‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 9 sur 98 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Db 1307 A 1346. — Etat des constructions au commencement du xiy« siècle. — Bienfaits de Gauthier de Bruges — et du pape Clément Y. —Entrée solennelle des évèques dans la cathédrale. —Droit d'entrée payé par eui. — Bienfaits du roi Edouard II. — Synode d'Arnaud d' Aux. —Luminaire fourni par les nouvelles églises de Luçon et de Maillezais. — Inscription funéraire d'Arnaud d'Aux. —Les chanoines s'imposent un droit d'installation sur leurs prébendes. — Fondations de chapelles. — Chapelle des Guischard. — Autres fondées par Philippe de Youhé. — Droit de sépulture des chanoines. — Fondation de la chapelle de Notre-Dame-des-Gésines. — Épitaphes du chantre Guillaume d'Aux , — du doyen Pierre-Raimond d'Aux , — de l'évèque Fort d'Aux.

On a VU au commencement du chapitre III que vers la première moitié du xiii* siècle tout était fort avancé dans la structure de Védifice. II devait cependant rester beaucoup à faire , car il manquait de ses deux dernières travées , et par conséquent les trois nefs n'étaient pas couvertes de leurs dernières conques; les tours n'avaient que leurs deux étages inférieurs, les combles n'étaient abrités que par une charpente provisoire, et la façade n'offrait pas encore aux regards de la cité cette grande page où devaient s'inscrire, avec la glorieuse légende de ses élus, les prophéties du jugement à venir et les histoires delà nouvelle alliance. Mais le siècle qui conmience verra se compléter enfin la merveille de pierre; les générations contemporaines du bon roi Jean et de Charles le Sage , du Prince-Noir et de Chandos , vont jouir de l'œuvre conçue par les ducs d'Aquitaine, et le Te Deum de la consécration épiscopale retentira enfin sous les claveaux réunis des voûtes achevées , en même temps que par leurs solennelles volées de nombreuses cloches porteront

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aux collines du Clain la pensée de Dieu et la reconnaissance des hommes.

Il paraît que Gauthier de Bruges prit une assez grande part aux travaux exécutés de son temps, si nous en croyons un historien qui ne cite pas ses autorités, il est vrai , mais dont nous avons pu reconnaître Texactitude par une lecture attentive'. L'éminente vertu de ce digne évêque^ honoré par TEglise du titre de bienheureux^ n'aura pas épargné en effet pendant un long épiscx)pat de 23 ans ses revenus personnels , et nous ne doutons pas que sa cathédrale n'ait été le fréquent objet de ses généreuses aumônes. Une autre circonstance dut aider aussi à l'avancement du temple, tout en devenant pour le pontife une source mortelle de chagrins. En 1 307, le pape ClémentV, qui venait de quitter le siège de Bordeaux pour celui de Rome , déposa Gauthier , qui avait cru autrefois devoir préférer la suprématie de Tarchevêque de Bourges à la sienne. Deux ans après, quand déjà Tévéque, retiré aux Cordeliers de Poitiers, y avait fait une sainte mort, le pape, afin de s'entendre avec Philippe le Bel sur l'affaire des templiers , se rendit dans cette ville ; il y était encore en 1308. Pendant son séjour, il se montra favorable à la cathédrale , qui reçut de lui de grandes preuves de munificence^ et au Chapitre, à l'avantage duquel il régla certains points importants die la juridiction épiscopale. Une des principales dispositions prises dans cette circonstance établissait un revenu de 600 fr. à payer à l'église sur la mense épiscopale, et applicables aux distributions journalières \ La bulle qui consacra les anciennes libertés capitu-

< Bourgeois , Eût mamsc. du PoiU , p. 168. * Guill. deNaogi8,adafm. 4308. ^Script, rer. Gally t. xx, p. 597. II* * • ' 5

