‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 29 sur 98 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Db 1562 A 1568. — Préliminaires de Tinvasion calvinisto à Poitiers. — Faiblesse du comte du Lude. — Sainte-Gemme introduit à Poitiers. — Le comte de Grammont y entre par trahison. — Ce qu*étaient les Gascons commandés par lui. — Les premiers désordres dans la ville.— Précautions des chanoines.

— La cathédrale violée. — Pillage des chapelles et autels , — des sacristies et des archives , -— des vitraux , — des orgues , des horloges et des tombeaux ,

— du jubé et des stalles. — Complicité des habitants calvinistes. — Le pillage organisé par des chefs. — Pertes considérables en objet d'art. ^ Le vaisseau de l'église ne souffre pas. — Supplice du maire et de ses complices.

Soutenu et autorisé sous main par la reine de Navarre^ le parti protestant avait conçu d'autant plus d'espérances sur la ville de Poitiers » et commença à s'agiter , dans le but convenu dès le commencement de l'année 1562. Au mois de janvier se tinrent plusieurs assemblées publiques et des réunions secrètes , quoique les unes et les autres fussent défendues par les édits; une tolérance trop évidente les y encourageait» outre que le maire ^ Jacques Herbert» n'y restait pas étranger; enfin des employés de la maison commune étaient de connivence avec eux et ne cachaient pas leurs sympathies. Dans les convenlicules qui se tenaient chez les nommés Beausse, La Pillardie , Persicaud, Sabourin et autres^ se trouvaient les ministres de Lestang, Cuir-de-Chien , Gbrestien, Saint-Marsaud, qui» excités par certains hauts personnages y au nombre desquels figurait l'abbé de Valence ' , déclamaient , en habit*

' Pooce de Saint-Georges , abbé de Valence, posséda ou plutôt, dit

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laisetdisêolu$ \ contre TEglise et ses ordonnances , contre les conciles et les sacrements. Là aussi se faisaient des collectes pour payer et entretenir en apparence les diacres et anciens de la secte, mais en réalité pour lever à Orléans, oii se trouvait le prince de Condé, 300 soldats destinés à prendre garnison à Poiliers , y demeurer au service du parti, et l'aider en temps opportun '. — Sur ces entrefaites parut redit de janvier doiiné par Charles IX pour concilier les catholiques et les protestants, mais dont la teneur sembla aux uns une trop large concession, aux autres une vexation nouvelle et un nouveau prétexte de se montrer. Ils en vinrent à se concerter publiquement^ à s'armer et à ne plus cacher l'intention de se joindre aux rebelles du dehors, de leur ouvrir la ville et de la mettre sous la protection de Condé. La contenance seule des catholiques, qui se montrèrent prêts à résister et se trouvaient encore en plus grand nombre, put leur imposer quelque temps. On parut même bientôt des deux côtés disposé à se souffrir mutuellement, jusque- là que, les calvinistes feignant de n'avoir plus qu'une même pensée avec leurs adversaires, on convint le 17 avril que les portes seraient gardées jour et nuit par des sol-

Da Tems, pilla cette abbaye depuis 4526 jusqu'en 4574 ; il fit prêcher C&lvin dans son église, et donna l'un des premiei^ le scandaleux spee.tacle d*an prêtre contractant un mariage an mépris des lois de l'Eglise. U épousa la prieure de Bonneuil, qu'il a?ait séduite, pril les armes contre les catholiques et mourut en 4575.

* EMtslaici et peu convenables h gens d'importance, comme sont les ministres d*une religion. Dès le commencement de leur séparation, les ministres protestants affectèrent de porter l'habit commun et de ne se distingaçr par aucun indice extérieur. Le même esprit voulut imposer, en 4795, la même loi aux prêtres catholiques...

^ Dépositions des témoins ; D. Font. , t. ii , pp. 529 et suiv.

