‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 20 sur 99 · C. XXVI · texte numérisé non relu

C. XXVI

* Conc. arausii. can. 7 , ann. 444.

réunissait aussi bien dans le parvis '. L'Eglise prenait dès ce jour sous sa prolecUon le nouvel homme libre , et le défendait contre ceux qui auraient attenté de nouveau à sa liberté. Enfin, s'il est vrai , comme on l'a reconnu par des actes transmis jusqu'à nous du moyen âge, que Teau et le fer fussent chauffés dans l'église pour les épreuves du jugement de Dieu; si les champions y venaient préalablement recevoir une bénédiction spéciale, rien n'empêche de croire que le combat put se livrer quelquefois devant l'église même , où le champ clos se fût trouvé disposé aussi commodément pour les combattants que pour les spectateurs et les juges.

Quand l'amende honorable était une des formalités préalables de la peine infligée à certains crimes, c'était dans le parvis de l'église principale du lieu que s'accomplissait cette terrible cérémonie. Nous avons un arrêt du présidial de Poitiers, en date du 27 mai 1679, qui condamne un certain Delhomme, « con- ^ vaincu des crimes de sacrilèges y blasphèmes et ») excès par lui commis dans Téglise cathédrale de cette » ville, à faire amende honorable devant la grande porte » et principale entrée de ladite église , et là , en chemise » et à genoux, tenant entre ses mains une torche ardente » du poids de deux livres , et ayant la corde au col , de- » mander pardon à Dieu , au Roi et à la Justice , des « crimes par lui commis , et de là être conduit dans » la place de Notre-Dame-la-Grande pour y être pendu » et étranglé à une potence, etc. ^ etc. \ » — Hâtons-

' Bull, monum. , t. vu , p. 475. — Codex Justiniani , de his qui in ec- ^hiis^ etc.

* Recueil de pièces administratives et judiciaires ^ de ^577 à -1764, milii,

nous de dire que ledit Delhomme^ qui avait pris ses précautions, ne subit ces divers désagréments qu'en effigie. — C'est là aussi, vraisemblablement, sinon aux Cordeliers , que le malheureux Jacques-Cœur , argentier de Charles VU, expia, « la tète et les pieds nus et tenant » une torche de dix livres , » le crime d'avoir déplu à ses envieux, elle malheur d'avoir mérité les faveurs royales \

Les mariages se sont faits pendant fort longtemps devant la porte de l'église, sous le porche ou dans k parvis, et cet usage subsistait encore aiï xvi** siècle. Sainte-Foix le constate en rapportant les fiançailles d'Elisabeth de France, fille de Henri II, avec le roi d'Espagne Philippe II , qui se firent au portail de Notre-Dame de Paris, selon la coutume de notre mère sainte Église \

Des conciles , pour remédier à des abus qu'avaient admis trop facilement certains curés , et dont l'autorité laïque s'était fait un droit , ordonnèrent que les publications relatives à des intérêts temporels se feraient à la porte des églises , après les offices , et alors la chaire et pierre devenait une tribune d'où le prévôt, bailli ou sergent se faisait entendre à la foule.

Il est vrai que certains autres, comme ceux de Liège en 1287, et de Trêves tenus en 1310, avaient interdit la plupart de ces usages que nous venons d'énumérer ' ; mais ce n'étaient que des conciles particuliers qui ne dé

' Monstrelet, Chrmiq. , ad ann, 4455. — La Thomassière , Hist. âx Berry , p. 86.

■ Essais hist. sur Paris, p. U7. — L'abbé Pascal , Lilurg. cathoU col. 754.

' D. Martenne , Thesaur, anecd. > t. iv, col. 253 et 846. — Labbe, Conc, Trevir,^ an. dS-IO, can. lxiv; — ann. -1287, can. xviii. — Co défenses furent renouvelées par le concile de Trente, sess. xxii, de sacrif mifsœ.

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cidaient obligatoirement que pour la province ou le diocèse, et ils n'obligeaient nullement partout ailleurs , surtout quand ils réglaient des observances locales qui pouvaient n'avoir pas les mômes inconvénients.

De temps immémorial , lors de l'entrée solennelle des évoques de Poitiers dans leur cathédrale, le prélat s'arrêlail dans le parvis ; il y recevait les compliments du Chapitre par l'organe du doyen, comme nous l'avons raconté ailleurs % et plus tard il y prêta sur l'Evangile le serment de garder les statuts de la Compagnie. — Tout s'accomplit encore de la même manière, sauf le serment, que le concordat de 1801 a rayé du cérémonial, en abolissant tousles privilèges des corps ecclésiastiques.

Mais , au nombre des affaires importantes qui s'accomplissaient dans ce local privilégié, n'oublions pas la représentation des mystères y de ces fêtes populaires où la naïveté de nos ancêtres aimait tant à renouveler tout ce qu'avaient de dramatique les pages de l'Ancien et du Nouveau Testament. La pieuse simplicité du temps, qu'on a trop méconnue quand on a jugé ces poëmes en action d'après les règles de notre goût et de notre littérature moderne, attachait la plus grande importance à ces récréations édifiantes que jouaient moult triomphamment les personnages les plus distingués. Quelquefois, comme à Angers en 4486, on célébrait la messe sur le lieu de la représentation avant d'y procéder. Nous ne trouvons pas de fait particulier où le parvis de notre église ait servi de théâtre ; nous voyons au contraire qu'à Poitiers , en 1 534, et non 1533, comme l'écrit Thibaudeau ', on ^ fil

* Recherches sur la vie de Simon de Crauiaud. - Mém. de la Soc, ^iAtttiq. de V Ouest , 4850 , p. 265.

