‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 3 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Obigines. — Notions sur les églises primitives. — Première église à Poitiers, fondée par saint Martial. — Valeur historiqne de cette légende. — Les églises des premiers temps rebâties toujours sur le même emplacement. — La cathédrale de Poitiers a toujours été sur son terrain actuel. — Forme générale et appartenances des églises dans les premiers temps. — Le baptistère dit temple Saint-Jean. ~ Le même vocable donné de tout temps à notre égIi$e.-~Guérison miraculeuse due au suffrage de saint Pierre.— Commencements du chapitre.

Les monuments 9 qui ont leur histoire comme les hommes et les nations, ont« comme eux aussi, leurs périodes d'obscurités impénétrables. Ce que les chroniques ont conservé des souvenirs qui s*y rattachent ne va guère ordinairement au delà d'une certaine époque où le jour commence à se faire : tout ce qui la précède semble environné pour toujours du silence et de la nuit. Mais ce mystère , que si souvent nous cherchons inutilemerit à pénétrer, a son côté honorable; car, pour le peuple dont il cache le berceau, pour l'édifice qu'il enveloppe I. i

de ses ombres, il témoigne d'une antiquité d'autant plus reculée ; et l'estime qu'on professe de toutes parts pour la vieillesse des choses ou des familles n'est pas tellement un préjugé, qu'on ne puisse bien la considérer comme un.sentiment naturel à l'humanité tout entière. Les belles actions qui brillent sur une illustre généalogie, les événements dont la mémoire rejaillit à travers les siècles sur une église ou un palais, ne font-ils pas une partie de leur gloire, et l'esprit de l'homme, toujours avide d'apprendre et de juger, est-il jamais , quoi qu'on en veuille dire, insensible à ce charme secret qui les décore? Heureux même quand celte consolation lui est laissée à défaut des renseignements qui lui échappent! C'est là, d'ailleurs, un des points saillants de toutes les histoires , et plus d'une fois encore on le remarquera dans celle que nous abordons. Là, nous marchons d'abord à travers ces mêmes doutes ; ils ne s'éclaircissent bien que vers le milieu des temps qui séparent l'époque moderne de la naissance du christianisme. Avant d'exposer la cause de tant de nuages , de disserter sur notre cathédrale actuelle, nous allons voir, dans cette première partie, ce qu'elle dut être antérieurement à sa dernière reconstruction. Puis, guidés par quelques notions générales de la science aussi bien que par les faits historiques , nous arriverons jusqu'au xir siècle, où fut élevée cette enceinte majestueuse , témoin depuis lors des prières de vingt générations.

On sait que dans les premiers temps le nombre des églises fut très-restreint, soit à cause du peu d'extension de la communauté chrétienne, soit par une conséquence nécessaire des persécutions qui ne laissaient pas la liberté d'en bâtir. Mais, à la fin du m® siècle, le christianisme

avait fait tant de progrès, qu'il était peu de villes qui n'eussent la leur \ Enfin , après l'cdit de Constantin et de licinius , donné à Milan en 31 3 , les basiliques et les oratoires publics, qui s'étaient déjà multipliés de toutes parts, le furent encore plus en proportion des besoins de chaque localité '. Quoique la Gaule eût moins souffert des dernières persécutions sous la protection sincère de Constance Chlore et l'indulgente politique de Maxence \ la religion cependant y avait fait de grandes pertes , et le premier de ces princes , pour obéir , du moins en apparence, aux ordres de Dioclétien, s'était résigné , au commencement du IV* siècle, à raser les temples du Christ ^. Ces édifices ne purent se relever que lentement , et chez nous, comme partout, on se vit forcé de consacrer le principe, d'ailleurs observé jusqu'alors, de n'avoir qu'une seule église dans chaque ville. En effet, il n'y avait qu'un évêque pour une population parfois assez médiocre ^; autour de lui se réunissait le presbytère ou assemblée des prêtres qui formaient son conseil , l'aidaient dans son ministère ou dans ses fonctions , et ainsi un même local suffisait au troupeau pour recevoir du pasteur les instructions de la parole et la nourriture spirituelle du sacrifice ^. Telle est l'origine des cathédrcdes;

* Eusèbe ^^Hisioria eccL , Jib. viii , c. >! . — La 42* persécution , sous Anrélien, dura de 273 à 275, et la 45*' , la plus violente de toutes, ne commença qu'en 505, sous Dioclétien : tout cet intervalle fut mis grandement à profit par l'Église.

