CHAPITRE XIII
Db 1481 A 1496.'>- Procession pour l'établissement de Tuniversité do Poitiers.
— Sermon de frère Carrelure. — Réception des docteurs dans la nef de la cathédrale. —Bibliothèque de Téglise. — Peste, et vœu du corps de ville. — Établissement de 12 vicaires perpétuels. ^ La grosse docho refondue. — État des tours de la façade. — Procession pour la reddition de Cherboui^. — Inhumation de l'évèque Jacques Juvénal des Ursins. — Chape dite de Jessé,
— Synode. — Exemption pour les chanoines de la résidence dans leurs bénéfices. ~ Éloge de la cathédrale par Sixte IV. — Exemption de la juridiction épiscopale. — Visite de Charles VII. —Droit de scel. — Discussion entre Pierre d'Amboise et le Chapitre.
Par la mort du duc de Berry, le 15 juin 1416, le Poitou était revenu à la couronne; Charles VII, encore Dauphin» le reçut de son père, et, devenu roi , il le réunit de nouveau au domaine royal , dont il ne l'a plus sépare. Les services que le prince y avait reçus , Taffeclion qu'il por-
' F. DOS Recherchée mir Simm de Cramaud , n"* lxxix , -— Grand eariu* laire, t. iv, p. 449etsuiv.
tait surtout à sa ville de Poitiers , demeurée si longtemps capitale du royaume, le disposèrent à beaucoup de concessions utiles. Au nombre des plus considérables, il faut compter rétablissement de l'université, qu'il sollicita du pape Eugène IV, Ce fut une grande joie pour cette cité, où les éludes avaient toujours fleuri depuis rétablissement de ses premières écoles par saint Hilaire. Or, dans ces temps de foi pratique, la religion présidait à toutes les joies publiques aussi bien qu'à celles de la famille ; ce fut donc par des actes religieux qu'on voulut inaugurer le nouvel établissement. Après une procession qui se fit, le r' jour de février 1 A31 , de Saini-Hilaire-de-la- Celleà Notre-Dame-la-Grande, « honorable homme maître Maurice Claveurier, maire de Poictiers , » en indiqua une seconde en l'église cathédrale pour le 3* dimanche du même n^ois. Elle fut annoncée la veille, aux lieux accoutumés de la ville , solennellement et au son de la trompette. A l'heure dite, se dirigèrent vers Véglise mère les chapitres de Saint-Hilaire , de Sainte-Radégônde , de Notre-Dame-la-Grande,deSaint-Pierre-le-Puellier. — Les religieux de Montierneuf et de Saint-Hilaire-de-la-Celle y vinrent aussi avec les quatre ordres mendiants : les carmes, les dominicains , les franciscains et les augustins. L'assistance se composait, en outre , d'une multitude de personnes notables, des membres du parlement et de la sénéchaussée. Tous prirent place dans le chœur. Une messe solennelle fut célébrée. Quand le diacre eut chanté l'évangile au jubé, frère Pierre Carrelure, prieur du couvent des frères prêcheurs, y monta, et fil « une solen- « nelle et notable prédication par laquelle il monstra aux » habitants, entre autres choses, le bien et augmentation » qui provicndroit aux citoyens et pays de Poictiers, cl
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» principalement à ceux qui viendroient pour estudier » en ladite université, et comme ils en apporteroient un » bon fruict *. » — La cérémonie se termina au chant du Te Deum.
Dès cette époque > Técole de théologie fut installée au couvent des Jacobins, où s'étaient tenues les premières réunions pour la formation de l'établissement. Le Chapitre de Saint-Pierre ayant réclamé sans succès contre la disposition de la bulle qui nommait chancelier le trésorier de Saint-Hilaire, obtint du moins que les réception^ solennelles des candidats au doctorat pour les quatre facultés * se feraient dans l'église cathédrale , de tout temps en possession de prérogatives analogues. L'usage adopté et les règles faites à cet égard se maintinrent fort longtemps après , et lurent suivis encore au xviii' siècle. Voici Tordre qui s'y observait :
Entre sept et huit heures du matin, le recteur, les docteurs , et le doyen de la faculté qui doit conférer le grade, accompagnés d'une honnête suite^ précédés des trompettes et tambours de la ville, qui sonnaient et bat* talent, des bedeaux tenant leurs masses, et de la livrée du doctorant, vont chercher celui-ci à son logis pour le conduire dans le même ordre aux Jacobins, où se trouvent réunis les docteurs des trois autres facultés et . tous les oflficiers de l'université en robes rouges ou noires. De là le cortège, se remettant en marche toujours au son de sa musique officielle, se rend à Saint-Pierre. Il y est reçu au son de l'orgue, et s'avance jusqu'à la porte du
■ Procès-verbal de rinstallation de l'oniversité, à la suite des Atmalei d'Aquitaine, éd. 4644.
