‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 18 sur 99 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Élévation générale de l4 façade ; toiture. — Arcature ogivale de la seconde zone.— Base centrale. —Baies latérales. — Mauvais moyen de donner du jour aux voûtes. — Arcature finale. — Toiture. — Défaut de la feçade.

Revenons maintenant aux détails généraux qui surmontent les trois portails.

Au-dessus de la porte centrale se dessine, dans un

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encadrement rectaiiguldire , couronnée d'une corniche garnie en crochels , une arcature composée de huit compartiments en ogive, séparés chacun par des groupes de trois colonnettes, divisés dans leur centre par une autre colonnette simple en guise de meneau , et supportant deux petites ogives subalternes. (F. le frontispice , o.) Un fleuron quadrilobé remplit le vide formé par la courbure de leurs extrados , et les deux tores qui les composent sont distingués par un groupe de chapiteaux fleuris de ceux qui forment les pieds-droits ou colonnettes. Dans le principe , cette arcature, qui ne manque pas d'élégance , était à jour et garnie de vitraux. Elle dut être bouchée, comme elle Pest encore, lors du placement de Torgue, qui, en effet, devait la rendre inutile pour l'intérieur de l'église. Rien n'indique qu'elle ait été destinée à recevoir des statues , coname la galerie des rois de Notre-Dame de Paris, qu'elle rappelle, quoique avec de bien moindres dimensions.

De là l'œil remonte vers un grand cadre dont la gorge estgarniede ces crochets que nous rencontrons si fréquemment dans la dernière époque de notre monument (pppp)* Ce cadre développe une superficie de 81 met. carrés, et renferme une vaste rose dont la circonférence atteint ses quatre côtés. Du cercle central partent , en s' élargissant jusqu'à ses extrêmes limites , des meneaux disposés en rayons, et composant des colonnettes dont les chapiteaux reçoivent une petite arcature trilobée. Chacun des vides laissés entre les courbes de cette arcature est garni d'un fleuron à jour et quadrilobé. La vaste étendue des rayons les a fait renforcer à leur milieu par une seconde arcature du même style, ce qui divise le champ en deux parties parfaitement ressemblantes.

Les grandes proportions données à celte baie et le caractère de ses courbes disent assez qu'elle appartient au XIV* siècle. Mais elle n'en a pas toute la recherche d'ornementation, et sa belle simplicité, comparée aux complications géométriques de beaucoup de roses de cette époque, s'allie bien avec la richesse un peu restreinte de l'ensemble qu'elle décore. Les quatre angles formés par la courbure du cercle dans le carré qui l'encadre sont remplis par une rosace dont la circonférence intérieure est garnie de six lobes aboutés. Celte rosace est accompagnée de deux autres plus petites qui occupent le reste du vide. Enfin ce vide lui-même n'offre plus, dans la partie supérieure du cadre, que le simulacre bouché de son genre d'ornementation ; tandis que , dans sa partie inférieure, le vitrage existe encore et laisse apercevoir les nuances variées de quelques écussons chargés d'armoiries.

Adroite de la rose s'élève une tourelle exagone engagée dans l'angle de la façade et d'un contrefort (q). Elle esl coiffée d'un clocheton pyramidal orné de crochets, et doni le sommet empanaché atteint presque à la hauteur du grand cadre : c'est un escalier en hélice conduisant di premier au second étage de l'orgue. Il est à remarquei que les hors-d'œuvre de ce genre ne nuisent pas à h perspective de l'édifice; ils passent comme inaperçus ai milieu des innombrables détails qui se partagent l'attention.

