II. \o
GoogI(
49i lllSiOlKE DE LA CATHÉDRALE (435^)
devant une commission du Chapitre, qui avait ce droit sur toutes les personnes de sa dépendance , ils furent exclus de la compagnie^ privés de tous leurs bénéfices , et menacés d'excommunication s'ils se présentaient en habit de chœur ".
A la fin de cette année, le 22 décembre, trois personnes dépendantes du Chapitre eurent aussi maille à partir avec lui. Il était d'usage qu'aux veilles de fêles épiscopales de premier ordre, les choristes sonnassent les deux plus grosses cloches vers le coucher du soleil. Ils se permirent de l'omettre à TAssomption de 1530, « péchant gravement en cela , » disent les renseignements que nous suivons > ce car l'église cathédrale doit être, par son exactitude aux cérémonies, l'exemple et la règle de toutes les autres. » Il parait qu'outre le choriste Maurice Régnault, deux prêtres, Jean Adam et Jean Baudet , avaient participé au délit. Le sieur Perchausse, promoteur du Chapitre, prit des conclusions contre eux, et voulut qu'ils fussent condamnés à tenir prison jusqu'à te qu'il plût au Chapitre d'en ordonner autrement — L'unique pièce qui nous est restée de ce procès ne nous en dit pas l'issue •.
La peste s'était familiarisée dans le Poitou. Poitiers en souffrit encore en 1531 , elau milieu de ses malheurs trouva de touchants exemples d'édification dans la conduite de ses plus notables citoyens. François Fumé ^ seigneur de Jaulnay, qui avait été maire en 1520, donna une maison qu'il possédait hors de la porte de Rochereuil,
1 Archives de la préfecture de la Vieuoe , Actes capitulaires , liasse 57; extrait d*aii papier scribat latin... , pp. ^1 et 6. • D. Font., t. II, p. ^04.
GoogI(
afin d'y établir un hôpital pour les victimes du fléau. C'est le lieu qu'on appela dès lors Uôpital-des-Champi , et qui devint, au commencement de ce siècle, un des trois cimetières de là ville. Mais l'église de Poitiers peut revendiquer également sa part de gloire dans ces temps d'infortunes publiques. Le doyen ^ Jacques Mesnager , fit aussi l'abandon de son domaine de la Barre y situé au-dessus de l'Essart , non loin du nouvel hôpital , afin que les malades qui sortiraient de celui-ci pussent aller y passer leur convalescence dans un air salubre où les miasmes ne pussent les atteindre de nouveau '. N'étaient- ce pas les petits soins et comme le luxe de la charité catholique?
Il fallait à notre Eglise de telles consolations pour effacer quelques-unes de ses douleurs intérieures, l'esprit du monde qui se glissait depuis longtemps dans Tadministration de ses affaires les avait placées entre des mains qui les gouvernaient par surcroît, qui touchaient les bénéfices sans guider le troupeau , et s'appropriaient ses richesses sans prendre les soins qu'elles supposaient. A ces épreuves d'autres épreuves vinrent encore s'ajouter. Louis de Husson avait eu un frère tué à la bataille de Pavie. Il saisit ce prétexte pour quitter un genre de vie auquel il montrait si peu de penchant , qu'à vingt- neuf ans, quoique évêque nommé depuis onze ans, et par un déplorable abus des plus saintes choses, il n'était encore que sous-diacre. Il se démit donc en faveur du cardinal Gabriel de Grammonl, et aussitôt,
' Manuscrits de Bourgeois, p. 245. — Bourgeois se trompe d'une grosse façon en nommant Gilles Tillier le doyen dont nous parions. Gilles Tiilier , qni était doyen en 4 64 4 , mourut en 4 627.
GoogI(
4% f UISTOIKE DE LA CATHÉDRALE (4534.)
