‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 56 sur 98 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Db 1793 à 1800. — L'église dépouillée de son argenterie. — Dévastation des tombeaux. — Étal des objets pris à Saint-Pierre. — Série de profanations. — Salle de décade. — Société populaire. — Projet de magasin à foin. — Les grilles des bas-côtés sauvées par Beauchamp. — Fêtes révolutionnaires. — Levée militaire, — Cimetière de la paroisse. — Mariage d*un prêtre. — M. Montault emprisonné et repentant. — L'orgue conservé malgré les attaques des clubs. — Interdiction municipale contre l'église , — sa démolition proposée. — Temple de la Raison. — Les chanoines persécutés. — Reprise du culte dans la cathédrale — Fêtes dites populaires. — Tentatives des Théophilanthropes. -— Assemblées primaires.

Le 26 nivôse (16 janvier) 1793, un prêtre apostat,

' Regiitres \7M, séance du 42 fév.

* IMd., 48 septembre.

* IM., 49 , 24 , 22 , 23 , 24 septembre.

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décrié pour ses mœurs perdues et l'exaspération de ses idées sauguinaires , Planier , président de ]a Société des sans- culottes de Poitiers , écrivait à la convention : « Toute Targenterie des églises est enlevée pour être jetée dans le creuset national. Puissions-nous y jeter aussi tous ceux qui s'obstinent à en faire usage, pour les transformer en quelque chose d'utile, s'ils en sont susceptibles... Renversez donc, citoyens représentants, et boutique, et forge, et atelier; forcez les prêtres, sous des peines graves, à renoncer à leur perfide métier *... »

Cette exécution rigoureuse des sacristies n'avait pas été aussi promplement que le citoyen Planier l'annonçait. Il ne parlait sans doute que d'après des espérances. Mais, la majorité des conseils communaux ne se pressant pas autant que les énergumènes du parti, il fallut attendre plus de dix mois pour réaliser ces projets hideux, c'està-dire jusqu'au jour où de nouveaux édiles ne rougirent pas d'en accepter la responsabilité.

Ce jour arriva enfin. Le 2 frimaire (23 novembre), Davancens , procureur de la commune , qu'on va juger à son langage, demanda au conseil, au nom de la philosophie et des vrais sans-culottes, l'abolition de tout culte dominant, de toute cérémonie extérieure. f< Une administration bien pensante devait, selon lui, supprimer des églises tous vases et ornements précieux qui, par la richesse de leur métail pourraient, au creuset national (l'expression de Planier avait fait fortune), être convertis en numéraire. 11 convenait aussi de s'emparer de toutes ces grilles de fer qui formaient encore une ligne de démarca-

* Recueil de la l^ienne , t. xiv , n" 35.

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/fon entre le pasteur et ses paroissiens; ce serait une grande ressource pour fabriquer des piques pour exterminer jusqu'au dernier des ennemis de la patrie, etc. » — La docile assemblée restreignit donc le culte à Tintérieur des églises , et ordonna le dépôt au greffe municipal des vases sacrés, qu*on prétendait adresser à la convention '. Quant aux grilles de fer qui ferment le déambulatoire^ et que le stupide orateur avait clairement, désignées , on décida , à la séance du lendemain , qu'il n'y avait gas lieu à délibérer. Comme on tardait un peu pour le reste, Davancens revint à la charge le 6 , et parvint à faire nommer des commissaires qui , d'accord avec ceux de la Société populaire , sans laquelle on ne faisait rien, attendu qu'elle poussait à tout, durent se transporter dans les églises « et n'y laisser rien que ce fût d'or, d'argent et d'ornements précieux. >» Le quartier de Saint- Pierre ne portait plus ce nom : il était devenu laxectton de la Fraternité , et nous voyons qu'elle s'y exerçait passablement. On s'y rendit le 9 frimaire (30 novembre), et Pon procéda à la spoliation des dernières nippes de la pauvre église. Un ordre formel , donné le 2 ventôse (2i février), prescrivait aussi l'enlèvement de tous les fers et cuivres attachés aux tombeaux , soit dans les caveaux, soit dans les chapelles qui rayonnaient autour du chœur des églises, ou qui s'ouvraient dans leurs latéraux. On dut également s'emparer de toutes plaques de métal servant aux inscriptions des monuments funéraires et autres, tant parce qu'elles étaient chargées d'armoiries, signes répudiés par l'égalité, que parce que ces précieux

* Reg. de la commune de Poitiers , 1 79S , 2 frim.