* Théologie^ droite médecine et arts.
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chœur, où tous se prosternent pour faire une prière. Aussilôt on revient se placer entre les quatre premiers piliers, que les coustres ont couverts à une certaine hauteur de belles et antiques tapisseries. Le recteur siège au milieu, tourné vers le chœur; à sa droite, les facultés, celle d'abord qui va s'augmenter d'un ou de plusieurs docteurs , puis les autres dans l'ordre habituel de préséance; à sa gauche» MM. du présidial, puis les doyen, chantre, sous-chantre et chanoines de Saint- Pierre. Les récipiendaires et leurs parraiM sont assis en avant de la faculté à laquelle ils appartiennent. Le livre, symbole de la science acquise et de celle qu'on aura le droit d'enseigner , est placé avec le bonnet de docteur sur une table couverte d'un tapis.
Alors le récipiendaire se lève, s'avance tête nue vers les doyens et docteurs de sa faculté, fait sa demande du bonnet et autres insignes du doctorat, puis se remet en sa place auprès de son parrain. Cela fait, un docteur de la même faculté se sépare de la compagnie, et monte en une haute chaire au-dessus et derrière le banc de M. le recteur^ où « il harangue et fait acte d'encomiostre, au* Irement dit paranymphe du futur docteur, afin de le prouver digne de la doclorande. » Après quoi, il retourne à sa place; puis le doyen expose en peu de mots que le corps a reconnu la science et capacité du récipiendaire^ et demande qu'on lui confère le bonnet, l'anneau et le livre , et qu'on l'admette au baiser confraternel , selon la teneur des statuts. Cette fonction est celle d'un des docteurs» qui se lève, et, debout sur un tapis étendu par terre où se tient le candidat tête nue et à genoux , il donne à celui-ci ces divers attributs avec sa bénédiction. Alors l'élu se rend à une chaire élevée du même côté que
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la première , et prend possession de renseignement en adressant à un écolier placé dans une chaire beaucx)up plus basse et au-dessous de la sienne une question que celui-ci traite d'autant mieux qu'il Ta méditée plus à loisir. Le docteur, reprenant à son tour, la traite à sa manière, contradictoirement ou dans le sens de l'écolier, et tire ses conclusions. C'est par là que se termine la séance; on s'agenouille pour une dernière prière, après laquelle le corlége reconduit à Tuniversité les nouveaux maîtres dans le même ordre et avec le même cérémonial qu'on l'a quittée.
En remontant par ces notions historiques vers les temps qu'elles nous transmettent, n'admire-t-on pas comme toute la vie de nos aïeux était forte et calme ; comme ils savaienttraiter sérieusement les choses sérieuses, etquelle puissance devaient encore avoir les principes sur des âmes trempées ainsi dans l'estime des institutions sociales les plus fécondes en honorables résultats !
Tels furent dès le commencement les usages auxquels notre église donna sa part d'apparat et de solennité : on les retrouve usités de point en point le 27 novembre 1614, à une réception de docteur dont nos archives poitevines ont conservé le procès-verbal. '.
Bientôt après rétablissement de l'université, notre cathédrale, qui possédait plusieurs des dignitaires du nouveau corps parmi ses chanoines, se vit enrichie d'un trésor dont nous avons vu ailleurs la. première trace: nous voulons parler d'une bibliothèque importante dont l'apport s'entoura de particularités assez curieuses. Déjà, au XII' siècle, Gilbert de la Poréc lui avait donné de
' Thibaiidcaii , l. ii , p. 42 et suiv. ; — Mém. de la Sac. des Antiq. de V Ouest, procès- verbal de la séance publique du 26 décembre 4848.