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dais et capitaines des deux partis. Le \9, Gui de DaiLion, comte du Lude, gouverneur du Poitou en l'absence du roi de Navarre , et fort attaché au roi et à la religion^ vint s'établir à Poitiers sans opposition : son titre ne permettait pas de Texclure. Mais , contre son gré et l'avis des gens paisibles et fidèles , les protestants réussirent, le lendemain , à introduire , en dépit de Topposition du conseil de ville , une bande indisciplinée armée de toute sorte. Elle était commandée par le comte François III de la Rochefoucaud ', qu'accompagnaient le sire du Vigean, Saint-Martin de la Touche et le fameux abbé de Valence » qui déjà avait remplacé la haire par la cuirasse, si tant est que la haire eût jamais été à son usage. En même temps Bëlleville, autre chef du parti, se présentait à la porte de la Tranchée avec 160 chevaux, et se la faisait ouvrir par cinq à six cents artisans et gens du menu peuple. Enhardis par ces renforts, les protestants firent quelques démonstrations dont les catholiques s'émeurent. Le comte du Lude , prévoyant une sédition , et d'autant plus obligé par cela môme à défendre la ville qui lui était confiée, se retire à Niort, au risque de s'entendre reprocher par la postérité cet acte d'une lâcheté impardonnable. Dès lors Poitiers fut au pouvoir des factieux, qui se préparèrent non à une revanche des persécutions prétendues qu'ils avaient subies, comme Ta cru un auteur mal renseigné sur les fàifs et sur l'esprit de cette époque % mais à une vengeance cruelle de l'énergique opposition que leurs doctrines subversives, leur apostasie intéressée avaient trouvée dans le gouvernement et dans la majorité de la nation.

* Gouverneor de Champagne , tné à la Saint-Barthélemy.

* HUU génér, du Poitou , t. ii, p. 272.

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Les chefs du parti qui entouraient Condé à Orléans lui persuadèrent d'envoyer à Poitiers, pour profiter de ces circonstances, Lancelot du Bouchet» seigneur de Sainte- Gemme, qui partit en effet muni d'une lettre du prince, et prétendit prendre la garde delà ville. Jacques Herbert % que nous connaissons déjà pour un déclaré huguenot, ue crut pas encore le moment venu de favoriser hautement son parti, et refusa positivement de recevoirrenvoyé. Celui-ci usa de violence , et dès le lendemain il s'empara des clefs de la ville au moment où on les rapportait au maire, comme chaque soir; et, peu scrupuleux sur les moyens de faire réussir ses intelligences secrètes avec les complices qu'il attendait, il feignit de prévenir le magistrat de l'approche d'une troupe de Gascons qui , ayant signalé son passage depuis Bordeaux par des violences et des rapines , ne manquerait pas de les renouveler à Poi* tiers. La conclusion de cet avis officieux était que le maire l'accompagnât à la cathédrale pour y faire l'inventaire des vases sacrés et objets précieux qu'elle possédait. La ruse était de mince valeur. Un inventaire, qu'aurait-il fait contre les mains armées capables de consommer le sacri-^ lége? Herbert opposa d'ailleurs à ce désir perfide une fin de non-recevoir : les officiers municipaux, objecta-t-il , n'y pouvaient procéder sans ordre du roi, protecteur des droits

*r, lanouvelle édition de Thibaudeau, t. m, p. 403 : Liste des mairesde Poitiers. ^ Cet auteur s* est encore trompé en désignant Jean de lalHaye comme le maire qui s'opposa à Sainte-Gemme. La Haye ne fut maire cette année qu'après le 7 aoûit 4563 , joiir où mourut Jacques Herbert. Ce fut lui cependant que le corps de ville chargea de répondre aux prétentions de Sainte-Gemme , et de là peut-être est venue Terreur de Thibaudeau. ( F. l'introduction au récit de Liberge sur le Siège de Poitiers, édition de M. Beauchet-Fîlleau, p. xti. )

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Cl franchises du Chapitre, et ce n'était point au maire à prendre une telle initiative. Ce raisonnement engagea Sainte-Gemme à ne plus cacher ses desseins; il fit venir quatre cents hommes » se rendit maître de la ville , et pensa à s'entendre avec les aventuriers qui la menaçaient de leur prochaine visite.