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métaux devaient profiter à la nation. Ceci explique la nudité de nos murs et la disparition des tombeaux de nos évêques.

Parmi les pièces et procès-verbaux de l'expédition ^ voici ce qu'on trouve de relatif à notre église,

J Saint-Pierre j du 9 frimaire^ en présence duciioyen Bamard, vicaire.

Trois calices et leurs patènes.

Deux ciboires, un encensoir et sa navette.

Qoatre cannettes et leurs cuvettes.

Deux baisers de paix , une couronne.

Le reliquaire de saint Pierre-Puellier.

Les deux livres d'épitres et évangiles.

Le chef de saint Simplicien couvert de feuilles d'argent.

Plus un bénitier de cuivre argenté.

Plus une clochette de cuivre.

Quatre cannettes et leurs bassins d'étaim , et un autre petit.

Une girandole et une clocheltede cuivre.

Suite de Saint- Pierre , du ^ 0 décadi frimaire^ an 2 de la République.

Dix chapes , quatre dalmatiques , la chasuble , les manipules , voile et bourse ; une écharpe de drap d'or et galon d^or.

Plus dix autres chapes or et argent > fond blanc.

Plus six autres dites avec leurs ornements complets, consistant en deux dalmatiques, une chasuble , étole , voile et bourse.

Plus quatre dalmatiques , une chasuble , étole, voile et bourse de velours cramoisi.

Plus dix chapes du même velours et galon d*or.

Plus la garniture du dais, consistant en quatre morceaux, même velours , galon et frange d'or.

Plus une chasuble , étole y manipule, voile et bourse, étofTe fond blanc brodé en or.

Plus nn autre ornement consistant en une chasuble, deux dalmatiques, Toile et bourse , étoffe fond blanc brodé d'or.

Pins un antre ornement consistant en deux dalmatiques , étole , voile et manipule en drap d'or et argent.

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458 UISTOIRE DK LA CATHÉDRALE . (4795.)

Plus deux ctoles du rnémc drap , sans ornement.

Plus une chasuble de velours cramoisi brodée en dentelle d'or.

Plus six chapes étoffe violette argentée.

Plus quatre dalmatiques, la chasuble, étole, voile et bourse, galon d'argent.

Plus denx écharpes fond blanc, argentées.

n y a ici deux lignes rayées.

Plus trois chapes, deux dalmatiques , une chasuble > étole, voile et bourse, et manipule de velours cramoisi , d'or et galon.

Plus une chasuble, deux dalmatiques, denx étoles, trois manipules, bourse , voile , étoffe brodée en soie et en argent.

Deux petites chapes d'enfants de chœur de velours cramoisi, brodées d'or.

Plus une chtfpe noire, fond argent; une chasuble, étole , voile et bourse.

Plus une chasuble, deux dalmatiques, manipules, étole, voile et bourse de velours noir.

Plus cinq chapes violettes avec tout Tornement complet.

Plus trois dites blanches; galon d'or.

Plus quatre dites vertes , galon d'or.

Plus un ornement rouge , velours , dentelle or et argent, sans chape.

Plus six chasubles vertes , galon d'argent et or , sans chape.

Plus cinq dites de différentes couleurs.

Plus trois dites blanches , galon et or.

Plus une dite violette , galon d'or.

Plus sept dites de différentes étoffes , or et aident.

Plus six dites de différentes étoffes, or et argent.

Plus un ornement noir , sans chape, fond argent.

Plus quatre étoles , deux bourses , de différentes étoffes.

Cent trente*quatrc aubes, cent trois nappes d'autel communes.

Plus cinquante autres nappes , trente-deux aubes.

Plus douze petites aubes et surplis.

Plus un paquet menu linge , d'amicts, purificatoires et lavabo.

Plus cent nappes communes.

Plus cinquante-quatre autres de toile.

