‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 5 sur 98 · II · texte numérisé non relu

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le bois, oe faisant qu^un seul et même morceau avec lui , et que paraît soutenir tantôt une face grotesque et symbolisant par son expression , ses oreilles , sa bouche peu humaines, quelque idée fort reconnaissable, et tantôt une grave figure d'homme raisonnable, décemment occupé des pensées du lieu saint; tantôt enfin, et le plus souvent, ce sont les copies exactes de feuilles indigènes, le lierre, le quinlefeuille, le fraisier, Tolivier, et toutes les plantes que rafraîchissent les bords du Clain et de la Vienne, s'élevant, comme dans leurs prairies, le long d'une tige qu'elles embrassent, et s'épanouissant de droite et de gauche sous la tablette , qui semble arrêter leur essor (e). Au-dessus et un peu en arrière des rampants, montent jusqu'à la parclose garnie de moulures deux autres colonnettes monocylindriques de style tout roman, et dont les charmantes corbeilles, imitées de celles des grands piliers de l'édifice, ont pour abaques les moulures de la parclose, au-dessus desquelless'élèvent les accoudoirs arrondis qui leur servent de couronnement (/"> Quelques têtes des miséricordes sont indubitablement plus récentes et d'un travail de mauvais goût; d'autres sont tout simplement taillées sans aucune sculpture. On se rend compte de leur valeur en observant qu'elles tiennent à leur siège par des clous que nos quatre ou cinq malheureuses couches d'huile et d'ocre n'ont pu encore dissimuler; ce sont d'informes réparations entreprises par un outil malhabile après les dévastations des huguenots.

La menuiserie qui constitue les hauts dossiers est un véritable modèle de simplicité élégante et de bon goût. Elle se dessine , sur un fond plat et dépouillé de toute sculpture , en une arcature d'ogive aiguë dans laquelle

s'inscrit une autre ogive trilobée (g). Les retombées de tous ces arcs , formés d'un double tore fort léger, s'appuient sur les chapiteaux des colonnetles groupées par trois dont les faisceaux limitent l'étendue de chaque stalle. On retrouve le type de ces chapiteaux au chambranle de la porte des Cloîlres , avec leur double rang de feuillage délicatement ciselé (h). Leur base se compose de deux tores superposés et épanouis, posés sur un socle rond comme elle , et de 60 millim. de hauteur.

Nous avons fait remarquer, en décrivant l'extérieur de l'église , les rapports frappants qui rattachent cette arcature à celle dont l'architecte a décoré le soubassement de la façade occidentale. Les pendentifs ou intervalles curvilignes qui y régnent entre les ogives sont encore ici remplis par das sujets analogues, mais heureusement beaucoup mieux conservés. Le symbolisme y a son rôle comme partout où la sculpture s'est évertuée , et il est temps d'examiner tour à tour les curieux sujets qu'il y offre à nos réflexions.

Tous sont alternés par un ange posé de face , les ailes déployées, et tenant de ses deux mains étendues deux couronnes sans aucun des caractères aujourd'hui con> venus du blason 4. (N*» 1.)

1". Le premier qui s'offre à nos regards , du côté de l'évangile, et en partant d'est en ouest, est ce même ange , mais étendant sa couronne vers l'orient ; car, vu de face, il eût dû être partagé comme le pendentif qui l'encadre (k) : ce qui prouve que là a bien commencé dès le principe toute la série de nos stalles. €et ange et tous les autres, comme presque tous les sujets , reposent sur dos nuages qui s'élèvent de la pointe inférieure du pendentif.

2'. Le coq de saint Pierre , symbole de vigilance, aver-

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tissement (l'humilité, appuyant une patte sur le rampant de l'ogive, l'autre sur le fond de l'étroit espace qui le contient (/).

3^ L'ange portait encore là ses deux couronnes. On les y retrouve avec les ailes développées sur le fond; mais la tête et le corps ont disparu sans doute par un accident contemporain de l'œuvre, car l'artiste les a remplacés par une Vierge couronnée regardant l'Enfant Jésus qu'elle tient sur ses genoux et qui lui sourit. Le genre de travail est bien le même , et nous ne croyons pas , comme M. Lassus , que ce petit morceau soit du xiv* siècle (m).

