CHAPITRE IL
Db 1303 A 1389. — Miracle des defe; prooession du lundi de Pâques. — Fondation de la chapelle de Notre-Dame-de-Sillers , à Nouzillé. — Les cloches; leurs divers emplois; obligation de Tévéque. — Refonte générale de la sonnerie par Maurice de Blason. — Jean Sans-Terre, spoliateur des églises.— Les grands vassaux Timitent et sont excommuniés comme lui. —Philippe- Auguste, bienfaiteur de la cathédrale. — Fondation de la chapelle Saint- Christophe. — Échange entre les églises de Chasseneuil et de Châtain. — Chapelle inconnue dotée par le prévôt Guillaume.
Le xiir siècle commence à Poitiers > d'après la plupart de nos chroniques , par un des faits les plus célèbres dont elles aient conservé le souvenir. Le Miracle des defs^ dont la commémoraison fut si longtemps pour la ville une solennité populaire, semble devoir remonter jusqu'à cette époque ; d'après toutes les traditions; et quoiqu'on ait pu y découvrir^ au flambeau d'une saine critique, certains détails que le laps des temps a obscurcis; quoique certaines dates y soient en opposition formelle avec la vérité historique, le fond ne peut manquer d'en être vrai , et l'on ne saurait expliquer autrement une cérémonie religieuse, chère à toute une population, dont) le retour annuel n'est interrompu , après 600 ans, qu'avec la chaîne de tous les usages catholiques^ et qui reparaît avec eux aussitôt que les tempêtes politiques ont fait placeau calme de jours meilleurs.
Nous ne pouvons entrer ici dans une discussion du fait en lui-même; nous renvoyons ceux qui voudront savoir qu'en croire à une savante dissertation de M. Lecointre- Dupont^ insérée au xii'' volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest. Pour nous, il ne paraît pas douteux que tout ne soit bien établi dans le récit de nos
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aieux , sauf la date du 1 5 avril pour le 1 A , jour de Pâques en 1202, et le nom des Anglais, qu'on a pu facilement confondre avec les routiers ou brabançx)ns aux ordres du roi d'Angleterre. Voici donc en peu de mots comment il faut, selon nous, exposer le récit de cette merveilleuse délivrance de notre ville :
C'était le jour de Pâques 1202. Les citoyens vaquaient à la dévotion pleine d'allégresse que les grandes fêtes du christianisme inspiraient surtout au moyen âge* Les portes delà ville étaient fermées, selon la coutume i afin que, jusqu'au dernier soldat, chacun s'occupât des saintes pensées de la religion. Mais , pendant ces pieuses préoccupations de tout un peuple , un traître vendait ses concitoyens et sa patrie , et promettait par une convention infâme d'ouvrir le^ portes aux brigands qui dévastaient le pays. Cet indigne citoyen était le secrétaire du maire; cette soldatesque était composée a d'aucuns Anglois pour le roy Jean Sans-Terre , les autres François et Bretons pour son neveu Arthur, et par Tadveu du roi Phelippes- Auguste, en manière qu'on ne savoità qui s'ad vouer'. » Donc les aventuriers purent arriver sans être aperçus devant la porte de la Tranchée. Mais quand le perfide secrétaire cherchait déjà les clefs pour les jeter par-^lessus les murs à ses redoutables complices, ceux-ci furent tout à coup mis en déroute par l'apparition de la sainte Vierge^ de saint Maire et de sainte Radégonde, qui, entourés d'une armée d'esprits célestes , se montrèrent au-dessus des remparts, et, jetant sur les ennemis un esprit de vertige, firent tournée contre eux-mêmes les armes qui devaient ensanglanter les rues de la cité. Le
• Boochct,f«»90.