Plus soixante-quatre tonnio-nappes ( tours de nappes ?)

Plus cinquante-cinq nappes de communion.

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Plus trois nappes d'autel.

Douze petites aubes et amicts.

Du \\ nivôse (\ •' janvier) 4 795.

Six chandciiers de ciiivre en argent.

Six chandeliers du grand autel avec un christ en cuivre. Un ciboire.

Un ostensoir.

Deux calices et deux patènes.

Une croix argent doré , avec des pierres. Un bâton de cuivre argenté.

Un bénitier.

Un encensoir et sa navette en cuivre.

Une garniture de dais en velours violet avec une frauge d'or , une lampe.

Quatre cannettes,deux plateaux d'étaîm.

Trois sonnettes.

Une botte à pains de drap d'or.

Un mortier de cuivre.

Du 4 4 nivôse (4 janvier) 4 793.

Quatre tapis jaunes , deux grands et deux petits.

Deux petites chapes.

Neuf grandes chapes de diverses couleurs.

Trois chasubles avec leurs manipules:

Quatre dalmatiques avec leurs manipules et étoles.

Trois carreaux.

On voit' que les possessions en joyaux n*élaient pas considérables; il fallait que les administrations qui avaient succédé au Chapitre eussent eu bien peu à cœur les convenances du cuite pour en laisser tomber aussi bas l'expression sensible, et Ton ne dut trouver à Saint- Pierre qu'une bien faible partie des 278,073 livres auxquelles furent évaluées toutes les dépouilles des six paroisses de Poitiers, lesquelles dépouilles , comme de

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coutume, paraissent avoir profité beaucoup plus aux commissaires qu'à la caisse publique, comme des pièces imprimées alors le prouvent assez clairement '.

Cette mesure était un acheminement à la fermeture des églises. Mais il fallait n'en venir là qu'avec méthode, et dès lors commença pour l'édifice, où tant de recueillement avait régné pendant tant de siècles, une désolante série de profanations. Les décadis y voient les citoyens rassemblés pour écouter la lecture des lois qu'expédiait chaque semaine l'intarissable convention, Se disputer la chaire sacrée pour les motions les plus injurieuses à la religioij et au bon sens; des fêtes paeïnnes avec leurs déesses impudiques s'y renouvellent périodiquement; on transporteau muséum les statuesettableauxdonlles sujets chrétiens oflfensent les regards de l'école voltairienne. Les catholiques peuvent encore, il est vrai, se réunir sous leurs vieilles voûtes et y prier; mais l'égalité et les droits du peuple exigent qu'après la messe ou les vêpres, les membres des sociétés populaires puissent s'y rassembler à leur tour pour déclamer du haut de la chaire leurs élucubrations patriotiques.

On devait aller plus loin : l'église Saint-Hilaîre était devenue une écurie; le préposé aux fourrages demande Saint-Pierre pour en faire un magasin à foin- Ingrand , le représentant envoyé en mission dans la Vienne , n'y volt pas d'inconvénient, sauf l'avis du conseil général de la commune. Mais cette fois le bon sens a fait deviner à l'agent national , à ce même Davancens si avide de dépouiller les sacristies, « que cet édifice, l'un des plus beaux de la République, » peut devenir d'une grande

' Recueil de la tienne, t. xiv, ii" 55.

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utilité à réducation , si Ton fait un lycée de Tévéché ; qu'en attendant y les autorités veulent en faire un temple de la Raison pour les fêtes civiques.

Ces motifs n'empêchèrent pas ledit agent national d'insister encore, dans la séance du 1 8 ventôse (9 mars), pour qu'on fit enlever les grilles de la « ci-devant église de Saint-Pierre. » Enfin on vota Tadoplion de ce nouveau pillage; mais heureusement la clause ordinaire : (c avec Tapprobation des autorités constituées , » fut exprimée formellement : elle sauva les grilles. Un honnête homme nommé Beauchamp, fabricien de la paroisse , se donna rhonorable mission de solliciter près de ces derniers juges, leur fit comprendre que ces portes de fer étaient une œuvre remarquable de serrurerie, qu'on ne gagnerait pas à beaucoup près ce qu'elles valaient en les démontant, et leur cause fut gagnée.