4*. Une chauve-souris , el non un hibou, comme a cru le voir M. Lassus, les ailes étendues, les traits concourant à une parfaite ressemblance. Sa double nature est le symbole de l'hypocrisie , dont son ensemble exprime la laideur. (N*» 4.)

5^ L'ange reparaît avec toute la régularité qu'il aura désormais de deux en deux cases. Ici et partout ailleurs il est nimbé. Nous n'en reparlons plus qu'une fois pour toutes (n).

6*. Un chat aux formes nerveuses , à la figure tant soit peu humaine, descend de l'un des rampants de l'ogive, et saisit un rat qui descend de l'autre et vient à sa rencontre. (H° 2.) — Hypocrisie insidieuse du méchant. — Pièges de Satan où tombe l'âme imprudente, selon Vincent de Beau vais'.

7*. Tête d'homme encapuchonnée, les tempes recouvertes d'une espèce de guimpe ou serre-tête qui laisse paraître ses cheveux sur le haut du front. (N° 3.)— Barbu, les yeux ouverts , l'air attentif : son entourage de feuilles

1 Specul, mor.j suivi par Mmcd'Ayzac, p. 67.

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d'eau, symbole d'une allenlion froide et calme, indique un esprit porté à la réflexion , tel que les moralistes de TÂncien Testament le demandent pour le salut du monde : Desolata est terra quia nullus est qui irecogitet corde. (Jérém.^xii, 11.)

8^ Deux dragons , la tête repliée en arrière , se menacent de leurs regards et de leurs dents aiguës. Cinq griffes ornent leurs fortes pattes; leurs ailes, xîollées à toute la longueur du corps, ne sont dépassées que par leurs longues queues, enroulées de plusieurs plis dans les coins supérieurs du pendentif. ( N* 4 bis. ) — Les mauvaises passions se combattant mutuellement dans le cœur qui les admet.

9*^. Masque entièrement garni , sauf le nez , les yeux et la bouche, d'un entourage de feuilles crépues comme ' le persil frisé. La signification de cette figure ainsi chevelée ne nous semble pas facile. (N» 5.)

10«. Un phénix sort des flammes où il vient de ror prendre la vie. (N** 6. ) — Résurrection du juste; renouvellement de l'âme dans la grâce '.

11% Un griffon avec sa tête d'aigle, l'avant-corps couvert de plumes, et Tarrière-corps d'un lion. — La symbolique du moyen âge s'est fait des animaux fabuleux ou hybrides autant de types des vices ou des vertus qu'en peuvent réprésenter leurs diverses natures : ici donc nous pouvons voir un mélange de puissance malfaisante et de fureur indomptable, double caractère qui convient à l'homme puissant et colère. (N° 7.)

12*. Centaure lancé à la course. Il s'est retourné, et de l'arc qu'il tient encore il a tiré une flèche qu'on cherche

* Pierii Valeriani , Hieroglyphka^ lib. xx , ia-P. — 4626.

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o8 HISTOIRE DE LA CATHEDRALE (4235-1244 )

en vain. (N*» 8.) C'est la luxure emportée jusqu*à l'adultère'.—Un centaure décochant une flèche contre un cerf se remarque au tympan de la porte sud de l'église d'Urville/ et un autre sur un chapiteau de Sainle-Marie-<lu- Mont, en Normandie. M. du Moncel les regarde comme étant évidemment symboliques '.

13^ Un dragon et une femme guimpée dont le corps se termine comme celui de l'animal se retournent l'un vers l'autre. L'un insulte de son air sarcastique et méchant, l'autre paraît effrayée.— Abtme du vice, où l'âme s'aperçoit enfin que l'ennemi en la flattant ne voulait que triompher d'elle. (N° 9.)