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bruit résultant de cette défaite miraculeuse, les cris des mourants^ le désordre d'une fuite précipitée, attirèrent l'attention des habitants. Aussitôt ils se disposent à poursuivre lès fuyards , cherchant les clefs qu'ils ne trouvent pas, et qui bientôt apparaissent déposées entre les bras de la statue de Marie, qui ornait l'autel principal de Notre- Dame-la-Grande. On ne doute point que ce ne soit un signe de la protection dont l'auguste Vierge honorait la fidèle ville de Poitiers, et les magistrats, et Tévêque, Maurice de Blazon, s' unissant au vœu prononcé par toutes les bouches , promettent qu'à l'avenir une procession autour des remparts perpétuera chaque année la reconnaissance publique envers Dieu et leurs saints protecteurs'. i( Les habitants de Poitiers, dit Bouchet, ont toujours depuis fait et continué une belle et notable procession autour des murailles, par le dedans, le lendemain de Pâques- »
Pour cette procession , le corps judiciaire, les Chapitres de Saint-Pierre-le-Puèllier et de Notre-Dame, et les religieux mendiants, se rendaient, le lundi de Pâques, vers dix heuresdu matin, à la cathédrale. Aussitôt après on sortait de l'église parla porte Saint-Michel. Rendu au carrefour oii se trouvait Péglise du même nom, le cortège se grossissait des autres paroisses qui l'y avaient attendu. On passait par devant Sainte-Radégonde, où les chanoines prenaient place immédiatement devant ceux de Saint-Pierre. On gagnait par la rue des Garolus le rempart, que Ton remontait jusqu'au coin delà place des Gilliers, au-dessus de la tour de Tison, où attendait le Chapitre de Saint-Hilaire. Celui-ci prenait le côté gauche de la procession, parallè-
* D. Fontpncau, t. xx, p. 524.
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lement à celui de la cathédrale, qui tenait la droite en signe de suprématie'. Delà on continuait la marche parla Chaussée et les rues des Trois-Rois et de Saint-Germain jusqu'à Saint-Cybard y où les Chapitres de Saint-Hilaire et de Sainte-Radégonde se séparaient du nôtre, qui entrait dans le cimetière, y chantait l'antienne du temps à la sainte Vierge, et revenait à son église en répétant les litanies des saints. Les psaumes et versets qui se disaient pendant toute la procession, tantôt par un Chapitre, tantôt par l'autre, étaient tous allégoriques soit à la résurrection du Sauveur, soit à la délivrance pour laquelle on rendait de si magnifiques actions de grâce \ N'oublions pas que , quand la procession passait sous les murs du monastère de la Trinité , en longeant le boulevard du Font^Neuf, les religieuses se trouvaient réunies sur leur terrasse, et répétaient l'antienne Regina cœli. Nous verrons plus tard de graves événements se rattacher à cette circonstance.
Dans ce trajet, le maire et les échevins portaient à diverses reprises la statue miraculeuse de Notre-Dame, richement parée. Devant chaque porte, par le dedans de la ville, des membres de l'échevinage se succédaient
* Ao xr siècle, un différend s'étant éleyé entre le Chapitre de Saint- Hilaire etcelni de Saiot-Pierre au sujet de la préséance, qui, à tous égards, devait appartenir à ce dernier, on régla, par une convention du 20 mars 4 45(K54 , que les chanoines des deux églises marcheraient dans cet ordre jusqu'au Pré-l'Abbesse, et que la croix de Saint-Hilaire précéderait celle de la cathédrale. Le Chapitre de Saint-Hilaire devait èlre averti par celui de Saiot-Pierre ou par Tévèque d'assister aux processions ; faute de quoi il pouvait s'en dispenser. ( D. Fout. , t. ii , p. 249.)
* r. les Processicmaux de la cathédrale, de Sainte -Kadégonde et de Saint-Hilaire.
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pour la porter à leur tour, puis s'allaient rejoindre immédiatement au cortège civil 9 qui l'accompagnait jusqu'à son église collégiale. Don Martenne ^ qui avait eu sous les yeux un processionnal manuscrit de la cathédrale , (( dont récriture était de 500 ans , » nous apprend , comme particularité omise par les historiens plus récents , que « tous ceux qui y portaient des reliques marchaient nupieds '. » Cet usage était moins particulier à cette procession que le savant bénédictin ne paraît le croire. Il en était ainsi , chez nous du moins , pour toutes les processions oh des reliques étaient portées. Nous aurons d'autres occasions de le remarquer. ;Ce qui a bien sa valeur ici^ c'est la date du manuscrit qui, ayant cinq cents ans lorsque don Martenne le citait, devait faire remonter la cérémonie précisément aux premières années du xni'' siècle. On en peut rigoureusement conclure qu'elle doit avoir son origine dans un fait qui s'éloigne peu de la date généralement adoptée.
