‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 46 sur 99 · CH4PITRE XIV · texte numérisé non relu

CH4PITRE XIV

PiLiEBS.— Bases. — Chapiteaux. — Légèreté des piliers. —Leur symbolisme. — Système de solidité générale. — Caractères des piédestaux dans le Poitou. — Quelques singuls^rités de ceux de notre édifice. — Variétés dans le* bases et dans leurs moulures. — Symboîismes des empattements.— Beau travail des six cent dix-neuf chapiteaux. —Variété de leurs formes et de leurs corbeilles. —Tailloirs et foliation. — Animaux fantastiques. — Richesse de la flore indigène. — Belle disposition des faisceaux de colonnes. —Autre symbolisme de la végétation. — Autres oiseaux mystérieux. — Jolis tailloirs percés à jour. — Nouveaux méfaits du badigeon. —Rapports entre Notre- Dame de Paris et Saint-Pierre de Poitiers.

Les sept piliers qui se répètent entre la nef et les deux

DE POJTIERS. 299

latéraux paraissent d'abord si déliés , qu'on leur supposerait difficilement les mesures que nous en avons données '. Leur élancement diminue à l'œil leur diamètre réel; on dirait quMls sont là plutôt comme un objet de décoration que comme moyen nécessaire de solidité, et Ton se demande comment de si légers supports, et en si petit nombre, peuvent soutenir l'inébranlable masse qui les charge. ( PI. VI , n°* 1 , 2,, 3, 4.) C'est le secret de Tart, dont les ingénieuses combinaisons formèrent pour eux des fondements qui les portent et des 'voûtes qui s'y appuient; un système de double pression qui les afifermil, et par là protège d'autant plus la stabilité de l'édifice même. — Nous verrons, en visitant les combles, quel poids supérieur rentre dans le système dont nous parlons. — Les piliers ou colonnes d'une église ont, comnie tout le reste, une signification qu'il faut comprendre; considérés en général, ils représentent les évoques et les docteurs qui soutiennent l'Église spirituelle par leur doctrine , dont la fermeté est figurée par les bases, comme sa fertilité par la riche végétation des chapiteaux '. Le nombre des colonnes , dans un temple chrétien, n'a jamais eu rien de fixé par des règles absolues; mais, selon qu'elles s'y sont plus ou moins multipliées, nous devons y rattacher des idées diverses. Onze ou sept, rarement plus , divisent en espaces égaux la longueur du plan. Dans le premier cas, ce sont les onze apôtres, dont Je traître s'est éloigné; dans le second, nous avons l'application d'un texte des Proverbes de Salomon prédisant en termes précis, comme Pont fait ressortir saint Am-

1 ci-dessus , 3« partie, ch. i , p. ^95.

* Ration, div. offic.^ de Ecclesiâ et ejus partibus , mihi , T iv.

broise el d'autres Pères ', rétablissement divin dei'Eglise, les sept sacrements qui prodiguent à ses enfants la nourriture spirituelle , ou les sept dons de l'Esprit de vie qui les éclairent et les conduisent. Sapientia œdificacit $ibi domum : excidit columnas septem* (Prov., ix, 1.)Rieû de plus juste, on le voit, que cette exégèse des commentateurs ; rien de moins forcé que l'appropriation qui en est faite à notre objet par.l'évêque de Mende et les autres qui ont écrit sur ces matières.

Si nous ajoutons à nos quatorze piliers qui s'élèvent au milieu du vaisseau les deux autres qui les suivent à chaque extrémité et s'engagent de chaque côté de Tabside et de la grande porte, puis encore ceux qui correspondent, sur les murs latéraux , à ceux de la nef, nous découvrons un système de soutennement intérieur calculé sur l'énorme puissance de trente-six étais. Et quels étais! une pierre compacte que le ciseau n'entame qu'avec beaucoup de travail; des bases dont les proportions robustes, sans rien ôter à leur élégance, unissent leur énergie à celle des tailloirs larges et épais , et tous ces membres d'un corps si vigoureusement constitué reliés encore par un ciment inattaquable. Admirable souveraineté du génie, qui a dû prévoir tous ces moyens, apprécier leurs rapports, et, maître d'eux, prédire à son monument une éternelle immobilité! En vérité-, quand on étudie ces merveilles, on se prend à croire queTarchitecture est le premier des arts.

