CHAPITRE XXIII
De 1756 A 1787. — Revenus de Téglise; partage égal des prébende.— M. (te SainUAulaire devient évèque. — ^Don de 100,000 liv. par Louis XV.— Réparations générales mal conçues. — Verrières. — Galerie circulaire. — Badigeonnage de l'intérieur. — Chapelles des absidioles. — Tribune de Torgue. — Divers marchés et prix de ces objets. — Le grand autel renouvelé — Épilaphes de madame de Blossac. — Démolition de la flèche centrale. — Revenus et droit d'échange. — Interdiction du cimetière canonial et de la sépulture daus réglise. — Union au Chapitre des prieurés de Notre-Dame d*Âlloue et de Notre-Dame de Niort. — Affaire à ce sujet entre Févèque et le Chapitre.— Processions des esclaves algériens. — Coupe de la réserve des bois de Smarve. — Le Chapitre fait faire le grand orgue.
Les revenus de Téglise baissaient de plus en plus; l'argent perdait de sa valeur par Taugmenlation des choses nécessaires à la vie; rinsuffisance des produits rendait précaire la position du plus grand nombre des chanoines, réduits à une modique part de la mense commune. Comment, en effet, subvenir aux besoins les plus impérieux de seize prébendes et de six demi-prébendés avec un revenu général en biens-fonds de 8,908 liv., donl une portion encore devait rester aux mains du receveur pour les besoins généraux et les réparations des lieux et domaines? Ces difficultés rendaient plus sensibles les différences qui existaient entre les fruits perçus parles
• Archiv, de la Fienne, ubi stiprà.
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simples chanoines et ceux que recevaient les dignitaires. De longues contestations s'élevèrent à ce sujet; c'est pour les terminer que d'un commun accord les membres du Chapitre suscitèrent un arrêt du parlement, qui fut rendu le 1 0 avril 1759. Il portail que désormais les receveurs du Chapitre percevraient les revenus, sur lesquels ils payeraient tous les ans 450 liv. à chaque dignitaire et chanoine prébende, et 225 liv, à chaque semi-prébendé ; plus les distributions, comme de coutume, mais auxquelles les dignitaires prendraient une double part. Ce qui fut irrévocablement consenti par une transaction du 7 août 1763. L'entretien de l'église était aussi prélevé sur tous ces frais '.
Le vaisseau , ses détails et son ameublement souffraient beaucoup, on le pense, de cet état de pénurie. Les murs sales et noircis , les vitraux démantelés , les nefs encombrées , les autels négligés , attestaient une pauvreté peu honorable. Heureusement un homme zélé pour la maison du Seigneur allait venir, et prendrait à cœur de rendre au lieu saint quelque apparence de dignité.
Ce fut M. Martial-Louis de Beaupoil de Saint-Âulaire , nommé à l'évéché de Poitiers le 11 février 1759, et y succédant à un prélat (M. de Caussade ) dont le gouvernement de dix années ne paraît avoir été signalé par aucune amélioration. Tout d'abord il s'occupa de la révision delà liturgie, et parvint à faire céder les répugnances du Chapitre, qui, nous l'avons observé déjà , tenait beaucoup , et non sans raison, à ses antiques habitudes. Le 22 janvier 1764, il s'engagea à lui fournir trente exemplaires du missel, qui fut imprimé bientôt après, ainsi que le bré-
* Grand Carîulaire , t. iv, p. 392 cl 42î>'.
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viaire. En même temps les réparations matérielles devenaient l'objet de son zèle empressé. Il fit dresser, en! 767, un plan de l'édifice où furent indiqués tous les hor&^'œuvre qui remplissaient les deux côtés du déambulatoire, chapelles, coutrerie, sacristie, autels et jubé. Ce plan, fort utile aujourd'hui pour faire comprendre Tétat des lieux tels qu'ils étaient alors, est déposé à la bibliothèque delà ville de Poitiers. Muni de cette pièce et d'un devis estimatif des réparations, dressé parle sieur Vétault, entrepreneur, le prélat porta à Louis XV, en4T70, une reciuête du Chapitre, et obtint sur les loteries de piété ' un don de 100,000 livres, distribuées en dix annuités égales dont la première devait être payée dès l'année suivante. Dès lors commencèrent les marchés entre le Chapitre et l'entrepreneur; la plus grande activité (Nrésida à l'exécution des travaux, et chaque année vit s'accomplir quelques-uns des projets présentés au roi. Les charpentes^ longtemps négligées, pourries par les eaux de la toiture , dont le plomb avait été volé par des ouvriers infidèles, furent reprises partout oix besoin était dès cette même année 1770; on revêtit aussi de leur boiserie à panneaux sculptés les murs du sanctuaire; les stalles furent lavées , repeintes et raccommodées; on plaça au fond du chœur, sur le frontispice du jubé, l'écusson de France, en souvenir du prince dont la générosité fournissait à ces dépenses; on posa les deux portes de fer qui ferment le choeur dans les latéraux, vis-h-vis les portes des Cloîtres et de Sainte-Croix. On vit disparaître aussi les sacristies, coffres, autels et autres annexes
* La loterie avait alors pour objet en France de faire des fonds destinés à quelques œuvres pieuses ou à quelques besoins de TÉtat.