'T. H, p. Mfe.

joyeuses el triomphantes monstres des mystères de l Incarnation , Nativité , Passion et Résurrection de Nostre-Seigneuf Jésus-Christ, et œla au Marché-Vieil, c'est-à-dire sur la place Royale actuelle *. Mais le même auteur ne dit pas où furent données les monstres (\g\US6 (et non 1490, comme le veut encore Thibaudeau), lesquelles précédèrent de quelques jours celles d'Angers % et nous penchons fortement è croire que ce dut êlredevant notre église, car il est mentior d'autres mystères joués en 1490 dans le cimetière de Saint-Cybard, c'estrà-dire dans la portion de ce cimetièrOj alors très- vaste, qui n'était pas consacrée aux sépultures ^ Un tel emplacement paraissait en effet très-naturel pour de semblables exercices, auxquels prenaient une part active des ecclésiastiques, qui souvent même se faisaient gloire de les composer ^; et si l'on se rappelle qu'alors chaque église avait son cimetière particuliei tracé autour d'elle ^ on se persuadera aisément qu'on ait pu choisir préférablement encore, devant la cathédrale, un espace toujours libre, assez étendu pour cette destination , et dont le plan était d'avance très-bien accommodé à cet objet.

Au reste, nous savons que le parvis de Saint-Pierre avait été de temps immémorial le lieu de sépulture accordé par le Chapitre aux chantres, coustres , bedeaux et autres personnes formant le bas chœur ou le service de l'église. Avant 1780, époque où l'on cessa d'enterrer

* Bouchet, Amales , fol. 267 , ad ann. ^534.

* Nicéron , Mémoires , t. xxxvii , p. 598. **Thibaudeau , t. ii , p. 447.

* « Chrisli personam agente decano Sli Martini. » ( Molanus , p. 500. ) ** Durand de Mende dit que de son temps on réservait au moins 30

pieds pour le cimetière autour de l'église.

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dans rintérieur des villes, celle coutume, qui àvail commencé avec le xiii* siècle, se coilUnuaità Poiliers. Quelques personnes se rappellent encore (1849 ) avoir vu de larges pierres du parvis chargées d'inscriptions funéraires, qui toutes ont disparu comme tant d'autres.

Enfin un fait grave et solennel termine la série des événements accomplis pendant tant de siècles dans celle même enceinte, et cette fois le retentissement devait en être long et vibrer sur le monde. Louis XVI venait d'accepter la constitution politique qui imprimait à la France de si profondes commolions. Dans toutes les communes elle devait être annoncée et promulguée. Ce fut le 25 septembre 1791 que cette formalité fut remplie à Poitiers. Le maire , après avoir proclamé la charte populaire à la porte de l'hôtel de ville , se rendit à la cathédrale , en donna dans le chœur une nouvelle lecture, et bientôt, montant dans la chaire du parvis, qu'entouraient les corps constitués et la garde nationale , il y fit la troisième et dernière publicalion'...

Telles sont les données de l'histoire sur les parvis et les scènes diverses qui s'y déroulaient tour à tour. Mais aujourd'hui encore notre liturgie y assigne certaines cérémonies.

En mémoire de l'usage d'y enterrer les serviteurs de l'église, chaque année, le jour des Morts, et après l'office capitulaire , un chanoine ou un prêtre attaché à la cathédrale se rend sur le parvis , y fait une absoute et prolonge sa prière tout le long du mur nord, en rentrant dans l'église par la porte Saint-Michel : témoignage irrécusable de l'existence d'un ancien cimetière.

Journal de la Fimne , 4701 , l. ii , p, 207.

48i HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE DE POITIERS.

Le dimanche des Rameaux , l'officiant , suivi de la pro cession qui rappelle le peuple de Jérusalem ornant 1 triomphe du Sauveur , s'y fait ouvrir solennellement 1 grande porte, image des portes éternelles que franchir bientôt le Roi de gloire ' ; le samedi saint on y allume l feu nouveau qui se perpétuera toute l'année pour le ser vice des autels , emblème de la charité et de la grâce Concluons de cette longue digression, réclamée pa notre sujet , que c'est un des beaux privilèges de l'archéc logie chrétienne de marcher toujours au milieu d'ensei gnementsdela plus haute importance; en elle tout élèv l'esprit et l'attache. Elle est pleine d'attraits mystérieu dont le cœur peut autant profiter que l'imagination Maintes fois encore , en scrutant l'intérieur de l'église mère du Poitou , nous reconnaîtrons cette vérité qui m fait pas le moindre charme de nos études.

' Aperile portas, principes, veslras, et introibit rex glori3e.(Ps. xxxm.)

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