A partir de cette époque , nous rencontrons souvent dans te dépouillement de nos vieux titres des fondations de chapelles , soit dans la cathédrale, soit dans quelques terres qui en dépendaient. Ces bénéfices, dont un trèspetit nombre était de quelque importance^ servaient à Tentretien des prêtres de l'église, de ses serviteurs, qui pouvaient les posséder , ayant le titre de clercs , et de chanoines eux-mêmes qui en remplissaient chaque jour les obligations. Le premier établissement de ce genre, qui semble avoir été fait depuis la reconstruction de Saint- Pierre, est celui d'une chapelle dite de Notre-Dame-de- Sillers, à Nouzillé, dans la châtellenie de Loudun. L'acte
1 f^oyage littéraire de deux bénédictins , 4 '^ partie , p. 8 et 9.
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{^2i5.) DE POITIERS» 24
en fut consenti et signé par l'évêque de Poitiers , Maurice de Blazon^ sans autre date que 1211, à la demande des fondateurs Chiffard » chevalier, et Flandena , sa femme , qui donnèrent cette chapellenie à l'église cathédrale , et la dotèrent*. Vers la fin du xiv* siècle, la terre ellemême de Nouzillé fut achetée par Simon de Gramaud et domiée au Chapitre , qui en jouissait depuis ce temps , comme le prouve un acte de 1 640, avec ses droits de haute justice *.
Vers 121 3, sous Tépiscopat de ce même Maurice de Blazon , dont le nom , comme on se le rappelle , semble avoir été peint sur quelqu'une de nos verrières , on renouvela la plupart des cloches, De temps immémorial , et bien anté* rieurement à cet épiscopat, l'évêque était tenu à l'entretien de la sonnerie et des clochers : c'était une des chaînes et redevances contractées par lui envers son église dès le jour où il en prenait possession ; et ce devait être une obligation fort onéreuse, car les cloches, grosses ou petites , furent, à certaine époque , multipliées jusqu'au nombre de plus de seize, et distribuées dans lès tours ^ flèches et clochetons , ayant chacune leurs attributiopiS particulières. Les plus célèbres étaient la grosse ef^oche proprement dite, qui ne paraît pas avoir jamais dépassé un poids de 20 milliers, et qu'on sonnait a^ax entrées solennelles des évêques et des princes, au^ processions générales, et aussi quand toutes les auAres sonnaient à la fois; la Madeleine, qui devait être d'une force appro* chante, car on montait dans la tour ïieuve pour la sonner, et deux coustres donnaient le sJrgnal en tirant du plus bas
î D. Font., t. II, p. 59.
« Grand CarMaire^ t. iv, p. 449 et seq.
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étage les deux moindres qui l'accompagnaient : elle annonçait le Magnificat et V Angélus, qui ne retentissait jamais qu'une demi-heure avant la fin du jour. Saint-André ^ plus forte encore , ne s'ébranlait que pour le Te Deum , la prose et Y Angélus des fêles dites à tronc, c'est-à-dire dont la solennité comportait la présence officielle du grand chantre ou du sous-chantre , lesquels avaient pour insigne le bâton cantoral {irtmcus). On ayait encore deux tierciers : c'étaient eux qui flanquaient la Madeleine; ils annonçaient chaque jour l'office de tierce, comme la doche de prime, celui qui le précède. Il est aussi question d'une autre de peu d'importance, appelée la Sourde peutêtre à cause de ses sons moins éclatants, et dont T usage ne paraît pas bien déterminé. Il est supposable qu'elle s'agitait pour annoncer les nombreuses messes qui se célébraient chaque matin dans la cathédrale. Enfin il y Byaii aîHiessus du chomr, dans la flèche qui le dominait, plusieurs autres cloches , dont deux petites qu'on devait sonner a lorsqu'il advenait tems de tonnerre , et autant qu'il durait, et aussi toutes les autres , si messieurs Tordonnaient '. » Tous ces beaux et sonores instruments étaient agités à l'envi lors des processions solennelles, telles que les trois jours des Rogations, du lundi de Pâques, et des autres qui furent instituées plus tard , et dont nous parlerons*. Les dépenses de leurs conservation et renouvellement s'élevaient assez haut pour que les évoques y
1 11 y avait aussi à la cathédrale de Strasbourg , en 4464 , une cloche dite Die WesUrglocke , la cloche de Forage. Un trooc spécial recevait les ofTraDdes des fidèles destinées à la refondre quand elle était fimdne , ce qui arrivait souvent. ( Bulletin arehéetogiçHe du comité des arts et monuments, t. III, p. 354.)
