‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 36 sur 98 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De 1600 ▲ 1640.— Fondation do doyen Matharin Cbesneaa. -^ Reliques de Saint-Hilaire.— Oraison funèbre de Henri IV. — Marché pour un petit orgue,

— et pour un grand seize-pieds. —Sépulture de Tévéque Geoffroy de Saint- Belin. — Embellissements à la chapelle des Apôtre!!».— Entrée solennelle de la Rocheposay. — Ordination du doyen Gilles Tillier. — Mauvaise tenue de l'église. — Louis XIII confirme les privilèges du Chapitre. — Scène de la Fronde. — Réception du duc de la Rochefoucauld. — Origine d'une inscription inintelligible de la chapelle des Apôtres. — Saisies de plusieurs béné-

- fices par le Chapitre. — Quarante-heures pour le chapitre générai des Capucins. — Assemblée du clergé. — Renouvellement du grand autel. — Embellissements à la chapelle Saint-André. — Droits de Téglise de Poitiers au concile provincial. ~Discu$«sion de préséance à la procession de la Fête-Dieu.

— Procession pour la prise de la Rochelle. — Grands jours. — Fondation de messes et dons faits à l'église par révdque.— Mort et sépulture d'Étienoe Adam.

La fin du xvr siècle vit mourir le doyen Mathurio Chesneau , qui fut enterré près du grand autel , du côté de révangile» Nous ne voyons pas qu'on lui ait fait d'épitaphe. Nous savons seulement, par l'ancien calendrier de la cathédrale, qu'avait rédigé le chanoine Fauveau, qu'il unissait uncanonicat à son décanat, ce qui n'avait pas toujours lieu depuis le concordat de 15i5. Chesneau avait fondé , de concert avec son neveu René Aiguillon, chanoine comme lui de noire église, un anniversaire manuel de 20 livres pour le repos de leur âme. Sur ces 20 livres, 12 et 15 sous en plus appartenaient aux chanoines; les chapelains devaient recevoir 6 liv. 7 s. 6 d.; le célébrant, 8 s. ; les diacre et sous-diacre , 3 s. et4 d. chacun ; les chapiers, 6 s. Cet anniversaire se faisait depuis le 29 octobre 1600, date de la mort de Chesneau; René Aguillon mourut le 24 août 1631 '.

• Gall. christ.^ t. ir, col. 4219; — Fauvoau, p. 492.

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Le 4 mai 1602 arrivèrent à Poitiers des parcelles du corps de saint Hilaire, notre illustre évoque de Poitiers, que Geoffroy de Saint-Belin et le Chapitre avaient sollicitées des religieux de Saint-Denis. C'était une partie du devant de la tète , qui fut renfermée dans un buste d'argent et conservée avec beaucoup de soin et de respect dans l'église cathédrale. Ce trésor consola le clergé et les fidèles de la perle d'une autre relique possédée par la œllégiale de Sainl-Hilaire et brûlée avec tant d'autres en 1562. Celle-là avait été aussi une libéralité du même monastère, accordée en 1393 à Jean , duc de Berry, qui en avait gratifié l'église^ dont il était abbé par son titre de comte de Poitou. Le 25 novembre de la même année, Geoffroy adressa au chapitre de Saint-Denis une lettre de remèrcimenls dans laquelle il rappelle que les précieux restes du grand saint « avaient été fort anciennement transportés de sa ville épiscopale dans leur monastère.' » Tels étaient jusqu'alors en effet les enseignements de Thisloire; mais ces enseignements étaient erronés. Le corps de notre saint Hilaire n'avait jamais fait ce voyage, accrédité sur la foi de quelques vieux chroniqueurs, et répété par beaucoup d'autres sans examen. On l'avait confondu , par suite d'une séduisante ressemblance de noms, avec celui de saint Hilaire de Gévaudan^ que possédait véritablement l'antique abbaye, et qui passa pour le nôtre jusqu'au jour où celui-ci fut découvert, en 1655, dans l'église Saint-Georges du Puyen-Vélay. Nous verrons le successeur de l'évèque qui recueille si pieusement ce dépôt vénéré sous un nom qui n'était pas le sien^ ajouter à la richesse de la châsse, et témoigner par cet acte de piété de sa foi dans l'authenticité de l'objet. Il est certain que tous les détails histo»

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50a mS^rOIITE se lu GATOÉDRAI.E (I606-I607.>

rii}u«9 semblaient avoir conjuré pour tromper à cet égard; heureusement les hommages des fidèles s'appliquèrent h des reliques véritables ^ et ce fait démontre clairement avec quelle sincérité ont pu se tromper quelques autresmjooastères qui prétendaient posséder en même lemp& des corps ou des portions considérables des mêmes saints '.