* Eusèb. , lib. x, c. 5.

* Longueval, Hist. de l'Église gallicane , ad ann. 505.

* Lactance, De morte perseculorum ^ c. xv.

" L'abbé Pascal , Origines de la liturgie catholique , col. 575.

* Fleuryo 2* Discours sur l'histoire ecclésiastique , n" vu.

4 HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE (Vers 250.)

elles prirent leur nom de la présence habituelle du pontife qui y siégeait.

Quelle que soit l'époque où Poitiers s'inclina devant son premier apôtre, qui probablement fut saint Martial, nous ne pouvons douter que sa première église n'ait été le siège de son premier évoque. Ce serait donc vers le milieu du iii° siècle qu'aurait surgi la cathédrale des Poitevins , et , qui plus est , elle aurait occupé dès lors ce même emplacement où nous la voyons. On sait ce que rapporte Bouchot de l'apostolat de saint Martial chez nos ancêtres : un jour qu'il distribuait au peuple de Poitiers la parole de Dieu, la voix du Sauveur se serait fait entendre tout à coup, et en lui annonçant le martyre de saint Pierre, consommé à l'heure même dans la ville de Rome , elle lui aurait ordonné de faire cy une église en son honneur; ce que Martial aurait entrepris aussitôt '. Quand ce miracle serait un article de foi, on pourrait fort bien en discuter les circonstances et la date, et l'on arriverait bientôt à découvrir dans cette contemporanéité de saint Pierre et de saint Martial un anachronisme encore possible du temps de notre chroniqueur, mais que la critique plus sérieuse des historiens modernes n'admet plus depuis longtemps '. Toutefois il n'y faut pas méconnaître, quant à notre sujet , une croyance populaire née d'une tradition respectable. Il se mêle toujours un peu de vérité au fond de toutes les chimères historiques, et ce qu'il y a de vrai dans celle-ci pourrait bien se réduire à la fondation de notre église primitive, et à l'identité du lieu. Nous avons,

1 Annales d'Aquitaine^ éd. de 4557, f** viij.

• Du Tems, Clergé de France^ t. m, p. 246. — Tliibaudean , HisL du Poitou, ch, II. — Breviarum Pictaviense, ad 7 jtiL

au reste, de quoi fortifier cette opinion dans les usages de l'autiquilé ecclésiastique. Il faut y remonter pour entendre ses témoignages.

Comme, dès Torigine, les chrétiens s'éiaient réunis secrètement dans les maisons particulières ou dans les cryptes, aQn de mieux éviter une publicité dangereuse^ et que presque tous ces oratoires furent transformés en églises aussitôt que la paix eut été donnée avec la liberté de conscience, on trouva convenable, dans la suite, de consacrer ces pieux souvenirs en les perpétuant. Sur le sol sanctifié par les divins mystères, à la place de ces demeures où les fidèles s'étaient longtemps prosternés devant la croix persécutée, s'élevèrent donc les basiliques des cités , les chapelles plus modestes des campagnes. Là, souvent les martyrs avaient souffert, souvent on y avait déposé leurs corps ou quelques restes précieux arrachés à la surveillance des païens. Tant de titres durent inspirer un profond respect pQur les premiers sanctuaires , et engagèrent à relever toujours les nouveaux sur les ruines des anciens. Ainsi , quand le pape saint Ânaclet eut fait ériger à la mémoire de saint Pierre un oratoire sur le fameux cirque oii Néron avait massacré tant de chrétiens, et dont le sol cachait le corps du prince des apôtres, ce fut c^e même lieu que choisit religieusement Constantin pour y élever, en 306, une basilique plus digne de son objet. Vers le milieu du xv« siècle , Nicolas V en recommence la construction sur un plan nouveau que Bramante devait modifier, mais toujours dans son enceinte primitive. Cette remarque s'applique également à la basilique de Saint-Paul. Bâtie d'abord par Constantin sur le tombeau de ce saint, Valentinien et Théodose la remirent en œuvre en 386, et l'incendie de