Ils étaient conduits par Antoine d'Àure, comte de Grammont, à qui Henri II avait donné en 1558 le revenu du greffe des eaux et forêts de Poitiers. Comme tant d'autres, ce seigneur s'était laissé entraîner au calvinisme par des intérêts humains, s'y maintenait par ambition, et devait, plus heureux que beaucoup, revenir au catholicisme et y mourir. Les avis qu'il reçut de Sainte-Gemme ne le trouvèrent pas disposé à maltraiter une ville qui lui donnait de trois à quatre mille livres de rente. Il aurait donc favorablement écouté la demande du maire ei. des Chapitres qui le firent supplier, le premier par convenance, les autres dans l'appréhension. de ce qui arriverait, de ne pas entrer dans la cité, si les députés de la commune , organes secrets et avoués d'Herbert lui-même , tout en accomplissant leur mission apparente, ne se fussent efforcés de lui persuader que sa présence était désirée des magistrats, que Poitiers la réclamait « et qu'on n'y » pourrait pas avoir raison des papistes sans sa venue. »

Grammont , qui avoua plus lard cette trahison à plusieurs personnes notables, n'hésita donc plus à se présenter, et, en déclarant celte intention, promit de respecter la religion catholique et la ville. Ses gens , au nombre de 2,000, étaient en plus grande partie ramassés dans les campagnes de la Gascogne, d'où ils prenaient leur nom^ grossis des mécontents et affamés des pays qu'ils avaient traversés, n'ayant de solde que Je pillage, de foi que

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celle des apostats qui les traînaient à leur suite , de mérite militaire que l'instinct de la révolte et l'audacieuse licence des plus mauvaises mœurs. Les Poitevins devaient donc n'avoir que peu de sympathie pour de tels hôtes. Aussi, dès qu'ils apprirent qu'ils s'avançaient, ils se portèrent à l'entrée de leur ville , et se mirent en devoir de les repousser les armes à la main. Mais les traîtres du dedans arrivèrent aussi et forcèrent la milice catholique, placée entre deux feux, de lâcher pied. Cette résistance malheureuse épargna aux vainqueurs le soin de chercher un prétexte à leurs violences habituelles. D'ailleurs les jours précédents, depuis le 8 mai jusqu'au 27, avaient été marqués par les plus graves désordres. Dix-huit cents garnements échappés d'une déroute que leur avait donnée le comte de Villars, près de Vendeuvre, s'étaient réfugiés dans la ville, et déjà ils y avaient pillé des églises , renversé des oratoires , maltraité les ecclésiastiques. Les Gascons trouvèrent ainsi les catholiques abattus par la consternation et la terreur^ les protestants plus audacieux à les seconder , et la force administrative ou militaire réduite au triste rôle d'une autorité impuissante.

i peine furent-ils les maîtres, que, dirigés par les affidés de la secte et par une foule de complices inlé* ressés , ils se répandirent dans les rues et sur les places . publiques comme les vagues dévastatrices d'un torrent que ses digues brisées n'arrêtent plus. Les ruines des monuments renversés, l'effroi des habitants qui se sauvent, les acclamations des huguenots qui saluent dans cette soldatesque des frères dignes d'eux ^ leur apprennent assez ce qu'ils peuvent, et les massacres et le pillage recommencent. Malheur à ceux qu'ils rencontrent

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vêtus de noir; Us les prennent pour des ecclésiastiques^ et les mettent à mort. Malheur aux communautés religieuses; à quelque titre qu'elles recommandent le respecty elles succombent sous les coups de leur haine vindicative; les vierges du Seigneur y sont indignement profanées par ces réformateurs de la morale chrétienne; les hôpitaux ne sont pas plus épargnés que les monastères; les plus augustes signes d'une religion commune aux deux partis, du moins quant à son origine et à sa morale, sont abattus^ foulés aux pieds ^ jetés en dérision à une populace abrutie. Les lieux saints eux-mêmes, ceux surtout qui avaient échappé aux malheurs des dévastations antérieures , parce que leur importance était devenue une sauvegarde, n'ont évité que pour quelques jours le sort déplorable qui les attendait. L'inventaire voulu par Sainte-Gemme va se faire ! . . .

