‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 25 sur 98 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

De 1505 A 1562.— Entrée de Jean delà Trimouille, évêque administrateur. — Droit de la cathédrale sur Tabbaye d*Airvault confirmé par sentence Judiciaire. — Peste à Poitiers ; le Chapitre se retire à Montgan^er. — 11 fait fondre deux canons. —Effet secret des nouveautés protestantes. — Contfôtation entre Louis de Husson et le Chapitre. —Quelques obligations des évêques envers l'église. — Vol d'un missel manuscrit. — Domaine de la Barre donné aux pestiférés par le doyen. — Installation du cardinal de Givry, évéque de Poitiers. — Inhumation de Barthélémy IJrdin , coadjuteur. — L'abbé d'Anglemont condamné à fournir sa part du luminaire. — La fonte de la grosse cloche. — Guerres et autres maux suscités par les calvinistes. — Malheureux abus de ce temps. — Procession et prières pour la paix et pour la conservation delà foi. — Jeanne d'Albret fait prêcher à Poitiers par ses ministres.!

L'entrée de Jean de la Trimouille, archevêque d'Auch, en qualité d'administrateur de l'Eglise de Poitiers, se fit en 1505 avec certaines modifications au cérémonial ordinaire. N'ayant ni le titre ni la qualité d'évêque diocésain,

' D. Font., t. Il, p. 535.

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mais délégué seulement pour administrer le diocèse jusqu'à la nomination du successeur de Pierre d'Amboise, il n'avait aucune, juridiction personnelle sur les barons du Poitou, qui ne le portèrent point de Notre-Dame à Saint-Pierre- Il fut reçu à la grande porte de la cathédrale par un certain nombre de chanoines, et de la même façon que dans la basilique de Saint-Hilaire , quMl visitait quelques jours après '.

Les armes de ce prélat, surmontées de la croix archiépiscopale et du chapeau, se voient sur une des faces de la tour Neuve ^ en plein nord. Elles sont écartelées au premier et au quatre d'un chevron accompagné de trois aigkttes , et au deux et trois , de fleurs de lis sans nombre : ce sont les armoiries de la branche des la Trimouille de Thouars, unies à celles de France, les deux familles ayant eu depuis plusieurs siècles des alliances. Comme elles sont posées immédiatement au-dessous de la galerie gothique de la tour, dans le pendentif de gauche formé par l'accolade de la dernière fenêtre ogivale, il est probable que l'archevêque aura contribué à finir cette partie du monument, et ce fait nous indique une date certaine entre 1 505 et 1 507 , car celte dernière année fut celle de sa mort. Le pendentif de droite est garni d'un autre écusson aussi écartelé^ sur lequel on reconnaît, au 1*' et au 4, le paie d'or et de gueules de six pièces , que portait la famille d'Âmboise. Une crosse gothique couronne cet écu, insigne de Tévêque Pierre d'Amboise, qui, ayant siégé de 1481 à 1505, dut prendre aussi sa part de la dépense dans l'achèvement du clocher.

Après la mort delà Trimouille, Florent d'AUemaigne,

* D. Font.,t. iir, p. 657.

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doyen du Chapitre, fut nommé par une portion de la compagnie ; mais il vit son titre contesté par Claude de Husson^réludu parti opposé. Les deux contendants en référèrent au parlement de Paris , qui fit marcher TafTaire assez lentement pour donner à Florent le temps de mourir. Ce moyen d'arranger les choses n'était ni le plus nouveau ni le moins sûr.

Claude de Husson fut donc le véritable successeur de Jean. Sous son gouvernement fut maintenu , par sentence de la sénéchaussée de Poitiers^ donnée en septembre 1513, l'ancien usage où était Tabbaye de Saint-Pierre d'Airvault d'envoyer chaque année deux de ses religieux pour assister en chape avec le corps du Chapitre aux processions qui précédaient dans la cathédrale la messe solennelle des jours de Noë), de Pâques et de la Pentecôte; après quoi ils devaient rester au chœur durant la grande messe, y gardant la chape et entonnant les répons et versets accoutumés '. Cet usage remontait sans doute, sinon à la fondation du monastère sous notre évêque Gislebert, en 973 , du moins à la réforme qui en fut faite par saint Pierre II vers 1095. Quand Airvault passa au diocèse de Haillezais , les anciens devoirs envers le Chapitre de Poitiers furent observés par suite des conditions faites au nouvel évêché ; mais peu à peu on les oublia ; la . * corvée du voyage annuel sembla fatigante, et enfin on commença à s'en dispenser. C'est contre cet abus que le Chapitre de Saint-Pierre voulut prolester ' . On voyait souvent alors les évoques , fondateurs ou protecteurs des communautés naissantes , leur imposer un droit envers

* Grand CarttUaire , t. v, p. 557.

