CHAPITRE V
De 1370 A 1300. —Hommage de Guy de la Trimouille. — Mort d* Alphonse de France. — Synodes de révoque et du doyen. — Nouvelle refonte des cloches par Gauthier de Bruges. — Enquête à ce sujet. — Autres droits prélevés par FégUse sur la mense épiscopale. — Autre synode. — Les prébendes réduites à vingt-quatre. — La terre de Smarve propriété de Téglise.
Les évoques de Poitiers et l'église, représentée par le Chapitre, possédaient des fiefs nombreux , pour lesquels ils recevaient l'hommage des seigneurs; mais ils n'en rendaient à personne, si ce n'est au roi et aux princes du sang qui pouvaient gouverner la province , et cela en vertu du vieux principe qu'une église sous le vocable
' Tbibaudeau, M, p. 244.
GoogI(
primitif de saint Pierre ne devait se soumettre à aucune autre par un signe de dépendance. Vers 1270 , sinon cette année même , Guy de la Trimouille , chevalier, homme lige de Vévéque et de l'église, fit aveu à l'un et à l'autre de tout ce quMl possédait dans leur mouvance, reconnaissant que de temps immémorial lui et ses prédécesseurs avaient rendu un tel devoir et service. Cet hommage était accompagné de redevances en blé , vin et avoine , et se rendait pour la maison de Château-Guillaume et toutes ses dépendances fortifiées , vignes , garennes , étangs et autres, terres vagues ou cultivées auxquelles étaient attachés les droits de haute et basse justice \ Hugues étantmort le 14 octobre 1270 ', le siège était encore vacant en 1275 , et nous voyons , par un autre acte, que le chevalier renouvela son aveu entre les mains du doyen. On sait comment se faisait cette cérémonie : le vassal plaçait ses deux mains jointes entre les deux mains du seigneur, lui jurait aide au besoin et fidélité à toujours , recevait le baiser le paix, et délivrait le terrier de ses fiefs. C'est ainsi que Guillaume l'Archevêque et Olivier de Clisson rendirent hommage à Simon de Cramaud en 1 387 ^
Le comte Alphonse mourut le 20 août 1271 , regretté des Poitevins, et surtout de la ville de Poitiers, qu'il habitait de préférence, et loin de laquelle il devait rendre le dernier soupir. Cet événement, qui priva le Poitou d'un protecteur, enleva aussi à notre église mère d'abondantes ressources. Le prince, en quittant la France, Tannée précédente, avec sa femme Jeanne de Toulouse,
* D. Font, t. III, p. 383.
* /W., t.ii,p. 46.
* f . nos Recherchée sui' ce prélat, in huuc ann.
GoogI(
pour se rendre à la croisade , avait laissé par son testament de riches' legs à la cathédrale et à d'autres églises ' . Ces pieuses intentions ne tardèrent que peu à se réaliser. Ce fut en revenant en France, après la mort de saint Louis, qu'il tomba malade en Italie et y expira sans laisser de postérité. La province fut réunieà la couronne dans la personne de Philippe le Hardi; mais on y conserva le souvenir du comte comme celui d'un bienfaiteur. Il fut enterré , selon qu'il l'avait demandé , dans l'abbaye de Saint-Maixent , et chaque année le Chapitre de Poitiers célébrait pour lui un service funèbre le 5 septembre, qui sans doute s'était trouvé le premier jour non empêché après son décès'.
Il faut rattacher à Tannée 1280 le premier des synodes épiscopaux tenus dans notre cathédrale, non qu'il n'y en eût eu auparavant , mais parce que les titres manquent absolument pour constater quelques traces antérieures de cet usage. Les actes où sont mentionnés celui-ci et d'autres suivants témoignent seulement en plus d'un endroit que ces réunions se tenaient à des époques fixes chaque année , et àe temps immémoriale Comme il y avait deux juridictions différentes , celle de TEvêque et celle du Chapitre, on distinguait aussi les synodes épiscopaux et ceux du doyen. L'évêque assemblait le sien quatre fois par an, le premier jeudi de carême, le lendemain de la Saint-Pierre , le jeudi après la SaintrLuc , et le jour des Saints-Innocents. L'assemblée se tenait dans la grande nef; elle se composait de tous les curée dont les béné-
^ Dreax-Duradier, 1. 1, p. 546.— Saiute-Martbe, Hisi, gén. de la maison de France y t. i, p. 93. — Thibaudeau, t. i, p. 549.
