‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 30 sur 98 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Suite du précédent. — Constatation authentique des doramages. — Artisleâ et artisans qui y sont employés. — Leur évaluation. — Vente de bois. — Enquête pour la recouvrance des titres. — Costume des chanoines.— Prébende préceptoriale. — Mort du chanoine Louis Fardeau. — Aliénation du temporel. — Hypothèques données au prévôt des marchands de Paris.

Le calme ne se rétablit que lentement à Poitiers; les églises demeurèrent fermées pour la plupart jusque vers la mi-septembre, et le clergé, qui déplorait la perle d*un assez grand nombre de ses membres massacrés ou en fuite, ne revint que peu à peu. Enfin, quand le Chapitre se fût recomposé en partie, il lui fallut songer à constater authentiquement le dommage , afin d'en appuyer ses réclamations auprès du roi. Ce fut le T' octobre qu'on procéda à la visite des lieux et au récolement des ruines et démolitions , en présence de maître Georges Chessé, procureur du roi en la sénéchaussée de Poitiers , et de Jean Palustre, avocat du roi, d'une part; et, d'autre part, furent maître Hathurin Roigne, chantre et théologal, et plusieurs autres vénérables. Le comte du Lude, à qui Ton avait demandé d'autoriser cette mesure et de nommer

i s. Optât de Milève, Serm, de Schismate Donatiêt. , inter opéra, io-f*, Paris, 4700.

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des commissaires pour le roi , en avait congé le 29 septembre. On s'adjoignit en qualité d'experts « maître François Lamoureux^ maître des ouvrages de maçonnerie pour le roi nostre sire en cette ville de Poicliers, et Raymond Gervais, aussi maître de maçonnerie eb la maison commune;» Jacques et Jean Orgier, charpentiers; Mercier, maître maçon; Jean Boisson, maître recouvreur; Martin Moine, Jacques Pimonnier, Louis Plaignard et Mathurin Péronneau, maîtres serruriers ; René Frouygnaud, maître vitrier; Denys Sourisseau, maître ymagier ; André Mervache , maître plâtrier , et maître François Doulcin et René Couronné , organistes. Tous prêtent serment « de bien et duement visiter et de faire loyal rapport de ce que chaque chose pourroit bien coûter à remettre en son premier état. » Cet examen se fit en effet avec une scrupuleuse attention, et, après quatre jours de travail assidu, on reconnut quMl ne serait pas possible de refaire tout ce qui avait été détruit ou endommagé pour moins de 50,448 livres 10 sols, ce qui revenait à 176,568 fr. 50 cent. '. En attendant que les réclamations faites près de la

• Grand Cartulaire , t. v. — Voici le relevé des dégâts constatés par chacun des experts :

En ferrures de toute sorte, brisées oo emportées. 44,326 liv. 40 s.

En maçoonerie 6,905 »

En meDuiserie • . 2,693 »

En vitrerie. . . . * 4,437 40

En statuaire peinte 2,606 40

Les 2 orgues 24,500 »

Cloches y plomb , ardoises , etc 780 »

Total. . . 50,448 40 qa'il faut multiplier par 5 fr. 50 c, valeur de la livre à cette époque. II. 47

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couronne, lesquelles se répétaient de toutes parts, motivées par les mêmes désastres, fussent présentées à Charles IX, il fallait pourvoir à Tentretien du culte et aux premières réparations indispensables. Charles de Pérusse d'Escars, membre d'une famille déjà anciennedu Limousin, connue encore, de nos jours dans le Poitou par des noms honorables, gouvernait dès lors l'église de Poitiers. Ce devait être toutefois depuis peu de temps > car il ne fit que le 26 août 1564 son entrée solennelle , que les troubles avaient sans doute retardée '. Ce prélat obtint du roi permission, datée du 22 janvier 1563, de vendre deux cents arpents de bois de haute futaie à prendre dans la forêt de Marelle" , pour subvenir aux réparations les plus pressantes et à l'achat d'ornements nouveaux , tous ceux de réglise ayant disparu. On ne sait guère pourquoi les lettres royales ne furent enregistrées au parlement que le 27 août 1 566. Le consentement des chanoines fut donné à cet acte sous condition expresse que les 8.000 livres qui résulteraient de la vente seraient employées uniquement à Tobjet qui la motivait, et non autrement ^ Nous verrons ua procès naître encore à ce sujet entre l'évêché et la cathédrale. Quoi qu'il en soit, les chanoines chargèrent René de Bourneuf , que le roi venait d'envoyer en Poitou pour y publier un édit de pacification , de présenter à Sa Majesté acte des pertes qu'ils avaient éprouvées , « afin que pour | l'advenir on ne leur pût imputer aucune faute ^. » Mais, j

* Be8ly,^ve«g., p. 245.

