‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 55 sur 98 · II · texte numérisé non relu

II

GoogI(

restes précieux, qui consistaient en une réunion des ossements principaux et de la tôle tout entière. C'était toujours le monogramme du Christ sur un par chemin, avecles mots Antonia in pace accostés de deux palmes, symboles unis de la virginité et du martyre , plus la figure d'un petit vase. En 1686, Baglion de Saillant, évêque nommé , les plaça dans une châsse d'ébène recouverte entièrement de plaques d'argent artistement ciselées. On y renferma, en sus des reliques de la sainte, des fragments étiquetés de saint Germain et de saint Justin, martyrs , et dès lors on les exposa publiquement à la vénération des fidèles. Lorsqu'elles eurent été transportées à la cathédrale comme les autres, elles y furent moins indignement profanées; les commissaires s'occupèrent des dehors de la châsse, et, dédaignant son contenu, ils se contentèrent d'en arracher les lames d'argent, au profil du prétendu creuset national*

Ce fut en 1812 que l'administration capitulaire du diocèse, ayant reçu de Boissière et d'autres témoins des dépositions canoniques sous la foi du serment, reconnurent ces trois reliquaires pour renfermer véritablement les mêmes dépôts qu'avant la révolution; ils furent de nouveau authentiqués après examen fait par le savant M. de Beauregard, depuis évêque d'Orléans : procès- verbaux en .furent dressés, et des ordonnances en permirent de nouveau la vénération. Depuis ce temps, on les a vuestoujoure figurer à la place qu'elles occupent; sainte Antonine est portée dans toutes les processions extérieures "•

On apporta aussi à la cathédrale, en 1792, un autel de

• Procès- verbaux des 20 septembre, 20 octobre et 14 août ^8^2, archiv, de Vévéché de Poitiers.

GoogI(

médiocre apparence qu'on plaça dans le vide formé, au mur de clôture du chœur , par Tarcade qui contenait le tombeau du cardinal de Cramaud. Cet autel venait de la maison des carmes, et fut repeint et redoré plusieurs fois depuis lors sans rien perdre, pour sa part , d'une beauté qu'il ne semble pas avoir jamais eue. Il fut accompagné de la statue en bois de la sainte Vierge qui surmonte le . gradin, et qu'on voit depuis longtemps affublée d'un manteau plus propre à la déguiser qu'à lui servir de parure* Elle se fût volontiers passé de ce voile roide et étiré , car sa sculpture vaut beaucoup mieux que les ornements d'emprunt dont on la couvre. On croit y reconnaître le même faire que dans le tableau devant lequel elle est posée et qui sert de retable à l'autel. Ce tableau est une bonne peinture reproduisant la présentation de N.-S. au temple; il ne manque ni de couleur ni d'expression. Les costumes ont de l'ampleur, les poses de la vérité. Il n'est pas signé, mais il doit être de quelque artiste de Poitiers, car au-dessous du premier plan figurent les noms de six écoliers de troisième du collège des Jésuites, qui en 1681 l'offrirent à l'église des carmes. Parmi ces noms, quelques-uns sont encore portés par des familles des plus honorables de la ville.

De la maison des capucins nous vinrent aussi quatre bons portraits de sainlsdeleur ordre, martyrisés probablement dans les missions étrangères, car on voit auprès d'eux les instruments de leur supplice. Ils sont adossés aux derniers piliers du chœur, derrière les stalles et en face de l'autel de la Sainte-Vierge. Ces morceaux ne sont pas sans mérite, et rachètent la teinte peu favorable du costume par la vérité des traits et la vivacité du regard, qui semblent indiquer des copies d'après nature.

GoogI(

452 UISrOlKE DE LA CATHEDRALE (4792.)

On recueillit de Tabbaye de Saint-Cyprien les reliques du bienheureux Guillaume Tempier , évêque de Poitiers, qui y avait été enterré, en 1197, dans la chapelle de la Sainte-Vierge. Nous ne savons ce qu'elles devinrent ensuite, aucune mention n'en étant demeurée dans nos archives.