M. de Caumont a fait remarquer l'emploi des piédestaux existant dès le xii' siècle er^ Normandie conamc

^ s. Ambr. de fide, lib. i , c. ^5.— S. Grég. Moral. , lib. xum, c. ^^' — Et tous les interprètes.

jpport immédiat des bases de colonnes, et l'absence, cette époque, des plinthes qui s'interposaient d'abord fltre les uns et les autres '. Ce caractère se révèle aussi ans le Poitou presque généralement, et notamment dans i cathédrale. Les piédestaux, élevés au-dessus du sol à ne hauteur qui varie de 60 cent, à 1 met. 30 cent. » dilinuent quelquefois de largeur vers leur sommité, et là s se relient à la base par des empattements dont les )rmes sont très-variées. Le long des murs latéraux, ces iédestaux atteignent leur plus grande hauteur; ils sont lus simples et ne se font remarquer que par leur rétréissement supérieur. (PI. VII, a, et pi. VI, n^* 5 et 8.) lanslanef^ ils sont plus bas et affectent une forme plus irétentieuse , se composant tous de plusieurs cavets sélarés par des listels fort saillants. Là aussi on les voit lorlés sur un emmarchement ou plan octogonal saillissant luelquefois de dix ou quinze centimètres sur le niveau du Wivé, quelquefois effleurant sa surface et laissant deviner «que des pavages réitérés lui ont peut-être ravi. C'est ine singularité remarquable que cet ensevelissement de x)ut ou partie de l'emmarchement, aussi bien que la fauteur différente donnée aux piédestaux. On ne peut guère s'en rendre compte que par les inégalités de la couche rocheuse sur laquelle ils sont établis , sinon par une simple distraction de quelque architecte qui, succédant M'auleur des premières données, aurait pu facilement s*égarer sur ce point, qui d'ailleurs n'a qu'une mince importance '. Mais un caractère presque inaperçu, et dont Dous ne voyons pas trop le motif, laisse peu douter que les

* BulL monum. , t. vi, p. ^63.

^ Cette différence a été remarquée aussi par M. de Caumont à la cathédrale de Dol, en Bretagne. Il raltribueà des époques différentes. — Bull. '*»WMn.,t.Ti,p. 250.

deux rangs de piliers aient été posés dans la nef par les mêmes mains : à plusieurs d'entre eux, le dé du piédestal est orné d'une feuille de chêne sculptée dans une position verticale , et touchant de sa pointe le bord inférieur de la base du piédestal angulaire, avec laquelle on ne lui voit cependant aucun rapport d'ornementation (PI. V, n*" 5. ) Ne trouvant en rien le but utile de ce petit travail, on est tenté de le prendre pour un signe de reconnaissance; et dès lors il constaterait l'identité du maître maçon pour les piliers qui séparent la nef centrale des deux bas-côtés. On trouve aussi dans les galeries des piédestaux dont la partie antérieure est garnie d'unelarge feuille galbée, laquelle se recourbe sous la base des colonnes qui encadrent les baies.

Les bases sont toutes d'une grande élégance , car elles appartiennent au style atlique , avec cette modification caractéristique des xir et xiii* siècles, qui consiste à en épanouir le tore inférieur. L'étude de ces détails est ici fort curieuse , parce qu'elle offre des variétés qui montrent de quelles ressources était riche le génie de ce temps. C'est ainsi que le premier tore , qui se profile le plus souvent en moitié de cercle , parfois s'allonge vers le milieu de son épaisseur pour y adopter une coupe ogivale *. Le tracé des sorties diffère aussi par le creux» et quelquefois , souvent même dans la nef, se traduit en rainures prononcées établies aux dépens du second tore, qu'elles attaquent à une certaine profondeur. Enfin c^ tore est lui-même plus ou moins épanoui , n'a pas toujours une largeur uniforme, et n'affecte jamais la coupe semi-cylindrique de la base attique proprement dite. G*est de ce tore que partent , pour se rattacher aux deux angles

* Pilier qui sépare l'abside do Tabsidiolé nord. (#^. pi. V , n»« 5 et 8.)