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parasites dont rencombrement obstruait les bas-côtés; les verrières, dont le dommage était considérable et dont les réparations coûtèrent quinze mille six cent soixantesept francs 9 furent pourvues de nouveaux plombs, de nouvelles armatures et de grillages en fil de fer dans tout le côté nord , exposé aux joueurs de masme et de riboutte. C'est sur ce point si important, et qui demandait tant de précautions intelligentes, qu'on regrette tant d'erreurs, aujourd'hui plus manifestes que jamais. Ainsi tout le bas des fenêtres fut dégagé des verres de couleur qui leur restaient encore; des panneaux historiques plus ou moins avariés sans doute , mais dont l'ensemble était encore lisible pour des yeux habiles , furent divisés en fragments au profit des mille déchirures qu'avait éprouvées toute la fenestration , et l'on transporta ainsi ^ en façon de raccommodages plus funestes que le mal^ une fouie de détails qui complétèrent la confusion. Les dates de 1775, 1778 et d'autres se lisent encore dans ces vastes plaques de verre blanc substituées aux rayonnements des couleurs , et attestent ces inventions maladroites.
Une autre innovation vint aussi déranger l'harmonie de notre bel intérieur , et lui imposer un genre d'ornement que son inutilité eût dû lui épargner, quand bien même l'aspect général ne se serait pas récrié. On exécuta cette galerie du pourtour qui allourdit le passage du premier au second ordre de l'architecture , s'y montre en opposition avec le plan primitif, et dont l'effet détruit en partie celui des vitraux peints, là oh il en existe encore. Enfin , et c'est de tous ces tristes essais le seul qu'on est tenté de pardonner , les voûtes et l'appareil furent recouverts d'une couche uniforme de badigeon que nous lui
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voyons encore, et dont Teffet cdche utilement les irrégularités siliceuses du grain de la pierre. Il est vrai que sur ces murs avait régné un système général d'ornementation coloriée. Le moyen âge y avait étendu ses peintures naïves; les fresques d'abord, et plus lard la détrempe^ puis la peinture à l'huile et au vernis, étaient venues orner les entre-colonnements, les arcades, les arcs-doubleaux , les clefs de voûte, les chapiteaux, comme il résulte de ce que nous avons écrit jusqu'ici* Nous avons vu les évoques s'appliquer à restaurer dans la chapelle de Saint-André ces restes précieux de l'art ancien dont les dernières traces vivent encore. Le tableau de René Lorin et d'autres, sans être des chefs-d'œuvre^ vieillissaient dans le vieil édifice en y protégeant la mémoire de nos devanciers. Tout cela fujb condamné, exécuté, oublié... Combien les 4,000 livres mal employées à ce blanchissage eussent-elles aidé, avec tant d'autres dont nous verrons l'emploi, à réparer ces ruines regrettables , à raviver ces couleurs , à faire renaître ces personnages, à rendre leur splendeur à ces étoiles, son •bleu d'azur à ce firmament , leur gracieuse légèreté à ces oiseaux , leurs teintes riantes et impérissables à ces fleurs, dont les guirlandes semblaient la couronne du ciel !
On ne fut pas plus heureux dans la construction des deux chapelles de Sainte-Madeleine et de Saint-Laurent, donton garnit les absidioles. Au lieu de la simplicité antique et du style roman, qui repoussait l'adjonction de tout style étranger, le lourd système des architraves grecques et des colonnes ioniques leur fut infligé. Les autels furent plaqués en marbre noir et rouge ; c'est ce qu'on r^arda alors comme de plus bel effet. On dressa aussi dans cha-
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^1770) DE POITIKRS. i04
que niche l*élrange statue d*nn martyr qui ressemble à un paysan du Danube^ et d'une pénitente qui est censée presser la croix sur son cœur, mais qui représenterait mieux une jeune Grecque saisie d'une grande tendresse pour une branche d'ormeau. Pose, costume, draperies^ expression, tout concourt à faire de ces deux morceaux deux charges pitoyables qu'on ferait bien d'ôter de là.
Un orgue manquait encore depuis longtemps , et Ton désirait surtout en rendre un à la vaste basilique. On fit donc entrer dans le devis des travaux une tribune qui pût le recevoir en temps donné : c'est à cette pensée, confiée comme tout le reste au zèle du sieur Vétault, que nous devons l'insigne ouvrage de maçonnerie qui se développe au-dessus des trois portes occidentales en avant de la grande nef et des collatéraux. Ces grandes consoles sculptées de guirlandes , ces voûtes en pierre qui en constituent le fond, ces hémicycles en parpaings masquant les murs de l'édifice et le bel effet des piliers engagés qui dissimulaient la profondeur des angles et leur sentaient d'un gracieux ornement; enfin cette suite de balustres exactement copiés sur ceux qui déshonorent le pourtour du vaisseau , tout cela coûta 12,000 livres et se fit dans le courant de l'année 1777. Le fond de l'hémicycle central , s*évasant de chaque côté de la porte médiane, fut semé de fleurs de lis en bosse sur toute son étendue : c'était un hommage rendu aux rois dont la main s'était ouverte pour conserver à la province le plus beau de ses monuments religieux ; un tel souvenir aurait dû le sauver des outrages de l'esprit de parti. Il n'en fut pas ainsi pourtant. En 1792, il fallut cacher sous une couche de plâtre les fleurs de lis proscrites. En 1814, le plâtre fut gratté , et les symboles reparurent. 1815 les vit se cacher encore,