1823 ayant obligé delà réédifier, c'est encore de ses propres ruines qu'elle s'élève \ Sans doute la présence des fondements, la possession du terrain, et mille autres convenances , peuvent sembler avoir déterminé d'abord cet usage , et nous ne disconvenons pas qu'on y pût être sensible; mais il faut surtout en reconnaître la cause dans un motif religieux et liturgique dont l'histoire nous a laissé des preuves incontestables. Eusèbe, pour ne citer que lui, vient appuyer cette assertion d'un fait qui s'était passé sous ses yeux. L'église de Tyr avait été saccagée par les païens dans la persécution qui précéda la liberté chrétienne. Pas une pierre n'était restée sur une autre ; on avait poussé la fureur jusqu'à défigurer la place du monument, en y jetant les immondices de la ville. Aussitôt qu'il fut possible de la rétablir , Tévêque Paulin s'empressa de se mettre à l'œuvre avec son peuple, et, quoiqu'il eût été facile de trouver dans cette vaste cité un autre lieu aussi favorable , il voulut néanmoins déblayer ces ruines et en reconstituer un temple qui rappelât d'autant mieux la victoire de l'Église '. Cette coutume , une fois admise, devint une tradition imposante; il est peu d'endroits où elle n'ait été observée^ et les documents archéologiques, répandus aujourd'hui de toutes parts, tendent continuellement à en justifier l'évidence ^ : de sorte qu'on peut généralement regarder comme assez bien établi qu'une église, si elle date du moyen âge , et surtout du XI® siècle, qui fut une époque de renaissance, doit avoir

* L'abbé Pascal , ubi suprà , col. 528 et 529.

* Eiisèbc, lib. x, c. 3.

* Bulletin monumental , t. i , p. 208.

existé, sur le terrain qu'elle occupe, dès les premiers jours, de la prédication évangélique. ^

Une raison locale nous semble étayer ce sentiment pour la cathédrale de Poitiers; de l'emplacement même où elle s'élève nous tirons une preuve qu'elle ne fut jamais ailleurs. On sait dans quelles étroites limites la ville fut renfermée sous la domination des Romains; elle s'étendait fort peu à l'ouest^ au moins vers le milieu du iii^ siècle, comme Tout démontré les découvertes récentes de son enceinte romaine et visigothe ' ; et quoiqu'il nous paraisse démontré qu'au levant cette enceinte ait toujours été subordonnée au cours du Clain, nous n'y verrions pas cependant une contradiction avec l'existence possible de quelques faubourgs au delà de cette rivière. Sans adopter le système erroné de Dufour * sur la position de Limonum à son origine , on doit regarder qu'une certaine population extérieure a toujours été liée à celle de la ville , dont la vie et les intérêts lui étaient communs : de là cette posilioji , alors centrale , de l'église-mère , dont l'étranger ne s'étonne avec l'immense majorité des Poiievins que parce qu'on ignore quel était, il y a seize cents ans, l'état des choses. Et si Ton objectait l'étrangelé de cette situation hors des murs pour un si grand nombre de familles , dans un temps où les guerres venaient si fréquemment interrompre toutes communications entre la cité proprement dite et ces habitants du mburbium^ nous en trouverions d'autres exemples, ne fût-ce que celui de la capitale des Cénomans, divisée aussi en forteresse ou cité, et en faubourgs inférieurs.

* Mém, de la Société des Antiquaires de V Ouest, 4850, pp. 545 cl suiv.,

* De l'Ancien Poitou et de sa capitale, cli. 5 , p. 235.

