et le moyen extrême qu'ils se résolurent enfin d'employer. Il ne s'agissait de rien
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moins que d'abolir récolâlrie , dignité qui donnait l'inspection sur toutes les écoles de la juridiction du Chapitre , et d'en annexer le revenu à la mense capitulaire pour subvenir aux besoins du culte et aux autres charges de la communauté. Avant d'en venir à celte solution, dont oh s'était occupé au chapitre général de la Saint-Pierre 1351 , mais qui ne fut adoptée, après de mûres réflexions, que dans l'assemblée tenue à la Saint- André suivante, on voulut exposer toutes les raisons d'une détermination aussi grave, et voici le texte qui lui servit de protocole :
« Le doyen et le Chapitre de Poitiers , à tous ceux qui liront ces présentes, salut. Vous saurez qu'après une trop longue désolation de notre église, nous avons pu nous y réunir enfin le jeudi, lendemain de la fête des saints apôtres Pierre et Paul , selon l'ancienne coutume, pour y célébrer notre chapitre général. Nous avons considéré les déplorables subversions causées dans le lieu saint par les guerres qui ont si longuement sévi sur noire patrie; nous l'avons vu dépouillé de ses ornements sacrés, de ses reliquaires, de ses chapes, de ses livres, de ses calices et de ses croix; entièrement spolié de ses objets d'or et d'argent. Ces désastres , suivis de maladies contagieuses et d'une mortalité générale, ont réduit tellement nos revenus, qu'ils sont à peine le tiers de ce qu'ils étaient autrefois , et encore ne les pouvons-nous point toucher des nouveaux possesseurs, les titres et lettres qui les constatent ayant été perdus dans les désordres de la guerre. En outre, les serviteurs de l'église, nV pouvant plus trouver à vivre, s'en sont éloignés, de sorte que les offices peuvent s'y faire à peine décemment. Il y a plus, et nous ne pouvons le dire sans gémissements : n'ayant
pu payer cette année au roi notre seigneur les décimes à lui accordés par le Saînl-Siége , le Chapitre s'est trouvé nécessairement suspendu ; Tégllse s'est vue longtemps interdite, au grand scandale de la ville et du diocèse, à son déshonneur et au détriment de ses intérêts. C'est pourquoi nous avons dû, chercher autant que possible un remède à cette désolante pénurie. Or Técolâtrie de notre église , qui est et fut toujours une dignité sans gestion personnelle et non prébendée, qui fut dès le commencement dotée sur les biens de l'église et du Chapitre, et pour laquelle un chanoine a toujours été choisi par élection, nous a semblé être plus onéreuse que profitable, puisqu'elle n'a presque aucun office à remplir, et que ses attributions peuvent être confiées sans inconvénient à un simple clerc, comme on l'a fait depuis un temps fort reculé. L'office divin ne souffrirait donc pas de l'abolition de cette dignité, et ses revenu^ , unis à la mense commune, seraient utilement appliqués désormais aux charges et besoins de l'église... Le tout ayant donc été bien considéré et discuté , nous n'avons pas cru pouvoir mieux fournir aux secours et réparations indispensables à notre église; et du consentement de notre révérend père et seigneur Fortius, par la grâce de Dieu, évèque de Poitiers, nous en avons ainsi disposé, espérant l'assentiment du Saint-Siège apostolique, que nous sollicitons humblement par ces présentes '• »
Cette pièce, datée du xvii novembre, est signée du doyen Pierre-Raymond d'Aux D. Fonteneau s'étonne de retrouver ici un dignitaire du Chapitre mort en 1336. — La cause de cette réapparition est toute simple : c'est
• D. Font., t. II y p. 405.
qu'en 1351 un autre doyen s'est trouvé de la même famille^ el, ce qui n'est pas sans d'autres exemples, portant les mêmes prénoms. Cette observation a échappé aux frères Sainte-Marthe , car ils ont omis cet autre Raymond dans le catalogue de nos doyens S oh leur sagacité ordinaire aurait dû le leur faire placer.
Les malheurs que la France éprouva les années suivantes^ et dont le Poitou fut en partie le mémorable théâtre, ne permirentd'obtenirconfirmationdecet arrangement qu'en 1365 '. Elle fut approuvée par une bulle d'Urbain Y le 13 février. Mais un certain Régnant de Thurey, puis un autre certain Ameline Dubreuil, ayant prétendu que le Chapitre de Poitiers n'avait pas la libre disposition de l'écolâtrie, qui devait leur revenir après la démission du titulaire, Louis de Porpières , plusieurs procès se succédèrent en cour de Rome , et les prétentions de Dubreuil n'ayant pas été trouvées injustes, le pape l'envoya en possession du bénéfice, dont les fruits et revenus ne furent attribués qu'après sa mort à leurs anciens possesseurs- Ainsi la pauvre église de Poitiers ne put user des ressources qu'elle s'était faites avec tant de peine^ qu'en vertu d'une autre bulle de BenoîtXIII, donnée le 23 août 1395 ^
Cependant, que de choses se passèrent dans cet intervalle !
Le pape Innocent YI s'était efforcé > mais sans succès , de prolonger la trêve convenue entre Edouard III et Philippe. Bientôt le roi de France mourut, et laissa le
• GalL chriii. , t. ii , col. 4 24 7.
• Nous dirions maintenant 4366, l'année ne commençant alors qu'à Pàqnes, c'est-à-dire au plus tôt le 22 mars.
• D. Font,t II, p. 485.