Il paraîtrait par les mémoires manuscrits du chanoine de Cousteau ' que Saint-Belin [obtint encore, en 1606^ une autre relique de saint Hilaire qu'il fit placer dansune boîte de vermeil. Celle fois c'était une portion du derrière de la tête, et la châsse était surmontée d'une « très-belle rose parsemée de perles et de diamaats, avec MJX beau cristal au milieu. ^ On avait même représenté en relief sur la châsse plusieurs des miracles du saint. La diversité de tous ces détails ne permet pas de croire qu'il y ait eu ici double mention d'un même objet. Cette châsse, d'ailleurs, fut faite en 1 606^ d'après le témoignage du même chanoine , et un inventaire des reliques de notre église , dressé en 1657 par ordre du Chapitre, établit très-distinctement l'existence des deux reliques à la fois.

Nicx)las Saiftte-Marthe indique à l'année 1607 l'établissement de la lilui^ie romaine dans le diocèse de Poitiers ^ Mais nous avons vu que, cette même année, le Chapitre protesta par une nouvelle édition de son bré-

• r. Mss. (le Bourgeois, p. 204.-- D. Font., t. lit, p. 82;— Faaveao^ Calendrier 9 4 mai;— Sainte-Martbe , Hisi. eccles, comit. Pictav., p. 234; et une dissertation sur ce sujet , par M. Nicias Gaillai*d , dans les BuUe- Hnê de la Soc. des Antiq. de VOuett , t. i , p. 489.

^ Ilist eccleê.y etc. , p. 23i.

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(1C10.) DE P01T1EBS. 309

\iaire particulrei*; et ce ne futqiiequalorze ans plus tard, •en 1621 , que fut définitivement établie chez nous r^tte nouvelle forme de la prière publique, qui devait à peine y avoir un demi-siècle de durée.

Le 14 mai 1610, Henri IV fut assassiné par Ravaillac. La nouvelle en fut officiellement apportée à Poitiers le 18 par M. de Parabère , lieutenant général de la province. Le 21 , on célébra dans la cathédrale un service funèbre. L'éloge du prince, dont la perte était si vivement sentie de toute la France, y fut prononcé par François de la Bérau* dière^ son conseiller privé, et abl)éde Nouaillé, qui devint, deux ans après, évéquedePérigueux. Ce discours, avant lequel il n'est point parlée que nous sachions, d'oraison funèbre prononcée dans notre cathédrale , fut imprimé bienlât après ' . Le style, empreint de recherche et de boursouHure, dut moins lui valoir <^t honneur que le sujet.

L'orgue, dont nous avons vu le marché en 1582, avaitil été fait, et mis depuis lors hors de service? ou bien ce marché, si bien détaillé et cimenté, n'avait-il regu aucune exécution? Cette dernière conjecture serait la plus probable, puisqu'à la fin de 1610, le 21 .'décembre, un nouveau compromis fut passé pour un nouvel instrument. Guillaume Pelletier était mort. On fit venir de Rouen a Crespin Carrelier , facteur d'orgues , né à Laon en Laonnais^ en Picardie. » Cet artiste était déjà connu à Poitiers pour y avoir fait, en 1609, les grandes orgues de Saint-Hilaire , au prix de 4,650 livres. Il dut établir dans la cathédrale, sur le jubé , et près du pilier « qui s'élève du côté de la porte de Sainte-Croix, » un corps' 4'orgues composé de seize jeux avec trois soufflets , un