Nous ferions remarquer encore ce qui s'est passé d'analogue dans la longue chaîne des âges plus voisins de nous. Combien de fois les faubourgs de Poitiers ne furentils pas dévastés au moyen âge, et pendant les dissensions du XVI* siècle ! que de fois , par exemple , l'abbaye de Saint-Cyprien , celles de Montierneuf, de Saint-Hilaire , n'eurent-elles pas à subir les ravages de l'ennemi ! Et toujours elles renaissaient de leurs cendres , et toujours les souvenirs du sol , la sainteté des traditions , attachaient les infatigables architectes au lieu qu'elles avaient d'abord consacré. D'ailleurs il ne faut pas se représenter les fondateurs AeLimonumy et les quelques générations qui les suivirent jusqu'à la conquête romaine, comme ces peuples constitués dans la suite, et marchant sous la bannière des seigneurs, pour vider, à leur appel, des querelles de territoire ou de féodalité. Avant que César eût pénétré dans la Gaule, on sait que ses habitants avaient été rarement attaqués dans leurs foyers; et quand ils le furent par les conquérants qui vinrent y prendre une si terrible revanche de la balance de Brennus, ils ignoraient l'art des fortifications, qu'un préjugé national leur avait fait regarder longtemps comme la ressource des lâches, mais dont bientôt ils s'acquittèrent beaucoup mieux". Il ne devait donc y avoir entre Poitiers proprement dit se développant sur la colline gauche du Clain, et les établissements assis sur les versants opposés, aucune différence sociale. C'était le siège d'une même peuplade, que le fleuve divisait sans la désunir, et dont les communications étaient facilitées par des ponts jetés, comme à présent, sur les deux rives. De la sorte, l'église bâtie à l'est de

* Ca'sarib de Bello galL, lib. m , c. 25.

la rivière devint plus tard la paroisse de toute la cité, Sainle-Radégonde n'ayant été fondée que deux ou trois siècles après.

La forme qu'avait à cette époque l'ensemble des lieux voués à la religion a tellement changé par le laps du temps et les variations inévitables de la liturgie, qu'il n'est guère possible d'en retrouver encore existantes les traces antiques. Poitiers doit être néanmoins, à cet égard, l'objet d'une remarquable exception. Autour de réglise, et dans un enclos qui la renfermait elle-même, se groupaient ordinairement la maison épiscopale^ des cours , des jardins, des bâtiments destinés aux sacristies et au trésor, un hôpital pour les pauvres, et surtout le baptistère '• Or, ce baptistère, cette maison épiscopale n'ont pas disparu. H est prouvé que la demeure des chanoines y atlenait également; car ce n'est guère qu'au ix' ou x* siècle que les Chapitres cessèrent la vie commune qu'ils avaient menée jusqu'alors sous les yeux de l'évèque, et nous trouvons la trace de celte forme primitive conservée à celui de Poitiers, dans une pièce de l'ancien cartulaire de Saint- Cyprien • . Nous avons tou t lieu de croire aussi que l'évêché, rebâti au xii'^siècle sous les murs de notre basilique, y avait été érigé dès le commencement, et a suivi jusqu'à nos jours ses diverses fortunes. Cette supposition s'appuie beaucoup de la plus grande facilité des communications avec l'église où le pontife avait ses fonctions habituelles,

< MabilIOD^ Commentaiium in ordinem romanumj c. 3. — Easèbe, IlisL ecc/., lib. X, c. 4.

' V. Gallia chrisHana, t.li,col. 42\2. Celte pièce est datée de Tan 27* du roi Charles le Chauve : Anno œxvij régnante Carolo rege. Ce prince mouta sur le trôm; en S40. Sa 27* année marque donc l'an 807.

el de l'orientation plus douce qu'on avait donnée à sa demeure en l'abritant contre le souffle ^du nord. Mais on conçoit qu'ici l'enceinte épiscopale ne devait avoir que d'étroites dimensions, eu égard à celles de la ville ; un fait qu'on peut lire dans saint Grégoire de Tours semble même rétablir, tout en nous fournissant une preuve de nos autres conjectures. En 592, une maison contiguë à celle de l'évêque s'embrasa, et cette dernière n'échappa que par miracle à Tincendie, un vase contenant de la poussière du tombeau de saint Martin ayant subitement détourné le vent'. La demeure pontificale, pour être menacée par le voisinage du feu , devait être bien près des maisons extérieures. Des témoins oculaires se rappellent d'ailleurs avoir vu pratiquer, il y a quelque trente ans, sous les murs de la cathédrale, du côié sud, de profondes tranchées destinées aux fondations de maisons nouvelles, et qui laissèrent à découvert de nombreuses traces de murs fort anciens attestant des constructions importantes. Ce fait ne se rattache-t-il pas à Texistence constatée dès le viii* siècle d'une demeure commune pour les chanoines de l'église principale? On peut le conclure très-rigoureusement d'une indication donnée par les auteurs du Gallia chri$tiana\ qui citent un certain Frofadus, doyen du Chapitre et archidiacre, comme faisant partie du mona$tère de l'antique église de Saint- Pierre de Poitiers ^

* Greg. Turon. , De miraculis sancH Martini , lib. iv , c. 52. — Gallia christiana , t. ii , col. U49.

