CHAPITRE IX
De 1369 À 1382.— L'Église catholique et la vie humaine. ^Obsèques du grand sénéchal James d'Andley. — Fonctions du chefecier.— Curieux usag^ de l'Église. — Oblations aux funérailles. — Tronc de Saint-Pierre. — Fourniture des cierges. — Vente de la cire dans la grande nef. — Enfknts de chœur.
— Revenus et devoirs des coustres. — Aymeric de Mons fait construire une salle capituiaire. ^ Son épitaphe. — Entrée de Bertrand de Maumont.
— Synode. — Achèvement de Tédifice. — Il est consacré le 18 octobre. — Symbolisme de cette cérémonie. — Plusieurs autres églises bénies le même jour. ^ Consécration probable de Sainte-Radégonde.
Les temples élevés par le catholicisme ont ce caractère moral, qui les distingue de tous les autres, qu'à toutes les phases de la vie humaine ils prêtent leur abri à l'humanité qu'ils y convient, et deviennent les témoins inséparables de ses joies et de ses douleurs ; c'est là que les unes SQ purifient^ que les autres se sanctifient et secoi^soient; et voilà pourquoi l'histoire de nos simples églises de campagne s'identifie avec l'existence paisiblement obscure du laboureur , de même que les grandes et pompeuses basiliques se trouvent toujours associées, dans le
* Bochel , M êuprà, cao. il.
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rédtdes choses de ce monde, aux grands noms historiques et aux plu$ mémorables évéopmeqis. ieurs vieilles pierres muettes et ^i éloqueutes, leurs yoûles sonores qui se reavqient em échos répétés \§» accents du psalmîste et la voix saisissante de l'orgue qui les traduit, ont vu passer de rapides et nombreuses générations venues tour à tour pour y entonner les chants de victoire et d'action de grâces, ou les tristes supplications du repentir s'humiliajat pour lui-même, de la charité priant pour les âmes dont le voyage est fini. Nous entrons dans une longue série de ces contrastes qui jalonnent ici*bas la course de la société chrétiennes et nous ne sortirons pas de ce temple , dont les fastes se déroulent sous nos yeux , sans y avoir rencontré maiotqs fois encore et d'honorables souvenirs , et des scènes de tristesse, et aussi, car il en aura encore, des spectacles de sacrilège et de désolation !•.•
l'année 1369 vit mourir à Fonlenay James d'AndJey , un moult sage et vaillant chevalier ^ dit FroissardS issu d'une illustre maison d'Angleterre, et l'un des seigneurs les plus capables d'Jbonorer une qation. Il possédait l'estime et l'affection du prince de Galles^ qui, témoin de sa valeur à la bataille de Poitiers, oii il avait engagé Taction et soutenu jusqu'à la fin le succès des armes anglaises , le nomma sénéchal du Poitou. I^e brave chevalier ne jouit que peu de temps de cette glorieuse récompense; mais il en obtint une autre que les princes donnent rarement : il fut pleuré de celui dont il avait partagé les combats et secondé la fortune. Edouard ne s'en tint pas à ces marques involontaires d'une douleur
^ ChrcmqueSj ch. ceci.