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laires et en créa de nouvelles esl célèbre chez nous sous le nom .de CiémerUine; elle servit de base, dans l'avenir, à toutes les prétentions du collège canonial y et d'argument pour sa juridiction temporelle et spirituelle. Un arrêt du parlement du 1^ juin 1478 s'appuya de sa teneur pour confirmer • les droits contestés de l'église [cathédrale. « Depuis la fondation de l'illustre église de Poitiers, disait la cour suprême, la juridiction a toujours été partagée entre TEvéque et le Chapitre; ses fruits et émoluments leur appartinrent en commun jusqu'au pontificat du pape Clément (Y), qui en opéra la division. En vertu de ce partage, TEvéque conserva sajuridictim sur les diocésains, et le Chapitre dut exercer la sienne sur les chanoines , clercs , habitués et serviteurs de l'église. ' » La Clémentine est datée du 4 août 1307. C'était trois mois après la prise de possession du siège de Poitiers par Arnaud d'Aux, dont l'entrée solennelle s'était faite le 3 mai , dimanche dans l'octave de l'Ascension. Cette cérémonie, l'une des plus pompeuses dont il fut donné à notre cathédrale de se parer, est la plus ancienne de de ce genre que nous trouvions dans ses archives, quoiqu'on ' l'y observât probablement depuis l'épiscopat d'Isembert P' (en 1021 ). C^est pourquoi nous en doi^nerons tous les détails en réunissant les traits épars des auteurs qui en ont parlé.

La veille de la cérémonie, Tévêque arrivait à Poitiers , s'arrêtait hors des murs à Pune des chapelles qui s'élevaient dans les faubourgs. S'il venait du côté de Bor* deaux, c'était à la chapelle Saint-Jacques , à l'entrée du faubourg de ce nom, que se faisait la station tradition-

^ D. Font., t. II, p. 564.

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nelle; du côté de Limoges, c'était à la chapelle Saint-Hathurio, ou à l'église paroissiale de Saint-SaturniD, dont les ruines existent encore a4i faubourg du Pont-Neuf; enfin, s'il venait parla route de la capitale, il descendait à la cha* pelle Saint-Lazare, remplacée aujourd'hui, vis-à-vis la barrière de Paris , par une auberge qui a l'image de ce saint pour enseigne. Là se trouvait le clergé de la paroisse sur le territoire de laquelle il s'arrêtait. Après avoir fait sa prière devant Tautel , il prenait une chape et une mitre blanches > montait sur une haquenée de même couleofi dont le sire de Lusignan^ grand écuyer, devait tenir la bride, et se dirigeait, escorté à droite et à gauche par des cavali^s de sa maison et autres gens de qualité , vers l'église de Nolre-I)ame-la-Grande. Le clergé qui l'avait reçu le précédait, et immédiatement devant lui un clerc portait sa erosse.

Sur le passage de cette pcocession , et jusqu'à la collégiale , les rues étaient tendues de tapisseries et jonchées de branches d'arbres et de fleurs^ ou proprement nettoyées , selon la saison. Au bout du pont Joubert , MM. les abbé, Chapitre et chanoines de Notre-Dame, la plupart chapes, croix et bannière levées , et qu'accompagnaient, depuisleur établissement à Poitiers, les ordres mendiants, avec les autres couvents non exempts et les collégiales, avaient attendu le prélat , auquel le premier dignitaire de Notre-Dame faisait une harangue. Puis on entrait en ville par la Grandtftue , au son de toutes les cloches, sauf c^les de la oalhédrale, qui ne devaient sonner qu'à rentrée du prélat dans l'église. La marche continuait jusqu'à la hauteur de la ruelle qui va du pont Joubert à Sainle-Badégonde (la rue du Pigeon-Blanc). Là , nouvelle harangue par le Chapitre de cette église, après laquelle

on montait jusqu'au carrefour St-Michel^ où, depuis rétablissement de l'université, en 1431 , c'était au recteur, entouré des docteurs et officiers de sa compagnie y à prononcer en latin le troisième discours. A partir de la moitié du XVI* siècle, époque de rétablissement du présidial à Poitiers , ce corps judiciaire , ainsi que les trésoriers de France , se trouvaient à leur tour un peu au-dessoui de la ruette de Mongogué (rue Montgauguier) ; ils y saluaient le prélat sans le haranguer , et se rangeaient dans le cortège selon l'ordre de préséance, assez mal entendu quelquefois pour exciter , disent gravement les mémoires du temps , quelques batteries à coups de poingt '. Enfin , tirant vers Saint^Ètienne , on arrivait à la porte de l'église Notre- Dame , escorté d'une foule avide de ces grands spectacles, mais peu bruyante, respectueuse jusque dans les élans de sa curiosité empressée , et recevant avec dévotion , sur le passage du nouvel évoque , ses bénédictions multipliées. Celui-ci descendait de sahaquenée, s'arrêtait sous le porche de la vieille église romane, et pendant qu'on chantait le répons Deum time et mandata a/w observa ^ texte ingénieusement choisi comme renfermant en peu de mots tous les devoirs du pasteur, l'abbé lui offrait, avec une profonde révérence , l'eau bénite et l'encens , après quoi le prélat s'avançait jusqu'au grand autel. La messe entendue, ou sa prière faite , s'il était le soir, il sortait et était reconduit en cérémonie à l'aumônerie de la collégiale. C'était une maison de charité pour les malades, fondée anciennement par le Chapitre; elle flanquait réglise du côté nord , et occupait le terrain où est établie maintenant l'auberge du Cheoal-Blanc , vis-à-vis l'école