** Thibamleau , Hiêt. du PmL^ t. m , p. 435.

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clavier de 45 marches^ on buffet de 12 pieds de large sur 20 de haut; puis des embellissements en peinture, images, portraits, chiffres or et couleurs convenables : en un mot» on lui indiqua pour modèle l'orgue du monastère de Sainte-Croix, cité plusieurs fois à ce sujet dans le contrat. L'instrument devait être fourni par ledit Carrelier de toutes choses nécessaires à sa pose, et placé le jour de Pâques 1612; moyennant quoi le Chapitre s'engageait à lui payer 3,000 livres tournois , sur lesqueHes Geoffroy de Saint-Belin donnerait 1,000 livres à lui seul et se faisait solidaire du reste avec le Chapitre. Carrelier , outre ladite somme , pouvait s'emparer de tout le corps des orgues a qui étaient lors audit jubé, bois, fer 9 plomb, étain et autres matériaux, »i ce qui donne encore à ce marché un air de ressemblance avec celui de 1582. L'acte capitulaire est signé de l'évêque et des trois délégués ^ des doyens et Chapitre, » messire Jean Horeau , officiai et chantre , Job Barbotin et François de Fénieux, tous trois chanoines prébendes '.

Ou l'œuvre était déjà peu fort avancée, ou peut-être même elle n'avait pu encçre être entreprise^ par quelque raison que nous ne savons pas, lorsqu'au mois d'octobre 1611, on se ravisa. L'évêque et le Chapitre pensèrent que cr pour d'autant mieux continuer le service divin qu'ils ont accoutumé faire, dire et célébrer en icelle église, et pour la décoration d'icelle, ils feroient sagement de faire faire les grandes orgues qui souloient estre en ladicle église sur la grande porte. » Donc, les parties y consentant de côté et d'autre, on convint d'annuler le traité du 21 décembre 1610, de faire et remettre « bien convena-

* Grand Cartulaire^ t. v, p. 424 cl suiv.

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0644.) DE POITŒUS. 344

blementeten tous points »les grandes orgues «ruinées et abattues aux premiers troubles des guerres civiles y » de les placer dans le buffet ancien qui « estoit sur le grand portail; » ce devait è(re un grand seize-pieds de même dimension que Torgue actuel, et qui passa ensuite pour le plus beau du royaume : les claviers eurent leurs touches en ivoire et leurs, feintes en ébène ; les quatre souillelSyde h pieds de long sur 2 et demi de large^ furent placés et açsis dans une petite chambre de bois non couverte, « contre et joignant la galerie qui est sur l'une des grandes portes de l'entrée de ladite église , du côté gauche. » C'est la galerie qui existait déjà pour l'orgue antérieur , et par laquelle on y arrivait en montant l'escalier de la tour Neuve Le grand jeu et le positif qu'on y annexa offrirent une élégante rangée de gros tuyaux dont la belle hauteur et la disposition symétrique offrirent aussi au regard leur muette harmonie. On leur forma une fermeture mobile de volets et de châssis qu'on peignit en dedans d'un fond bleu d'azur semé de fleurs de lis d'or et de doubles clefs en sautoir, « avec deux figures en plate peinture de saint Pierre et saint Paul , faites de grandeur naturelle. » — Le positif, promis pour le jour de Pâques 1612, fut livré exactement, w construit, fait et parfait, sonnant, résonnant et accordant en ton de chapelle, comme il appartient. » L'année suivante, à pareil jour, le grand jeu était placé, et le 27 avril, samedi après Pâques , il fut reçu et accepté en forme par messire Jean Tilelouze , chanoine et organiste de l'église métropolitaine de Rouen, pour le Chapitre de Poitiers, et, pour Crespin Carrelier, par messire Florent Bienvenu, chanoine de Notre-Dame de Laon et organiste de la Sainte-Chapelle de Paris.

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Cet orgue, positif et grand jeu , coûta 6,600 livres tournois. Geoffroy de Saint-Belin en paya 1 ,500 de ses deniers; le Chapitre donna, le jour de la conclusion du marché^ 2 octot>re 1611, un à-compte de 3,200 livres, « que ledit Carrelier prit et reçut en espèce de 16 lésions et autre monnoie. » Le dernier payement se fit le 25 mai 1613; — et comme dans le cours du travail on avait reconnu bon de changer un bourdon de bois, stipulé, au premier contrat, en un seize, pieds de plomb « élamé d'élaim, » ce surcroît de dépenses, s'étant élevé à 200 livres, porta le coût total à 6,800 livres, non compris les débris des]anciennes orgues, grandes et petites, qui pouvaient bien valoir de 3 à 4 cents livres au moins '.