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qui Thonorait lui -môme; il voulut donner à la sépullure de son ami un éclat digne de celui qu'il regrettait Par son ordre ^ le corps du sénéchal fut apporté à Poitiers; il se rendit d'Angoulcme pour le recevoir, voulut qu'il fût inhumé dans la cathédrale, et de magnifiques obsèques précédèrent ce dernier hommage. Le mausolée qui fut élevé à cette occasion ne semble pas avoir attiré l'attention d'aucun historien , et la pierre funéraire , précieux monument que la postérité eût contemplé sans colère, sera devenue probablement, après l'indigne supplice de Jeanne d'Arc, l'objetd'animadversions patriotiques. Elles sont regrettables, mais, en conscience, qui pourrait les blâmer? . Un différend s'éleva, en 1370 , on ne sait plus à quelle occasion, entre les chanoines et le chefecier. Ce dignitaire, qui dans l'origine des chapitres était le chef de la collégiale ', mais que depuis longtemps n'était plus préposé qu'au sdin du luminaire et de la cire, joignait encore d'autres fonctions à celle-là dans l'église de Poitiers. Il avait la garde des reliques, des croix, des calices et autres vases sacrés» et tenait les clefs des armoires ou appartements qui les contenaient. Seul il avait le droit , si quelque prince ou grand personnage désirait satisfaire sa dévotion en visitant les saintes châsses, de les lui montrer, mais jamais à découvert et toujours à travers le cristal qui les revotait. Ceci était de rigueur, surtout quand il s'agissait des barbes de saint Pierre. Aux fêtes de l'apôtre , et à quelques autres des plus solennelles de l'année, où un
' Chefecier, in eapiie cerœ^ celui dont le nom est ioscrit le premier sur le tableau , ou sur les tablettes de cire dont on se servait d*abord. Ce nom, rapproché des fonctions qu'on donna ensuite à cet officier d'avoir le soin de la cire et du luminaire de l'église, ne manque pas d'une certaine singularité, et aurait presque l'air d'un calembour.
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plus grand concours de fidèles se rendait à la cathédrale, ces reliques étaient exposées , et les offrandes des fidèles formaient un des revenus de la chefecerie : on n'en exceptait que les objets d'or ou d'argent et les pierres précieuses 5 dont la destination était évidente et qui devaient être employés à Tornement des reliquaires. Il avait aussi lesoblalions de cire, et en général de tout luminaire, sauf les torches plus honorables que les chanoines faisaient brûler quelquefois dans les obsèques ou services funèbres , et qui , leur appartenant , pouvaient être reprises par eux après la cérémonie. S'il arrivait qu'à roccasion d'enterrements solennels on offrît à l'Eglise de Poitiers des chevaux , des armes , des étoffes d'or ou de soie, ou quelques autres ornements de grande valeur, tout cela lui revenait encore. Tels étaient les fruits de sa prébende; mais, quelque avantageux qu'ils paraissent, ils diminuaient singulièrement sous les charges énormes dont l'Eglise les grevait. Il fallait donc en prélever tous les frais qui regardaient le soin des reliques et Tentretien des reliquaires, les menues réparations des cloches (Tévêque n'était tenu qu'à les renouveler lorsqu'elles étaient brisées) et de leurs sommiers , et la fourniture des cordes. Sur ces mêmes fruits étaient encore payés ceux qui , dans les processions , portaient les bannières ; il fallait acheter chaque année trois setiers de froment, mesure de Poitiers, pour les pains d'autel, et six livres d'encens. En outre , les enfants de chœur avaient droit d'en toucher leur part en 7 livres 9. sous monnaie courante; les couslres y avaient aussi la leur, qui s'élevait à une pension annuelle de 65 sous; enfin c'était encore la chefecerie qui soldait 5 sous, ou une lamproie, à chacun des deux chanoines qui chantaient le trait à la grand'-
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messe de la cathédrale pendant le carême. On voit que tant de détails , gros et menus , devaient réduire de beaucoup le riche bénéfice. Aussi paraît-il qu'en 1370 le titulaire avait oublié depuis longtemps l'accomplissement de ses charges.' Les longues et nombreuses adversités de tout genre qu'avait supportées TégUse , l'impossibilité au Chapitre de surveiller exactement ses intérêts en présence de tant de fléaux qui l'avaient assailli successivement, et parfois tous ensemble, étaient devenues autant de causes de désordre dans ses affaires; le chefecier, de son côté, devait avoir éprouvé dans les siennes de sensibles diminutions^ et, ne pouvant suffire à ses obligations, s'était relâché de son habituelle exactitude. Les choses en étaient à ce point i et s'étaient sans doute tellement embrouillées , après la perte des litres faite en 1346, que le Chapitre > voulant régler enfin avec la chefecerie , Jean de Lobert» qui en était titulaire, nia la plupart de ces devoirs, qu'il n'avait jamais payés, et prétendit s'auto* riser d'anciens livret du Chapitre. Mais ces anciens livres , où étaient-ils? De nombreux témoins , au contraire , attestaient l'antique et constante exécution de ces charges; un conflit s'éleva qui , d'abord assez grave, finit, comme toujours , par un arrangement auquel présida Aymeric de Mons. Nous n^enlrerons pas dans les détails de celte convention, qui regarde plus les chanoines que l'église; mais nous ferons remarquer certaines particularités qui se lient à Thisloire de celle-ci.