• liront ,t. Liv,p. 476.
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trouvassent toujours à redire; et du moins^ quand ils ne pouvaient contester leur obligation , qu'ils contestèrent cependant assez souvent , ils tâchaient de ne s'acquitter que le plus tard possible : ce fut cause plusieurs fois que la charge incomba è leur successeur; mais celui qui ne l'avait pas personnellement contractée trouvait dans la nouveauté de son titre un moyen de défense plus ou moins juste ^ et de là quelquefois des longueurs interminables dont les papes d'abord y et ensuite les parlements furent obligés de se mêler.
On ne dit pas si Maurice^ en montant sur le trône épiscopal, Tan 1498, avait trouvé les cloches en mauvais état, ou si elles s'étaient détériorées depuis lors; toujours est-il que , par un malheur qui rendait sa charge plus lourde , presque toutes les cloches se trouvèrent cassées ou fêlées en même temps ^ fait qui semblerait prouver que la dette de l'évêché était déjà fort ancienne. Ce ne fut sans doute qu'après bien des pourparlers qu'on en vint à un moyen qui ressemble fort à une transaction. « Nous avons prié le doyen et les autres chanoines, dit le prélat daasles lettres données par lui à ce sujets de faire renouveler en notre nom et à nos dépens toutes ces cloches brisées ou endommagées ; lesquels ^ en considération des dettes nombreuses et autres lourdes charges qui pèsentsur BOUS y nous ont demandé de pourvoir à cette opération en engageant leurs propres biens , mais de telle façon ^ toutefois , qu'au bout de trois ans nous les aurions remboursés et remis en possession intégrale de leurs gages ^ et cela sans aucuns frais ni pertes à supporter par eux. A quoi nous avons consenti ' . »
* D. FoQteneàu, t. ii, p. Ah.
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Ces dettes accumulées, et pour lesquelles on était forcé d'hypothéquer les biens de TEglise, s'expliquent par le mauvais état des affaires publiques à celte orageuse époque de révoltes incessantes des petits et de tyranniques persécutions des grands. Jean Sans-Terre, usurpateur de la couronne d'Angleterre, privé judiciairement en France de tous ses fiefs pour Tindigne meurtre commis de ses propres mains sur son neveu » s'était attiré doublement le mépris et la haine des Aquitains; la triste position qu'il s'était faite s'aggrava encore des moyens oppressifs par lesquels il prétendit se procurer de l'argent. Il suppléa aux impôts par des spoliations violentes , et » selon l'antique coutume de ces forts armés, dont l'audace s'exerçait de préférence sur les faibles, c'était aux églises qu'il avait demandé des trésors , et, h son exemple, les barons d'Angleterre et de Poitou ne se faisaient faute de s'enrichir aux mêmes sources. Des plaintes arrivèrent de tous côtés au pape Innocent III ^ l'un de ceux dont le génie énergique s'opposa le plus activement aux empiétements des pouvoirs temporels. Il fallut qu'un interdit lancé contre l'Angleterre , qu'une excommunication prononcée contre Jean dans toutes les églises de sa domination vraie ou prétendue^ et notamment dans la cathédrate de Poitiers , missent un terme à ses violences et le ramenassent à des pensées meilleures. Mais encore une fois l'élan avait été donné; les vassaux militaires, au mépris même des excommunications, poursuivaient le cours de leurs déprédations sacrilèges. Un condlede Bordeaux^ tenu en 1214, déclara déliés de leur serment de fidélité tous ceux dont les suzerains ne se seraient point purgés de l'excommunication après quarante jours '• De