On était au 27 mai. Les violences subies peu de jours auparavant avaient fait craindre aux Chapitres qu'on ne s'en prit au trésor de leurs églises; les chanoines de Saint- Hilaire avaient passé les 21 , 22 et 23 à faire disparaître une grande quantité d'objets précieux. Us s'étaient distribué les archives, l'argenterie, les reliques, et s'ils éprouvèrent des pertes énormes, du moins on ne leur vola pas tout '. Théodore de Bèze attribue la même pré caution au clergé de la cathédrale \ Nous verrons qu'on ne peut admettre qu'avec réserve cette assertion , dictée peut-être à l'historien calviniste par le besoin d'atténuer les excès de ses coreligionnaires. Toujours est-il que les

* D. Font., t. LX, Procès-verbal des dégâts , etc.

* Histoire ecclésiastique des Eglises réformées , t. ii, p. 600 et suiv. — Anvers, <680.

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frais de cette terrible journée furent encore trop considérables.

Déjà les églises situées dans la partie haute de la ville avaient été envahies , dépouillées. Les barbares réformateurs portaient en triomphe les images des saints décapitées , se paraient des ornements sacrés , et s'avançaient en processions dérisoires ou en groupes confus et bruyants vers le quartier où s'élevaient Saint-Pierre, Sainle-Radégonde et Sainte-Croix. Les grands souvenirs ne sont rien pour ces hordes insensées qu'aveugle le démon des guerres civiles. On le vit une fois de plus : réglise épiscopale , avec sa majestueuse façade à peine complétée depuis cinquante ans, et belle encore de toute l'intégrité de ses • premiers jours , n'a rien qui les étonne et demande grâce. Ils commencent par abattre et briser dans le parvis une grande croix élégamment parée de sculptures , qu'entouraient huit petits angeloU et autres ornements d'un travail recherché. Vhozanne de Pâques fleuries y était encore appendue... Pendant que se fait cette héroïque expédition contre un symbole reconnu par les calvinistes euxmêmes comme celui du salut des hommes, d'autres mains non moins impies mutilaient dans les niches, sur les tympans et dans leurs voussures, les saints personnages dont ils portaient encore les noms, et qui furent l'honneur du christianisme comme la gloire de l'humanité. Toutes les portes aussi sont assaillies à la fois; des poutres, des barres de fer ébranlent leurs masses épaisses, que protègent inutilement les arcs-boutants et les traverses de l'inlérieûr. Elles cèdent, et leur chute, accompagnée de clameurs et de blasphèmes , retentit sous les profondeurs sonores des voûtes étoilées. On se précipite

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par-dessus les vantaux brisés aux ciselures savantes^ aux pentures limées à jours. De tous les côtés en même temps ^ le temple est envahi. Alors se dessine le plus effrayant tableau dont une église puisse jamais devenir le théâtre. Chacun s'élance vers les autels^ d'où les vases sacrés avaient été prudemment retirés , et sur lesquels ne résidait plus depuis là veille le Saint des saints , que les malheureux eussent outragé dans sa présence réelle. Le sanctuaire est plein de ces gens d'armes, qui semblent se livrer à l'invasion légitime d'une cité conquise à force de courage et de combats , et que le mépris des plus saintes lois de la guerre aurait soumise aux représailles quelquefois justes du vainqueur. Les tabernacles \iolés ne répondant point à leurs cupides espérances , ils mettent en pièces les ornements que l'art avait distribués autour d'eux; leurs épées taillent le bois façonné des stalles, des bancs, des portes, des claires-voies et des retables; la crosse de leurs mousquets efface à coups redoublés les fragiles dentelles qui s'élevaient en clochetons et en dais gothiques pour les statues des apôtres; les tableaux sur bois, les peintures murales, coupés, éraillés, détruits à jamais, sont foulés aux pieds, ou passés de mains en mains comme autant d'objets de superstition couverts maintenant du mépris qu'ils méritent. Des pierres précieuses décoraient les châsses établies dans les nombreuses chapelles; des émaux, des étoffes de soie et d'or garnissaient la devanture des autels : ils deviennent la proie des premiers qui s'en emparent.