' Beg. de fhCiét de wUe , p. 409. — Dans D. FoDt. , t. xxm.

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(1507.) DE POITIERS. m

de droit actuelle '. Un appartement y était réservé à Pévèque, qui y prenait un repas donné par le Chapitre de Notre-Dame , et y couchait. Celte première halte dans une maison dépendante de Notre-Dame^ ce repas que les chanoines ne donnaient point à leur évoque comme une politesse de bonne hospitalité , mais œmme une redevance obligatoire et de joyeux avénemeht» avaient leur origine dans la suzeraineté que la cathédrale avait toujours exercée sur l'abbaye séculière dont la fondation était une de ses antiques libéralités.

Jusque-là; cependant^ nous ne voyons pas figurer le clergé seigneurial de SaintrPierre; il ne devait paraître en effet qu'après certains préliminaires qui sauvegardaient sa juridiction et ses libertés. Dès la veille^ après que révêque s'était retiré à l'aumônerie, deux chanoines étaient allés lui présenter le Livre rouge , recueil fameux des statuts et privilèges du Chapitre; ils rengageaient à en prendre connaissance , et ne devaient le reprendre que le jour suivant. Il n'est guère douteux qu'avant de le remettre entre les mains d'Arnaud d'Âux , on n'y eût ajouté la Clémentine encore tout fraîchement écrite^ et toute resplendissante de belles lettres d'or , d'azur et de vermillon.

Le prélat n'avait aucune difficulté à opposer , et son parti était. ordinairement pris d'avance. Le lendemain donc de son arrivée, étant venu de grand matin à l'église de Notre-Dame, il y entendait la messe basse d'un de ses aumôniers^ et ensuite se revêtait des mêmes ornements blancs que la veille. Peu après^ les chanoines composant le Chapitre de Poitiers se présentaient devant le prélat,

• Dufour, de VJncien Poitou, p. 280. — Thibaudcau, t. m , p. 357.

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n HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE! (4507.)

qui s'était rendu dans la salle capitulaire de Notre-Dame, et lui disaient : « Monseigneur, nom tommes prêts à vous recevoir selon votre bon plaisir , et autant toutefois que vous viendrez comme vous devez venir. » Cela dit, Tévêque répondait en peu de mots qu'il avait lu les statuts ei les accepterait; les chanoines se retiraient sans plus de retard , et retournaient à la cathédrale pour y accueillir le prélat avec les honneurs et la déférence dus à sa dignité.

Alors commençaient à se déployer les plus belles pompes delà cérémonie. En même temps que le Chapitre cathédral s'était présenté devant l'évoque, les principaux feudataires de révêché s'étaient aussi rendus près de sa personne. C'étaient , dans leur ordre de préséance à la cour épîscopale , le sire de Lusignan , grand écuyer de l'évêché; le sire de Parthenay^ grand bouteiller ou échanson; le vicomte de Châtellerault , grand maître des cérémoniea; enfin le seigneur de Belleville, ou de FieWEvêque, ou de Laval , selon que l'un d'eux jouissait depuis plus longtemps de sa seigneurie ^ Il avait le titre de grand sénéchal. Ces quatre personnages étaient les principaux barons du Poitou , tous tenant leurs fiefs de Tévôché et lui rendant hommage lige. Leur obligation principale envers le seigneur suzerain consistait à le porter sur leurs épaules de Notre-Dame à Saint-Pierre, au jour de son entrée solennelle. C'est pourquoi ils devaient ce jour-là se rendre près de lui après la première messe ^ par eux-mêmes ou par fondés de pouvoirs. L'ayant donc fait asseoir dans une chaire recouverte d'étoffe de soie et

^ Dom. Bellœ Viilae sea dom. de Laval «uccfMor, dit Resly^ Hist. des ducs de Guyeme et des comtes de Poitou , p. 548.