Nous venons de voir que parfois des chevaux, des armes et des ornements précieux étaient offerts à Toccasion de cérémonies funèbres. Cet usage ressemble beaucoup à celui des anciens, qui faisaient suivre jusqu'au bûcher le cheval de bataille des guerriers à qui
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ils rendaient le dernier devoir. Le noble animal était parfois brûlé avec le corps de son maître. Ici on loffrait en aumône, et l'Eglise le vendait pour ses besoins'. Sur ce point il fut convenu entre Jean Lobert et ses confrères que le prix, aussi bien que les autres objets apportés en offrande > reviendraient par moitié à la cathédrale et au chefecier; que , s'il n'était mis qu'un seul drap d'or ou de soie sur la bière, il ne serait point divisé, mais appartiendrait en entier à l'église. On voit parla que rétofiSe dont on recouvre le cercueil pour les pompes funèbres n'était pas toujours de couleur noire, mais qu'elle était aussi quelquefois de drap d'w, sans doute daos les obsèques des seigneurs de haute qualité.
Sous une des arcades qui formaient chapelle en dessous du jubé était une statue de saint Pierre^ aux pieds de laquelle on avait placé un tronc destiné à recevoir des aumônes. On les assimila à celles de l'indulgence, et le chefecier qui les percevait jusque-là consentit à ce qu'elles fussent employées à l'achèvement des constructions.
On peut juger de la dignité et même de la splendeur des offices en ce temps-là par l'engagement que prit le chefecier de fournir annuellement à l'église 800 livres de cire, et de payer en plus une somme de 100 sous pour la façon des cierges. Les gens chargés de ce soin juraient sur l'Evangile de ne rien détourner de la quantité de cire à eux confiée pour cet usage. Les cierges destinés à brûler
* Taeîte aUriboe cette même coutume aux Germains. ^ César , de BMogaU.j lib. n, Ta observée chez les Gaulois. Saint Jean-Cbrysostôme a fait plusieurs homélies où , en parlant des funérailles de son temps, aux iT* et T* siècles , il marque que les chevaux du défunt y étaient conduits par des valets d*écurie. ( ^. aussi sa 24* homélie sur les Actes des apôtres. )
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devant les reliques et sur les grands chandeliers placés au milieu du choeur et dans le sanctuaire ne devaient pas peser moins de trois livres.
Les clercs et les fidèles avaient coutume de se procurer des cierges , des vœux et de petits objets de cire pour les faire brûler ou les offrir en témoignage de dévotion devant les autels. C'était un de ces hommages à Dieu et aux saints que la foi naïve des âmes simples n'a pas encore oubliés , et par lesquels elles veulent honorer, dans un pieux symbolisme , le Dieu qui se consuma pour nous , et les fidèles serviteurs dont la vie fut une imitation de la sienne. De tout temps ' les coustres avaient vendu au profit de la sacristie ces divers objets dans l'intérieur même de l'église. Il y avait à l'entrée du chœur, et parallèlement à la chapelle de Saint-Pierre , une autre chapelle de Notre-Dame. C'est là que les vendeurs devaient apporter leur cire et reprendre la coutume immémoriale de la distribuer à qui en voudrait. La disposition de l'église se prêtait à cet usage : tout se passait en dehors du chœur, dont la porte fermée par une grille était recouverte d'une courtine ; et la seconde église, où reposait le Saint Sacrement, semblait ainsi séparée de la pœmière, où cette vente, qui nous scandaliserait maintenant, était d'ailleurs légitimée par son but et par la bienséance qui y présidait.