Après s'être donné le barbare plaisir de tout saccager dans l'église^ ces héros de pillage enfoncent les portes des sacristies, de la salle des comptes et du Chapitre. Là étaient les tapis , les vêtements sacerdotaux, des châsses

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et reliquaires , les archives enfin , et cette intéressante collection de manuscrits rassemblés par la générosité des évéques, grossie par les chanoines, et auxquels l'université avait ajouté la riche part léguée par Vabbé de Saint-Maixent Jean Baston. En un clin d'oeil on vit tant et de si belles choses brisées , lacérées , jonchant le pavé de leurs débris ; les titres de propriétés et de redevances , les bulles de papes, les testaments des évéques, les privilèges des rois, s'anéantirent en un instant; et, quand ils eurent mis ce désordre au comble , ils portèrent papiers et reliques au milieu de la grande nef et y mirent le feu y Insultant à la fois dans le lieu saint à la science, à la justice et à la sainteté, triple personnification de ce monde catholique, dont les modernes ariens ne voulaient plus.

Au nombre des plus précieuses reliques dont ce jour funeste ait vu la perte , il faut noter celles de sainte Florence^ qui furent brûlées avec leur châsse de bois précieux qu'enrichissaient des plaques de vermeil '; de saint Simplicien et de saint Jacques , de même matière ; une image d'argent avec deux côtes de sainte Madeleine; une tête d'argent mitrée renfermant une côte de saint Grégoire; deux sandales de saint Pierre et une autre de saint Martial; un bras d'argent où était celui de saint Junien, abbé de Nouaillé; la mitre de saint Forlunat; toutes pièces citées à Tinventaire de 1406, et qui s'en trouvèrent effacées ce jour-là , comme tant d'autres '. •

Dans une des sacristies furent trouvées aussi les deux pièces d'artillerie que le Chapitre avait fait fondre en 1525, dans la prévision d'une guerre avec l'Espagne. On

* Mém. mu. de Coustant, dans D. Font., t. xxvri.

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devine bien que de tels guerriers ne durent pas négliger une telle capture.

Grâce à la difficulté de circuler alors sur la plate-forme que décore aujourd'hui la galerie continue » les vitraux des fenêtres furent en grande partie épargnés. Hais les éclats des boiseries , les têtes et les mille morceaux des statues^ furent lancés contre eux cependant , et c'est à ces diaboliques efforts que certaines verrières doivent d'être restées méconnaissables. Ils paraissent s'être acharnés surtout à celles des deux chapelles des transepts, aux trois qui garnissent le déambulatoire sud^ et à celle qui surmonte l'absidiole de ce même côté. Nous avons reconnu que les fragments tombés de ces grandes pages servirent ensuite à cacher au hasard les'injures des panneaux qui avaient le moins souffert. Ce sont des traces ineffaçables de ces hideuses débauches de la haine que l'histoire enregistre à la honte de ceux qui purent s'y livrer ou les souffrir.

Les orgues aussi succombèrent, tant celles qui régnaient au-dessus de la grande porte que celles plus petites établies sur le jubé. Les plus remarquables objets eurent le même sort; les grilles de fer furent abattues, les inscriptions effacées ou mutilées; et, pour complément de tant de fureurs , il fallut s'ouvrir jusqu'à la porte des tombeaux, en piller les richesses sacrées» en disperser les cendres sur les dalles soulevées, traîner jusque dans le ruisseau de la rue les restes encore intacts que des siècles avaient vu dormir dans leurs mausolées. Tels furent Simon de Cramaud, Ju vénal des Ursins, Fortius d'iux, Aymeric de Mons, Bertrand de Maumont, James Àndiey, et tant d'autres plus ou moins illustres qui , par la parole ou par les armes , par la science de l'administra-

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250 UlSTOlUfi DE I.A CATHÉDRALE (4562.)

tion et rutililé de leur vie , s'étaient faits les guides et les protecteurs de leur époque.