" r. Rouchet, AmaL , f 205; - Reg, de Vhôtel de ville, D. Font., t. xxiii, p. 42.

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leur cathédrale, comme signe permaneilt de leur origine et d'une certaine descendance spirituelle de l'église mère. On trouve ainsi une redevance de quelques deniers envers la nôtre , et une obligation d'assistance personnelle au chœur de Saint-Hilaire de Poitiers, prescrite au prieuré de Saint-Lienne, fondé à la Boche-sur-Yon en994 \ Les contagions que nous avons vues déjà faire des ra^ vages à Poitiers désolèrent en 1 521 le Poitou et une partie du royaume. En 1516 aussi elles avaient désolé la France; le siège royal de Poitiers s'était vu obligé , pour administrer la justice, de se retirer à Chauvigny jusqu'à la fin de la mortalité, qui sévH pendant trois mois consécutifs. Cette année ^ le mal ne fut pas moindre : tous les corps administratifs se virent forcés de quitter la ville; les Chapitres, n'ayant pas charge d'âmes, laissèrent au clergé paroissial et aux religieux mendiants, qu'on trouvait toujours dévoués en ces tristes rencontres , le soin des malades, et se retirèrent en divers lieux de leur dépendance. L'office fut donc interrompu à la cathédrale. Le Chapitre possédait près de Vouneuil-^sur-Vienne le domaine de Montgamer, ancienne châtellenie qui dès le le un' siècle était échue, par un partage des prébendes entre les chanoines, au chantre et à l'écolâtre, lesquels jouissaient à moitié des revenus , et de plus avaient droit , en vertu de cette possession, à 10 livres de rente sur la bourse commune. Les moines de Saint-Cyprien y possédaient une chapellenie qui leur avait été donnée en 1 098 et confirmée par une charte du saint évéque Pierre IL le château en était vaste et solide, et les chanoines, sur

* F. nos Recherches sur Vaneietme seigneurie de la Hoche-sur-Von , p. 7. — Bulletin de la Soc. des Ant, de V Ouest, t. r, p. \\o.

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des Ifetlres de Charles VII données à Loches en 1428, Tavaienl fait réparer et fortifier contre les courses des Anglais. Ge fut le lieu qu'ils choisirent pour leur asile contre le mal qui désolait la ville épiscopale. Ils s'y rendirent vers la fin de septembre , et y continuèrent le service divin au moins jusqu'à la Saint-André , car on conserve un acte capitulaire du 29 novembre, et daté de ce lieu , par lequel ils nommèrent ce jour-là un chanoine semi-prébendé. Il paraît que tous les membres n'avaient pas suivi la compagnie dans cette solitude champêtre : l'acte ne porte que quinze signataires, parmi lesquels tous les dignitaires, sauf le doyen '; peut-être quelques-uns avaient-ils succombé aux atteintes de la contagion.

D'autres malheurs devaient encore peser sur la France et mêler à l'histoire de notre monument un curieux épisode. La bataille de Pavie fut perdue le 24 février 1525, et François V" dut suivre Charles-Quint à Madrid. De toutes parts, dans le royaume, on s'occupa de sa rançon ; le clergé de Poitiers y contribua , avec toute la ville, pour une somme de 2,000 livres. Mais d'autres soins préoccupaient la régente. L'ennemi pouvait profiter de l'abattement où ce coup funeste avait jeté les esprits pour entreprendre une campagne contre la France ; on ordonna d'y pourvoir : chaque ville prit ses mesures , et un règlement, formé en assemblée générale des gens de ville et des notables de Poitiers, enjoignit aux chapitres de* faire couler chacun deux pièces de canon ; on n'en demanda aux abbayes qu'une seule, ainsi qu'aux corps de métiers; chaque échcvin dut fournir deux arquebuses

' D. Fonl.,l. II, p. 52;- l. VII, p. 291; — t. Liv, p. 303 - Grand Cariulaire, t. y, p. 155.