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d'or, et que supponait un brancard richement paré , ils l'élevaient sur leurs épaules, et sortaient ainsi de l'église par la grande porte. Sur la place du Pont- durPalais ' , où étaient rangés les gens d'urines ou compagnies de la ville, tous armés et en belle tenue, avec les députés des corps de métiers, magistrats èl officiers publics, ils trouvaient un chanoine de Saint-Pierre à cheval , revêtu du surplis et de Vaumusse, député tout exprès par le Chapitre pour porter la crosse devant le prélat. C'était un témoignage de grand respect auquel certains envoyés crurent pouvoir se soustraire plus tard, en chargeant bientôt de FiDsigne épiscopal quelqu'un des familiers de l'évèque. Enfin on prenait la rue Notre-Dame-la-Petile , puis la rue Saint-Paul, la parcourant jusqu'à la cathédrale. Là , OQ s'arrêtait soit devant la principale entrée , depuis que la façade et les tours étaient terminées, soit, auparavant, devant la porte septentrionale , qu'on avait regardée toujours comme la por.te d'honnenr. Ces portes étaient restées fermées. Entre elles et Tévêque , qui descendait de son trône portatif, se tenait rangée une partie du Chapitre, tandis que-l'autre attendait au chœur. L'un de ses membres tenait entre ses mains l'évangéliaire , sur lequel le prélat posait une des siennes en prononçant la formule suivante :

« Je , évêque de Poitiers, jure sur les saints Evangiles de conserver , de garder les droits , statuts, privilèges , libertés et coutumes de l'église de Poitiers , an- I ciennes, raisonnables et approuvées, et aussi de lui faire recouvrer selon mon pouvoir tous et chacun de c^s mêmes droits qui lui auraient été injustement enlevés :

« c Ad aream pontis Autse regiœ. »

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72 mSTOIRB DE LA CATHÉDRALE (4507.)

j'eotends être tenu à tout ce qui tient aux susdites choses, aux statuts de Téglise et du Chapitre de Poitiers , à Fexception seulement des légères observances. Je jure aussi que j'observerai inviolablement la Clémentine et toutes ses dispositions , de point en point, et selon tout ce qui y est contenu. Qu'ainsi Dieu me soit en aide, et les saints Evangiles de Dieu '. d

Après ces paroles, que les chanoines ne regardaient pas comme le moins important de la cérémonie , un d'eux , qui les avait écoutées attentivement, disait trois fois à voix haute : Aperi! ouvrez ! Les portes étaient alors ouvertes par les coustres, qui s'étaient tenus à l'intérieur. A l'entrée de l'église, l'évêque sonnait d'une petite cloche neuve fondue à ses frais , et dont on lui présentait le cordon ; à ce signal , les deux plus grosses cloches de la sonnerie s'ébranlaient et annonçaient que toutes formalités étaient consommées. Le grand chantre entonnait alors le Deum (iW, comme on l'avait fait à Notre-Dame; le pontife remontait sur son trône , et, toujours porté par ses barons , s'acheminait jusqu'au grand autel , y renouvelait le serment sur la châsse des barbes de saint Pierre, commençait le premier verset de l'oflice de tierce , pendant lequel il se revêtait des ornements sacrés , pour ce-

• Fgo N, fpiscopus Piclavemis jura Ecclesiœ Pictavensis servare , et maie alienata revoearepro poêsey slatuia, privilégia , libertates et coMue-^ iudines Ecclesiœ Piciavensiê antiquas ralionabileâ et approbatas , juro ad sancta Dei Evangelia me fideliter servalurum ; intelligent me ad omnia promissa teneri quœ sunt de e$se prœdictorum , et êtatuta Ecclesiœ Picta^ vensis , excludendo levés observantias à prœdiclis. Similiter juro quod Cle^ metitinam et compositionem de quâ in eadem fit mentio inviolabiliier obser^ vabo de ptmcto in punctum , juxta et secundwn qtwd tn eadem contineiur^ Sic me Deus adjuvet et hœc sancta Dei Evangelia,