Geoffroy de Saint-Belin ne vit pas achever l'œuvre à laquelle il avait donné une si généreuse participation. Il mourut le 2t novembre 1611 , sept semaines après le marché conclu , et fut inhumé dans la chapelle des Apôtres. Son tombeau en pierre n'y reçut aucune inscription, mais seulement ses armoiries sculptées d^azur àZtêktie bélier 2 eti. Julien Thoreau , imprimeur de l'université de Poitiers , « s'érigea alors en poëte, » dit notre D. Fonleneau, et fit à la louange du défunt une pièce de vers pitoyable, qu'on eut la complaisance de laisser afficher en manière de placard à la première stalle du chœur sur la droite, et le courage plus surprenant encore d'y garder assez longtemps pour que Dreux-Dfaradier se rappelle l'y avoir vue *. On lisait au bas de. cette pièce la date du 2f mars 1612 comme étant celle de l'inhumation du prél<il Aurait-il été déposé provisoirement dans quelque autre

* Grand Cartulaire , t. y, p. 34 et suiv.

* BM. hitlor.^i. I, p. 55.

lieu ? Ce pourrait être. Mais le pauvre poQte aurait pu n'être pas plus exact en chronologie qu'en littérature. Ce qui est certain, c'est que le successeur de Saint-Belin fut envoyé en possession de l'évêché, dont il était d'ailleurs lecoadjuteur, dès le 23 novembrèt c'est-à-dire deux jours après la mort de Geoffroy. Ce fait est péremptoire et autorise très-bien tous les historiens, qui sont unanimes sur le 21 novembre 16H.

La chapelle des Apôïres, qui reçut la dépouille mortelle du prélat, fut décocée par lui de douze statues en pierre qu'on y voit encore, sauf les sept qui occupaient le fond méridional , lesquelles en furent enlevées lors de la pose de Tautel paroissial , et n'ont laissé aucune trac^ connue de leur destinée ultérieure. Ce n'est point une perte; le style grossier de ces personnages trahit un ciseau mal habile, et dont l'esthétique chrétienne était peu avancée. Mieux valait- il laisser à découvert les douze apôtres dont les fresques paraissent encore un peu à travers le badigeon qui jaunit les parois de la chapelle. Ces fresques • déjà fort anciennes quand elles furent remplacées par les lourdes et roides caricatures de Saint-Belin^ devaient avoir la pose aisée et l'allure naïve du moyen âge. C'était du moins un double mérite que n'eurent pas toutes les compositions des âges suivants... — Une observation qu'il ne faut pas omettre ici , c'est que la chapelle des Apôtres a toujours porté ce nom.* Les peintures. du xiii* siècle dont nous parlons l'attestent assez, et prouvent du reste combien D. Fonteneau s'est trompé en attirmAUt qu'elle dut son vocable à la décoration que lui imposa le pieux évoque. Le savant bénédictin aurait-il donc oublié combien de titres beaucoup plus anciens la désignaient ainsi ? Saint-Belin avait eu pour coadjuteur^ dès Tannée 1607^

Henri-Louis Chasteigner de la Rocheposay y son neveu, homme remarquable, qui joignait à Tillustration de la naissance, étant d'une des premières et des plus célèbres familles de la province, l'énergie de caractère et la vivacitéd'esprit répandues sur sa belle Ggure. Il fit son entrée à la cathédrale le 23 juin 1612. Comme toujours» ce furent la haquence blanche, le voyage de Notre-Dame à Saint- Pierre sur les épaules des barons, et tout le reste du cérémonial antique. Pour ce qu'il y eut de particulier, nous laisserons un de nos annalistes le raconter avec la simplicité accoutumée de son style : « L'entrée de M. de la Rocheposay ne différa de celle de son prédécesseur qu'en ce qu'il avait avec lui un des plus brillants et des plus nombreux cortèges qu'on eût vus à la suite d'un évoque. Plus de cinq cents gentilshommes qualifiés, tels que le comte de Schomberg et divers marquis, comtes et barons, accompagnaient le prélat, que tous les corps de ville haranguèrent suivant la coutume ; mais, de tous les compliments qui lui furent faits, celui du recteur de l'université, qui était en ce temps-là Jean Rigoumier, l'emporta. Il eut les suffrages de tous les connaisseurs qui l'entendirent. La magnifique entrée de M. delà Rocheposay fut un peu troublée par la dispute qui survint entre MM. du présidial et MM. les trésoriers de France pour le pas. Les intéressés, dont les premiers étaient présidés par Emcry Régnault, et les seconds par Scévole de Sainte- Marthe, ayant fait leurs compliments l'un après l'autre, on se disputa pour le pas, et de côté ni d*autre il n'y eut aucune modération; ils se querelèrent, sMnjurièrent et ensuite se battirent à coups de poing. .Ce spectacle a été plusieurs fois réitéré dans la ville de Poitiers , et l'on y a vu semblables compagnies en venir aux main$. Il est ar-