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trôae à un fils qui devait Tillustrer par de grandes infortunes noblement supportées. La bataille de Poitiers, perdue le 19 septembre 1356, remit le Poitou à la disposition de TAngloterre , Qt le prince de Galles le reçut bienl&l en apanage. Nous n'avons pas à parler ici de ce grand événement, qui n'influa en rien sur notre histoire monumentale, sinon pour y rattacher l'origine peu con> nue d'un usage liturgique adopté depuis par toute l'Eglise. On raconte qu'après la regrettable défaite qui ût tomber le roi Jean aux mains de son courtois antagoniste , des partis considérables de l'armée anglaise tenaient encore le pays , et qu'en 1358 ils y commirent des ravages après lesquels, n'ayant plus de vivres, ils se rapprochèrent de Poitiers pour en tenter le siège. Les habitants, se disposant à les repousser, reçurent des ordres du Dauphin , qui défendait entre autres choses la sonnerie et l'ouverture des églises pendant la nuit ^ de peur que l'ennemi du dehors et les malintentionnés du dedans n'en prissent occasion de tumulte ou ne s'en fissent un signal pour quelque entreprise. Cette sage précaution, interdisant aux chanoines et aux communautés les offices de la nuit, devint pour eux dne raison d'anticiper matines et laudes^ qu'on chanta le soir après compiles '. La guerre passée, l'habitude était prise et se
* TXtnc canonici pasl eompleiorium suas caniabant celeriter matutinas quoê anieà coMueverani horâ nociis tnediâ , signis êolemniter pulsatU , de^ voiiùi perorare, dit le continuateur de Nangis. — Nous devons la connaissance de ce fait intéressant au regrettable M. Coulon, curé de Cérisay, mort en ^848. 11 avait bien voulu nous transcrire lui-même dans une lettre du 1^ juillet 4844 « ce passage d'un bouquin poudreux dont' les premiers et les derniers feuillets n'existent plus. » 11 n'a donc pas été possible de reconnaître la source originelle de ce récit. Nous l'avons retrouvé
continua; elle s'étendit même assez 'rapidement bien au delà du Poitou , et plus tard de la France; en sorte que la cour de Rome finit par l'approuver jusqu'à faire dresser par la Congrégation des rits une table des heures où les ecclésiastiques peuvent chaque jour commencer l'office du lendemain , en désignant celles où dans chaque saison le soleil est plus près de son coucher que de midi.
Pendant que duraient les poursuites du Chapitre en cour de Rome pour procurer à l'église cathédrale les fruits de l'écolâtrie, il eut à contester encore pour défendre ses droits contre les prétentions de Jean de Lioux, V* du nom, successeur de Fortius d'Aux sur le siège de Poitiers. Clément V, par la bulle qui 'réglait la juridiction entre l'Evêché et le Chapitre, et pour dédommager celui-ci de ne plus participer aux revenus du sceau épiscopal et à d'autres émoluments , avait obligé l'évêque d'unir à la mense canoniale plusieurs cures du diocèse, entre autres celles de Brie et de Marnes \ aux fins de lui en attribuer les revenus jusqu'à la somme de cinq cents livres. En vertu de cette disposition , le Chapitre présentait des vicaires pour chacune de ces cures , leur donnait une partie des fruits et gardait le reste. Cependant la Clémentine avait disparu avec une foule d'autres titres dans la catastrophe de 1346, et Jean de Lioux, évoque depuis 1 357, ne paraissait pas comprendre clairement sur
dans le Traité de toffic. dit), , par Graacolas (miM', p. 202 ) , à peu près dans les mêmes termes , mais avec cette différence , que cet auteur prête aux chanoines de Paris ce que l'anonyme ou inconnu cité par M. Coulon attribue , a?ec plus de raison, croyons-nous , à ceux de Poitiers.
' Ces deux cures font partie maintenant du département des Deux- Sèvres, et sont ^ la première dans te vicc-archiprêtré àe Thouars, et la seconde dans celui d'ÂirvauIt.
quelles raisons s'appuyait le Chapitre pour exercer son droit de présentation. Une enquête fut résolue le 13 décembre 1360, et^ dès le 14, les commissaires nommés des deux côtés y procédèrent. Il en résulta que la Clémentine avait été vue par des témoins, que le Chapitre avait souvent demandé à Fortius d'achever l'union commencée par lui , et que d'anciens vicaires avaient réellement été présentés par les chanoines. Il fallut donc ajouter foi aux lettres données par Fortius, et l'affaire se termina^ à l'avantage des légitimes titulaires , le 5 janvier suivant.
Si l'on trouvait , en lisant cette histoire et celles de tant d'autres établissements ecclésiastiques , que ces sortes de conflits revenaient trop souvent» il faudrait se souvenir que les communautés n'avaient que la jouissance et l'usufruit de leurs biens; qu'en fidèles dépositaires, elles en devaient compte à l'Eglise, qui les destinait à leurs successeurs;, que le temporel des évêchés relevait du même principe, et qu'en dehors des faiblesses humaines qui s'y mêlaient quelquefois, rien n'était plus légitime que de soutenir des prétentions justement établies, ou qu'on croyait telles. L'évêque et le chanoine , en acceptant leur bénéfice j juraient également de comerver et de défendre le9 droits du Chapitre , se$ privilèges et ses libertés. Si cette clause pouvait faire nattre parfois des prétextes , il n'est pas douteux qu'elle ne suggérât souvent de bonnes' raisons.
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