extérieurs de chaque base, les empatlemenls si divers qui s'y épanchent. La fleur du lis y revient fréquemment • , avec ses capricieuses variétés, nous avertir que Thumilité, base des vertus chrétiennes, est le soutien de la chasteté, qui les embellit toutes. La feuille du châtaignier et du chêne " y représente la justice et la force, deux vertus cardinales dont la première fait rendre à chacun £6 qui lui est dû , la seconde, mourir plutôt que de violer la loi de Dieu. Quelques feuilles de pure fantaisie en apparence , mais que leur état fruste ou une imitation peu exacte empêchent de déterminer , se joignent çà et là a celte végétation instructive. Ailleurs , ce sont de fortes boucles engagées par un anneau, et signifiant la constance dans la foi; ou des cornes d'animaux , dont l'Ecriture fait souvent l'expression sensible de la puissance de l'Eglise et des biens temporels promis à la confiance de ses enfaots. Puis viennent les trèfles avec leur idée mystique de la Trinité; les feuilles frisées, qui mêlent une gracieuse décoration à ces motifs d'un ordre plus grave. Là aussi , de petites figures de diables répètent la pensée de tant de modillons, ou bien des oreilles d'âne ' parfaitement caractérisées perpétuent le souvenir des fêt^ où le bon ammal de Bethléem jouait un rôle qu'on n'a pas assez ownpris jusqu'à présent, mais dont on commence à savoir le sens à mesure qu'on étudie mieux le moyen âge et saliturgie ^.

* Dans presque tout le pourtour de l'église. ( PI . V , n** 5. )

* Filiers de communication de la nef au latéral nord. ' Dans les deux nefs latérales surtout.

* Voir enoore plusieurs articles sur ce sujet dans les Ann. archéol. , *ii,p. 26, ett. vni,p. 472.

Les bases des petites colonnes engagées qui décorent les murs sont toutes privées de ces empattements. Elles reposent sur un socle porté par le soubassement continu 5 et qui n'a pas plus de 20 cent, d'épaisseur. C'est, au reste , vers le chevet et dans les groupes de piliers qui l'appuient qu'on trouve les bases le mieux conservées et qui doivent donner une juste idée de la beauté originelle de celles qui , en si grand nombre, ont souffert d'inévitables mutilations.

Mais l'honneur de toute architecture chrétienne est surtout dans la possession de ses chapiteaux , savante et délicieuse couronne qui, dans un édifice de premier ordre, brille jusqu'aux plus sombres recoins, et devient aux yeux les plus inexpérimentés le plus éloquent panégyrique de l'architecte. En énumérant tous ceux de l'intérieur de la cathédrale de Poitiers , et y compris les tètes des colonnettes qui jaillissent entre la corniche et les colonnes du pourtour (pi. Vll,ccc), nous en comptons jusqu'à six, cent dix-neuf, auxquelles il faudrait ajouter encore ceux qu'ont masqués les constructions hétérogènes des deux extrémités jde l'église. Tous sont fouillés avec un soin particulier, quelle que soit leur position plus ou moins visible; tous, par la variété de leur dessin et leurs formes propres, parlent des phases diverses de la période architecturale qui les vit sculpter, et viennent joindre , pour faire déterminer leur siècle , la spécialité de leurs caractères à celle des mille autres détails qui les environnent. En cela , ils se lient naturellement à Texistence des différentes travées de la voûte ou des fenêtres dont ils enjolivent les pieds-droits.

Leur forme générale varie fort peu, et se réduit à celle d'une élégante corbeille plus ou moins curviligne. Dans

les trois dernières travées du fond, ce moule, encore sous Tinfluence des inspirations romanes, se garnit de feuillages qui ne rachètent l'âpre sévérité de leur altitude que par le fini de leur sculpture habilement découpée. (Pl.V,n*»' 1 et 8.)

La grâce inhérente au chapiteau corinthien^ dont la manière est ici agréablement rendue, les jolies couronnes d'acanthe ou de fougère, de feuilles grasses ou de feuilles d'eau qui se superposent par deux ou trois rangs entre l'astragale et Tabaque , modifient singulièrement au re*gard rénorme épaisseur de celui-ci , qui se compose de deux ou trois plinthes chanfreinées séparées par autant de listels ou de cavets. Cette multiplicité des tailloirs se remarque surtout dans la partie des nefs qui appartient au xui* siècle. (PL VI , ft.) Sous les angles de chacun, les feuilles se replient en volutes plus ou moins découpées. Noos observons aussi qu'au second pilier du sud, les feuilles aquatiques s'enroulent plus gracieusement; elles s'ornent de nervures profondes qui les partagent de haut en bas. Non loin de là , dans le croisillon du même côté, cMte même foliation , traitée avec des dimensions beaucoup plus développées , se recouvre de perles , genre de coquetterie qu'affectionna le roman fleuri , mais qu'on ittrouve encore en plein xiii* siècle , par exemple, à la troisième fenêtre du bas-côté nord. Nous avons signalé, en décrivant les grandes baies géminées qui éclairent le J<^d de l'église, les personnages qui forment les chapiteaux de leurs pieds*droits. Les difficiles positions qu'ils y affectent révèlent une pénitence douloureuse , partagée par un certain homme encapuchonné surmontant la derrière des colonnes engagées du déambulatoire méridional. ^ premier chapiteau de la travée correspondante , au