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beaux livres en assez grand nombre; le duc de Berry, qui avait fondé une bibliothèque dans une des tours du ctiâteau de Poitiers, et dont on sait le goût pour les livres, n'avait pas manqué sans doute d'ajouter à la collection de Saint-Pierre quelques bons ouvrages qu'il savait bien apprécier et choisir '. Il fallait donc un emplacement assez considérable à ce dépôt littéraire, dont le moyen âge faisait tant de cas, à si juste titre. Mais quel était cet emplacement? Rien n'a pu aider à résoudre cette question. Il est possible cependant que la bibliothèque ne fit qu'un seul et même dépôt avec les archives conservées dans les fenêtres creusées autour de la salle capi-* tulaire. Toujours est-il qu'en 1438, Pierre Baston, abbé de St-Maixent, doyen de la faculté de théologie de Poitiers, et qui en avait fait la première leçon au couvent des Jacobins en 1431 , donna sa bibliothèque à l'université. On se rappelle une coutume des Chapitres du moyen âge, de placer leurs livres dans leur église même. Soit donc parce que la cathédrale était déjà en possession d'une librairie dont l'avantage s'accroîtrait pour les maîtres et les étudiants par l'adjonction bienveillante de ces richesses nouvelles, soit qu'on lui donnât une préférence si estimée alors en considération de la suprématie ou du rang distingué que tenaient dans la science ceux de ses chanoines qui favorisaient les développements de l'université, le corps de ville prit une délibération dans ce sens Je 26 novembre 1438. « En tant, y est-il dit, que touche » la librairie et mesmement les livres que monsieur » l'abbé de St-Maixent a donnez et ordonnez à ladicte uni- » versité, a esté appoincté qu'elle seroit faicle est esta-
• Lelaboureur, Hisi. de Charles FI, préface.
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» biye en Téglise de SaincUPierre , en la chapelle des 0 Apposires , et que on prattqueroit avec Fabbé de Saint- » Maixent son consentement que iesdicts livres fussent » mis en ladicte église, et aux chanoines de ladicte église » qu'ils veullent et consentent que Iesdicts livres y soient » mis '. » Il parait que le œnsentement requis fut accordé, car les livres se placèrent selon le vœu de Téchevinage ; la bibliothèque s'augmenta même dans la suite, et ne fut enlevée de la chapelle des ApôtreS que lorsque, après les progrès de Timprimerie , les manuscrits , devenus plus rares et plus recherchés, suggérèrent plus de précautions à ceux qui en avaient la garde. On trouve la preuve d'une bibliothèque conservée anciennement parle Chapitre de Poitiers dans un passage de Baluze. Ce savant homme y cite un manuscrit des Capitulaires possédé par cette compagnie , et dont il se servit pour éditer qudques-uns de ces règlements que d'autres éditeurs avaient omis avant lui *. On n'a plus que le souvenir, cité par Thibaudeau % d'un évangéliaire conservé aussi , parait-il, dans l'église de Poitiers, et qu'avait fait transcrire notre évéque Sigebrand vers l'an SiS.
Ici encore notons comme les choses de l'église se mêlaient à la vie extérieure d'une façon en quelque sorte naturelle, et avec une simplicité toute naïve : tantôt c'est la cire du Chapitre qui se vende» pleine nef, dans la maison de prière , ou ce sont les assemblées capitulaires qui s'y tiennent; tantôt c'est l'université qui y reçoit ses
' Registre dee délibérations de Vhôtel de ville de Poitiers^ du 26 novembre 4458.
' Préface des .Capttu/atres, in-S"". Paris, Morin^ 4779, pp. 4 42 et 443. * H'ut. du Poitou , 1. 1 , p. 468.
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docteurs; voici mainlenant que les livres s'y gardent, s'y Useot, s'y distribuent. Ce dernier fait, il est vrai , prouve quelle importance s'attachait à ces trésors des connaissances humaines qui ne' se multipliaient qu'à grand travail et à grands frais , et dont la perte était jugée si regrettable, que l'Eglise avait décerné contre les ravisseurs Texcommunication ipso facto* Mais aussi c'est le privilège des âges de foi d'aller devant Dieu dans l'abandon d'une conscience habituée à le voir. , à le sentir et à le comprendre. Aujourd'hui nous regarderions comme impossible cette familiarité avec le sanctuaire, parce que le respect de l'esprit et du cœur n'y est plus aussi général, et ce qui s'imprégnait alors d'une dignité toute chrétienne ne se ferait plus sans attrister les âmes religieuses, si fréquemment affligées des scandales bruyants qui troublent le recueillement du lieu saint.