Ici se termine la partie de droite ; cependant un retour d'équerre a placé les deux stalles suivantes en face de l'autel; mais la section et le réaccord de celles qu'on a séparées des autres pour cette opération ont été fort mal exécutés, ce qui nous a sûrement enlevé au moins deux sujets. Dans l'angle s'élève une colonne cannelée portant sur le haut des sièges comme les autres. Une grossière figure à barbe divisée en deux pointes en forme le chapiteau, que décore néanmoins au-dessous, en manière d'astragale, une guirlapde horizontale de chêne parée de ses glands. — L'équerre est reproduite parallèlement du côté opposé, où 'nous allons passer, et la même colonne se répète dans l'angle avec les mêmes détails, sauf le caractère delà figure qui lui sert d'amortissement, laquelle représente un chanoine psalmodiant et coiffé du capuce d'hiver.

Après l'ange qui commence encore cette autre série,

< BmXI, nwmm, , t. viu, p. 428.

' V, Jérémie, cb. y, p. 8, et les commentateurs. (Mme d'Ayzac, p. 69.)

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viennent de deux en deux, séparées par d'autres anges semblables^ onze sculptures différentes.

1 '*. Une sirène tenant son miroir et se soutenant sur les flots. « Ce sont H diable : les seraines senefient les » femes qi atirenl les home par lor blandissemens , par » lor dechevemens à els de lor paroles que elles les mai- 3) nent a pouerle et à mort \ » (N** 10.)

2^ « Un lion mangeant un oiseau fantastique, » dit M. Lassus. — Il faut dire : un dragon ailé terrassé par un lion sur une couche de plusieurs feuillages variés dont on a voulu faire une forêt. (N° H .) — On sait que le lion c'est la force, la noblesse, le symbole du Christ vainqueur. — Le dragon représente au contraire la méchanceté, la ruse audacieuse du démon. V. ce que nous avons dit sur quelques modillons.

3*. Espèce de veau marin dont le corps porte une tête à chacune de ses extrémités. — Cette peinture équivoque et Tincertitude de la nature de cet animal ne permettent pas de lui trouver une signification. (N* 12.)

4*. Lutte entre deux hommes nus jusqu'à la ceinture , et dont les efforts sont bien rendus autant que les détails anatomiques. Ce sujet a été reproduit souvent sur des ouvrages de Tépoque romane , et particulièrement sur un chapiteau du xv siècle déposé au musée des antiquités de rOuest. — Antagonisme de la race humaine depuis le péché. (N** 13.)

5*. Un boucher derrière lequel est suspendu un jambon frappe la tête d'un sanglier du revers de sa hache. L'animal, parfaitement façonné , jette des cris , si l'on en juge par l'ouverture de sa gueule, où paraissent ses dé-

^ Li livre des naiwes des bestes , nranuscrit de la bibliothèque de TArseaal , f^ 207 el suiv.

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feoses, perçant à travers une double rangée de dents aiguës. (N** 14.) — Cet animal , soit sauvage , soit à Tétat de domesticité , représente la dégradation de la luxure poussée à Texcès. Vincent de Beauvais a commenté dans ce sens un passage du premier chapitre des Proverbes. — L'homme qui frappe ici l'immonde bête montre avec quelle énergie il faut attaquer le vice , si Ton veut en triompher. Il est remarquable que cette manière de frapper la bête du revers de la hache, et non du tranchant, semble être employée de préférence par les sculpteurs de cette époque. Nous l'avons vu déjà au 5* modillon de la 3* travée nord.

6*. L'artiste qui a sculpté nos stalles s'est placé ici par une juste revendication d'une gloire modeste et méritée. Nu-tête, revêtu d'une longue robe, comme un des maîtres de l'art, il est assis, et, tenant un compas d'une main, il mesure une planchette qu'il tient de l'autre, et qui semble une des miséricordes de nos sièges. Le compas est curieux par la courbure très-prononcée de ses branches enchevêtrées. Les deux pointes supérieures du pendentif sont garnies d'un plomb et d'une équerre. Ce petit sujet est charmant. (N° 15.)