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à crochet, et chaque bourgeois une. Tout fut ainsi. préparé pour une vigoureuse résistance. Mais tant de frais restèrent inutiles; le traité âe Madrid, signé au mois de janvier 1526, mit fin aux appréhensions '. Les deux canons de Saint-Pierre furent relégués dans le fond d'Une sacristie, où les attendait une singulière destinée. Trentesix ans après, la horde impie déchaînée par Calvin contre l'Eglise s'empara de nos pièces d'artillerie, dont l'innocente présence dut prêter sans doute à des interprétations peu favorables. Après avoir tout saccagé chez nous, ils les traînèrent à leur suite, et s'en servirent ailleurs pour d'autres exploits non moins héroïques.

Le protestantisme , dont nous déplorerons bientôt les excès sur nos propres ruines , pénétrait déjà avec ses éléments désorganisateurs dans les rangs élevés de la société, faisait des prosélytes dans le peuple , quoiqu'en plus petit nombre % et les âmes les plus catholiques s'en laissaient quelquefois imprégner sans le croire. Chaque siècle a ainsi son erreur de prédilection qui agite les masses et jette dans tous les esprits plus ou moins du venin dissolvant de son hérésie sociale et religieuse. De là naît alors une certaine modification des idées reçues, qu'on s'étonne d'avoir subies si longtemps comme une habitude irréfléchie; et, pour peu que l'intérêt privé s'ajoute au nouveau système , on se plie bientôt , sinon aux doctrines, du moins à l'esprit des novateurs. Tels furent les premiers fruits de cette indépendance religieuse

* Manuscrits de Bourgeois , p. 240; — Beg. de VKôtel de ville ^ p. 44.

^ Ooa trop cru sans examen et répété saus réflexion que le peuple avait embrassé la prétendue réforme dès le commencement avec une ardenrqai tenait d'une conviction religieuse C'est une fausseté historique qn'il ne font pas admettre.

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dont les prétendus réformateurs du xvi'' siècle se firent les champions. A force d'entendre proclamer le pouvoir de la raison pure ou du sens particulier, on s'étonnait moins de leur nom , puis de la chose, et les droits de l'Église, et ses anUques usages , et ses prérogatives conquises au prix de ses travaux et de ses bienfaits^ commencèrent à inspirer dès lors moins d'attachement et de respect : c'était un acheminement à la guerre qu'on devait leur livrer plus tard, à l'indifférence non moins funeste peut-être que la guerre.

Faut-il attribuer à ces tendances secrètes et non calculées, mais adoptées sous de spécieux prétextes et soutenues par l'intérêt personnel , les contestations élevées par quelques-uns de nos évoques contre le Chapitre, dépositaire des droits de la cathédrale? Cet esprit dé changement qui fermentait dans le corps social exercailil sur eux , même à leur insu , son action mystérieuse et dissimulée? Nous n'oserions décider... Toujours est4l que jamais , avant cette époque , les conflits de ce genre ne s'étaient aussi souvent reproduits; que jamais l'évêché ne s'était montré si mauvais payeur, ni si facile dans le choix de ses chétives raisons. Nos prélats même les plus pieux ne furent pas à l'abri de ces petites injustices; d'autres qui ne l'étaient pas autant furent d'autant moins scrupuleux.

De ces derniers il faut mettre Louis de Husson, pour lequel cependant le Chapitre avait montré une excessive condescendance , l'ayant élu en 1 521 par souvenir de son oncle, Claude de Husson, qui venait de mourir. Cette nomination s'était faite, qui plus est^ malgré son âge de dix-huit ans, et en dépit du concordai de 1515, qui attribuait la nomination des évêques au roi , mais que

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cerlaios chapitres n'avaient pas encore voulu recevoir sur cet article* Celie élection ayant fait une difficulté en cour de Rome, les bulles ne furent pas accordées* L'élu ne reçut donc pas la consécration; il fut regardé seulement comme administrateur du diocèse , « et en print les fruicts^ >» dit Bouchet. Or la jouissance de ces fruits supposait nécessairement les charges qui en avaient été de tout temps inséparables. On se rappelle en quoi elles ccmsistaient ; mais nous en voyons ici quelques autres dont ce débat nous donne occasion de parler : ainsi les évoques étaient spécialement tenus à faire, dans leur principale maison épiscopale, une aumône publique d'une partie des revenus annuels de l'Eglise de Poitiers ; c'était une obligation qui semble remonter jusqu'au temps où s'était opéré entre l'Evêque et le Chapitre le pai^ge des biens possédés d'abord en commun. Et encore, « de si longtemps qu'il n'est mémoire du contraire , tous les ans , le jeudi de la Cène, après le sermon épiscopal et devant que commencer Tàièbres, le Chapitre se transportoit processionndlement avec la croix es maisons épiscopales de la ville , et là leur debvoit estre administré aux dépends et par les gens dudict évesque f pain , vin blanc , rouge et clairet , dragée et poudre de duc. » — Cet usage, de même origine que le précédent, et qui rappelait l'ancienne mense commune, avait été négligé comme lui, ou plutôt refusé formelle* ment par Louis; on ne dit point par quelle raison. Quant à l'aumône, que les chroniques du temps signalent pour* tant comme une des vertus habituelles du prélat-sous*diacre , le défaut dé blé de l'année précédente la rendait d'autant plus nécessaire, attirant à Poitiers un grand nombre de pauvres. D'autre part , le Chapitre réclamait en vain depuis quatre ans , au nombre des ornements