Les extravagantes idées qui caractérisent ces temps de vertige se firent jour successivement sous les formes les plus opposées, dans ce malheureux édifice, pendant cette année à jamais célèbre. Une fois, c'est la procession des Clefs, à laquelle assistent tous les corps constitués; la femme du maire va donner en grande pompe le manteau à la Vierge de Notre-Dame, et le lendemain V avril, deux officiers municipaux portent l'image vénérée pendant le trajet ordinaire '. — Le 10 mars, c'était la pompe funèbre de Michel Lepelletier, assassiné pour son vote dans le procès de Louis XVI , et dont un homme de loi , bien connu depuis par la mobilité de ses opinions politiques , vante dans une pièce d'éloquence fort déclamatoire les vertus^ jusqu'alors inaperçues '. — Le 10 août, une fcte

* Reg. de la municipalité ^ séance du 27 mars.

' Correspondance du département de la tienne , 42 et 45 mars 4795.

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civique réunit les citoyens au pied de la statue de la Liberté érigée au parc national {ci-devant Blossac). Us viennent y jurer l'unité et l'indivisibilité de la république; et comme la politique d'alors était en progrès sur celle de 1790, on tira de la cathédrale les drapeaux armoriés qu'on y avait suspendus en diverses occasions; on fut prendre à la Société populaire, qui se tenait à la chapelle du collège, ceux d'Angleterre et des Etats-Unis bénis par M. Montault, et ces trophées, devenus maudits, furent brûlés avec un las de parchemins, de registres et de papiers des anciens établissements ou maisons nobles, au milieu des applaudissements d'une populace ignorante et fascinée '. Enfin on tenait aussi dans celte enceinte vénérable l'assemblée municipale pour la levée militaire* Les 12 et 15 mars, la grande porte ayant été fermée, et les deux latérales étant gardées par cinquante gardes nationaux, on procéda au tirage des 322 hommes exigés de la commune de Poitiers; mais une émeute, dont on accusa les domestiques des émigrés et des ci-devants (sic) , ayant eu lieu , la force armée parvint à rétablir le calme, à protéger les prisons pleines déjà Aes suspects qu'on en voulait extraire ; k une quinzaine d'agitateurs furent mis au dedans, » et tout fut dit.— Telles étaient les scènes variées dont notre malheureuse église était le théâtre.

Détournons un peu nos regards de ces tristes incidents pour nous occuper d'un objet qui intéresse Thistoire du monument, surtout depuis qu'une paroisse y fut instituée.

Nous avons vu le cimetière des chanoines , établi sous le flanc septentrional, interdit par suite de l'ordonnance

• Journal de la f^ienne , 1795 , if xvf.

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de 4776. Il paraît qu'en attendant qu'on pût s'en procurer un autre, on n'avait pas pressé la réalisation des nouveaux règlements > car ce ne fut qu'en 1793 qu'on transporta le lieu des sépultures dans celui de l'ancienne paroisse de Saint-Savin , sous l'église de ce nom* Mais, le 12 juillet de c^tle année, les habitants du quartier demandèrent qu'attendu le grand nombre de corps qu'on y enterrait journellement, le conseil municipal s'occupât de choisir un autre local. Après quelques réflexions, on jeta les yeux sur le jardin des bénédictins de Saint-Cyprien et sur celui des ursulines, entre les rues des Hautes- Treilles et des Ecossais. Mais il y eut des objections, et l'on se décida à prendre pour cet usage deux terrains séparés, dont l'un fut le jardin de Sainl-Cyprien et l'autre celui de Chilvert , ancienne propriété confisquée d'un chanoine de Saint-Hilaire. Ce dernier devait servir aux paroisses les plus rapprochées de sa situation près la porte delà Tranchée; l'autre devenait celui des secfions de la Fraternité et de l'Egalité, c'est-à-dire de St-Pierre et de Sainte-Radégonde. Avis fut donné aussitôt au citoyen évêque et aux curés de l'obligation d'enterrer dans les cimetières désignés. Bientôt cependant le vendeur du jardin des bénédictins, Pierre-René Favre, ce même menuisier qui avait fait le buffet d'orgue de la cathédrale et acheté ensuite le bien des moines, demanda à rentrer en possession de son terrain , où déjà quelques inhumations s'étaient faites, et proposa de céder en échange une parlie du Cours , autre dépendance de l'ancienne abbaye , ce qui fut accepté. Au mois de mars 1795, on fit donc les murs de clôture à ce nouveau terrain. Mais, en 1798, la vue du champ de repo$ occasionnant aux promeneurs du parc national, dont la belle terrasse le domine, « une