SOUS le spécieux prétexte de relever sa maison pretque éteinte, il sollicita une dispense de ses vœux^ et se maria. C'était en 1532^ et depuis l'acte passé avec le Chapitre en 1525 , rien n'avait été payé par lui à l'église cathédrale sur les charges qu'il avait alors reconnues et acceptées. Des faux- fuyants et des promesses toujours éludées avaient répondu à toutes les réclamations. De guerre lasse » les chanoines , prévoyant d'ailleurs quelle fin aurait bientôt cet éplscopat, auquel ils durent se repentir d'avoir contribué^ espéraient qu'un règlement de compte se ferait au moins avant une séparation définitive. Il n*en fut rien toutefois. Louis , rendu à la vie séculière, quitta Poitiers sans avoir soldé ses dettes arriérées; les plus pressantes démarches ne purent Ty amener. Il est curieux de suivre les voies détournées et si diverses qu'il emprunta à l'esprit de chicane pour éluder les condamnations et surtout leurs conséquences '. Deux fois condamné par défaut à la sénéchaussée de Poitiers^ il en appela à la chambre des requêtes du palais , quoiqu'il sût bien que cet appel était nul. Renvoyé en cour de parlement, les grands jours de 1532 le déboutèrent par un renvoi à la même sénéchaussée dont il avait nié la compétence et rejeté l'arrêt. Alors il trouva moyen d'exercer son mauvais vouloir sur l'exécution de la sentence; ce furent des délais contiauels, des allégations d'impossibilités présentes, de nouvelles promesses de s'en occuper au plus tôt. Et cependant les réparations , différées outre mesure, mettaient l'église en souffrance; les bâtiments s'endommageaient; la couverture du gros clocher tomba un jour et s'en alla de tout en ruiner II fit marché avec
* Dn Tems , t. i , p. 450.
GoogI(
(m4>45d8.) DE porriEBs. m
des couvreurs qui devaient avoir refait le tout avant Pâques suivant^ c'est-à-dire cinq ou six mois après. Ils coqiaiencèrent en effets mais Louis ne les payait pas; après avoir entièrement découvert les œmbleâ , ils se retirèrent. Les pluies, survenant, compromettaient la solidité de rédiûce. Les chanoines assignèrent les couvreurs pour qu'ils eussent à reprendre leur œuvre ; ceux-ci p(rétendirent n'avoir affaire qu'à Vévêque, et offrirent de continuer pourvu qu'il les payât De son côté, l'évêque prétendait ne rien devoir avant l'achèvement. — Quant au bris de la cloche, il le rejetait sur les coustres , « lesquels eussent sonné ladite cloche à Gobelf et en ce faisant attaché le batail de cordages et cordes qui estoient toutes rompues et efflloppées; lesdites cordes touchoient et frayoient contre ladite cloche quand lesdits coustres sonnôient icelle cloche audit Gobet, qui estoit la seule cause de ladite fêlure et rompture. » — «D^ailleurs, poursuivaitil, il y avoil autre faute et culpe de la part desdits demandeurs qui eussent demandé que Ton sonnât ladite cloche à Gobet, vu qu'elle ne le pouvoit lors , au moyen des réparations que l'on faisoit audit clocher. » Condamné encore en dépit de ce dernier expédient, et n'ayant garde de laisser la réplique sans duplique , il s'attira une autre sentence interlocutoire du 20 octobre 1534 ordonnant une enquête. Mais il sut encore la faire marcher assez lentement pour mourir sans avoir payé : ce qui arriva en 1 537 à Avignon. Le Chapitre s'en prit aussitôt à ses héritières» Anne et Ironise de Tonnerre, qui soutinrent le procès commencé comme pour essayer de le rendre interminable. Mais leurs titres ne parurent pas valables ; le génie tracassicr de leur oncle ne les servit pas, et le 13 février i538 elles furent condamnées à refaire la grosse cloche,
GoogI(
à réparer le beffroi et le clocher, et aux dépens. Ainsi finit cette affaire , l'une des plus longues qu'eut à soutenir l'Eglise de Poitiers, et où Fesprit querelleur du principal contondant put donner en même temps une juste idée de ce que peut la mauvaise foi, et des lenteurs, peutêtre volontaires, de la justice ^
On voit de nouveau, par le résultat de ce procès , qu'il ne faut pas attribuer aux héritiers de Louis de Husson les armoiries placées sur les clochetons du chevet de l'église, portant deux clefs en sautoir^ comme on l'a prétendu d'après une assertion erronée de feu M. de Beauregard, évêque d'Orléans. C'était le gros clocher qui fut réparé aux frais de la famille de Tonnerre, et non ceux qui s'élèvent à l'Orient. D'ailleurs , comme nous l'avons fait observer déjà , les armes du Chapitre ne différaient en rien de celles que les Clermont-Tonnerre portaient depuis l'an 1120.