* Calend. de Fauveau, au 5 septembre.
* D. Font., t. LVf,--jiciecapitul. de 4294.
GoogI(
fices étaient à Id nomination du prélat. Quant au doyen ,
qui avait aussi le droit de convoquer tous les bénéficiers
de sa juridiction , il assemblait deux synodes annuels ,
toujours indiqués au vendredi d'après le dimanche Can--
taie (le 4' après Pâques), et au premier vendredi qui
suivait la Saint-Luc (1 8 octobre). Ce dernier tombait donc
au lendemain du troisième synode épiscopal; il se tenait
en outre dans l'église Saint-Jean-Baptiste, dite depuis
Temple Saint-Jem^ dont la curé était à la collation du
doyen. Nous réservons pour Thistoire du Chapitre les
autres particularités qui se rapportent à ces synodes : ils
ne doivent nous arrêter ici que pour ce qui concerne la
cathédrale.
Celui dont nous parlons fut présidé par l'évêque Gauthier de Bruges, si connu par ses affaires avec le pape Clément V. Elu en 1278, il s'était hâté , après avoir été sacré à Rome par Nicolas III, de se rendre où l'appelaient ses devoirs de pasteur, et, dès qu'il lui fût possible, il voulut s'entourer de tous ceux dont la direction lui était confiée^ pour donner à son administration plus d'énergie et d'unité. Les statuts qu'il dressa à celte occasion restent comme de curieux renseignements sur quelques points de la discipline ecclésiastique de cette époque. On y voit des précautions contre les contrats usuraires des juifs et des peines pécuniaires à ce sujet '; l'usage abusif où
1 Qqelqne sévères que puissent sembler les règles pénales portées contre les joifis an moyen âge, il faut se souvenir qu'ils y avaient donné lieu par leurs excès dès le temps de Constantin, et que les siècles suivants les virent toujours en opposition à la tranquillité publique et à l'honneur du christianisme. ( F. Fleury, Hxsi, eccl. , liv. m, xui et xiv . ) Leur conduite avait même forcé les princes de leur retirer les franchises qu'ils
GoogI(
étaient les archiprêtres et les doyens ruraux d'établir en divers lieux des officiaux ouvice-gérants qui les y remplaçassent , ce qui compliquait les difficultés de l'administration; la coutume renouvelée de nommer des confesseurs particuliers aux supérieurs réguliers, aux archiprêtres , doyens et curés , qui doivent s'adresser à l'éyêque ou à ses pénitenciers. Les lépreux, fort communs •alors, ou ceux soupçonnés de l'être, y sont aussi obligés à se faire examiner devant les juges d'église, qui devaient prononcer sur leur état.
Dès ce temps le corps canonial tenait aussi fort souvent ses assemblées capitulaires dans la grande nef, avant la grand'messe.— Chaque année avaient lieu deux chapitres généraux qui duraient plusieurs jours, selon que les affaires étaient plus ou moins nombreuses. L'un commençait régulièrement le 30 j uin , l'autre le 28 décembre ; ils se tenaient, comme les réunions hebdomadaires, devant un crucifix accompagné des statues de Notre- Dame et de saint Jean l'évangéliste , qui s'élevait en avant du chœur ".
Nous avons tu l'évêque chargé de certaines redevances envers l'église cathédrale pour la refonte des cloches endommagées et leur pépétuel entretien. Gauthier de Bruges trouva ce droit acquis à l'église : mais quel droit ne se conteste pas , même de bonne foi , quand on en trouve des prétextes dans les malheurs des temps^ la réduction des revenus , et autres considérations qui grossissent toutes les plaidoiries! Gauthier faisait valoir
leur avaient accordées. ( V. Du Poutmr du pape au moyen âge , in-S*" , 4845, pp. 8 etsuiv. ) • Fauveau , p. 86. — D. Font. , t. ii , p. 404.