1 Rymef, ^c<.,t.],p. 422.
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son côté, le pape, tant pour seconder Timpulsion civilisatrice de la croisade à laquelle Jean Sans-Terre était allé se mêler , qu'afin de maintenir Tordre dans son royaume^ fit publier l'excommunication lancée par lui au concile de Latran contre les barons d'Angleterre et leurs fauteurs rebelles à l'autorité royale. Trente noms figurèrent sur la liste des coupables, dont quelques-uiis Français, entre autre un Guillaume de Hontargis, mais pas un qui fût Poitevin, ce qui p'empécba pas que la sentence , datée du 7 des calendes de janvier 1 21 5 ', ne fût publiée dans la cathédrale de Poitiers par Tarchidiacre de cette église, auquel étaient adjoints l'abbé d'Albendune etl'ofiicial de Norwic •.
La confiscation du Poitou sur Jean Sans*Terre par Philippe-Auguste eut d'heureuses suites pour le pays. Philippe, depuis Tan 1216 jusqu'à sa mort en 1223^ ne cessa pas de se montrer favorable à cette province , qu'il voulait s'attacher. Il confirma les privilèges que la ville avait reçus d'Eléonore et de ses enfants; il l'exempta de tailles, étendit les franchises de sa commune, et fit du bien aux monastères et aux églises. Nous n'avons rien de précis sur ses générosités envers celle do Saint- Pierre, mais elles sont certaines^ et durent avantageusement contribuer, avec une paix de cinq ans obtenue par le pape Innocent III en faveur du roi d'Angleterre , à développer l'œuvre de notre construction ' . Ce bienfaisant repos fit aussi oublier à l'Eglise de Poitiers les persécutions et les inquiétudes qui l'avaient éprouvée. On reprit avec ardeur le travail , et l'on y avança rapidement ,
* Rymer, ilnd, , t. i , p. 459.
' MaDuscr. de Bourgeois, ad am, 4246.
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puisqu'une chapelle dédiée à saint Christophe fut fondée et établie en 1218 dans le latéral sud, au-dessous de la deuxième fenêtre du déambulatoire \ Cette année est celle de rétablissement à Poitiers des frères prêcheurs ou dominicains, dont l'institution était toute récente. Le doyen Philippe leur donna une église paroissiale dont il avait la collation, et qui occupait avec ses annexes le terrain sur lequel on perça, vers 1825, la rue d'Orléans. L'évêque Guillaume Prévost confirma cqlte. donation deux ans après, en 1220, et transféra les droits paroissiaux à Notre-Dame-la-Petite> qui était alors la chapelle . AxL palais. Mais la dévotion établie sous le vocable de saint Christophe ne pouvait être abolie par cet arrangement, et elle fut transportée à un autel particulier de la cathédrale , où elle ne cessa pas de faire une des prérogatives du doyen. Nous aurons à parler de la décoration qu'on avait donnée à cette chapelle \
Ce même Philippe que nous voyons ici à la tête du Chapitre était devenu évêque en 1224, et en 1226 il donna une charte, conservée par Besly S consacrant une convention entre son église et l'abbaye de Saint-Àmand de Boesse {deBuxid)y dans le territoire de Civray. Cette abbaye possédait, non loin de Poitiers, l'église de Saint-Clément de
* Cette partie de l'église aarait pa être constraîte même dès le siècle précédent, puisqu'elle appartient à sa première conception. Dès cette époque, on avait étendu les nefs autour du chœur à Notre-Dame de Paris, àSaint-Germain-des-Prés, à FAbbaye-aux-Bommes de Caen, à Saint- Julien du Mans, etc.
' Registres de P hôtel de vUle de Poitiers, D. Footeneau, t. xxxiii, p. 2. -Manuscrit de Bourgeois, p. 455; — Denx-Duradier, Bibl. hisL, i. i , p. 28 ;— Thibaudeau, HisL du Poit,, 1. 1, p. 597.
* Évesques de Poict, , p. 80. — Pouillé du diocèse , p. 107.