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(4507.) DE l'OlTlEllS. 75 i

lébrer solennellement une seconde messe; car celle du Chapitre , qui n'était jamais omise , avait été chantée déjà avant son arrivée. La messe dite , et pendant le chant de sexte, le célébrant se rendait dans la chapelle où se tenaient les assemblées capitulaires , ou dans la salle des réunions , lorsqu'il y en eut une , revêtait le surplis et l'aumusse, costume du chœur, et bientôt, en présence de la compagnie assemblée, le doyen lui assignait une place, la première à droite parallèlement à la sienne; puis il prononçait le serment des chanoines , et promettait de payer les droits de cloches et du canonicat. Ensuite on le ramenait dans le chœur, où il prenait possession du premier siège au côté droit en . entrant. Pendant cette installation Torgue alternait les versels du psaume xlvi* : Omne$gentes plaudite manibus.

Là se terminait la fête religieuse. L'évêque, conduit aussitôt par la noblesse et le clergé de la cathédrale jusqu'à son palais, y recevait à un diner de fondation, avec le Chapitre et quelques-uns des plus grands seigneurs assistants, les quatre grands vassaux qui Pavaient porté. Après le dîner, le grand écuyer s'emparait de la haquenée; le grand échanson , de la œupe qu'il avait remplie au commencement du repas, et des nappes qui avaient couvert les tables ; le grand maître des cérémonies s'appropriait le vase et Taiguière dont il s'était servi pour donner à laver , et le grand sénéchal gardait deux plats d'argent qu'il avait déposés lui-même sur la table par devoir de sa charge \

* Anselme LeCorgne, vicaire général en 4440, dans Besly, Comtes de Poil., p. 546 et suiv. — Évesques^ p. 480 , 490. — Robert du Dorât , Hist, du Limousin , de la Marche et du Poitou , p. 702 et 707.

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74 HISTOIRE DE \A CATHÉDRArE (4507.)

Tel fut le cérémonial observé h Tinstallation d'4rnaud d'Aux, et qui ne varia que fort peu dans la longue période qui s'écoula entre lui et la Rocheposay, le dernier de nos évêques que portèrent les barons du Poitou. Aussi bien on reconnaît dans cette principale circonstance de la solennité une coutume observée assez généralement en beaucoup d'autres diocèses, et qui subsiste toujours à Rome, où elle fait partie de l'intronisation des papes. A Tours, à Orléans, on l'observa comme à Poitiers. Au Mans , elle fut en usage jusqu'en 1588 '. ~ Ce qui n'était pas aussi général, c'était une bulle comme la Clémentine, par laquelle des limites assez étroites étaient posées à la juridiction épiscopale, sans autre compensation que le droit de nommer un chanoine de joyeux événement, ce qui n'était d'ailleurs qu'une simple confirmation d'un droit antérieur '. Mais c'était un moyen d'obvier à d'assez graves conflits entre l'oificialité de l'évèque et celle du Chapitre, et il ne parait pas qu'Arnaud, pour avoir dû subir le premier ces modifications , toujours fâcheuses pour un supérieur, en ait clé moins dévoué à son église.

L'évoque avait, outre ces concessions , à payer encore son droit d'entrée au Chapitre , lequel consistait en un ornement complet, toujours composé, d'après les conventions reçues, d'une chasuble, quatre dalmatiques, deux devants d'autel , treize chapes grandes et petites , et huit aubes. Il fournissait d'ailleurs toute la cire qui se dépen-

• Voir de curieux mémoires sar celte coutume, par MM. d'Espaulart et de LambroD , Congréê scientifique 4e France ^ xt« session , tenue à Tours , t. Il, p. 223 et 235.

