‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 19 sur 98 · II · texte numérisé non relu

II

GobgI(

Item deux pièces de soie oavrées d'or, rénoies en ane seule , données par noble dame de Berry ( qu'on met derrière le grand autel pour tentttre aux fêtes annuelles).

Iiem une chapelle noire de damas pour le» morts , pourvue de tout ce qui est nécessaire pour le chapelain , le dyacre et le sous-diacre , trois chappes et deux pièces d'étoffes noires pour parer l^autel devant et derrière.

Item une entre chapelle noire très-ancienne, de Sandallo, ayant chasuble , deux tuniques et deux dalraatiqnes , deux chappes et le reste nécessaire , et aussi trois -aubes et trois almitons.

Item trois beaux coussins (oriculares, oreillers) brodés en soie à ramages , à savoir : deux grands et un petit , pour mettre sur le grand autel aux grandes solennités.

Item un autre beau coussin de soie varié d'oiseaux et de couleurs diverses.

Item une autre très-belle chapelle de drap d'or mêlé de rouge, et remarquable par le travail de ses figures, consistant en chasuble, tunique et dalmatique de même drap, étoles et manipliles d'une autre étoffe rouge brodée d'or; d'aubes, d'amitons brodés et de trois ceintures pour le chanoine célébrant, le dyacre et le soas-diace; donnée par messire Ascelin Reine, chanoiae et archidiacre de Poitiers.

Item deux très-belles chappes d'étoffe rouge, semées de fleurs en manière de soleils, données par ledit messire Ascelin Reine.

Item une autre magnifique chappe de drap d'or mêlé de rooge , trèsbien travaillée, enrichie d'un très-bel orfroy, qu'a donnée maître Pierre Barraud , autrement Boyleau , chanoine de Poitiers '.

lum une autre fort belle chappe qu'a donnée le seigneur Ytbier de Martreuil , de vénérable mémoire, évèque de Poitiers, en laquelle est comprise presque toute la Bible en ymages , et enrichie d'un magnifique orfroy. C'est la plus belle de toutes. »

Ici s'arrête le catalogue rédigé par les deux chanoines tpiL Tout souscTit. Ce qui va suivre fut ajouté plus tard par une main doiiAle caractère semble moins ancien,

• Le même probablement que ce Pierre Boylève qui a donné deux chaude* liens d^argent.

(U06.) DK POITIERS. 447

quoiqu'il paraisse bien appartenirégalementau xv^ siècle. Ce qui est certain , c'est que cette dernière partie a dû être écrite après 1420, puisqu'il y est parlé de Tévêque Gérard de Montaigu comme défunt» et que cette année est celle de sa mort.

« Item une pièce de drap d'or donnée par maître Jehan Gabaud, exécuteur * de messire Guillaume de Bar, pour garnir le devant du grand autel aux Tètes annuelles.

Item une chapelle de velours noir, fournie de sa chasuble et d^étoles et manipules nécessaires aux diacre et sous-diacre, donnée par messire Pierre de Trousseau , en ce temps évéquc de Poitiers *.

Ilein trois chappcs de velours noir, données par le même seigneur Pierre de Trousseau.

Item une autre chappe noire où sont les armes de Sangler.

Item trois autres chappes noires de damas avec orfroy , doublées de toile de couleur pers.

Jtem une pièce d'étoffe de soie noire en damas , donnée par maître Jehan deTudert , prévôt de l'église de Poitiers , au lieu de sa. chappe '.

Iiem un coussin piqué donné par les exécuteurs testamentaires de défunt messire Jehan Bonnel, autrefois sous-ehantre de Poitiers.

Item trois courtines rouges qu'on met devant le grand autel, en tems de carême, pendant la messe des simples fériés.

Item une chasuble blanche doublée de laine, et des diacre et

sous-diacre , pour les fêtes à sous-chantre.

/(em deux chasubles rouges avec diacre et sous-diacre^, données par feu monseigneur Gérard de Montaigu *, qui servent tous tes jours au grand autel.

• Testamentaire.