Le jubé, chef-d'œuvre de cis.elure en pierre, Thorloge qu'il soutenait avec sa petite hoalille de bois ouvragé , le chœur avec ses sièges et ses pupitres» les groupes de statues placées au-devant de Tenceinte, les chaires mouliez à Fantiquej les bénitiers de marbre, éprouvèrent à leur tour la rage dévastatrice. Les stalles durent peut-être à la belle simplicité de leur style de n'attirer que fort peu l'attention; elles ne souffrirent qu'en proportion du peu de mérite qu'elles révélèrent à ces sauvages connaisseurs; quelques mascorons des miséricordes reçurent seulement,, pour prix de leurs grimaces symboliques et incomprises, des coups de crosse : les dossiers doivent sans doute aux capricieuses faveurs de mains barbares qui se jouaient avec le mal les quelques brisures qu'on y voit encore. La vaste étendue des nefs, du sanctuaire, des croisillons, du parvis, des cloîtres, était semée de débris informes; les clochers étaient sans toitures, leurs galeries à jour mutilées , leurs revêtements de plomb enlevés, comme leurs lucarnes et leurs achenaux : et cette profanation, pour laquelle Jérémie seul, dans ses plaintes sublimes et lugubres, aurait eu assez de larmes et de tristesses, était l'œuvre de moins d'une journée! quelques heures avaient suffi pour changer Tune des plus belles cathédrales du royaume en un lieu de ruines et de désolation....

Les documents authentiques attestent la vérité de ces détails. Mais ce qu'un examen même superficiel attesterait encore , indépendamment des témoins cités quelques jours après pour une enquête, c'est la détestable connivence des bourgeois de Poitiers à cette indigne conduite

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de leurs coreligionnaires. Tout prouve clairement qu'un complot formé d'avance avait distribué les rôles, et chacun put remplir à sa convenance celui qu'il s'était réservé dans ce drame joué par des vandales. Quand les plus adroits et les plus forts se furent partagé les magnifiques ornements, les tentures, les chapes et autres étoffes d'or et de soie, d'autres encore trouvèrent moyen de s'apiproprier des objets qu'on aurait crus les moins capables de tenter la cupidité de tels vainqueurs. On est étonné, en lisant la visite et les procès-verbaux dressés sur les lieux par des experts assermentés, de voir avec quel esprit de minutieuse économie les qiains spoliatrices avaient ramassé jusqu'aux moindres objets. Pas une serrure n'était restée; tous les verrous, loquets et targettes, chandeliers de fer ou de cuivre, vergettes, barres et grilles avaient disparu ; les bancs et gervis des chapelles qui n'avaient pas été rompus étaient devenus la proie des vainqueurs de bas étage; le métal des cloches brisées ne fut pas même retrouvé. Evidemment de telles dépouilles ne pouvaient tenter une horde d'aventuriers dont le séjour à Poitiers devait être de courte durée ; seuls les artisans de la ville conquise avaient pu s'approprier des matériaux qui n'étaient de quelque usage que pour eux. Des richesses d'or et d'argent le soldai n'eut probablement qu'une mince part. Il paraît que, procédant par eux-mêmes, sous les apparences d'une hypocrite légalité , au pillage des églises , les chefs huguenots , dignes modèles des spoliateurs de quelques autres époques, avaient « député » dès le 27 mai , jour de leur invasion , « certaim pers(mnage$ qui se saisirent des joyaux et matières précieuses pour frais de la guerre. » Une espèce de commission s'était installée dans chaque église , y procé-