GoogI(
cependant des raisons meilleures en apparences. Ses prédécesseurs, riches presque tous d'un patrimoine qu'ils apportaient à Péglise de Poitiers en y prenant la houlette pastorale , avaient pu facilement s'acquitter des charges ordinaires ; mais lui , pauvre religieux franciscain^ élevé bon gré mal gré à une dignité qu'il avait inutilement déclinée, obéré par un voyage de Rome d'où il revenait moins riche qu'avant son départ, où pouvait-il trouver la somme considérable exigée pour la dépense des cloches, et certaines autres qu'on réclamait en même temps ? Â cela le Chapitre répondait que le siège cpiscopal avait des révenus dont une portion devait s'employer au bien de son église; que les obligations périodiques ou annuelles à lui imposées représentaient cette portion^ et qu'indépendamment de son état antérieur^ et quelque peu riche que fût par lui-même le nouveau prélat, il acceptait nécessairement la charge avec le bénéfice. L'argumentation était irréfutable, et Gauthier se rendit. Toutefois il requit l'exhibition des titres : ils manquaient, et le Chapitre dut faire. une enquête sur les usages suivis de tout temps à ce sujet. Plus de vingt personnes, la plupart ecclésiastiques, furent consultées , et établirent clairement le point débattu en faveur de l'église cathédrale. L' officiai donna en outre un mdimw des lettres accordées en 1213 par Maurice de Blazon. Toute difficulté fui donclevée, et l'évoque reconnut le droit qu'il avait contesté.
Ce n'était pas Tunique impôt prélevé sur la mense épiscopale, et il faut dire quels autres droits y avait encore notre église; car ils étaient revendiqués en même temps que les cloches, refusés comme elles, et
GoogI(
enfin consentis par les mêmes raisons. Voici donc ce qui fut reconnu , le samedi de la semaine Jubilât^ \ par les commissaires du Chapitre. Ce sont autant de points consacrés de temps immémorial^ d'après une pancarte ayant pour titre : Ordinaire de l'église de poitiers :
« L'évoque de Poitiers est tenu de fournir le grand autel de ses nappes et des courtines (rideaux) qui l'entourent; il doit aussi les vêtements qui servent tous les jours pour la messe canoniale aux prêtre , diacre et sousdiacre, aux petits clercs qui les assistent, au thuriféraire qui y encense; il doit la chape à celui qui la porte dans le chœur, et au prêtre qui dit l'oraison à vêpres et à matines.
» Il est tenu encore de fournir tout le bois nécessaire à la pose et au jeu des cloches;
» Plus le vin qui se distribue aux chanoines et aux clercs qui assistent au chœur quand on y chante l'antienne O Emmawuel!
» Le jour de Pâques i si Tévêque est présent ou dans la ville, il doit aux chanoines et aux clercs du vin des archidiacres, lorsqu'ils reviennent de Téglise Saint- Jean entre vêpres et compiles.
^) Il doit encore le vin aux mêmes , s'il est en semaine lorsqu'on chante le répons Spes mea;
» Plus , par an, à chaque hebdomadier, seize septiers de froment , de farine , d'avoine et de baillarge , payables par quartier , selon la mesure d'usage, dans les greniers des maisons de l'évêque, dont les seize septiers équivalent à vingt, mesure commune de la ville de Poitiers ;
* C'est l'introït du 5* dimanche après Pâques.
GoogI(
(4290.) DE POITIERS. Gi
» Plus à chacun desdits hebdomadiers un tonneau de vin rendu à Poitiers, bon , pur et rec^vable , de la dîme de Vendœuvre *. »
Le même acte nous apprend aussi que l'Eglise possédait une quatrième partie des bois d'Archigny, appartenant à révêché j on la lui reconnut pour vraie et ancienne possession à la suite de la même enquête.
Une autre assemblée synodale des mêmes évéques est citée^ncore à l'année 1 284, et contientdes règlements disciplinaires pour l'intégrité de la juridiction ecclésiastique contre les empiétements des juges civils '. — Il n'y fit quç cinq statuts, mais il y posait déjà les principes de la séparation des deux pouvoirs assez explicitement pour déplaire bientôt à Philippe le Bel , qui , pendant ses démêlés avec le pape Boni face VIII, fit retomber sa mauvaise humeur sur un évêque assez courageux pour défendre les droits de son église , et saisit le temporel de l'évêché. Cette saisie dura de 1299 à 1301 , et il appert des vieux registres de la chambre des comptes que le sénéchal de Poitou, Pierre de Villebon, en versa les revenus au trésor royal pendant ce trois ans , ce qui dut retomber nécessairement sur la cathédrale, dont les fruits annuels furent par cela même diminués de beaucoup ^ .