* T. Il, ubi êuprà.

' On ne pourrait nous objecter, contre Tattribulion de tout ce terraia aux bâtiments de la cathédrale , la présence de la petite chapelle de

Enfin ne doit-on pas se persuader que remplacement actuel de la cathédrale fut toujours le sien, en observant combien le temple Saint-Jean s'en rapproche encore? Cet édifice, dont les plus graves autorités ont exilé pour jamais l'ombre un peu trop courtisée de Varenilla, fut bien un véritable baptistère, placé sous les murs de réglise à une époque où les rits du baptême solennel étaient si différents des nôtres : sur ce point nous avons pour nous toute Tantiquité ecclésiastique, tous les monuments analogues, le temple Saint-Jean lui-même, dont rarchitecture, la position, le vocable attestent un sanctuaire chrétien, et nous espérons le prouver dans un appendice à ce travail. Il est temps de conclure : nous ne croyons pas contestable que Saint-Pierre de Poitiers, placé d'abord au centre de la population, environné jusqu'à notre temps de Tévêché et du baptistère, ait conservé sans interruption la place où furent d'abord creusés ses fondements.

Nous n'avons pas à douter non plus que saint Pierre n'ait été dès le principe révéré comme premier patron du diocèse; ce fut, dès les premiers siècles, un témoignage fréquent de vénération envers les saints apôtres Pierre et Paul, de leur dédier les temples du vrai Dieu. Constantin donna l'exemple de ce zèle en élevant aux deux chefs du collège apostolique les deux magnifiques églises que dédia le pape saint Sylvestre , et dont la dédicace se célèbre encore le 1 8 novembre. Saint Grégoire de Tours mentionne fort souvent de ces dédicaces , et saint Fortunat '

SainUffilaire-enire-Églises , construite entre la basilique et le Icmpic Saiot-Jean i car cette construction est du xi« siècle.

* Poematiim , lib. v , c. 4 4 , — lib. m. - - Bibliotbeca Patnim , t. viii , pp. 775 et 785.

parle d'églises élevées sous le même vocable à Ravennes et à Nantes. Une multitude d'observations de ce genre nous persuadent même qu'on peut regarder généralement comme remontant, par leur origine, aux temps primitifs de l'Eglise, tous les temples qui portent ce nom. Nous disons généralement^ parce qu'il faut en excepter ceux qui le prirent d'une circonstance particulière, comme d'une possession de reliques ou de la fondation d'un bénéfice par Téglise-mère à une époque postérieure, et dont il est rare qu'on n'ait pas la date précise. Il paraît même, par une décision du pape Léon IX, donnée, au xi* siècle, en faveur des moines de la Fontaine -de-Bèse contre les chanoines de Langres, qu'aucune église sous le vocable du prince des apôtres ne devait être soumise envers une autre à aucune dîme ou redevance'.

Quoiqu'il en soit, une tradition constante suppléerait pour nous à tous les titres, si les plus anciens de ceux-ci ne le confirmaient positivement. Ces titres originaux nous manquent, il est vrai, absolument aujourd'hui, ayant disparu à la suite des calamités qui, à diverses époques, désolèrent notre province; mais les anciens historiens les avaient pu consulter, et autorisent leurs récits des instruments authentiques qu'ils disent avoir eus sous les yeux \ Nous avons vu les prétentions de nos pères à faire remonter leur conversion à la foi jusqu'au jour même où saint Pierre accomplissait sur la croix la prophétie de son divin maître. La révélation dont on veut

* Chronicon Bcsvcnsis monastcrii ^ apud Dachery , spicUegium , i. f, p. 572.