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(1612.) DE POITIEES. 545

rivé à celles des procureurs et des marchands de le faire daos réglisé de la cathédrale, et de changer en un champ de bataille le temple sacré du Très-Haut '. »

Les hauts barons se Irouvèrent donc encore, dans cette circonstance, à leur poste, et portèrent Tévèque jusqu'à son église. Ce devait être pour la dernière fois. La féodalité allait recevoir du gouvernement de Richelieu un coup mortel , et les droits féodaux devaient céder bientôt avec les vieilles coutumes du moyen âge. Déjà même ils paraissent n'avoir été servis en celte occasion qu'avec toute la restriction possible, car ni Besly ni les autres historiographes ne nomment ici les seignegrs qui durent coopérer à la cérémonie. Les registres de Thôtel de ville de Poitiers, où tous le événements de quelque importance étaient notés chaque jour, disent, en parlant de celui-ci , que le prélat a fut porté en une chaise de parade par les quatre barons du Poitou , ou par autres leurs reprétenrtanU •. » — Les six compagnies de la ville précédèrent en armes le corps municipal^ conduit par M. Chevalier, conseiller, échevin et capitaine^ qui tenait la droite, et par M. Sachet, sergent-major, qui marchait à gauche ^

Une solennité inattendue en pareil cas , mais que toute la ville savait d'avance, prévenue par la réputation du personnage qui devait y figurer, se mêla bientôt à l'installation épiscopale. Gilles Tillier, quoique doyen depuis le 24 août de l'année précédente, et déjà sexagénaire, n'était encore que diacre. Avocat distingué au présidial

' nist. manuscr. de Bourgeois, p. 265 et suiv. — ^. aussi Reg. d# rhôul de tt7/e, p. 409, dans le 53* vol. de D. Fonteneau. * Ubiittprd.

» /Wrf,,p. 65.

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546 HISTOIRE DE LACATHÉDHAll (161^.)

de Poitiers, il était aussi l'un des échevins de la cité. Son âge qui s'avançait, sa position dans le Chapitre, lui persuadèrent de recevoir enfin là prêtrise , et il convint avec le nouvel évêque que le jour de l'installation épiscx)pale serait celui de son ordination. Elle se fit en effet pendant la grand'messe que la Rocheposay chanta à la suite de sa Téceplion par le Chapitre. Gilles Tillier mourut le 2 décembre 1625, après avoir fondé à la cathédrale une messe Votive de saiot Gilles, à dire le 1"* septembre de chaque année, pour laquelle il légua une rente de 16 liv. 13 s. 4 den., et une autre de saint Barthélémy pour le 24 d'août ■.

L'Eglise de Poitiers recevait de Dieu dans la personne du jeune prélat (il n'avait que 35 ans) un guide sûr qui devait s'illustrer par sa piété et sa science non moins que par son talent dans la direction des affaires et par la fermetéde son administration. Zélé pour leservicede Dieu , il aimera surtout sa cathédrale, se plaira à l'embellir, et si le goût véritable qui doit présider à de tels perfectionnements n'est pas toujours aussi pur sous sa conduite qu'on peut l'exiger aujourd'hui , il témoignera sans coniredit d'un louable empressement que la postérité doit se plaire à reconnaitro*