7*. Un homme à longs vêtements, assis sur une sellette, tient de la main gauche un vase plein de pièces d'or ou d'argent marquées à la croix , comme on en trouve sur les vitraux. Ces mêmes pièces remplissent un coffre placé devant lui, qui en surabonde au point que le couvercle s'en tient entr'ouvert. Il y porte une main qui semble avoir déjà rempli le vase. Nous croyons, avec M Lassus, que cette image est celle de l'avarice, que l'iconographie chrétienne ne désigne guère, il est vrai, qu'avec un attribut zoologique qui n'est pas ici , mais qu'on peut

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reconnaître dans les traits ignobles du personnage , et le négligé de son costume^ qui consiste en une longue robe et une étoiFe négligemment attachée sur sa tête. Derrière lui pend une sacoche qu'on juge fort bien garnie à sa rotondité. (N» 16.)

8*. Un cavalier et son cheval roulant Tun sur l'autre dans le fond du pendentif, comme dans un abîme. — Très-joli groupe, admirablement exécuté. La sellfe est garnie. d'un trousquin à sa partie postérieure. — Ce morceau est la traduction du cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge : Equum et oBcensorem dejedt in mare. Punition de l'orgueil, qui tombe quand il croit être plus sûr de soi. (NM 7.)

9*. Un personnage encapuchonné , en longue robe et en manteau , assis sur une petite sellette , et barbu , coupe par la moitié un pain dont son couteau occupe déjà le milieu. Devant lui, un panier rempli de pains semblables. Sa figure riante annonce qu'il prend bien les sentiments que lui inspire son bon ange, car celui-ci s'élance à son oreille et rend la même expression de physionomie. C'est la charité opposée à l'avarice et à l'orgueil qui précèdent, et dont l'air de contentement réalise ]a parole du psaume xl : « Bealm qui intelligit mper egewum et pauperem. » (N° 1 8.)

10^. Basilic à tête de coq , à queue de dragon, dont les ailes sont pliées en carapace. Sa vigilance guette les âmes; sa malice tortueuse les attaque par mille moyens: c'est celui que le juste foulera aux pieds, selon la pro- . messe du psaume xc : « Super basilismm ambulabis. » (NM9. )

IV. Revêtu d'une longue robe , portant de longs cheveux, un homme assis dans un petit siège à dossier , sous

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UD arbre chargé de fruits , cueille de sa main droite un de c€s fruits , et de la gauche en présente un autre à un chien à longues oreilles pendantes. Cet animal a des ailes et d'énormes pattes à trois doigts qu'il appuie sur le tronc de l'arbre dans une position contrainte. Il saisit de sa gueule le fruit qu'on lui offre. Ce fruit ressemblerait plutôt à une grenade qu'à une pomme, qu'a cru y voir M. Lassus. La réunion des traits de la fidélité dans le chien et des caractères des bêtes sauvages dans les détails de sa structure permettent de penser que l'artiste a voulu exposer à nos réflexions l'homme de bien prodiguant des. bienfaits à gens qui le payeront d'ingratitude. (N** 20.)

Là se termine la seconde suite des stalles; et c'est là aussi qu'elles commencèrent autrefois , car, après ce dernier sujet, se retrouve encore l'ange tournant sa couronne vers l'orient , comme son vis-à-vis du côté opposé (n).

Telles sont les histoires ou instructions morales contenues dans ce livre sculpté. Leur antiquité n'est dépassée ni même atteinte , que nous sachions , par aucunes autres de ce genre en France et peut-être ailleurs. Sébastien Rouiilard, auteur oublié d'une Histoire de MeluUy s'est fortement trompé en marquant la mort de l'évêque Jean IV à l'an 1239. Il n'y avait alors que quatre ans qu'il administrait le diocèse , et il a gouverné 22 ans. Rien n'autorise donc à penser que l'œuvre n'était pas achevée avant sa mort, et il faut abandonner Vidée d'attribuer la portion supérieure de ces stalles au siècle suivant , que rien n'y dénote et que repoussent d'ailleurs expressément nos plus érudils archéologues. D'ailleurs toute l'arcature courante est surmontée d'un cordon de crochets qui sont bien encore du xiii*. Il faut même attribuer à cette époque reculée la large voussure qui règne