Les difficultés entretenues entre la cour de France et les Chapitres pour l'exécution du concordat s'étaient terminées selon les vœux de François P% et les Chapitres cédèrent leur droit d'élire les évêques. Le premier nommé par le roi pour le siège de Poitiers fut Gabriel de Grammont^ qui suivit Louis de HusSon, et après lequel Claude de Longuy, cardinal de Giyry, prit possession en 1541- Celui -ci n'eut encore que le titre d'administrateur; aussi les détails qui nous sont parvenus sur son entrée solennelle à la cathédrale ne mentionnent pas les barons, qui,depuisPierred'Amboise,en 1481, n'avaientpointparu dans cette cérémonie. Longuy fit son entrée à Poitiers par la porte de la Tranchée le 9 décembre, à 6 heures du
• y. D. Font., t. II , p. 407. — Grand Cariulaire, t. ii, p. 424.
GoogI(
soir'. Pendant que tous les Chapitres et religieux qui avaient été à sa rencontre raccompagnaient à la cathédrale, le Chapitre de Saint-Pierre Fy attendait, et le reçut à la porte.de son église. Le prélat avait traversé des rues tapissées et entièrement illuminées par des torches. À rentrée de la ville , le maire , James de Lauzon y et trois écbevins, vêtus de robes de satin noir, lui présentèrent le poêle ou dais» qu'ils portèrent pendant tout le trajet, entourés des autres é(*.hevins vêtus de damas. A réglise , il ne sonna pas la petite cloche en signe de possession durable et définitive; il ne fit pas le serment du livre rouge , puisque, par sa position essentiellement provisoire , il ne pouvait rien entreprendre contre les droits du Chapitre. La cérémonie se termina par le chant du Te Deumj dont il semble qu'on aurait pu très-bien se dispenser en pareil cas '.
Le cardinal de Givry , qui était en même temps évéque de Langres et pair de France , fut absent de Poitiers pendant presque tout le temps de son administration , et eut pour vicaire général , sous le titre d'évêque suffrag^nt, ou de coadjuteur, comme nous disons aujourd'hui :, le P. Barthélémy Urdin , docteur en droit civil et canonique, chanoine de Saint-Pierre, de Saint-Hilaire-le-
1 Boucbet dit le 26 mars 4542 , dimanche de la Passion ( [° 290 ) . — Dd Tems cite 4544. Les particalarités constatées par les registres de rbôtel de ville, rédigés le jour même ou le lendemain de la cérémonie, ne semblent pas douteuses et supposent bien mieux la date qu'ils adoptent. — Il est croyable que les historiens qui écrivent 4542 et le 26 mars confondent Feutrée de Tévêque avec sa première messe pontificale, qu'il célébra ce jour-là avec un grand concours de peuple attiré par l'indul* gence plénière que le cardinal avait Tait publier pour ccUe circonstance.
* Rtq, de V hôtel de ville , p. 48.
GoogI(
Grand çt de Saint-Martin de Tours. Il mourut à Poitiers ep 1551 , fonda un anniversaire dans l'église cathédrale, et y fut enterré , on ne dit pas où *.
Cette même année, un abbé du diocèse de Luçon tenta encore de se soustraire au droit de luminaire dû à la cathédrale : c'était Robert d'AUidas, qui gouvernait une abbaye de l'ordre de Saint-Augustin dans la petite ville d'Angle, en bas Poitou^ qu'il ne faut pas confondre avec le lieu moins important du même nom , ou était une abbaye du même ordre , à dix lieues à l'est de Poitiers. Le 12 juin» une sentence du présidial de Poitiers condamna l'abbé, et le 7 septembre le parlement de Paris confirma l'arrêt en main tenant le droit de l'église cathédrale'.
Ce petit procès gagné fut suivi* d'un revers inattendu , et qui devait avoir une tout autre portée. En 1 552 , une ordonnance de Henri II amortit au roi les biens de l'église; c'est-à-dire que, sous prétexte que ces biens, ne changeant point de mains, n'étaient jamais sujets à des droits de mutation , Sa Majesté trouvait un moyen quelconque de toucher une partie de leurs revenus. Cette invention de l'esprit fiscal , qui fait encore aujourd'hui le sujet de graves dissentiments entre les ennemis de l'Eglise et de hautes intelligences qui lui restent fidèles',
' Besly, Éveêq.^ p. 242.— Pierre de Saint-Julien, Antiquitéi de Masconj p. 293.
■ D. Font. , t. Il, p. 455, — et t. xiv, p. 79.