Ces exemples arrivaient du reste fort à propos pour faire comprendre au Chapitre que la régularité et le zèle de la gloire de Dieu devaient être au nombre de ses premières vertus. Nous avons pu observer déjà plus d'une fois combien l'esprit de relâchement se glisse furtivement dans les âmes religieuses ^ la suite des désordres dont la

'' Fanvean , 4*^ septembre. — D. Font, t. m, p. 449; t. xnm, p. 77; ^Grand Cartul^ t. v,p. G03;- GaU, chrit.^ t. ii, col. 424«,

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(4612.) DE POIÏIEUS. 547

religion a souffert. Quand on devrait ranimer la vie spirituelle, dont la pureté s'est altérée au contact d'événements dommageables ou scandaleux , le penchant naturel semble au contraire entraîner d'autant plus loin d'une discipline forcément méconnue , et de blâmables désordres ternissent quelquefois l'éclat des anciennes vertus. C'est ce qu'on voyait alors avec peine dans le Chapitre de Poitiers. L'entretien de Téglise était fort négligé^ et si l'on pouvait attribuer la nudité de ses murs et la pauvreté de ses cérémonies aux malheurs du temps et aux funestes spoliations de la guerre, l'assistance à l'oflice divin ^ les convenances respectueusesqu'ilexige^ pou vaientdu moins se perpétuer sans entraves. £t pourtant on avait de graves reproches à faire aux chanoines snr ce sujet. II paraîtrait parles pièces d'un procès peu édifiant, soutenu en 1612 par le chanoine Rouil et l'archevêque de Bordeaux^ François de Sourdis , auquel il avait porté appel contre le Chapitre de Poitiers, que la plupart du temps trois ou quatre chanoines se trouvaient à peine présents au chœur; « que certains quidam pourvus de dignités ou chanoinies, ayant leurs maisons dans l'enclos et près ladite église cathédrale^ tenaient bals en leurs maisons, et permettaient que , pour aller auxdits bals , mascarades et ballets qui s*y jouaient , hommes et femmes passassept et repassassent par le dedans de ladite église, taot de nuit quede jour , et pour cela en fissent laisser les portes oQverteSf contré l'honneur de Dieu, au mépris des saints décrets et règlements ecclésiastiques, et au grand scandale du peuple '. » Ainsi donc, on se serait oublié jusqu'à faire du lieu saint une voie de communication à des assemblées profanes. N'eûl-ce pas été beaucoup trop déjà

• D. Font., t. ii,p, 85.

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que^ SOUS les yeux des conservateurs obligés de la dignité du sanctuaire , chacun fût libre de prendre l'église pour un chemin public prêtant un plus court et plus commode accès d'une rue à une autre t et par cela même ouvert à toute indigne cohue? Ces abus durent cesser sous le regard vigilant d'un prélat pénétré de ses devoirs, dont l'influence sut agir en dépit de privilèges dégénérés en abus, et qui, dans un long épiscopal de trenteneuf ans, donna, comme nous le verrons, des preuves aussi nombreuses qu'éclatantes de ce zèle des choses saintes, qui fut toujours l'une des plus belles qualités d'un évêque.

Le Chapitre, qui semble avoir ainsi oublié ses devoirs spirituels, si l'on s'en rapporte sans trop d'examen à ces dires peut-être exagérés d'un adversaire , ne parait pas avoir négligé au même degré ses intérêts temporels. Au commencement du règne de Louis XIII, il ne manqua point de faire renouveler ses vieilles franchises, exemp- . tioDS et libertés. Les lettres du roi confirmalives de tous les droits de l'église cathédrale de Poitiers furent données cette année 1612, au mois de juillet '• Ce fut un heureux prélude à la réception que la compagnie, sous la présidence de l'évêque , fit , deux ans après « au jeune fils de Henri IV , qui passa à Poitiers avec Marie de Médicis pour se rendre en Bretagne, où le duc de Vendôme soutenait la Fronde. Selon l'usage, les deux personnages se rendirent à la cathédrale; ils y furent accueillis au son « des cloches , et le Te Deum exprima la joie sympathique du peuple, des grands et du clergé \

Ce parti de la Fronde, ayant eu des émissaires secrets à

• D. Font., t. lu, pp. 97, 405 et 446.

* BObiiral , 1. 11 , p. 4475.