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dait tranquillement à l'inventaire que Sainle-Gemme n'ayait pu obtenir , s'emparait des vases sacrés y statuettes, chandeliers, pierreries que des explorateurs pouvaient découvrir; et, pendant qu'ils se livraient à celle opération , les gens du peuple menaient la main sur tout ce qui allait à leur ménage : on vit, peu de temps après, les garnitures d'autels parer certaines femmes du voisinage, les rideaux de soie des sanctuaires transformés en couvertures de lit, et les feuilles de parchemin arrachées aux chartes, titres ou manuscrits précieux des archives, remplacer les vitrages absents de la boutique d'un cordonnier. Pendant qu'on s'occupait ainsi dans Tinlérieur des temples, à l'extérieur, d'autres scènes non moins affligeantes se passaient. On avait organisé dans les rues actuelles du Collège et du Puygarreau un atelier où les matières d'or et d'argent étaient mises en fusion et réduites en lingots, aux grandes acclamations de la foule. Le tout, fondu et pesé, dit un historien calviniste, « monta seulement à 320 marcs, qu'on pensait en valoir plus de 100,000. » — « Il est vrai, continue-t-il, que des principaux reliquaires, et qui eussent bien accru le monceau, à savoir, ceux de Saint-Pierre, ayant esté au paravant transportés, n'y furent compris '. » Mais on n'avait pas songé sans doute assez tôt à ces précautions, ou bien les perquisiteurs découvrirent les caches dans les maisons canoniales pillées quelques jours auparavant, caria cathédrale perdit plusieurs châsses et reliquaires d'or, d'argent et de vermeil , entre lesquels celui qui contenait le chef de saint André, et un autre, si fameux dans les fastes de notre église, où étaient les barbes de saint Pierre; bottes ines-

' Bèzc , loc. cil.

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Umables donl se trouvaient bieh chargés les deux hommes qui les portaient aux processions. Il faut y ajouter « plusieurs croix, calices et bassins d'argent, » d'après les registres de l'hôtel de ville.

On se persuade aisément que l'argent de la caisse commune , gardé dans la chambre des comptes en un coffre de fer qu'on sut bien ouvrir , ne resta pas sans destination au milieu de ce brigandage officiel. Et malgré l'apparente sévérité du comte de Grammont, qui voulut faire pendre un soldat pour avoir volé son hôte, mais à qui il fit grâce sur les instances de celui-ci, on ne dit pas que le numéraire fût porté à la fonte... Mais qu'était une telle perte, comparée à celle des objets d'art, reliques aussi eux des temps passés , témoins vénérés de la piété des donateurs et des artistes , les plus dignes richesses du temple de Dieu, perdus à jamais pour l'église désolée, et plus regrettables encore peut-être pour la postérité, qui les eût honorés d'une pieuse et savante vénération ! Ainsi tout fut englouti dans l'abtme creusé si profondément par le fanatisme , qui de toutes parts déjà plantait l'étendard de sa révolte sur les ruines ensanglantées des croix et des autels.

Du moins nous recueillons de tant de chefs-d'œuvre anéantis le plus précieux et le plus beau. La cathédrale en elle-même ne souffrit pas : on ne mit en poudre que ses accessoires; ses murailles sculptées , ses baies élégantes conservèrent toute leur intégrité. Les voûtes non plus ne furent pas attaquées , comme les barbares prirent plus tard l'infernale habitude de le faire en plaçant dans les jointures des piliers des paquets de poudre auxquels ils mettaient le feu. Pensèrent-ils que la basilique de Saint -Pierre pourrait devenir un temple protestant.

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comme ils firent des églises des Jacobins et des Cordeliers? Furent-ils arrêtés par le général parjure , qui avait promis sur sa vie et son honneur de ne souffrir aucun désordre , ou par les efforts patriotiques d'une autorité municipale qui n'dsa pas faire de ces monuments comme de sa foi? Nous ne savons. Toujours est-il que le monument échappa aux fureurs qui dévastèrent tout le reste: comme un navire qui , battu longtemps par la temp te , ou. poursuivi par une flotte ennemie, a glissé jusqu'au port oà il rentre enfin privé de ses mâts , de sa voilure et de ses cordages, mais gardant complète la forte membrure de sa carène, encore toute noircie du feu qu'elle a senti de près.