* Statuiael consueludincs anUquœ et apprdbalœ in Eccleiiâ Piciuv. (Recueil de pièces capitulaires , mihi , p. 4. )

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sait aux fêtes épiscopales^ qu'il y officiât ou non ' ; l'entretien de tous les ornements^ vases saôrés, livres, nappes^ tapis et objets nécessaires au grand autel pour le service divin ; le pain et le vin consommés à toutes les messes de chaque jour de l'année; plusieurs festaga ou dtners; enfin il était tenu à un certain nombre d'anniversaires ou services de fondation, pour lesquels chaque assistant du chœur recevait une distribution. Ces dépenses^ si considérables qu'elles fussent , n'avaient rien d'exorbitant si on les compare aux revenus de Tévèché , qui, sans s'être beaucoup accrus, étaient évalués en 1734 à une somme de 51,579 livres, ce qui devait être d'une bien plus grande valeur au xiv* siècle '. Il est vrai que les ornements, vases sacrés , et autres objets du service canonial, étaient d'une beauté recherchée; mais il ne faat pas oublier que les biens de l'évêché étaient réellement ceux de Téglise, et que celles:! avait le droit d'en revendiquer tout ce qui n'était pas pour le titulaire d'un entretien convenable à sa dignité. Cela explique comment furent presque toujours rendus, selon les prétentions des Chapitres, de nombreux arrêts des cours souveraines, si souvent nanties de contestations élevées à se sujet entre ces deux pouvoirs.

irnaud , qui avait été secrétaire de Clément V quand ce pontife n'était encore qu'archevêque de Bordeaux, devint son camérier après son élévation à la papauté : il fut l'homme de sa confiance, et plusieurs fois, de 1308 à 1312, il fut envoyé vers Edouard II, en Angleterre, sans doute avec quelques instructions pour l'affaire des

* Grand Car Maire ,X, ii , p. 347.

' Atd. , passim.

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templiers, qui ne Gnit effectivement qu'en celte dernière année, mais aussi pour arranger quelques différends entre le roi et les grands du royaume. Le pape fait souvent réloge y dans les lettres dont Tévèque est chargé par lui, de son zèle pour la famille royale d'Angleterre. Edouard, de son côté, semble aimer particulièrement révoque de Poitiers, le traite dans ses lettres de très<her ami\ Il y a donc eu entre le prince et le prélat une sorte d'intimité que celui-ci fit mettre à profit pour son église, et tout porte à croire que c'est à Edouard II qu'il faut attribuer le nom edwardus, inscrit dans un cercle dont nous n'avons plus qu'une copie , soit à quelque baie , soit peut-être dans quelque coin de la cathédrale, où le badigeon l'a soustrait aux regards.

En ce temps-là dut être fait le jubé, remarquable ouvrage, si nous en jugeons par les souvenirs qui nous en restent, et qui traversait d'un 3^ pilier à l'autre toute la largeur de la grande nef. — On dut aussi le munir de l'orgue et de l'horloge, que nous décrirons plus loin.

Les soins de la diplomatie, les honneurs du cardinalat qui lui furent donnés en 1312, n'empêchèrent point Arnaud d'Aux de se livrer aux soins de son diocèse. On a d'ailleurs des constitutions publiées par lui dans un de ses synodes annuels de 1310, célébré à la cathédrale, et dans plusieurs autres des années précédentes ^

Mais , quelque perte qu'eût faite l'évêque de Poitiers par les concessions de la Clémentine à un pouvoir qui rivalisait le sien , un autre fleuron bien plus beau

* Rymer, Act.^i, u,part. 4 , p. 426, 457, 476.

* Thibaudeau , t. i.p. 46.

* * Bochel , DecreU de VÉgl gall.y in-f« , 4609.

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allait lui échapper encore. Ce n'était plus Arnaud qui siégeait depuis 1312. Appelé cette année au cardinalat, il avait résigné son évêché , et Fort d'Aux , son neveu , lui succéda. C'est sous le gouvernement de celui-ci, en 1347, que le pape Jean XXII, successeur de Clément Y, par qui venaient d'être divisés plusieurs des grands diocèses de France, partagea aussi le nôtre en trois, établissant des sièges épiscopaux à Maillezais et à Luçon , deux des plus importants 'monastères du bas Poitou '. Il était d'usage que de telles émancipations ne se fissent pas sans que les bulles qui érigeaient les diocèses nouveaux conservassent tous les droits et redevances antéHeurement établies au profit de l'église démembrée. C'était comme un hommage par lequel ils devaient reconnaître à perpétuité leur filiation et une sorte de dépendance spirituelle. Le pape maintint donc à la cathédrale de Poitiers, outre certaines autres prérogatives, un droit de luminaire sur celle de Luçon et de Maillezais, qui devaient lui payer à cet effet annuellement une valeur do cent vingt livres chacune. De plus, elles devaient pourvoir à l'entretien continuel de deux cierges brûlant de chaque côté du grand autel, en témoignage de filiale déférence envers l'église mère. C'est peut-être de cette coutume, suivie dès lors, que vient celle observée dans notre cathédrale de n'allumer pour les offices non solennels que les quatre cierges placés aux quatre coins des degrés de l'autel majeur. Au reste • ces quatre cierges peuvent être encore un souvenir de Tancienne liturgie