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dus par Tévêque^ et comme étant d'un besoin pressant, un ornement blanc pour le service des fêtes annuelles , ic ceux baillés ci-devant par les évesques élant alors rompus, déchirés et usés, qui tournoit à diminution dudit service, déshonneur de ladite église et scandale du peuple. ».

Depuis un an, la grosse cloche fondue sous Guillaume de Ch'arpaignes avait été rompue avec son befTroi , et n'était pas encore remplacée , le prélat délayant toujours. Il y avait dans ces dénis formels ou détournés plus de matière quMl n'en fallait pour trois procès. Un qui fût bon parut du moins nécessaire, et Louis reçut une assignation par le secrétaire et par un sergent royal assermenté pour les affaires capitulaires ^ de comparaître à jour dit par-devant le lieutenant de la sénéchaussée. Ce ton sérieux imposa d'autant plus efficacement à H. Tadministrateur^ qu'on avait de lui une lettre du 6 mai 1525, laquelle reconnaissait qu'il « estoit tenu à dites choses et debvoirs. » Il écrivit donc au doyen, et demanda un arrangement pour eschiver aux procès* De part et d'autre furent donc nommés trois arbitres ; plus , du côté du Chapitre, le doyen^ Jean d'Ailemaigne, comme neutre et superintendant, c'est-à-dire président sans voix délibéralive. Les débats furent vidés tout d abord par l'aveu du 6 mai. On s'en rapporta à la promesse qu'il contenait de fournir lesdites choses « toutes fois et quantes ladite église en auroit besoin. » La sentence fut conçue dans les mêmes termes. Elle décide que « ledit révérend baillera une chapelle toute complète de soie blanche , riche et précieuse, pour le moins de la valeur, richesse et estimation de celle qui, depuis peu^ fut baillée par feu messire de Combarel; plus des courtines de taffetas blanc; et ce dans le jour

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el fesle du Saint Sacrement prochains. Davantage des parements d'autel de telles couleur et richesse que la solennilé des festes occurrentes et la qualité de ladite Eglise son espouse le requièrent. Plus , fera refaire la cloche bien accordée et pour le moins d'un ton plus bas que n'est Andréa et ce dans ledit terme qu'elle soit sonnante et branlante dans le clocher à la prochaine feste de Saint-Pierre. — Plus fera l'aumône dans la maison épiscopale au moins jusqu'aux blés nouveaux , selon sa puissance et la nécessité des pauvres; enfin fera réparer le défaut de la poudre de Duc, et ledit procès sera assoupi.» — Celle transaction se 6i au lieu capitulaire^ le 10 mai 1521. Nous verrons bientôt comment Louis en remplit les clauses \

les registres capilulaires du temps conservent, à Tannée 1530, un (ail curieux qui doit trouver sa place ici. Le 21 novembre de cette année, fut lancé et publié dans le chœur de l'église, par mailre François Chappeau, prêtre, receveur du Chapitre^ un monitoire contre de certains «< fils d'iniquité, lesquels, près de deux mois en deçà, avoient pris el volé dans un certain coffre de ladite église un missel couvert d'une peau rouge et écrit sur parchemin; >> ils s'étaient emparés, en outre, de quatre corporaux el d'une bourse à les contenir, « sur laquelle était peinte et brodée la mort de la glwieuse Vierge Marie. » Le monitoire et ses menaces produisirent leur effet, les voleurs furent découverts : c'étaient Ma- Ihurin Besnard et Maurice Régnault, l'un ravisseur, l'autre receleur et complice , tous deux choristes appointés et bacheliers de l'église. Jugés et convaincus par

* Bouchct^ f*' 265; — D. Font., t. ii , p. 395 et 598.

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