‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 45 sur 98 · ANNO · texte numérisé non relu

ANNO

^TATIS SUiE 46, PONTIFICATUS SUI 4.

L'oraison funèbre du défunt fut prononcée par le P. Ducros, recteur du collège des Jésuites, qui prit pour texte : Consummalusin brevi explevit tempora multa '.

A ce saint homme devait succéder un autre saint. La Chétardie , curé de Saint-Sulpice , ayant refusé l'honneur de répiscopat, il fut déféré à Jean-Claude de la Poype de Vertrieu, qui prit possession le 12 décembre 1702. Un de ses grands vicaires , l'abbé de Réval , ayant été nommé au siège d'Oleron, La Poype lui conféra Tonction épiscopale, assisté des évoques de Saintes et de Luçon. La cérémonie se fit dans la cathédrale de Poitiers le 17 janvier 1706. Tous les chapitres y avaient été invités et y assistèrent en corps; ce ne fut pas sans que celui de SainlrHilaire délibérât s'il y viendrait, « n'y devant faire

* Robinet, p. 4448.

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non plus que les autres aucune fonction. » Cependant il se décida pour l'affirmative, afin de ne pas contrisler leçonsécrateur, et voulant « rendre la cérémonie plus auguste- » L'office devait commencer k 9 heures. Une heure avant, toutes les places furent envahies par un personnel de 10,000 âmes; une confusion irrémédiable mit le désordre dans Téglise , en sorte que le clergé de Saint- Hilaire ne put arriver à ses places, dont une foule de laïques s'étaient emparés dans la grande nef. Ce fut à peine si les évoques purent trouver à se placer eux-mêmes. Le peuple^ avide de ce spectacle nouveau pour lui, occasionna moins d'édification que de désordre, et le bruit alla en croissant jusqu'à empêcher de se faire entendre les musiciens qui remplissaient le jubé. Un malheur suivit de cette agitation tumultueuse. Des échafaudages dressés au pourtour du chœur se rompirent , et plusieurs personnes furent blessées grièvement'.

A quelques années de cette solennité, deux autres^ parmi les plus importantes auxquelles s'ouvrit notre église, se suivirent de près. Le 14 avril 1711 était mort le Grand Dauphin , fils unique de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche* Le samedi 9 mai , un service fut célébré pour lui dans toute la France. Tout s'y fit le plus simplement que possible , au moins à Poitiers , où il n'y eut même pas d'oraison funèbre , quelque digne que le prince en eût été. — Le 2 octobre 1712, d'autres chants célébrèrent la victoire de Villars et la prise de Douai \ Mais ce sont là des événements d'autant moins remarquables^ qu'ils n'intéressent que fort peu la marche de l'histoire. Un

' Cartulaire de SanU'HUaire , nù ann. 4706; -^D. Foqt,, t. »xy, * Bobinety ad am. cil.

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autre^ d'un toul autre genre^ dut paratlfe alors d'un bien plus haut intérêt , puisqu'il aurait pu en un instant remplacer par des ruines le monument dont nous racontons les -vicissitudes. Le 15 février 1713, les chanoines avaient à peine commencé les vêpres, quand la foudre, attirée par la croix de fer qui dominait la flèche du transept, fondit sur Téglise, parcourut les combles d'orient , en occident, et descendit dans l'intérieur du vaisseau par un des angles- Elle se promena rapidement dans les nefs sans causer aucun dommage , et manqua d'asphyxier deux enfants isolés dans un des bas-côtés , et qui en furent quittes pour un évanouissement. Le fluide électrique respecta le chœur, où se chantaient les louanges de celui qui a a fait la foudre et les éclairs, n Cela valait bien un Te Deum et une procession d'actions de grâces autant que l'incendie de 1681 \

Quel que fût le grand autel de sa cathédrale donné par LaRocheposay, La Poype rie le trouva pas assez digne de sa magnifique église ; il convint avec les chanoines de certaines améliorations, et le 5 juillet 1715 on posa la première pierre d'un autel nouveau \ La valeur en fut augmentée» dit-on, de plus de dix mille livres; c'est-àdire qu'il était de marbre , comme le précédent , mais qu'on voulut l'orner convenablement d'un tabernacle, de chandeliers et peut être aus^i de reliquaires qui soutinssent ce nouvel éclat. L'annaliste qui rapporte ce fait parle aussi du dessein qu'on avait eu de faire en même temps (X rebâtir le choeur. » Ces mots ne se comprennent

• Bobinel, p. 4 479 ; — Fauveau , 45 fév.

• Robinet, p. 4508.

Grand Cariulaire , t. ii, p. 530.

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(4745-1747.) DE lH)ITflEilS. S85

guère, sinon qu'on enUmde par là une complète démolition du mur de clôture, comme le génie des innovations du xYii' siècle aurait bien pu l'inspirer. Mais que seraient devenues dès lors les stalles , « les plus belles de France et les plus anciennes? » quel système les eût remplacées? Autant de mystères qu'on ne tient pas beaucoup à deviner, et qu'on est heureux de ne pas comprendre encore.

Le 27 novembre de cette année, le Chapitre fit un service^funèbre pour Louis XIY, mort le i" septembre. Il put demander pardon pour cette âme détrônée de Yemprunt de son argenterie y qutn'avait pas été restituée, et des libertés faites à l'Eglise en dépit d'Innocent XI et de ses successeurs.

On ne s'était pas occupé depuis longtemps d'un certain nombre de chapelles dont le service avait cessé de se faire soit parce qu'elles avaient disparu dans la catastrophe du XVI' siècle, soit parce que depuis lors les titres vainement recherchés n'étaient pas venus encore constater les obligations des possesseurs. Les fondations n'étaient donc plus acquittées; les prescriptions des conciles provinciaux de 1 583 6t de 1 624 rappelèrent enfin à la nécessité d'y pourvoir; par décision capitulaire du 3 mai 1717, le service -des autels disparus fut transporté à quelques-uns de, ceux alors existants; les titres qu'on possédait furent vérifiés et vidimés, et les titulaires reçurent avis de se conformer strictement aux charges de leurs bénéfices'. C'était un de ces devoirs imprescriptibles que des temps malheureux peuvent faire oublier quel-

* D. Font., t. Liv, p. 657.

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