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Chasseneuil ( de Ctmanolioy De son côté , la cathédrale tenait dans le voisinage de l'abbaye Téglise de Châtain. Le centre de la juridiction capilulaire était ainsi fort éloigné pour ces deux paroisses^ et il fut convenu qu'on rendrait plus facile par un échange mutuel l'exercice de chaque autorité. Châtain devint donc un bénéfice dépendant de Saint-Amand de Boesse, et Chasseneuil appartint dès lors à Saint-Pierre de Poitiers. L'église mère n'y gagna qu'une rente de vingt sous, qui devait se payer annuellement^ deux tiers par l'abbé^ et le troisième par le chapelain de Châtain. L'acte est daté d'Ànsigné.
II résulte d'une autre charte, conservée par D. Fonteneau \ que le prévôt de Saint-Pierre^ nommé Guillaume , tenait à cens de l'abbaye de Nouaillé une réunion de maisons dites la Vieille-Monnaie, situées dans la ville de Poitiers^et qui sans doute avaient servi antérieurement d'atelier, monétaire. Tous les ans, à la Toussaint, Guillaume payait à l'abbé, pour la jouissance de ce logement, une somme de XII deniers. Il l'abandonna en pur don, ratifié par l'évêque Philippe au mois de juillet 1227, à une chapelle dont le nom est omis^ mais qu'on désigne comme étant instituée dans la cathédrale. L'abbé de Nouaillé était alors Raerius, qui, en approuvant cette donation, réserva sa rente, aussi bien que les droits de mutation qui se payaient, selon la coutume de Poitiers , à chaque changement d'abbé et de chapelain.
' T. XIII, p. 423.
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cHAmRE m.
De 1230 ENViBON A 1241. —Progrès de la construction. — Uévêque Jean de Melun y contribue. — Clôture du chœur. — Stalles. — Leur disposition primitive.-* Leur style général. —Description des sièges ou formes, — des hauts dossiers. — Symbolisme de leurs sculptures du côté de l'i^vangite ; — du côté de répître. — Nos stalles, les plus anciennes de France. — Adjonction de mauvais goût.
Le xiii* siècle ne touchait pas encore à sa première moitié, quand déjà les travaux d'édification étaient achevés dans leur plus grande partie. L'enceinte générale, toutes les observations précédentes nous le prouvent, avait été élevée , au moins quant à sa première zone ; le plan par terre était complètement exécuté sur place; la fenestration générale était même fort avancée au-dessus des deux bas-côtés, et IMngpection de certains arrachements dans la galerie des dernières travées du sud témoigne incontestablement que le système des baies géminées s'était prolongé jusqu'à la façade. Les voûtes aussi s'étendaient sur les cinq premières travées '. Les modillons et les chapiteaux étaient revêtus des variées et fécondes inspirations de la sculpture, et depuis longtemps l'office canonial avait pu chaque jour se chanter dans le chœur.
Mais les frais excessifs de la bâtisse n'avaient pas permis encore de pourvoir à l'ameublement du chœur et d'y prodiguer les magnificences de l'art chrétien. Ce fut peu à peu que de petites chapelles s'y formèrent avec leur ornementation somptueuse, que des autels y furent multipliés avec leurs retables ciselés, que des
' Toujours en partant du chevet, par lequel a commencé la constructien.
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Statues s'y dresserai sous les dais et pinacles taiHés par un génie nouveau dans la pierre , que des tombeaux y trouvèrent place pour quelques-uns de nos prélats. De ceux-ci personne n'aurait eu plus de droits à cette distinction que Jean, lY* du nom, de la famille des vicomtes de Helun , vers lesquels il fut rapporté après sa mort , marquée au 11 décembre 1257. C'est vers 1235 qu'il faut reporter son avènement au siège du diocèse, suivant une charte de Maillezais et les chronologistes modernes'. Il a donc gouverné pendant un espace de 18 à 20 ans, signalés par de mémorables générosités envers son église. Sans doute des écrits authentiques , signés de lui et des principaux dignitaires du Chapitre , en gardèrent le souvenirjusqu'aux grandes catastrophes qui les firent disparaître : c'est là que furent pris .les renseignements abrégés qui nous en restent par les rares écrivains qui nous les ont transmis. Ainsi, les auteurs du Gdlia ekriaiana parlent de chandeliers qu'il fit faire pour garnir le tour du grand autel , sur la table duquel il n'était pas encore d'usage d'en poser; ils disent qu'il orna le chœur de belles stalles". — Nicolas de Sainte-Marthe, dans une histoire manuscrite de l'Eglise de Poitiers % signale, outre ces mêmes bienfaits , beaucoup d*autres ornements, et qualifie Jean de Helun de magnifique restaurateur de Téglise cathédrale. Ces mots, que l'auteur a pris une fois trop littéral^oaent, comme nous loferons observer, supposent une grande participation à la structure du bel édifice qui se continua sous ses yeux.