* Cette question s'est représentée dernièrement à rassemblée nationale. M. Pascal Dnprat s*est efforcé d'établir, dans la séance du 9« bureau , le 8 octobre 4848, que « le développement des propriétés de mainmorte pouvait troubler Téconomie sociale. • — Nous voyons une fois de plus ici que c'était au contraire un moyen aux princes de se faire de l'argent ; mais il fout bien dire que leurs exigences n'atteignaient pas , à beaucoup près,
GoogI(
avait passé des seigneurs aux rois de France, cl ceux-ci y avaient recouru d'aulanl plus souvent, qu'ils avaient toujours trouvé dans le clergé, sauf quelques remontrances dictées par de trop réelles impossibilités, une généreuse et habituelle disposition à contribuer de ses deniers aux besoins du royaume. Henri II faisait valoir aussi les besoins de ses finances épuisées. Qui aurait pu mieux répondre à cet argument que ceux dont la caisse avait été soumise à tant de contributions extraordinaires? A Poitiers, d'ailleurs, oïl les revenus n'étaient point hors de proportion avec les besoins du culte et l'existence du personnel capitulaire, cette mesure ne pouvait qu'être fort onéreuse à l'une et à l'autre. Il fallut s'y jsoumeltre néanmoins, et à toutes les petites vexations qui devaient s'ensuivre , et dont nous aurons occasion de parler.
Après Claude, de Longuy, Jean d'Amoncourt, d'une noble maison de Bourgogne, fut nommé par Henri II évêque de Poitiers. Son installation se fit avec toutes les cérémonies d'usage le 25 août 1555. Son avènement fut signalé parla refonte de la grosse cloche, dont il fit augmenter le poids. Tous les historiens, d'après Besly , s'accordent à dire que celte cloche était la même que celle fondue sous Guillaume de Charpaignes , ce qui prouve que les héritiers de Louis de Husson n'avaient pas rempli, au moins sur ce point, les obligations que leur avaient
«elles de nos nooveaox législateurs. — Ce prétendu droit a d'ailleurs qaelque chose d'ab6orde,eo ce qu'il applique un impôt de mutation à une propriété qui ne change pas de mains. C'est Tobservation de M. Roux- LaYergne;etM. le comte deMérodeafort bien prouvé, à la chambre des représentants belges, que la répugnance pour la mainmorte est une des plus graves erreurs en économie sociale que possède le siècle présent , qai ea a bérilé du ivni«. ( V. IMivers , 47 janv. et 44 févr. 4849. )
GoogI(
imposées les juges de 1537. On voit du moins ici que le nouveau prélat s'empressa de satisfaire a ses charges; on nedit pasqu'il ail mêmesongéà un recours contre la famille de Tonnerre, qui devait rester toujours responsable des redevances non acquittées par les siens.
Ces heureux auspices , sous lesquels s'initiait un épiscopat dont on pouvait espérer tant* de bien pour notre église et pour le diocèse en général , devaient être suivis de jours néfastes, et la Providence, dont les desseins ne peuvent être scrutés , lui ménageait de prochaines et terribles douleurs. Les erreurs de Calvin ravageaient depuis longtemps déjà la terre de France, imbue de la licence qui en sortait; les mesures sévères employées par François I*' et ses successeurs pour étouffer le germe naissant de toutes nos dissensions civiles et religieuses étaient demeurées inutiles; la noblesse, corrompue dans ses mœurs à la suite des guerres d'Italie, avait acc^epté, surtout dans le Poitou , une apostasie dont les biens du clergé doraient la honte; la guerre s'en était suivie, et c'était les armes à la main que les novateurs , égarés par des chefs perfides et au nom de deux hommes dont la vie n'était qu'une longue chaîne de scandales, prêchaient une prétendue réforme qui servait de prétexte à l'incendie et au pillage. Les rois eux-mêmes , abusant du concordat , avaient maintes fois trompé indignement le Saint-Siège en nommant aux évêchés et aux abbayes des misérables qui possédaient en même temps cinq ou six des plus gros bénéfices d'une ou plusieurs provinces , se gorgeaient de leurs revenus, et, quand ils les avaient ruinés , passaient dans les rangs du calvinisme pour se donner le droit d'en dépouiller d'autres. Parfois aussi c'étaient de prétendais catholiques se jetant dans tous les
GoogI(
désordres de la guerre civile avec leurs titres de prélats pour y défendre leurs possessions simoniaques contre les attaques de l'ennemi qui les convoitait : tel Jacques Després, fils du maréchal de France^ possédant à la fois, par la [générosité de Henri II, dans le seul diocèse de Poitiers, les abbayes de l'Etoile, de Nouaillé, de Saint- Benott-de-Quinçay et de Montierneuf; évéque de nom sans avoir même la tonsure, et se signalant dans une guerre impie par de sanglantes ciruautés. À ces malheurs venaient se joindre les plaies faites à toutes les églises par les subsides continuels qu'on exigeait d'elles pour l'entretien des milices et gens d'armes préposés à la garde des villes et à celle de leurs propres possessions , sans cesse attaquées par les protestants '.