' Il avait été transféré en 1418 à rarehevéché de Reims , où il mourut.

^ Loco cape sue. Ceci indique bien que beaucoup des générosités qui pourraient passer pour autant de dons volontaires de certains chanoines n'étaient qu*un droit acquitté lors de leur prise de possession.

4 C'est-à-dire avec ce qui est nécessaire aux diacres et sous-diacres , comme nous l'avons vu déjà plusieurs fois.

5 Mort à Parid on 1420.

GoogI(

Jiem dcax chappes blanches de boncassio , aax armes du dériint seigoeur Pierre Trousseau , doublées de noir.

Hem une autre chappe blanche, simple et de modique. valeur.

Item dix chappes communes de moindre valeur pour les chapelains et bacheliers.

Item deux canettes d'étain pour le service commun de l'élise , qui sont à la garde des coustres.

Item deux pots d'étain pour l'usage desdits coustres.

Item deux niarchepiez ^ pour mettre devant le grand autel aux fêtes annuelles , dont un a été donné par le seigneur Symon de Cramaud , et l'autre par le seigneur Pierre Trousseau.

Item un autre petit marAepié pour la chaire épiscopale '. »

L'inventaire finit ici. — Il témoigne que Téglise était richement montée en ornements de tous genres , et possédait un assez grand nombre d'objets précieux pour le service ou la décoration des autels. On y remarque avec intérêt neuf châsses ou reliquaires d'or ou d'argent, outre deux ou trois de bois doré; sept croix, soit d'or pur, soit d'argent ou de vermeil ; cinq vases d'or ou d'argent destinés à divers usages; trois évangéliaires^ épistoliers et autres livres de liturgie ; six vases à vin en argent , deux encensoirs de même métal; six beaux calices et trois autres moins beaux, en vermeil; deux vases en argent doré destinés à renfermer ou à porter le Saint Sacrement; une crosse épiscopale également en vermeil ; enfin quatre mitres qui , outre celles qu'on gardait pour reliques , comme celle de saint Fortunat, avaient sans doute appartenu à quelques-uns des prélats morts sur le siège de

1 Tapis.

> Archives de la préfect. de la Vienne, cbap. de la cathédrale, liasse t. — D. Fonteneau. — M. Rédet, à qui je dois la communication de la pièce originale, l'a insérée en latin dans le Bulletin archéologique des arts et monU" ments, t. m, p. 444.

GoogI(

(1406.) DE l'ouï ËKS. 449

Poitiers. Nous n'y voyons pas figurer celle de saint Uilaire, portée au concile de Tours en 1167. Elle avait été sans doute pour quelque chose dans le butin des sacrilèges bandes du^comte de Derby.

On doit conclure aussi de ce grand nombre de courtines ou rideaux de diverses couleurs qui entouraient le grand autel qu'alors il y en avait autant et des mêmes couleurs que d'ornements divers pour les officiants^ et de devants d'autel auxquels elles devaient s'assortir. Quoique toutes les couleurs liturgiques ne fussent pas les mêmes qu'à présent , elles étaient cependant appropriées aux caractères des fêles; comme à celles-ci, on y attachait des idées symboliques spéciales, et les règles qui en prescrivaient {'emploi ne pouvaient être ni changées ni modifiées au goût de chacun.

Oo voit encore, d'après celte pièce, qu'il existait alors des chapelains et des bacheliers se mêlant à l'office canonial^ puisqu'ils y portaient la chape. Dès longtemps en effet , quoique nous les rencontrions ici pour la première fois, le Chapitre s'était adjoint ces auxiliaires pour se soulager dans le chant et l'office divin. Il résulte d'un acte, dressé plus tard pour constater leurs revenus, que ces deux titres convenaient aux mêmes personnes , car ils sont pris alternativement l'un pour l'autre. Ceux qui > en étaient revêtus cependant n'étaient pas tous chapelains en titre , puisqu'il fallait être honoré , pour le devenir , de la dignité sacerdotale ; mais ils devaient avoir subi la thèse et obtenu le titre de bacheliers en théologie, moyennant quoi ils pouvaient, en recevant la prêtrise, obtenir une des chapellenies de la cathédrale, et jouir des bénéfices y attachés. Ces fonctionnaires étaient donc les hommes du Chapitre, soumis à sa juridiction , aidant

GoogI(

aux fondions sacrées comme acolytes, chantres, thuriféraires; au chœur ils occupaient les stalles inférieures, et n'avaient ni voix ni place aux assemblées capilulaires.