Ce même sentiment de piété instinctive profondément gravé dans le cœur des populations chrétiennes se manifestait surtout dans les calamités publiques dont la Providence a fait une source de mérites à l'homme voyageur sur la terre. On eût une cruelle occasion de le prouver en U39, lorsqu'une de ces maladies contagieuses que les chroniques ne manquent jamais dedcsigner sous le terrible nom de peste, mais dans lesquelles la médecine moderne croit reconnaître tantôt la suette, tantôt le choléra , éclata dans le Poitou, dont elle ravagea surtout la capitale. La population s'y voyait décimée; les principales familles y étaient dans le deuil aussi bien que les plus pauvres; on eut recours à Dieu , et le maire Jean Barbe, à la tête des échevins et des principaux habitants , se rendit à la cathédrale, et voua, en face du grand autel, une offrande de dix cierges qui brûleraient continuellement, tant dans
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la basilique que dans les autres principales églises de la ville , pendant une année entière. Les registres de l'hôtel de ville , qui mentionnent cette particularité , ne disent pas quel fut le résultat de c^tte pieuse démarche, et oublièrent de constater l'époque où le fléau disparut *.
On voit , par un acte capitulaire du 1 1 février 1440, que le service divin avait repris toute sa pompe dans l'église de Poitiers , et que le zèle des Evoques et du Chapitre lui rendait chaque jour , à la faveur du calme de temps meilleurs , la magnificence dont l'avaient dépouillée si longtemps les calamités de la guerre. Ce nouvel état de choses, plus florissant, avait nécessité l'adjonction au Chapitre de douze clercs auxiliaires qui servaient depuis quelque temps dans les cérémonies sans avoir de titre fixe, ni d'autres honoraires que de minces distributions insuffisantes à leur entretien. On pensa qu'il fallait améliorer cette position précaire en les attachant définitivement à l'église , et pourvoir en même temps à l'extension de l'office canonial. Dans ce but, les cures de Thénczay et de Chouppes ' furent réunies à la mense canoniale pour l'entretien des douze clercs, à qui l'on donna le titre de vicaires perpétuels : on établit que leurs successeurs devraient être prêtres ou au moins dans les ordres , et savoir bien lire et chanter. Ils devaient partager les soins imposés aux chapelains pour Taccomplissement des fonctions du chœur, les suppléer. au besoin chaque
* D. Font., t. xxxiii , — Beg, de l'hôtel de ville, p. 28.
* Deux bourgs do département de la Vienne , l'un vice-archiprôlré dans Tarrondisscment de Parihenay , l'autre succursale du vice-arebiprêtre de IHirebean. — C'est la troisième fois que nous voyons cette union pour Thénczay, qui sans doute avait pu être séparé ensuite de la mense commune.
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jour, et s'acquitter comiiie eux de leur semaine, faire roffice de diacre et de sous-diacre, et porter la chape, assistant à toutes les heures du jour et de la nuit. On avait donc repris au^jsitôt que possible cet office de la nuit, qu'avaient fait interrompre quelque temps , dans le siècle précédent, les règlements militaii-es. Le curé de Thénezay, Jean Lasnier, et Jean Rouvier, celui de Chouppes , donnèrent leur démission , et furent suppléés dans leur bénéfice par un prêtre idoine et révocable à la volonté du Chapitre , soumis aux droits épiscopaux et aux synodes, et qui remplit dans chaque paroisse les fonctions pastorales, ï.'union définitive eut lieu , en vertu de cet acte, le 12 novembre 1440 '. .
La grosse cloche fut encore réfondue en 1445: ce fut par révêque Guillaume de Charpaignes, qui, arrivé à révêché quatre ans auparavant, ne tarda pas sans doute à être passible du dommage. Il y a lieu de s'étonner des fréquentes refontes des cloches de ce temps , et de celles qu'on brisa encore bien plus tard; sans doute les sonneries réitérées y devaient être pour beaucoup, puis la méthode moins perfectionnée de l'alliage et du coulage, et pour quelque peu aussi peut-être la maladresse des sonneurs. On ne sait rien, au reste, sur les dimensions et le poids de cet instrument, qui cependant était remarquable, puisqu'il est désigné dans nos annalistes par les termes campancm majorem et cymbcdum majus \
Il n'est pas facile de dire précisément où en étaient à cette époque les deux tours de la façade. On reconnaît cependant à la grosse cloche une demeure qui ne peut
• D. Fool.,l. h,p.2D7.