De tous ces nobles embellissements, dignes d'une main
I Amiuaire historique de la Soc. de VHiêU de Fr., 4847.
• T.ii,col. U84.
* Pictaveniis eomitaius historia eccietiastiea, 10-4*", 4646 , p. 440. — Ce manuscrit est à la bibliothèque de la ville de Poitiers.
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accoutumée dès l'enfance à répandre de pieuses largesses, rien n'a résisté aux épreuves du temps , aux destructions plus promptes et plus cruelles des hommes, que ces stalles dont furent alors tapissées les froides murailles du chœur. On sait qu'en Occident c>et te partie des églises avait pris depuis plusieurs siècles^ surtout dans les basiliques de premier ordre, un développement considérable. C'était un vaste champ pour le ciseau dés sculpteurs, pour le pinceau des peintres et les transparentes merveilles des verriers , qui n'y firent faute et s'appliquèrent à reproduire en cette clôture, devenue comme une moindre église dans une grande^ toutes les mystérieuses rêveries du symbolisme, toutes les leçons vivantes de l'art. Rien de cela n'a manqué aux sièges de nos chanoines; malheureux seulement d'avoir dû subir les couches multiples de peinture maudite qui se partagent depuis près d'un siècle l'honneur de leur décoration , on les reconnaîtrait à peine sans les caractères originaux de leur forme générale et de leurs détails. L'esprit qui présida à la création de l'édifice et à l'exécution de ses parties sculptées inspira de nouveau les ciselures, dessina les contours de l'œuvre, en lui donnant néanmoins pour surcroît d'élégance cette gracieuse et svelte courbure de l'ogive exhaussée^ type charmant de la plus belle époque de Tarchilecture gothique.
Il n'y avait guère plus de deux siècles que ce genre de meubles avait succédé aux sièges de pierre, que nous voyons encore dans beaucoup de nos vieilles églises romanes garnir le pourtour du chœur, confondu alors avec le sanctuaire '. Ces sièges étaient recouverts pour le clergé de riches étoffes : on y fit succéder des {orme% en
* stalles de la caih. d'Amiens, par MM. Jourdain et Duval , p. 7.
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(V. 4255.) BE POITIEES. 51
bois, auxquelles Vart ajoata bientôt le mérite de ses fertiles enjolivements. Ces formes étaient destinées à des églises nouvelles ; il fut naturel d'en harmonier le dessin à l'ensemble de rédifice, d*en surbaisser les courbes ou de les relever selon celles de Tarchi lecture générale. C'est ce qui nous a valu à Poitiers le style sévèrement gracieux, le goût pjur et l'ordonnance si bien comprise de nos stalles. Elles se développent sur les deux côtés du chœur au nombre de soixante et onze , qui se divisent sur deux rangs en hautes et basses : on en compta seize de plus jusqu'au moment où, la disposition primitive du chœur et du sanctuaire ayant été dérangée par M. de la Roche- Posay, puis encore par H. de Saint-Àulaire, de regrettables mutilations suivirent ces projets mal inspirés. On aperçoit tout de suite l'altération du style aux quatre volutes qui , à chaque extrémité , closent la série des stalles hautes , et portent l'empreinte évidente du temps de Louis XV.