Douze petites maisons dans la ville, les fruits des cures de Thénezay el de Blanzay réunis à leurs menses , quelques dîmes et rentes en argent ou blé , formaient le revenu de ces douze bénéficiers, dont la position n'était rien moins que brillante et ne valait pas celle des coustras, beaucoup mieux partagés , sans doute parce qu'ils étaient beaucoup plus anciens '.

Comme il est question aussi dans l'inventaire précédent d'un certain nombre de reliques remarquables, nous allons les reconnaître avant de poursuivre, et donner sur chacune d'elles les notions historiques que nous avons pu découvrir.

La magnificence et le goût s'étaient empressés à embellir la châsse des barbes de saint Pierre; nous savons le zèle des comtes de Poitou , jusqu'à ce que le duc de Berry vînt dépasser par les richesses dont il l'orna tout ce qu'avait fait ses prédécesseurs. On a peu de détails si!r la châsse de saint Simplicien, couverte d'argent. Celles de saint Jacques, de sainte Madeleine, de saint Grégoire, de s^int Junien , ne s'entourent nulle part de plus de vie historique qu'elles n'en ont ici. Nous avons vu placer sainte Florence entre la chapelle de la Sainte-Vierge et de la Madeleine; mais ses restes vénérés n'étaient pas demeurés longtemps cachés aux regards des fidèles : une châsse précieuse les reçut, un office public fut institué pour le V' décembre, à une époque qu'il est impossible de préciser, mais qui se rapproche beaucoup du xir siècle.

^** GrandCarlulairCyX. iv, p. 449elsiHV.

GoogI(

iUùd.) DE POITIERS. 45t

La messe qu'on chantait sous le rit soleonel se trouve^ dans un missel gothique de Poitiers ^ imprimé en 1525; on y lit une prose dont le style atteste évidemment le moyen |ge , et où l'on raconte comment « le saint corps de la jeune vierge , enterré d'abord aux. calendes de décembre, dans le lieu de sa mort, par saint Hilaire^ fut transporté, après une longue suite d'années, par Isembert, dans l'église de Poitiers \ » — Quant aux diverses parcelles de la vraie croix, que paraissent avoir contenues des croix en or pur ou en vermeil , elles ont disparu depuis longtemps , grâce sans doute à la matière appréciable ei aux pierreries qui les décoraient. Le bras de saint Junien pouvait avoir toute l'authenticité désirable , étant venu de l'abbaye de Nonaillé^ dont on sait les rapports defamille avec la cathédrale. Nulle part ailleurs qu'ici ne se rencontrent les moindres traditions sur le soulier de saint PieiTe et la sandale de saint Martial ; il fallait que les chanoines n!eussent rien de certain sur la vérité de leur orl gine , car il n'est pas dit qu'on les ccHiservât dans des châsses. Ils semblent n'avoir été gardés qu'à titre d'objets auxquels se rattachaient des souvenirs respectables, aussi bien que la mitre de saint Forlunat , quoique celleci, par sa date., eût pu donner sur son identité de plus notables garanties.

On s'étonnerait de ne trouver dans cette nomenclature aucune mention de saint Hilaire, s'il n'était pas reconnu qu'alors les reliques qu'on possédait du grand docteur appartenaient à l'église collégiale de son nom , à qui le

' Qui(i'. i^tiarnif ) corpusciilom Tirginis — eo io loco sepultarœ — decrmbris dédit kaleodis—sanctissimaîFlorcDtix. — Post aDuoram curricula— Jsemberliis episcopas — (raostulit io ecclesià — Pictavensi sunm ccMrpos.