* Gall. ehrisî. , t. ii. — Labbe , Bibl. manusc.y t. ii. — D. Fontencau , t. lU.

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gallicane» dont on a conservé si peu de traditions. Quand le siège de Maillezais fut transféré à la Rochelle , en 1649 y cette redevance Vy suivit, et nous fut acquittée comme par le passé. Elle eut cependant le sort de tant d'autres , et y malgré le droit évident et bien constaté par une possession pour ainsi dire toute récente et jamais interrompue, elle fut plusieurs fois contestée. Grégoire XI, sur quelque conflit élevé moins de soixante ans après Tinstitution , avait réglé que le droit serait payé chaque année le jeudi avant l'Ascension. En 1600 y Henri d'Escoubleau , évèque de Maillezais, et son Chapitre, prétendirent s'y soustraire; en 1621 , le cardinal de Richelieu et plusieurs curés du diocèse dé Luçon , qui contribuaient à la dépense , renou* vêlèrent les difficultés; mais le Chapitre de Poitiers fit saisir le temporel des premiers, réclama devant le parlement de Paris contre les seconds, et chaque fois plusieurs arrêts consécutifs consacrèrent le bon droit en perpétuant lachatge'.

Arnaud d'Aux étant mort à Avignon le 24 août 1319 , son corps fut transporté, d'après la teneur de son testament , dans l'église collégiale de Saint-Pierre de la Romieu, qu'il avait fondée eh 1318, au diocèse de Condom. Cependant le Chapitre de Poitiers , dont il avait été le bienfaiteur, ne l'oublia pas. Il fonda pour lui un anniversaire au 23 août de chaque année, et voulut que l'église conservât sa mémoire et son nom dans cette inscription latine, qui ouvre la série de celles que nous aurons èi citer:

' D. Fonteneau , t. m, p. 65 et 485. — r. la balle dans V Histoire du mmast. el des Mq. de Luçon , par M. de la FonteDelle de Vaadoré , t. i , p. 54. ^ Cette bulle est du 45 août 4547.

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ARNALBUS MCKUIT PICTAVIS POUTIFICARI ,

CT TANBfilf yOLUIT DEUS IPSUM CARDINALARI :

QUI RERUM GOMPOS PRUDENS MUiyrUM PERHIBETtJR.

FORTIUS INBE NEPOS PICTAVIS PIUBSUL HABETUR

ANNO HILLENO TER C DENOQUE NOVENO

OBVIA VENIT El HORS PESTO BARTHOLOHEI '.

Les termes qui signalent dans nos historiens l'emplacement qu'occupait cet éloge funèbre à la cathédrale de Poitiers t ne permettraient guère de le retrouver^ si D. Fonteneau n'avait pensé à le signaler expressément. Il nous apprend' que de son temps, vers 1750, on le voyait encore gravé sur une plaque de cuivre au pilier sur lequel s'appuie actuellement la grille du chœur ^ du côté de la chapelle des Evêques. Cette plaque et une autre appliquée au pilier parallèle atalent remplacé , par ordre de H. de la Roche-Posay^ l'inscription forcément détruite, avec le jubé qu'il avait rejeté au fond de l'église. On en voit les traces dans celles qu'ont laissées, aux deux cinquièmes piliers, deux taches ovales parfaitement distinctes , de 40 cent, à peu près de hauteur^ et dont plusieurs têtes de clous à pattes , restés dans la pierre , suivent encore les contours. Ces petits monuments se

* « Aniaod fut jugé digne d'être évèqae de Poitiers ,— et ensuite Dieu voolat qa'il devliil cardinal. — Son adminbtration fut réglée par une haute prudence. — Fortins, son neveu, occupe après lui le siège de Poitiers. — Sa mort arriva en la fête de Saint-Barthélémy , Tan 4349. « — Besly> à qui j'emprunte cette copie, p. 465, devait l'avoir lue sur la pierre même. C'est pourquoi je Taime mieux que celle de Dreux-Duradier (t. i , p. 32) , qui , en mettant terq^te novenok la fin du -cinquième vers, reporterait la mort d'Arnaud jusqu'à 4527, ce qui ne s'accorde avec aucnn des biographes.