Nous voyons ici pour la première fois qu'il est parlé d'enfants de chœur. Leur emploi dans l'église devait être fort ancien ; mais ils n'étaient pas encore organisés sur des règles précises d'une existence qui les liât au Chapitre. Ce ne sera qu'au commencement du siècle suivant
* Fwl sic ab antiquo fieri conênetum.
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qu'ils seront définilivement constitués et recevront une dotation à peine représentée auparavant par quelques aubaines précaires et indéterminées, comme les sept livres neuf sous de Jean de Lobert.
Enfin , grâces à l'acte que nous venons d'analyser, nous faisons égalementconnaissanceavecles coustres, dontnous n'avions guère su jusqu'à présent que l'existence , et qui nous apparaissent du moins avec quelques-uns de leurs droits et de leurs devoirs. Le Chapitre reconnut comme un fait, acquis de silongtemps que n était mémoire , qu'au chefecier avait toujours appartenu de plein droit, en raison formelle de sa dignité^ la pleine et libre institution et destitution^ correction et punition de tous les employés deTéglise, dont il pouvait disposer selon son bon vouloir. Lesdits couslres sont ses hommes ou vassaux; ils tiennent de lui leurs héritages en fief. Ils devaient recevoir chaque année, selon une coutume observée de tout temps, une prébende entière, c'est-à-dire les fruits et revenus d'un canonicat, que le Chapitre était obligé de leur payer intégralement, sans que jamais on pût en rien diminuer. Ils avaient aussi, sous la haute surveillance du chefecier, la garde de toutes les portes de l'église, en tenaient les clefs, comme celles des portes de fer du chœur, du sanctuaire qu'entourait une autre grille de fer , et des difTérentes pièces qui formaient le local propre du Chapitre'. Ce qui est dit ici de leurs héritages doit s'entendre tant de leur charge même , qu'ils pouvaient transmettre à leurs enfants, puisque, étant laïques, ils vivaient en dehors des obligations du célibat, que des revenus qui y étaient attachés , et des privilèges que leur avaient maintes fois
' D. FoDteaeau, t. ii, p. 445 et suiv.
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us HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE (4370.)
reconnus des bulles ponlifîcales et des arrêts des hautes cours du royaume.
La convention passée entre le Chapitre et le cbefecier , dans l'intérêt dePéglise, fut confirmée le 4 août 4371 par une bulle de Grégoire XI ^ donnée à Avignon. Mais^ au préalable , elle fut sanctionnée par Àymeric de Mons dès le 26 septembre 1370, c'est-à-dire dix jours seulement après qu'on en eut dressé , en chapitre général ^ l'instrument authentique. Le prélat data ses lettres du château de Chauvigny^ résidence féodale d'où ses regards pouvaient contempler avec douleur, dans les vastes et fertiles campagnes qui l'environnent des deux côtés de la Vienne > un pays devenu anglais. .. peut-être pour toujours !••• C'est là aussi qu'il mourut le 17 mars suivant '• Son testament^ daté du même lieu, au mois de mai de cette même année , contenait plusieurs legs pour différentes églises et monastères du Poitou ; il en faisait de plus considérables à sa cathédrale*. La perte de cette pièce intéressante nous a privés de tous renseignements sur la valeur de cette donation. Nous savons cependant d'une manière certaine que, de son vivant, il avait pourvu le
' Ce 47 mars aoraitété pour nous celui de 4571 ; mais il se trouvait pour les contemporains à la fin de Tannée 4370, qui avait commencé le 44avrilprécédent, jour de Pâques,' et allait finir le % avril suivant. C'est de la sorte que s* explique la contradiction apparente des historiens qui , le faisant mourir {«47 mars 4570 , datent néanmoins son testament du mois de mai de cette même année. Nicolas de Sainte-Marthe, dont les fautes de chronologie sont si nombreuses, le fait mourir en 4577. — Mais tous s'accordent à dire, avec son épitaphe , qu'il gouverna le diocèse huit ans et trois mois. Or, du 4 juin 4565 , date de son entrée à Poitiers, au 47 mars 457i, il y avait bien ce même temps.