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répugnance par des motifs bien sensibles,» on en décida la suppression. — La ville avait acheté THôpital-des- Cbamps, ce même emplacement consacré en 1530, par un doyen de Saint-Pierre , aux pestiférés de Poitiers. Il était devenu le cimetière des sections de Notre-Dame et de Montierneuf, dites desSam-culotten et de la Liberté. C'est dans celte terre que la paroisse de Saint-Pierre dut faire ses inhumations, par une singulière reprise de possession qui n'était pas des moins bizarres. Hais le service, conûé à des fossoyeurs sans conscience, s'y fit mal assez longtemps. Il fallut que l'administration municipale confiât cette œuvre, en 1800^ à des hommes ou femmes des hospices, qui reçurent une rétribution, réglée avec les fabriques^ de 6, 4 ou 2 francs par enterrement. Enfin on trouva, après un assez long temps, que la distance de rH6pital-des-Champs à Saint-Pierre rendait ce genre de service fort pénible, et Ton acheta pour le remplacer l'enceinte connue sous le nom de la Pierre-Levée, qui ne fut inaugurée qu'après 1820 '.

Les rénovateurs du catholicisme avaient décrété des récompenses civiques au premier prêtre qui abjurerait le célibat. Malheureusement il s'était trouvé dans la portion du clergé abâtardie par le schisme des personnages à qui ce second pas n'avait pas plus coûté que le premier; le scandale avait commencé surtout après le 21 janvier 1793. Les <« amis de la liberté des prêtres » ne manquaient pas, en pareille occasion, de déployer Tenthousiasme le plus « patriotique; » la piété même de ces fervents chrétiens, « dégagée des idées superstitieuses et du fanatisme des bigots, » savait façonnera sa guise les plus

' Neg. delamunicipalilé, passim.

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augustes cérémoDîes de la religion; ce jour-là, on croyait au sacrement, à la bénédiction nuptiale , et l'on trouvait toujours un prêtre constitutionnel pour consommer le sacrilège en pleine église. Toutes les paroisses de Poitiers à peu près avaient eu à gémir de ce déplorable spectacle. Saint-Pierre seul n'en avait pas été souillé encore ; il dut subir cette indignité...

Un certain Pignonneau, chanoine dé Saint-Hilaire , devenu en 1791 turé constitutionnel dé Saîrit-Mîfchel , s'était lassé de ce rôle. Lié avec les Amis de la constitution , il les écouta , et ceux-ci se chargèrent de donner au triomphe qu'il leur promettait toute llmportance d'un bon exemple. Ils invitèrent donc, le 20 septembre, le conseil de la cotbmone au mariage dé ce malheureux. Il fut décidé, sur les conclusions de Davancens, qu'on y assisterait par députation. Quelques jours après, des administrateurs, des magistrats, des membres des Sociétés populaires, des prêtres, hélâs! ... et quelques-uns accompagnés des femmes qui n'avaient pas eu honte de devenir les leurs, se rendaient à la basilique deshonorée pour une profonalion dé plus. « Deux files de vétérans, écrivait uu » journaliste du cru , et une haie épaisse de citoyens et » de citoyennes, bordaient les rues depuis la maison des » époux jusqu*à Saint-Pierre. Poitiers n'avait jamais vu » semblable afBuence accourir dans le superbe temple » où le Père des humains reçut le serment de èes deux » dignes époux. » — Bientôt un pi-être osa s'avancer vers l'autel, tenant entre ses mains le vase sacré qui allait servir ati sacrifice. Lui-même avait donné à l'Eglise le scandale d'un mariage contracté au mépris des plus saintes promesses, et, comme quelques autres, il n'avait pas laissé de revêtir tous les jours la robe sacerdotale,

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