On doit croire que les énormes dépenses qu'elle avait supportées depuis longtemps , et aussi les exigences des Goûteuses constructions qui s'élevaient, devenaient un fardeau difficile à soutenir , car il fallut recourir à un expédient seul capable d'assurer des revenus suffisants et
* Grand Cariulaire, t. ii , p. 27 à 55.
* Bochel , BUd. canonique ^ t. vi , tit. 4 4 , c. 7.
* Gall. chrUt.y t. ii , col. 4487.
GoogI(
de mettre un ordre indispensable dans ses affaires. Jus^ qu'alors le nombre des chanoines avait été indéterminé , les prébendes étant proportionnées aux richesses de l'église, et le Chapitre admettant de nouveaux membres selon, que la mense capitulaire pouvait ^uffire à leur entretien '. Gauthier de Bruges , dans le chapitre général du 28 décembre 1290, qu'il présidait, et d'accord avec tous les membres du collège , statua , après s'être entendu avec le Saint-Siège, que le nombre des canonicats serait, à partir de ce jour, fixé définitivement à vingtquatre 9 auxquels on pourvoirait par dix-huit prébendes entières et six demi-prébendes ' ; six autres demi-prébendes restaient donc disponibles^ et de leur réunion on forma des portions plus considérables pour les dignitaires de la compagnie. Ainsi le grand chantre et le maître d'école ou écolâtre durent avoir chacun deux prébendes entières; le sous-doyen et le sous-chantre en perçurent aussi près de deux. Il n'y est point parlé de doyen, parce qu'il n'était point alors prébende et n'avait droit qu'aux honneurs de sa dignité. Tout chanoine pouvait d'ailleurs posséder en même temps des bénéfices en dehors de l'église , comme le doyenné de Thouars, l'abbaye de Notre-
1 Staiuta etconsueiudines antiçuœ et approbatœ in Ecclesia Piciav. (Recueil de pièces capitulaires , mihi^p. 4.)
* Ces demi-prébendes représentaient la moitié da revenu ordinaire d'une chanoinie, et n'étaient pas nouvelles dans le Chapitre. Elles étaient déjà possédées depuis longtemps par six « demi-chanoines qui furent » attirés, selon le manuscrit de Couteau , d'une petite église nommée » Saint-Sixte par la bonne et sainte vie des chanoines entiers. » (D. Font. , t. Liv , p. 25.)— On ne cite pas la source de cette assertion, qui expliquerait rexistence de la chapelle Saint-Sixtc autrement que nous Tavons fait.
GoogI(
Dame-la-Grande, etc. Chacun d'eux avait de plus une maison en ville avec plus ou moins d'annexés et de tenants. A la mort d'un titulaire, celui qui le suivait immédiatement par rang d'ancienneté dans le Chapitre pouvait changer sa propre maison peur celle du défunt; à son défaut, le plus ancien après lui jouissait de ce droite de sorte que le nouveau titulaire n'était logé que dans le domicile dont personne n'avait voulu.
Enfin l'évêque était considéré comme le premier dçs chanoines; il avait en celte qualité une prébende, la première place au chœur et au Chapitre; mais aussi il était tenu à sa semaine, pendant laquelle il disposait, d'après le droit commun , de certains bénéfices qui venaient à vaquer *.
le 3 mai 1291 % le pape Nicolas IV confirma ces dispositions, qui demeurèrent en vigueur, à quelques légères modifications près , jusqu'en 1791 .
Il y avait déjà fort longtemps à cette époque que la terre deSmarve, à 2 lieues au sud de Poitiers, comptait parmi les propriétés de l'église. On en trouve la preuve dans un titre du 22 décembre de cette même année, par lequel Pierre de Blanac S sénéchal de Poitou et de Limousin, confirme le droit de haute justice que le Chapitre y avait exercé publiquement et pacifiquement de temps immémorial.
' Traditiones et statata sancti Pétri Piot. , miAt, p. 24. — D. Font. , t. Il , p. 54 .
' Idus maii , ponti/icatûs nosiri anno quarto,
* De Blanasco. Ce sénéchal n*cst point cité dans la liste donnée par les nouveaux éditeurs de Thibaudeau , t. m , p. 437.
GoogI(