* DreQx-Duradier , 1. 1 , p. 54. —Du Tems , t. n , p. 424.
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Chapitre d'une salle de réunions qui, sans doute, lui manquait encore. Ce local s'ouvrait danale déambulatoire nord, entre la grille de fer qui le sépare du bas-côté et la porte du Chapitre actuel , et avait vue sur la partie extérieure de l'église qu'on désignait sous le nom de Cloîtres , en avant du cimetière des chanoines'. C'est là , devant le seuil de cette porte, que fut inhumé le prélat. Une simplef inscription, copiée par Dreux-Duradier en 1754, s'y lisait encore assez facilement sur une modeste pierre de liais. Voici sa teneur, non telle que l'a donnée cet écrivain , qui l'avait lue imparfaitement, mais selon le texte recueilli par Nicolas de Sainte-Marthe, auquel nous aimons mieux nous fier cette fois, parce quMl Tavait transcrite avant 1 646 ^ lorsqu'elle avait pu souffrir moins d'altérations :
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màrtie, anno JDomini €)rrmu6 Bcum pro eo. '
On conservait dans le trésor de la cathédrale, avant 1 562 , « un vaisseau creux d'argent doré avec un crucifix, qu'avait donné le seigneur évêque Aymeric , de bonne noiémoire. »
Après lui fut évêque Guy de Malsec , qui passa de Lodève à Poitiers en 1371, et fut, en 1376, créé par Grégoire XI, son parent^ cardinal-prêtre du titre de Sainte- Croix de Jérusalem. Le 17 janvier suivant, Bertrand de Maumont prit le gouvernement du diocèse : son entrée Tut remarquable en ce qu'on l'y vit porté par Jean de France, duc de Berry, fils du roi Jean et frère de Charles Y , agissant comme seigneur de Lusignan. Les autres personnages étaient le seigneur de Laval , Jean l'Archevêque, seigneur de Parthenay , et Pierre de Rameneuil, chevalier, au lieu et place de Louis d'Harcourt, qui se faisait représenter. Un incident sembla devoir troubler le calme et la dignité de la cérémonie : avant de partir de Notre-Dame, et chacun prenant sa place auprès du trône que l'évêque occupait déjà , le prince prit la première, qui était celle de devant, à droite du prélat. Ensuite ce fut entre le sire de Laval et celui de Parthenay
^ Ici repose le révérend père et seiguear ea i.-C. , le seigneur Aymeric de Monsi, évêque de Poitiers, né d'une noble famille, habile docteur dans l'un et l'autre droit, qui gouverna ce diocèse pendant huit ans et trois ou quatre mois, fonda ce Chapitre et mourut le 47 mars 4570. — Prions Dieu pour lui. — ^. Sainte-Marthe , ^mI. ecOés. comit. Pictav. , p. 464.
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à qui prendrait la gauche, cliacuD s'y prétendant fondé. Pour le délégué du sire d'Harcourt, il s'était mis derrière et à gauche, selon son rang. Il fallut que le fils d'un roi de France mît fin à Taltercation, dont il commençait à redouter les suites , en offrant sa place à celui des deux contendants qui voudrait la prendre, et passât derrière le trône, où il prit la droite : la gauche de devant fut cédée par le sire de Parthenay à celui de Laval, et Bameneuil prit la droite de devant, que le prince avait si généreusement abandonnée. De la sorte personne n'avait sa place ordinaire j et ne pouvait se prévaloir pour l'avenir. L'évêque prévint d'ailleurs toute prétention à ce sujet , en déclarant qu'il ne serait en rien dérogé aux droits acquis par ce qui venait de se passer. Tout le reste se fit commode coutume '. Ces questions de préséance n'étaient pas si misérables qu'elles le paraissent, puisqu'elles se liaient aux prétentions que chacun des barons pouvait avoir, comme on l'a vu, sur le service de table de l'évêque, et sur sa haquenée blanche.