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Poitiers , y enlretenait des relations au nom du prince de Condé révolté contre la cour : on tenait toujours à se ménager au besoin la possession d'une ville importante , et le soin qu'on se donnait d'y semer l'esprit de révolte y jetait le trouble , lorsque déjà, dans le reste du royaume, la paix semblait revenue de toutes parts. C'est ainsi que la cathédrale devint encore un point de défense contre les attaques des révoltés, et vit sa sonnerie se mêler, comme dans les plus mauvais jours, au son des instruments de guerre. Un des officiers de Condé , nommé Lattrie, étant venu à Poitiers, fut arrêté au Marché-Vieux ', et eut un de ses gens tués près de lui. Les auteurs de celte querelle se retirèrent ensuite à l'évêché, où ils espéraient trouver un appui dans la Rocheposay, qui chaque jour employait tous ses efforts à maintenir la ville sous l'obéissance du roi. Ils ne s'étaient point trompés. Les frondeurs ayant, de leur côté, poursuivi la bande armée jusqu'au palais épiscopal , l'jivêque y fit tendre les chaînes, et , par un trait de son caractère énergique aussi bien que par une dernière réminiscence des habitudes du moyen âge, dont il s'était fait comme le dernier représentant à Poitiers, l'héritier d'une ancienne et illustre famille crut pouvoir faire exception à ses habitudes ordinairement si pacifiques. Il se présenta dans la cour de révèché couvert de la cuirasse et armé de la pique , et déclara qu'il défendrait la place et la maintiendrait au roi^ à qui le prince s'était vanté ouvertement de Tenlever. En même temps il fit monter sur ^cs tours de Saint-Pierre des arquebusiers, avec ordre d'avertir au moindre mouvement qu'ils apercevraient , et il fit sonner le tocsin , ce

' Aujourd'hui la place d'Armes»

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5*20 histoire: de I.A CATHEDRALE (4645-1645.)

qui mil sur pied toute la ville. C'est dans cette circonstance qu'un procureur délégué par une réunion de 2,000 hommes au duc de Roanez , gouverneur de la ville de Poitiers, « l'assura qu'ils étoient ses serviteurs, mais serviroient le roi à leur volonté , et qu'ils tendroient les chaînes au besoin , au son des tambours de mondit seigneur de Poitiers, qui sont les cloches... '• »

Quelque temps après, le 18 mai 1615, le duc de la Rochefoucauld, ayant été nommé gouverneur de Poitiers, y fil une entrée magnifique ^ pour laquelle on le Iraila comme le roi qu'il venait représenter; comme lui, il fui reçu à la cathédrale par l'évêque et les chanoines '.

On voyait^ en 1616, dans Téglise Saint-Simplicien, un tombeau en marbre à la tête duquel était gravé un écusson portant trois hures de sanglier. Il fut élevé cette année à la mémoire et sur les restes mortels d'un ecclésiastique aujourd'hui oublié, mais dont la famille n'est pas encore éteinte. Voici Tépitaphe qu'on y lisait :

ATTENDANT LA RESSVRECTlON ET JVGE-

MENT VNIVERSEL REPOSENT ICI LES CENDRES DE BALTHAZAR PRÉVOST VIVANT SIEVR DE LA TRICHERIE PRIVR DE CHATELACHER ET DE LUSSAC.

LOIS PRÉVOST SIEUR DE BEAVLIBV CAPIT- AINE DE LA GUISARDE ET GOUVERNEUR D^ORGON TRÈS-ILLUSTRE ET VERTVEVX CHEER...SANS PEUR DONNA CE MARBRE A LA BIÉ-^ MOIRE DE SON BIENAIMÉ FRERE. 1616.

* Thibaudeao, t. m, p. 490, 494. — A09. <(e/att7<e, adano. 4615. — Mss. de Raze.

* Tbibandeau , ibiâ., p. 24 4 .

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(I6I8.J DE rorriEllS. S24

C'esl à ce tombeau qu'appartenait une plaque en marbre blanc, de 75 cent, de large sur 30 de haut, fixée depuis longtemps par quatre pattes de fer au mur occidental de la chapelle des Apôtres, et sur laquelle on lit en lettres noires taillées en creux :

PAULO V GATHOL. ECCLES. POMT. MAXIMO

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