Ces horribles saturnales s'étant prolongées le 27 et le 28 mai , le 30 , Grammont délivra la ville de sa présence et de ses soldats. Sainte-Gemme y demeura deux mois encore avec les siens , jusqu'à ce que , le V août, Jacques d'Albon, maréchal de Saint-André^ la reprît à la suite d'un assaut 9 et fit pendre Herbert et quelques autres : juste châtiment d'un traître qui avait livré ses concitoyens , et de ses complices qui avaient aidé au massacre de leurs frères et à la spoliatiou de leurs autels ".

Quand on a lu toutes ces horreurs consommées de sang-

' Tout ce qui précède est tiré des sources suivantes : D. Fonteneau, t. II , p. 478; t. 3CX , p. 679 ; t. u?, t. lx , t. lxxu et xcvi i-^Catendrier de Fauveauj 4 "avril; — D. Beaunier, Bénéficeê royaux y t. i,p. 468; — Bobioet, Hist. manuscrite , ad hune ann. ; — Registres de V hôtel de ville , dans le t. xxxiiideD. Font., p. 52;—- Bourgeois, Hist. manuscr. ^ p. 228 et suiv. ; — Théodore de Bèzc, loc. cit. ; — Thibandeau, t. i , p. 26 ; II , 294 et 500 ; m , 520 , 522 ; — Dreux-Dnradier , t. n , p. 233 ; — Grand Cariulaire d» la cathéd., t. v, p. 80 et suiv. ; — Bobinet , Continuât, des Annales d^ Aquitaine , ad ann. 4562.

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froid par des hommes élevés en naissance et en dignités , coupables instigateurs d'aveugles cohortes poussées dans leur seul intérêt au meurtre , au vol et à tous les genres d'immoralité, on se demande comment de tels faits ont pu trouver des historiens assez peu soucieux d'euxmêmes pour les excuser, assez menteurs pour en .dénaturer les motifs. C'est que Thérésie et l'impiété, la haine du catholicisme et les moyens de ses persécuteurs furent toujours les mêmes. La plume a trop souvent conspiré avec l'épée pour la perversité de l'esprit et les désordres des mœurs; double électricité dont l'étincelle s'est communiquée de tout temps à tous les meneurs des commotions populaires. Aussi le génie du mal ne vieillit point; et en présence de nos temples renversés , des ruines qui depuis 300 ans couvrent encore le sol de la France , les catholiques du xvr siècle pouvaient dire aux huguenots qui les avaient faites, comme un évêque des anciens temps à d'autres hérétiques non moins cruels : « Quel plus odieux sacrilège que de briser, de raser, de disperser les temples où naguère vous-mêmes portiez vos offrandes avec nous , où des peuples entiers, membres du Christ, se rangeaient pour invoquer le Tout-Puissant, où TEsprit saint descendait, où un si grand nombre de vos frères avaient reçu avec vous le gage du salut éternel , le patrimoine de la foi , et respérancé de la résurrection ? Qu'e&tce donc qu'une église, sinon le lieu où repose le Corps et le Sang de Jésus-Christ? Et c'est là ce que vous avez osé détruire! Mais notre jugement vous est-il suspect, à nous que vous persécutez.... dites-nous du moins pour quoi vous en voulez à Dieu , qu'on avait coutume d'invoquer ici? ce que vous avait fait son Fils, qui y demeurait sous les apparences d'un sacrement si longtemps res-

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pecté par vous comme la sainteté même? Àh ! en violant notre foi, vous avez attaqué la vôtre, vous avez imité les Juifs; car ils portèrent leurs indignes mains sur le Sauveur pour l'attacher à la croix , et vous , vous l'avez poursuivi jusque dans sa demeure, jusque'suri'aulel où il vivait * ! *>

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