Bertrand de Haumont présida en 1 377 un synode dont nous n'avons plus les actes. Beaucoup d'auteurs, peu instruits des habitudes ecclésiastiques de ce temps, en parlent, aussi bien que des autres plus remarquables, comme d'assemblées extraordinaires. Nous avons fait observer qu'elles se renouvelaient plusieurs fois par an.
Mais une grande consolation était réservée à ce prélat, digne entre tous , nous disent les récits de son pontificat, parla piété de sa vie et la sainteté de ses exemples. La belle église était enfin achevée, ou, pour être exact, il lui manquait si peu , qu'on était depuis longtemps impa-
• Besly, p. 490.
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tient de lui voir conférer 1q caraclère saoré. D'heureuses circonstances avaient contribué depuis cinq 3ns à l'avancement des travaux.. Le 'Poitou ayant été repris sur les Anglais^ le duc de Berry en était devenu apanagiste, et sa générosité envers la cathédrale avait permis de pousser activement au terme désiré. C'était une des joies de ce prince de penser à ces belles cérémonies qu'il aimait , et dont la pompe allait resplendir sur la majestueuse basilique. C'était à lui que la cité, heureuse d'être redevenue française , devrait de la contempler dans toute sa gloire et de ne plus se demander^ avec le doute de l'inquiétude, si le joyau de la province trouverait une main qui sût le polir et l'enchâsser.
Les lois de l'Eglise veulent qu'un temple ne soit dédié qu'un jour de fête majeure ou de dimanche. On choisit donc le mardi 18 octobre 1379, fête de l'apôtre saint Luc» Cette solennité était celle du diocèse entier; les abbés de tous les monastères > les députés de toutes les collégiales y furent convoqués et s'y trouvèrent, accompagnés des corporations religieuses et du clergé de la ville. La veille, tous les ornements du sanctuaire, les revêtements des autels avaient été enlevés ; rien n'y restait qui témoignât d'un culte déjà rendu au Tout-Puissant dans cette enceinte qui n'avait reçu, près de deux siècles auparavant, qu'une bénédiction provisoire; les saintes reliques et leurs belles châsses avaient été transportées dès la veille à Notre-Dame-la-Grande , /î/te (fe /a cctfAàfra/e. C'est là que l'évêque consécrateur , entouré d'ecclésiastiques et de fidèles émus de la même piété, alla processionnel* lement les chercher, pour les ramener au lieu qu'elles ne devaient plus quitter, et que les prières solennelles avaient rendu plus digne d'elles : image sensible de cette
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vie de pèlerinage que Te chrétien traverse en géiiiissant, et au delà de laquelle s'ouvrira le port du salut Mais à ces signes mystérieux mille autres s'ajoutèrent encore; car nulle part plus que dans ces rites imposants la liturgie catholique ne s'est plu à verser aux populations qu'elle sanctifie le symbolisme et l'esprit de recueillement qui s'en épanche. Les 12 croix sculptées ou peintes sur les murs ^ les 12 cierges qui brillent allumés devant elles et se consument comme les apôtres , lumières du monde , poar jeter au loin la lumière du Verbe crucifié ; les coups frappés par trois fois avec le bâton pastoral sur les portes fermées d'abord et s'ouvrant enfin à la persévérance qui supplie ; l'invocation réitérée des saints protecteurs , que désormais la foule devra invoquer avec plus de confiance; la grande croix sur laquelle s'inscrivent de la main du pontife les deux alphabets qui se partagent le monde chrétien, autre signe d'union de tous les peuples en un seul peuple régénéré; les onctions qui coulent sur les parois du temple et sur la pierre de Tautel , comme la grâce saoctifiante dans l'âme consacrée au baptême ; enfin les pieuses supplications du Kyrie eleison, la fumée de l'encens répandue à flots sous les voûtes pour exprimer la bonne odeur de la prière fervente et les transports de l'âme vers le ciel : tout était là , et, par ce peuple attentif, tour à tour debout, prosterné ou précédant son évêque dans la marche grave et religieuse de son voyage mystique, tout était compris, sentp, apprécié. La parole sainte, les fresques de ses églises , les mille objets dont la présence et l'usage immiscent le culte à la vie spirituelle, avaient mille fois redit ces enseignements qu'ignorent aujourd'hui les savants eux-mêmes; et surtout, sous l'emblème du temple matériel , dont les hautes ce-
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lonnes , les brillantes verrières , Tair embaumé de parfums, étonnaient^ charmaient, élevaient jusqu'à Dieu les regards et les sens, chacun avait appris à voir une pensée de foi^ une âme immortelle comme son auteur, lavée par son sang , éclairée par sa religion , dont la prière est la vie , comme sa beauté est dans la vertu.