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au-dessus de ce cordon, laquelle est divisée par une triple baguette verticale qui se répète de 60 en 60 cent., et forme autant de compartiments séparés, an milieu desquels on avait peint des cartouches entourés d'arabesques et de feuillage; on aperçoit encore , à un certain reflet du jour, leur teinte plus sombre sous Yocre jaune dont on a prétendu habiller ce beau meuble. Les sujets que nous venons de décrire sont gratifiés aussi d'un vert-bronze que les savants du métier appellent triomphalement BRONZE ARTISTIQUE 1..., et au moyon duiquel ils ont le secret de remplir tous les vides qu'a faits le ciseau , et d'effacer l'expression de sa coupe délicate. Les cartouches peints furent sans doute un cadeau de M. de Saint-Aulaire, comme les prétendus vases en bois qui, distribués sur ses bords , j urent désagréablement avec tout le reste.

Si l'on regarde de près cette respectable boiserie , on devinera^ à de nombreuses cicatrices, qu'elle a subi des injures qu'il nous faudra bien raconter. — Nous avons lu quelque part que le 26 juin 1 843 on décida que les stalles seraient lavées. On pourrait recommencer sans inconvénient; et, au lieu d*eau pure, nous conseillons une dissolution de potasse caustique, laquelle, convenablement employée, débarrassera le bois de son habit jaune, et lui rendra , avec sa vieille et grave teinte de chêne six fois séculaire , tous les droits qu'elle n'aurait jamais dû perdre à l'admiration des connaisseurs.

Au fond du chœur, et placé à égale distance des deux rangs de stalles, se voit un groupe de trois autres, pour lesquelles une main trop peu exercée a tenté d'imiter celles auxquelles on voulut les annexer. C'est le banc épiscopal, auquel on ne peut en conscience donner/ le nom de trône qu'il devrait avoir. Ce triste hors-d'œuvre ,

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dépourvu de Télégance et de la légèreté des boiseries qui l'entourent, est une malheureuse pensée de M, de Bouille, qui , se trouvant trop isolé près de l'autel, où était réellement sa place comme prince de l'Eglise , demanda, en 1820, à se rapprocher de la tète du chœur. Quelque contraire que fût cette nouveauté à l'usage légué par toute l'antiquité ecclésiastique, à l'esprit du culte et aux convenances locales, le Chapitre, après maintes hési. tationSf céda, en 4834, à des demandes réitérées. On sacrifia donc^ avec le principe liturgique, le bel effet produit au fond du chœur par la magnifique grille qui le ferme à l'orient; on masqua l'autel Ae la Sainte- Vierge, qui, aperçu alors de toute l'église, ne l'est plus maintenant que pour quiconque s'avance jusqu'au fond des deux nefs : c'est une preuve de plus des conséquences fâcheuses que peut amener dans une église un premier changement radical. Si l'autel n'avait pas cessé d'occuper le fond oriental du chœur, on n'aurait admis aucun des nombreux contre-sens que nous serons forcé de signaler encore.

Mgr de Vezin, évêqued'Agen , enrichit aujourd'hui sa cathédrale de stalles faites sur le modèle des nôtres; d'autres diocèses ont aussi voulu les reproduire. Ce succès est dû à un article des Annaies archéologiqties^ où nos stalles furent décrites et dessinées en 1845. — Ainsi il n'a fallu parler qu'une fois de notre bel édifice pour commencer à son profit une célébrité qu'il n'avait pas encore obtenue, grâce au silence obstiné qu'on avait gardé sur son compte. Pouvons-nous espérer que notre ouvrage ne lui sera pas inutile, et détournera vers lui quelquefois les pas du voyageur qui passe si souvent à Poitiers sans soupçonner sa basilique, et qui ne la quitte jamais sans

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admiration, dès qu'il a pu rapidement en parcourir les nefs méconnues?

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