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nord , est un joli pélican pressé de toutes parts, ou mieu?^:^ dévoré par ses petits. Image touchante de la charité di — vine, plus avide encore de donner que ses enfants d^ recevoir.

Voulez-vous d'autres histoires mêlées à ces feuillages ? voyez dans la nef de nord , au coin de la deuxième travée , deux animaux ayant un corps d'oiseau : leurs deux paliês antérieures sont d'un quadrupède; une queue de dragon remplace les deux autres , et leur tête unique et grimaçante , placée à l'angle du chapiteau , s'élève fantastiquement au-dessus de ces deux corps qui lui appartiennent. Le croisillon septentrional vous offre encore deux petits bons hommes aussi empressés de s'arracher aux feuillages épais où s'embarrassent leurs jambes, que s'il s'agissait d'une chausse-trape ou d'un traquenard. — Vis-à-vis , au-dessous de la baie occidentale, le second chapiteau de l'entre-colonnement est couvert de feuilles bizarrement contournées, qui ne ressemblent en rien à celles qui les avoisinent , et à 50 cent, au-dessous , coupant cette même colonne , saillit un autre chapiteau qu'on a oublié de sculpter, et dont la singulière place n'est guère explicable.

C'est en quittant le déambulatoire pour entrer dans les nefs proprement dites que nous apparaît enfin la plus belle ère de l'architecture religieuse , le xiir siècle , inaugurant la plus belle imitation possible des feuilles indigènes '• Déjà sur les corbeilles plus élancées se drapent, minces, légères, à peine accusées, les étoffes plissées qui laissent retomber leurs crochets comme des boutons non encore épanouis de fleurs introuvables ( pi. V , n^2 ) ; de larges

* InsirucU du corn, des arts eimonum, , p. 57.

5S de chêne s'y associent autour du tailloir, traiivec une irréprochable délicatesse. Quelquefois, ledans le transept nord, ce sont des fruits sphéroïdes eant de leur poids une mince lige qui plie sous eux ie agréablement le style de l'ornementation. Il est larquer que ce côté de l'église conserve plus généent les caractères de la sculpture romane, qui s'ef- , d'ailleurs à mesure qu'on descend vers l'occident; ;que, dans la nef opposée, rien n'égale la fraîcheur dat du travail : les branches de chêne avec leurs s (n** 3), les quintefeuilles , la vigne sauvage, lent n'y développer leur marche sinueuse que pour tiver la plus légitime admiration (n^ 4). C'est la ^re gothique dans toute sa pureté scrupuleuse, is les piliers de la nef, tout radieux du luxe qui les a, qu'ont-ils vu, depuis l'ingénieuse main qui les ore, de préférable à leur éclatante parure? Un caraclouveau s'y fait remarquer et les distingue de tous itres : c'est l'inégale hauteur de quelques-unes des aes groupées qui forment chaque pilier. En quittant ictuaire pour la nef , on passe sous des voûtes plus es, dont les nervures réclament un appui qui s'élève jusqu'à elles : de là ce surexhaussement des trois brures des piliers qui se font face dans la nef et Qt leurs chapiteaux jusqu'à la retombée de la voûte aie , en se séparant des autres qui gardent le niveau •al sous les voûtes moins hautes des bas-côtés. Cet exceptionnel , qu'on remarque d'ailleurs dans toutes glises tri partîtes, n'est pas sans agrément; il fait rtir la beauté des sculptures, qui se détachent mieux es portions unies des piliers qu'elles embellissent, î admire les beaux résultats de ce système dans