EnHn une grande crucifixion, bonne peinture sur toile malheureusement restaurée, et qui s'appuie plus malheureusement encore sur deux des colonnes de l'arcature latérale dans le déambulatoire nord; — une petite descente de croix sculptée en bois, et appendue non loin de la porte du chœur dans le même bas-côté, et indignement barbouillée de bleu, de rouge et de gris, sont les dernières dépouilles que nous pouvons citer comme ayant reçu l'hospitalité de l'église mère : —nous n'avons pu découvrir leur origine, ce qui n'ôte rien au mérite de ces deux compositions, assez remarquables dans la plupart de leurs détails.

Quand les événements eurent marché jusqu'à la déchéance de la royauté, à travers les derniers témoignages de respect donnés à la religion par les administrateurs du département et de la ville; quand les passions révolutionnaires se furent exaltées de leurs succès récents, on finii par amener la religion au terme que ses ennemis s'étaient proposé en la flattant de leurs éloges hypocrites. En face de la statue de la Liberté, sous les traits de laquelle on reconnaissait ceux d'une Vierge en pierre de la cathédrale, et au nom de l'égalité des cultes, on mit hors la loi les prêtres restés malgré tout fidèles à leurs devoirs et à leur foi , et les fêtes dites populaires n'eurent plus rien de la teinte religieuse qu'on avait voulu leur donner jusque-là. Tout se passa en plein air, au gré des philo-

GoogI(

sophes gdminislralcurs qui venaient de remplacer les autorités modérées , et dont les noms resteront éternellement attachés au pilori des registres publics de cette époque. La dernière fête patriotique à laquelle on tenta de donner quelque importance dans l'église cathédrale, se fit le 12 février 1792. Les sieurs Dassier et autres, membres d'un cercle populaire, vinrent solliciter du conseil de la commune , le 31 janvier , une cérémonie inventée par eux. Il s'agissait de célébrer l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique, reconnue par l'Angleterre en 1782. C'était s'y prendre un peu tard. Mais quelle idée, si vieille qu'elle soit, n'est rajeunie avec de l'enthousiasme et du style? Les citoyens susnommés ne s'en firent faute. Leur discours au conseil , quelque ridicule qu'il soit encore sur les pages jaunies de son registre, obtint une décision favorable. Il fut convenu que l'évêque bénirait avec toute la pompe du culte constitutionnel les drapeaux français , anglais et bostonien réunis en une glorieuse fraternité. On demandait méme^ non content de la sonnerie de Saint-Pierre , celle de tous les clochers de la ville. Ceci, on ne sait pourquoi, parut trop fort à l'autorité, qui accorda tout le reste, et en plus une bénédiction des drapeaux des six bataillQns de la garde nationale, auxquels on n'avait pas pensé. Tout se passa comme de coutume. Tout leclergc y accompagna l'évêque; l'orgue se fit entendre , le Te Beom ($ic) n'y manqua point; et quand la bénédiction eut été donnée aux étendards, a M. l'évêque, dit le narrateur secrétaire, ne pouvant » être témoin de cette pieuse cérémonie sans être ému du >) plus sincère patriotisme et de Tordre qu'il avait vu » régner dans celte féte^ et voyant la présentation de ces » drapeaux, faite par ces jeunes citoyens, les a em- » brassés cordialement en leur disant les choses les plus

GoogI(

» flatteuses '. » L'historien municipal^ qui s'extasie sur cette marque de tendresse épiscopale , ne savait pas que cette accolade fait partie du cérémonial , et qu'avant de la trouver daqs son cœur, l'officiant l'avait lue dans le rituel du diocèse. Ce n'est pas Tunique méprise de ce genre que nous ayons vue en pareille circonstance.

Le 18 septembre, fut renouvelé le serment civique des offîders municipaux et notables de la commune. Parmi eux siégeaient^ entre autres ecclésiastiques, les sieurs René-François de Launais , Etienne et René de Belboir , Jean Arnaud et N. Rochez, vicaires de la cathédrale *. Les jours suivants, beaucoup de chapelains, choristes et musiciens de notre église, pressés par le double fléau de la faim et de la peur» se décidèrent à les imiter ^ Les journées fatales des 2 et 3 du même mois étaient connues, et servirent trop bien l'apostasie...

Page 1