GoogI(

452 UISTOIRE DE LA CâTHEDBALE (440C.)

duc de Berry, abbé de SaîDt-Hilaire en sa qualité de comte de Poitou^ les avait données en 1394 '.

Mais que signifie cette « crosse de cuivre pour les Innocents ?» Ce mot renferme toute une série de renseignements qui nous manquent , et dont nulle trace n'a échappé aux ténèbres répandues sur notre histoire après la destruction de nos archives. Semblable à un de ces caractères architectoniques à l'aide desquelsl'archéologue lit sur un monument de pierre l'âge qui le vit élever , le ciseau qui le sculpta , sans le moindre secours des documents écrits qui faillissent^ ce mot nous est un témoignage non douteux qu'à Poitiers^ comme en presque toutes les autres églises de premier ordre, la fête des Innocents, et peut-être celles des fous et de l'âne , furent célébrées avec leur pompe accoutumée. Il n'y a que fort peu d'années encore, de tels souvenirs eussent scandalisé le commun des lecteurs. <:;omme une foule d'autres usages symboliques^ on ignorait le véritable sens de ces scènes naïves, qui , aujourd'hui, mieux étudiées aux sources originales, sont quittes enfin des réprobations irréfléchies qu'on leur avait infligées \ On y a reconnu des pratiques bonnes en elles-mêmes dans leur principe, dans l'intention qui les accréditait, et que l'Eglise ne combattit plus tard et n'abolit entièrement que pour les abus qui, s'y étant glissés, en étaient devenus enfin comme inséparables. Au reste , ces abus , on ne Ta pas fait assez observer , étaient communs à d'autres fêtes où la décence la plus stricte avait dû également présider. L'université avait

1 F. une diseertatioft de M. Nicias Gaillard sur ce sujet. ( BuU. de la Soc. des Jntiq.de vouait, àvi 4«' août iS56, mîM', p. 497.)

• V. VUnhers , 29 septembre 4847 ; — Am. archéol,, t. vu, p. 24S ; — Bergier, Dict. de ihéol, , t. m , p. 237, s'est bien trompé sur ce sujet.

GoogI(

aussi des cérémonies de ce genre , telle que la Saint- Nicolas , par exemple ^ qu'un légat fut obligé d'interdire en 1276, comme étant devenues des profanations de Tofiice divin '. En ce même siècle, le concile de Cognac, tenu en 1260, interdisait cette même fête des Innocents, pour détruire avec elle les excès dont elle était le prétexte v Mais ce concile, comme beaucoup d'autres, ne parlait qu'autant que le besoin de réprimer le mal s'en faisait sentir : il n'avait au reste d'autorité que dans les limites de la province de Bordeaux, sa juridiction territoriale ; et puis les abus à extirper ne se présentaient ailleurs qu'à des époques diverses; de là le plus ou moins de durée de ces représentations dans les différents diocèses où on les vit régner , au grand contentement des peuples^ jusqu'à ce qu'enfin elles cessèrent entièrement au XV* siècle. Nous ne trouvons rien de relatif aux anciennescoutumesdePoitiersàcesujet. Là comme ailleurs, le jour des saints Innocents , 28 décembre , les enfants de chœur chantaient l'office en entier. Un d'eux tenait la place de l'évêque et en portait la crosse avec les autres insignes. La messe était célébrée par le plus jeune prêtre d'entre les chapelains : ce qui s*observait également dans l'église métropolitaine de Vienne ^ Qui ne voit ici les honneurs suprêmes de l'Eglise attribués à des enfants , en commémoraison des jeunes martyrs massacrés par Bérode, et dont l'histoire sculptée aux chapiteaux de notre porte Saint-Michel n'était peut-être pas sans analogie avec cet usage ?

* Du Boulay , HUt. de f Université, U m , p. 434 .

* Labbe , (kmc. , t. xi , ad otm. 1260.

* L'abl)é Pascal , Origines de la liturgie catMique , coU 547.

GoogI(

Page 1