Chacun des portails latéraux est surmonté aussi d'um autre baie rapprochée des contreforts, qui la séparent de la rose un peu plus que des tours {rr). Sans se rendre bier compte de celte condition , on doit la regarder comme h résultat certain d'un calcul de rarchitecte ; car, malgré

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les apparences d'un défaut peu sensible à qui ne regardé que Tune des deux fenêtres , on reconnaît , en les observant toutes deux du même point de vue, qu'il y a symétrie parfaite, et par conséquent unité de plan. Après tout, on pourrait bien n'avoir percé ces ouvertures à une certaine distance des contreforts que pour laisser à ceux-ci d'autant plus de force en les appuyant sur un massif dont aucun vide n'altère la résistance. D'ailleurs l'unité que nous remarquons n'est pas tellement gardée , que les dimensions des deux fenêtres n'offrent pas certaine différence. Celle de droite, restaurée avec succès en 1843 par M. Dulin, architecte du département delà Vienne, a plus de surface. Son ogive obtuse en couronne deux autres sous lesquelles se subdivisent quatre autres plus petites. Le trumeau central , les pieds-droits en colonneltes groupées, les deux petites rosaces en quatrefeuilles unis, et celle plus large qui s'ouvre au centre de l'ogive supérieure, la simplicité de dessin qu'on reconnaît dans tout l'ensemble, font bien de cette baie un des types du XIV* siècle. Son pendant est du même temps, quoique beaucoup plus ornementé; et ici l'amortissement fort allongé , la délicatesse de la forme générale , les tympans de ses subdivisions, oix des roses-gracieuses multiplient leurs pétales, l'archivolte fleurie qui se jette sur les contours supérieurs, charment l'œil, qui n'a rien trouvé de séduisant dans la baie opposée. Cette dissemblance accuse deux portions différentes du nàême siècle, et la plus belle de ces baies doit se rapprocher plus que l'autre des dernières années du xiii%

Au-dessus de cette dernière, et dans le nu de l'appareil, s'accolent trois petites baies ogivales bordées d'un double tore qui retombe en colonnes sur chacun de leurs

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doit avoir maintenant de riiarmonie générale. Le style qui ne manque pas d'une certaine dureté dans le cheveu et dans les parties latérales , ne s'adoucit dans ces dernières qu'au moyen des belles fenêtres à meneaux que découpe Tarchilecture gothique , et enfin l'œuvre se couronne dignement par ce beau mélange de festons et de sculptures appliqués à la façade, comme pour indiquer le lieu à qui seul pouvaient convenir de telles ornementations. Il est dommage que cette façade ne rachète pa^ entièrement par ce genre de mérite celui d'une hauleui que l'œil trouve insuffisante, et qui, en effet, semble donner au monument, vu de ce côté, quelque apparence de lourdeur. Ce défaut peut être attribué, croyons-nous aux variations du sol, dont le niveau a changé plusieuri fois, sinon au pied du monument lui-même, au moini à certaine distance en avant. Il est vrai qu'on découvre des inégalités considérables entre le niveau du sol de \i façade et celui du chevet : à l'est, la doucine qui forme le soubassement des murs s'élève à 2 met. de terre; i l'ouest, elle reste à 0,00. Cette différence s'explique par h pente naturelle du sol vers la rivière, et ne suppose pas comme on le croit, l'existence de remblais dont on ne dé couvre que des traces insignifiantes. Au reste, il n'es pas douteux que l'effet peu satisfaisant de notre perspec tive n'ait pas toujours été le même. L'exhaussement e le rétrécissement de la place qui règne devant l'édifice n'ont dû s'opérer que peu à peu. Les habitations qui lu font face n'existaient probablement pas encore aussi rap prochées lors de sa construction; de là le résultat disgra cieux qui nous choque, et dont nos pères d'une certaine époque n'avaient pas à s'offusquer. Au xyi*" siècle quand la soldatesque pillarde du comte de Grammon

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vint exercer sa fureur de brigandage sur la triste ville do Poiliers , la place de la cathédrale était ornée , en face de l'église, d'une grande croix de pierre sculptée à feuillages, qu'entouraient huit angelets et bastions. Les iconoclastes n'eurent garde de l'épargner; le tout fut abattu , rompu et ruiné f et la perte évaluée à 90 livres tournois'.

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