* Aujourd'hui de MareuU , « forêt u'ayaot pas plus de deux lieues de toiïr, entre Chauviguy et Pesay-le-Sec , et entre Lanthier et Fleix. » ( Dumoulin, Géographie générale du royaume de France^ t. v, p. 90. )

' D. Font., t. II, p. 594.

* D. Font, tu, p. 5«.

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quant aux dédommagements , ils virent bientôt qu'ils n*y pouvaient point compter. Il eût fallu bien des trésors à la France , désolée sur tous les points par les guerres civiles, pour égaler ces sommes immenses et ces riches valeurs dont s'était nantie la cupidité barbare des pillards delà réforme. Ce ne fut pas le seul mal difficile à réparer.

Cequ'on avait vu en 1346, après la prise de la ville par les Anglais du comte de Derby , se renouvela de point en point. Beaucoup de gens à probité équivoque virent dans la dispersion des archives , dans la perte des titres déchirés et brûlés, un moyen d'effacer leurs obligations, et nièrent leurs redevances de tenanciers et de féaux ". Il devint nécessaire d'opposer des sûretés à ce pillage d'un autre genre, et c'est dans ce but que le Chapitre obtint des lettres patentes, données au château du bois de Vincennesle? juin 1563, pour faire vérifier et vidimer par le sénéchal tous les papiers conservés , et rechercher par des enquêtes les titres détruits ou égarés , lesquels , advenant toutes contestations , eussent en justice même forcQ et valeur que les originaux •. Les gens du roi étaient chargés de prêter main-forte, au besoin, pour le recouvrement de toutes pièces, en quelques mains qu'elles fussent tombées. On ne dit pas quel succès eurent ces recherches; et, quelque heureuses qu'elles pussent être , elles n'eussent fait revivre ni les contrats de propriétés et de redevances lacérés par des voleurs intéressés , ni les documents historiques qui reliaient la chaîne de l'avenir à celle d'un passé désormais si profondément obscurci. On trouve d'ailleurs une preuve de la presque inutilité de

• Grand Cartul. de la cathéd,^ t. v, p. 75 el suiv.

* D. Font.,ti&f «i/prd.

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Tenquète dans une permission accordée au Chapitre, le 19 octobre 1626, par la chambre des requêtes , de poursuivre quiconque retenait encore les contrats, chartes, baux à ferme de ladite église , soit avant , soit depuis les événements de 1 562 '.

Le vestiaire des chanoines n'avait pas été plus épargné que le reste , et leur pénurie fut telle après la ruine de leur église, qu'ils réduisirent à la plus simple expression le costume de chœur qu'ils portaient depuis un temps fort reculé. Ce costume consistait pour l'été , c'est-à-dire depuis les premières vêpres de la veille de Pâques jusqu'à la Toussaint , en un surplis dont les ailes tombaient perpendiculairement, et d'une largeur toujours égale, des épaules à la hauteur du jarret; l'aumusse se portait sur le bras gauche ; on y ajoutait la barrette ou bonnet carré. Tout le reste du temps entre la Toussaint et Pâques; le surplis était recouvert entièrement d'une sorte de manteau long ou chape noire, dont le capuce enveloppait la tête et gardait fort bien de toutes parts contre le froid , surtout pendant les offices de nuit. Cette dernière partie de l'habit de chœur était la plus chère ; la plupart des chanoines ne pouvant pas la renouveler après le pillage de leurs maisons et du vestiaire commun, on en abandonna l'usage , et cet exemple fut suivi par les autrès chapitres de la ville et du diocèse. Ce ne fut qu'en 1621 que celui de Saint-Pierre décida, à l'assemblée ordinaire du 21 janvier, qu'on reprendrait l'ancien costume, et révêque , Henri-Louis de la Rocheposay , fut prié de donner le même ordre à toutes les collégiales de sa juridiction. Nos chanoines paraissent avoir tenu dès le prin-

' D. Fontenean, U m , p. 497.