Les stalles furent donc placées d'abord en sens contraire de leur position actuelle* Le haut bout, où se trouvait celle de l'évéque, occupée par lui toutes les fois qu'il assistait au chœur sans y officier , était fixé entre le 4* et le 5'' pilier. Les assistants étaient alors tournés vers l'orient, comme l'autel^ comme l'officiant qui offrait le saint sacrifice , comme enfin on n'aurait jamais dû cesser de rêtre. Les deux portes de fer qui se font face aujourd'hui, et qui donnent entrée au chœur par les deux nefs secondaires, n'existaient pas alors; le clergé gagnait les stalles par deux autres portes ouvertes de chaque côté sur le déambulatoire, à l'endroit qu'occupent maintenant l'autel de Notre-Dame de Pitié au sud , et au nord celui de Notre-Dame du Mon^Carmel. Elles furent condamnées
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ensuite par les stalles, quand on les avança vers le chevet. C'est de l'une d'elles qu'on voit l'imposte couronnant , dans la cour des Cloîtres, une méchante porte de décharge à qui l'on a fait sans trop de discernement beaucoup trop d'honneur.
Au premier aspect , l'ensemble de notre remarquable boiserie semble attester deux époques , tant les deux portions distinctes qui les composent diffèrent entre elles par l'exécuUon. Les sièges , ou formes proprement dites, paraissent en effet d'un travail plus lourd, et sur lequel l'époque romane vit encore par quelque influence trèssensible. (F. pi. XI, a.) Les hauts dossiers au contraire revêtent toute la légèreté de l'ère favorite de l'architecture religieuse (6). Est-ce à dire que les deux parties naquirent de mains diverses obéissant à des conceptions différentes? Non; des rudiments spéciaux du roman tertiaire, rien ne manque dans nos formes que le plein cintre , qui d'ailleurs s'y serait difficilement établi : on y reconnaît sa sévérité naturelle , sa bizarrerie même en quelques détails, mais aussi sa richesse d'ornementation, la beauté intelligente des coupes , le faire habile de la période fleurie qui annonçait un perfectionnement prochain et le plus liaul triomphe de l'art. Que si la partie supérieure nous offre le charmant aspect de l'ogive la plus pure entourée de ses légers feuillages et contrastant par rélancement effilé de ses proportions avec le siège qu'elle couronne, n'y voyons qu'un précieux et rare spécimen de cette époque si célèbre de la Transition, prise ici sur le fait, et mariant dans une même œuvre les derniers souvenirs d'un genre qui passe aux premiers essais du genre qui vient le remplacer. Tel est , selon nous , le secret de celte différence dont s'étonne d'abord un œil
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exercé, et qui a trompé M. Lassus, lorsque écrivant, au mois de janvier 1843, au Comité des arts et monuments \ et appelant l'attention de cette savante compagnie sur les stalles de la cathédrale de Poitiers, il attribuait les formes au xiii* siècle, et les dossiers au xIv^ La pose de ceux-ci peut bien n'avoir pas suivi immédiatement celle de la partie basse du travail; mais ils n'ont dû se faire attendre que peu de temps , Jean de Melun n'ayant pu , comme nous l'avons dit, ni les commencer avant 1235 , ni les finir après 1257. Ce laps de 22 années a dû suffire, et le xiii* siècle était alors assez avancé pour que la belle sculpture gothique eût reçu tous les développements qu'on lui voit ici. M. Didron n'hésite pas lui-même à se prononcer dans ce sens ' , en observant que « les chapiteaux à crochets, les scoties profondes et les moulures fermes, indiquent au moins la première moitié du xiii^ siècle. » Les rampants qui garnissent la partie antérieure de chaque enceinte se composent d'une triple baguette s'élevant du chapiteau folié d'une petite colonne polygone (c). Cette colonne repose sur le marchepied par une base dont la coupe présente autant de facettes que le fût; elle a pour amortissement un premier accoudoir qui s'enroule en forme de chapiteau et se diversifie soit en jolies végétations , soit en têtes capricieuses ou en petits animaux copiés sur nature avec une scrupuleuse fidélité (d). On remarquera surtout un charmant petit hibou qui veille , inamovible et solitaire , depuis six cents ans, sur l'ancienne stalle du doyen. Toutes les sellettes sont garnies d'une miséricorde mince et légère, coupée dans
* Bulletm du Comité , t. il , p. 688 . ^ Annales archéoi,^ t. ii, p. 54.