• Bouchct , f" XX.

que saint Martial ait élé honoré en celle circonslance lui recommandait expressément d'élever une église à l'honneur de luy et œmmémoration de son martyre \ La conclusion la plus rigoureuse à tirer de celle légende fait donc reporter le vocable de notre église jusqu'à son origine. Ce fut à celte opinion^ ajoute l'historien de TÂquitaine, que saint Hilaire, se trouvant à Rome au retour de son exil, et logeant chez un certain Vincent, dut une partie delà barbe du saint apôtre, « laquelle repose en icelle église cathédrale, en la maîtresse châsse; » il obtint aussi une casse d'autres reliques, parce qu'il donna à entendre^ et que la vérité estoyt telle , que son église de Poictiers eitoyt fondée de saint Pierre \ A travers les chartes supposées de Saint-Just, elles témoignages plus que suspects de la chronique de Martin et de Bernard Guidbnis, on voit cependant la source véritable et la filiation d'un fait généralement reçu. Le nom, une fois donné à l'église, dut se conserver religieusement à l'abri de cette possession des reliques; et le soin que l'Eglise de Poitiers en prit toujours , la vénération du peuple et les cérémonies où il aimait à satisfaire sa dévotion envers elles, ont dû pour toujours attacher leur nom à l'édifice qu'elles avaient consacré de temps immémorial.

Mais les faits historiques ne nous manquent pas, et prouvent tout seuls combien cette opinion est fondée. Laissons parler le vieux annaliste du Poitou, racontant les miracles qui suivirent la mort de saint Hilaire ;

a Une povre femme débile et malade du cœur, en sorte » qu'elle ne pouvoil manger chose qui luy profitast, alla

* Bouchet , f" vUj, ' Ibid. , f*» XX.

U HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE (Vers 560.)

» se recomanderà Dieu et à saint Hilaire en son église, » audîctPoictiers. Et après avoir fait son oroison/ûng » petit sommeil la prinst où il lui sembla veoir sainct M Hilaire,quiluidictqu'elleallastenréglisedeSaint-Pierre » dudict Poictiers , et se recomandast à luy, et incon- » tinent sa prière seroyt exaulcée; ce qu'elle fait sans M se divertir ailleurs; et son oroison faicte, se trouva » consolée et toute saine '. » Ceci devait se passer au IV* siècle. Au vr nous trouvons un nouveau témoignage. Le moine Pierre de Maillezais , parlant de^notre évêque saint Pientius , rapporte qu'on le croyait assez communément fils d'un coustre ou gardien de St-Pierre de Poitiers '. Enfin nous aurons , dans le cours de ces recherches , maintes occasions de retrou ver ce nom, parvenu sans intervalle jusqu'à noire âge, et qui sans doute ornera jusqu'à la fin le fronton de notre basilique.

On voit que du temps de saint Pient, vers le milieu du VI* siècle, l'église de Poitiers avait déjà seacoûtres, sorte de gardiens employés aux soins matériels du service divin, et dont nous connaîtrons plus tard les charges et les privilèges. Ces officiers subalternes du Chapitre sont une induction pour l'existence de celui-ci dès ces temps reculés ^ et c'est la première mention que l'histoire nous en fournisse , encore n'est-elle que conjecturale. Cependant le corps canonial, ou ce qu'on a désigné ensuite sous ce nom, devait former déjà le clergé spécial de la cathédrale, comme conseil et sénat de l'évêque, et se trouvant partout ou un siège épiscopal était établi. Le

' Bouchot , f° xxvij.

" Pelri monachi de antiquiiaie insulœ Maleacensis , lib. 1 •. — Cité par Besly , Évesques de Poictiers^ p. 9.

(V. 260.) l)i: POITIERS. -16

plus ancien titre qui parle du nôtre est une charte de 799 en faveur de Tabbaye de Nouaillé, donnée par Aton , évêque de Saintes et chanoine de Saint-Pierre de Poitiers \ Nous aurons maintes fois occasion de parler du clergé de notre église; mais nous réserverons ce qui touche à son origine , à son action dans le gouvernement du diocèse , et aux faits qui lui sont spéciaux et exclusifs, pour son histoire particulière, qui suivra celle-ci , notre travail actuel ne devant le montrer que dans ses rapports avec l'édifice qui nous occupe.

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