Cet état de choses pesait sur la France entière, désolée de ces infortunes inaccoutumées, et dont les discordes intérieures s'abritaient pour la première fois des frauduleuses apparences de la religion. Les catholiques fidèles sentirent le besoin de s'élever avec plus de ferveur que jamais vers celui qui dispose des événements comme de l'esprit des hommes; de toutes parts, des supplications publiques s'adressèrent à Dieu, et à Poitiers l'évèque indiqua une procession générale aux mêmes fins. On dut y assister à jeun; le clergé se rendit, selon l'usage, à la cathédrale le 20 octobre 1560 , et en partit pour aller à Notre-Dame-la-Grande et à Sainte-Radégonde implorer le secours des deux illustres patronnes de la ville et du diocèse. On demanda, disent les écrits du temps, que la foi catholique se fortifiât dans les âmes, l'esprit d'union dans les fidèles , la paix et la tranquillité dans le royaume
" F, D. Font., t. II , p. 559. — GalL christ., t. xiii, col. 250.
GoogI(
lrès-€hrélien '.— Bientôt après, dans le courant du mois de novembre, le clergé des diocèses de Poitiers, de Maillezais et de Luçon présentèrent au roi François II des remontrances contre les troubles et les mauvaises doctrines répandues par les huguenots ' , qui n'en pro« spérèrent pas moins sous une cour faible et indécise , el se vengèrent cruellement, moins de deux ans après, des plaintes déjà trop fondées de leurs victimes*
D'ailleurs les religionnaires avaient à Poitiers de nombreux adhérents que les succès de ceux du dehors encouragaient, n'attendant qu'une occasion favorable pour les imiter, et espérant bien s'approprier bientôt, à leur exemple, les dépouilles des églises et du clergé. Une circonstance imprévue les enhardit encore en 1561. Jeanne d'Albret, l'héroïne du parti , femme ardente qui, en donnant le jour à Henri IV, avait salué d'un cantique Notre-Dame-du-Bùul'dt^Pont^ et renversait aujourd'hui ses autels; persécuteur en jupons, qui bannissait à force de supplices le catholicisme de ses Etats, pendant que ses amis de France réclamaient la tolérance des catholiques ; Jeanne d'Albret, se rendant au colloque de Poissy, s'arrêta à Poitiers, se fit donner un logement au monastère de Sainte-Croix, et, comme elle avait à sa suite plusieurs ministres, elle fit prêcher publiquement l'hérésie. Ello même présida à une de ces assemblées tenue sous les saules d'une place voisine du château de Poitiers, aux bords du Clain. Elle paya ainsi Thospitalité d'un couvent, pendant que la commune, sous prétexte du respect dû à
• Cartulaire de Véglise de Sainl-Hilaire , p. 4 48, dans D. tontenoau ,
t XXXV.
■ D. Font., l. iiv,p. 457.
GoogI(
SCS hôlcs, mais surtout parce qu'Antoine de Bourbon , époux de Jeanne, était gouverneur du Ppîtou, ne mit aucune opposition à ce scandale '. Au reste, cette faveur peut très-bien s'expliquer aussi par une raison plus naturelle encore : le maire de Poitiers, Jacques Herbert, était huguenot et ne s'en cachait point.
L'audace des rebeltes s'accrut dans la ville de cette espèce de coup d'Etat protestant; dès lors ils craignirent moins, se ménagèrent des intelligences avec le parti, dont les représentants armés se promettaient déjà d'envahir la cité catholique, et dont les espérances devaient sitôt, hélas! se réaliser. Avant de racx)nter cette catastrophe avec les pertes cruelles dont notre cathédrale ne s'est jamais relevée , nous devons la considérer dans son ensemble, visiter ses détails, la connaître telle que l'avaient faite les siècles précédents et qu'elle était encore au milieu da XVI'. Le lecteur comprendra mieux l'étendue des ravages qu'elle souffrit, et pourra comparer ce qu'elle avait au jour de sa ruine, et ce qui lui resta le lendemain«