• GalL christ. y tu, col. H 99,— Nie. de Sainte-Marthe, ^w/. eccto. comt'l. Pict.
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èlre autre que la tour du sud, beaucoup plus forte que sa parallèle» et manifestement destinée à recevoir ce bourdon sonore dont la voix grave dominait celles des cloches inférieures, etjsemblait noter leur mesure quand toutes épanchaient à la fois dans les airs leurs mélodieuses volées. L'architecture de nos deux clochers indique d'ail- ^ leurs qu'ils devaient toucher alors à leur accomplissement; les formes aiguës qui s'y mêlent à toutes les combinaisons de l'ogive , les chenaux en forme d'animaux chimériques, annonçaient les dernières années du siècle vers la fin duquel nous marchons.
La France, après quatre siècles d'occupation par les Anglais, et de guerres intérieures livrées avec d'onéreuses alternatives de succès et de revers, se sentit enfin délivrée en 1450 de ces hôtes importuns qui n'avaient pu ni l'accoutumer à leur alliance , ni l'assujettir à leur joug. Ils possédaient depuis trente-cinq ans la Normandie^ et de place en place Charles VII les avait repoussés jusque dans Cherbourg, la dernière qu'ils tinssent encore, lorsque le 12 août do cette année un dernier effort des Français assiégeants fit tomber la ville entre leurs mains, et prit une éclatante et dernière revanche des humiliations nationales. Le roi avait conçu pendant son séjour à Poitiers une pieuse confiance en sainte Radégonde : il attribua à sa protection et à celle de la sainte Vierge un triomphe arrivé la veille de sa fête, et voulut en perpétuer le souvenir par une cérémonie annuelle dont l'anniversaire se ferait le mémo jour. Il en écrivit ses intentions à son amé et féal cùn$eiHer le ptUriarche éveique de Poictien. C'était Jacques Juvénal des Ursins. Depuis lors tous les ans, à pareil jour, « messieurs de Sainte-Radégonde , » dit un historien anonyme de la sainte^ se rendent en
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» corps , avec l'image de ladite saiDCte , dans Téglise de n Saincl-Plerre , où se trouvent aussi les processions des M religieux et paroisses de Poictiers. De Saincl-Pîerre on » va à Notre-Dame- la-Grande, et de Notre-Dame toutes » les processions se rendent à Téglise de Saincle-Radéfi gonde, où messieurs de Sainct-Pierre chantent une an- B tienne en Tbonneur de la saincte. Cela fait^ chaque » procession se retire en son église '. » — Cette cérémonie n'a jamais eu d'interruption , et s'est faite chaque année jusqu'à la révolution de 1792. On en trouve Tordre et léchant dans le Proce^ionnal de Véglm de PoitietB, imprimé en 1771.
Jacques Juvénal des Ursins , que nous venons de nommer, s'était démis de l'archevêché de Reims, le regardant comme inconciliable avec les ambassades qu'il avait eues à remplir pour Charles YII à Londres , à Gênes et à Rome. Ces fonctions expirées, le pape Félix Y lui donna le titre de patriarche d'Antioche, et le nomma à Tévêché de Poitiers. Il avait travaillé avec autant de succès que de zèle à l'extinction du grand schisme d'Occident, ce qui , avec son patriarcat^ dont Simon de Cramaud avait eu le titre avant lui , les a fait prendre l'un pour l'autre par quelques historiens peu habiles en chronologie. Il ne faut pas confondre non plus notre Juvénal avec Jean son frère, qui passa après lui du siège de Laonà celui de
' La Fie deiûineie Radégonde^ imprimée à Poitiers en 4624 , in-42, p. 555. Cet aotear dit que la procession se fit par toute la France le 4 octobre, mais à Poitiers le 42 août (p. 532). Piganiol de ta Force (Descrip. de la France ^ t. xi, p. 446) cite le dernier jour « pour tout le royaume. » Mais le P. Daniel assure qu'à Rouen c'était aussi le 12 août. Od ne ?oit pas ce que le 4 octobre vient faire ici.