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cipe cet habit de ceux de l'église métropolitaiDe de Bordeaux \

Une autre épreuve menaça le Chapitre dès la fin de celte année. Elle était de celles c^ue Tautorilé temporelle jetait volontiers sur les églises pour peu qu'elle se vît aux expédients. Dans toutes les villes envahies par les calvinistes , les collèges, tenus généralement par des ecclésiastiques, avaient succombé sous leurs efforts désastreux. Presque partout il fallait donc songer à les rétablir et à les pourvoir de professeurs. Or à Poitiers deux collèges sur cinq avaient survécu, et encore n'avaienl-ils plus d'eux-mêmes que des débris.Un édit du 22 novembre 1563, et un arrêt du parlement du 19 avril 1564, disposèrent que chaque collégiale de la ville verserait à cet effet le revenu d'une prébende. C'était l'anéantissement d'un canonicat , une réduction d'un membre dans le Chapitre , une infraction à ses statuts confirmés par le Saint-Siège ; il semble aussi que de tels subsides auraient été mieux et plus justement fournis par le corps de cette noblesse spoliatrice , récemment gorgée de biens si ignoblement acquis. Mais la noblesse était à craindre, et partant à

' D. Font., t. III, p. 86 et 485. — Od peut croire, par quelques représentations de chanoines éparses dans plusieurs tableaux , que Tanniusse n'était pas de même couleur pour tous ceux qui la portaient. On en voit de blanches et de rousses ou jaunâtres. La première paraîtrait avoir été celle des chanoines de premier ordre , car elle est portée par Bertrand de Rneringuen et Louis Fardeau; l'autre semblerait spéciale à ceux d'un rang inférieur, comme nous aurons occasion de le remarquer. — Cette observation s'appuie , au reste , sur des faits authentiques. A Saintes , les 42 vicaires du Chapitre portaient au chœur, dès avant le xvi* siècle, l'aumusse comme les chanoines , mais de couleur différente. (V. Hist. de Véglm SantoM , par M. fabbé Briant , t. ii , p. 61 . )

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ménager; TEglise, au contraire, n'avait jamais montré que du bon vouloir à panser les plaies de TEtat et à consoler ses douleurs. Il lui fallut donc abandonner sa prébende pour entrelenir aux écoles une jeunesse turbulente et déi-églée qui, les 26 et 30 mai 1562, faisait des Cordeliers un corps de garde , et des Jacobins le premier temple prolestant '. On se pressa le moins que possible à exécuter l'ordonnance , et pour éteindre une chanoinieon attendit qu'un chanoine s'éteignît. Rien de plus naturel en apparence. Le premier qui mourut fut Louis Fardeau , en 1565; sa prébende, qu'on ne cédait qu'à regret, n'était pas encore donnée en 1566 au précepteur, dont le choix avait été laissé au Chapitre; de sorte que, le 22 avril, un commissaire nommé par le roi vint presser l'affaire à l'assemblée présidée parPérùssed'Escars. Celui-ci, pour ne pas laisser consommer cette séparation en effet regrettable, résolut de se charger seul des frais de la préceptorerie, et offrit à cet effet 200 livres de rente qu'on accepta, c( pour la conservation du nombre des chanoines et décoration de son église cathédrale. »

Ce Louis Fardeau est le même que mentionne le tableau placé aujourd'hui dans la sacristie des messes, et qui fut inhumé dans la nef du nord, devant l'autel de Notre- Dame-des-Gésines '• C'est cette année 1565 que Pierre Fauconnier le fit faire et placer à la mémoire de Bertrand de Kneringuen, doyen mort en 1548, et de Louis Fardeau, tous deux ses bienfaiteurs et ses maîtres, en favéuir desquels il fonda aussi la messe des Cinq-Plaies pour chaque vendredi , à perpétuité.

I D.FouL,t. ii,p. 547.

' V, ci-dessus, liv. m, ch. 27*.

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Nous ne savons plus comment le temporel de l'église se trouva aliéné en 1 566 ; les actes nous manquent * et la triste situation financière du Chapitre se révèle par une pièce unique, mais fort significative : c'est un traité de rachat du 12 décembre, par lequel on voulait recouvrer les biens engagés en constituant de par l'évêque et le Chapitre une somme de 50,000 livres de rente à MM. les prévôt et échevins de Paris , laquelle somme fut assignée sur les revenus du clergé de France , au capital de 600,000 livres. L'année suivante, l'assemblée générale du clergé, voyant quelles difficultés s'étaient opposées à raccomplissement de cette mesure, permit aux églises du royaume, victimesdes guerres précédentes, d'hypothéquer leurs biens-fonds entre les mains des mêmes prévôt et échevins : la cathédrale de Poitiers leur emprunta 240,000 livres pour le même objet, et s'engagea à la leur, rendre par une somme de 20,000 livres de rente perpétuelle. On manquait de tout, et l'on fut heureux de trouver de l'argent à*un taux qui n'était pas encore descendu , on le voit, à celui qui règle aujourd'hui le cours public de la rente.

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