On prétend que ce même jour plusieurs autres églises de Poitiers furent consacrées ; mais il est peu croyable que cette cérémonie, la plus longue du cérémonial romain, ait pu se renouveler plus de deux fois dans le même jour, et les forces du consécrateur n'y pourraient peut-être pas suffire. Il faut donc entendre par ces termes une simple bénédiction de ces nouveaux édifices, laquelle suffit parfois, surtout pour les églises de moindre importance. On ne nous dit pas quelles furent celles dont il est ici question; Sainte-Radégonde , avec son style identique, sa nef si complètement semblable, dut être achevée en môme temps que Saint -Pierre, et nous adopterions assez volontiers , en l'absence de documents écrits qui nous échappent, la présomption que son Chapitre, qui avait employé les mêmes, mains à relever son illustre édifice, voulut profiler aussi de notre grande fête pour avoir la sienne, et lier jusqu'au bout l'histoire de sa renaissance à celle de notre restauration '.
C'est probablement à Toccasion de la dédicace de la cathédrale que le duc de Berry lui donna une magnifique châsse d'or pur ornée de diamants , destinée aux bartes de saint Pierre : digne cadeau de noces , à en juger par la description que nous en verrons bientôt.
« V. Gall. christ, , t. ii , col. 4494.— Jnnaleê d'JquU,, f° 426.— Tliibaudeao, t. i , p. 409. -< Dufour, p. 260, 263.
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Après tant de vicissitudes , d'interruplions et d'obstacles , le beau vaisseau de Saint-Pierre de Poitiers arrivait enfin à une ère de prospérité. Deux cent dix- sept ans s'étaient écoulés depuis qu'un comte de Poitou , devenu roi d'Angleterre , avait cimenté la première pierre ; un autre comte» fils, frère et oncle de rois de France, y mettait la dernière main. Dans ce long intervalle, la France et sa rivale- d'outre-mer s'étaient disputé le sol poitevin ; les envahissements de l'étranger, les résistances des nationaux, y avaient tout changé, détruit et refait tour à tour; et, pendant ces tristes et interminables luttes, la maison de Dieu s'élevait lentement, avec tant d'autres non moins belles , qui , sur toute la surface de notre patrie, attestaient, en dépit des variations politiques, des fluctuations de l'esprit humain , des fautes et des infortunes de la terre , que le besoin de la prière ne meurt point, et qu'en se mêlant à la marche hasardée et chancelante des choses d'ici-bas, la religion, qui semble partager les vicissitudes de l'homme , lui survit réellement pour couronner ses épreuves,pour fortifier les générations qui le suivent , et encourager par Pespérance d'un succès lointain^ mais assuré, le zèle actif d'où naissent les chefs-d'œuvre gothiques du catholicisme, et les beauxarts, sa plus ravissante expression.