* Carton de$ inêcriptionê , feuille n"* 34 .

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80 HISTOIHE de la cathédrale {4%22.)

trouvèrent dès lors placés moitié dans l'enceinle, moitié en dehors du chœur , aux deUx extrémités de la griUe du sanctuaire, et devinrent, comme d'autres dont nous signalerons les vestiges , la proie des mains spoliatrices de 1793.

Malgré les générosités des rois , des évèques , et la richesse de ses biens-fonds^ notre église avait cependant à supporter un lourd fardeau dans les frais continuels du bâtiment, qui n'était pas achevé. L'entretien du culte, les dépenses de l'intérieur^ l'ameublement des chapelles , le personnel de ses serviteurs, absorbaient, et au delà, les fruits de ses possessions. La gène oh se trouvait le Chapitre et la crainte de ne pouvoir suffire aux exigences du service divin , auquel on voulait surtout conserver une dignité honorable , déterminèrent à s'imposer des sacrifices , et il fut réglé, dans l'assemblée générale de la Saint- Pierre de l'an 1322^ qu'à l'avenir tout nouveau chanoine prébende s'engagerait par serment, au jour dé son installation, à payer lOliv. tournois une fois données, et chaque année une mesure de froment , rachetable , si mieux il l'aimait, par dix autres livres; et cela avant d'avoir part à aucune distribution. Et comme un usage observé de temps immémorial, mais auquel on avait dérogé depuis longtemps , voulait que tout nouveau chanoine payât, aussi une fois, pendant sa vie ou à sa mort, 50 sous pour son service anniversaire , on convint que ce droit serait désormais acquitté chaque année sous forme de rente perpétuelle , et rachetable par un seul versement de 30 liv. '• Cette mesure procura une ressource annuelle de 5 à 600 liv. , et l'impôt volontaire

' Recueil dès fiéces ca^tutaires, p* 27.

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vint de la sorte au secours de chacun , en servant la communauté tout entière.

Des fondations utiles vinrent bientôt y. ajouter d*autres revenus. Un grand nombre de chapelles, dont nous avons cité déjà quelques-unes , furent établies dans le courant des XIII* et xiv' siècles, et se multiplièrent .tellement jusqu^à la moitié du xvi% que plusieurs chapellenies durent être attachées au même autel. Un état de ces bénéfices , dont la collation était réservée soit à Tévêque, soit aux dignitaires , soit au chanoine en semaine , ou enfin aux familles des fondateurs^ état dont la date n'est pas constatée , mais qui doit remonter au moins, par sa forme et son style, à Tëpoque où nous sommes ici , en désigne jusqu'à trente-cinq, divisés entre une quinzaine d'autels. Il est regrettable de ne pouvoir pas reconnaître les places précises qu'occupaient ces autels , quoique beaucoup d'entre eux aient laissé dans nos vieux documents des souvenirs et des traces. Entre ceux des laïques remarquables qui enrichirent Saint-Pierre de Poitiers de ces pieuses créations, il faut citer Jean Guischard, qui fut deux fois maire, en 1324 et 1334^ et qui avait fait bâtir près la place du Pilori une tour de ville longtemps connue sous son nom. Il fonda vers ce temps la chapelle des Guischards, qui fut à la collation de sa famille % dont un membre était chanoine de Saint-Pierre. Quelques années après, en 1331, messire Philippe de Vouhé, prévôt de l'église de Poitiers, mourut, et établit par son testament , dat^ du lundi après la Saint-Martin (18 novembre), une chapelle à l'autel des Châsses ' de 12 liv.

1 Bourgeois, p. 478.

* Alîare Capsanjun , à canse de plusieurs reliques qui y étaient déposées habitoellemeut.

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