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l'infinie variété des crochets, dont les enroulements se confondent avec une botanique moins indépendante des règles positives de la nature. Le chêne y a toujours sa place, et semble y jouir d'une prédilection fondée sur les vertus qu'il symbolise; le lierre, avec ses baies arrondies, s'attache à la pierre comme l'âme fidèle au Créateur (n* 5); les pampres se dessinent avec la pensée de la vigne mystérieuse du Sauveur, ou celle du vin qui s'offre à l'autel; l'olivier nous promet la paix du royaume céleste; le figuier, par lesqualités de ses fruits, réveille en nous l'onction de la grâce et la mansuétude des mœurs. On trouve aussi sur quelques chapiteaux, notamment vers le bas de rédifice , des arbres entiers, au tronc noueux et tordu , à la tête épaisse et touffue, divisés par trois sur la corbeille, et dont les deux extrêmes supportent les angles du tailloir ( n^6 ) : ce sont encore des symboles de la vie intellectuelle végétant sous le regard de Dieu , et multipliant ses bonnes œuvres comme l'arbre fécondé au courant des eaux multiplie ses branches et ses fruits» Vers le milieu de la nef, à droite et à gauche , nous pouvons observer jusqu'à trois fois des oiseaux plus ou moins fantastiques : les uns, gardant toutes les formes naturelles des palmipèdes 3 se jouent dans les replis de larges plantes aquatiques , et trouvent leur bonheur dans cette vie solitaire, comme le chrétien dans la vie cachée de son baptême; d'autres» becquetant les plantes qui les abritent, vivent, dirait-on, du même bonheur; mais leur queue se termine en une longue membrane qui se replie bien bas au-dessous d'eux, et dénote quelques penchants aux choses terrestres , comme tant de pauvres âmes qui pourraient s'élever jusqu'au ciel par les ailes d'une belle intelligence, et rampent néanmoins sur la

lerre, ou les retiennent des goûts sensuels. (N^ 7# ) Tout cela est traité avec un charme d'exécution vraiment merveilleux , qui s'accroit toujours plus à mesure qu'on s'éloigne du sanctuaire, et qui rend très-bien les diffé^ renies époques où la sculpture se signalait par plus de progrès. Nous ne sommes pas éloigné de croire que les derniers chapiteaux sont plutôt du xiv' siècle que du xiir. Ce xiii* paraît bien , il est vrai , et même par sa portion moins avancée , dans les oiseaux que nous venons de dépeindre , lesquels semblent un dernier effort de la manière byzantine , si constamment appliquée au point de départ du monument; maisTexamen attentif de tout ce qui suit reporte, selon nous, à quelque quatre-vingt ou cent années au delà : cela semble résulter du fréquent emploi des feuilles de vignes, qu'on trouve cependant, dè§ le XIII' siècle, dans quelques monuments, mais aussi de la forme plus écrasée de quelques corbeilles.

Certains abaques ont été sculptés avec soin , et toute la surface de leur plinthe est garnie de feuilles entablées qui font honneur à l'ouvrier. (N"* 2 et 5. ) D'autres sont percées à jour comme une dentelle, ou garnies de festons plus remarquables encore par le travail. (PI. VII, w) On ne remarque ce genre de décoration que dans la nef cen- Me et dans celle du nord.

Ott voit trop ici que ce que nous avons dit du badigeon dans ses rapports avec les surfaces planes ne peut s'appliquer à des sculptures. Le fini de nos chapiteaux a beaucoup perdu sous les couches réitérées de la chaux officielle.

(Quiconque a vu Notre-Dame de Paris trouve entre elle ^' la cathédrale de Poitiers de notables rapprochements Parles détails qui font l'c^jet de ce chapitre. L'époque

rinfinio variélc des crochets, dont les cnrou;;i confondent avec une botanique moins indér ^ règles positives de la nature. Le chêne y ^ ^ place , et semble y jouir d'une prédilecti'^^ " vertus qu'il symbolise; le lierre, avecr^^ ^ s'attache à la pierre comme l'âme fid^|. ^ r' ') ' ' les pampres se dessinent avec la pj | f^ •; ,^ ;/ terieuse du Sauveur, ou celle dr^ 1 i- C> " . l'olivier nous promet la pai^ p | j^î ' ; figuier, par les qualités de^ ^^ i^: ■■ ^ ' l'onction de la grâce et L^ ^' ^ ;^' ; \ -. '; trouve aussi sur quelque' /^ |. ^ ' . basdeTédifice, des aç'f I | .^^ . . ' .tordu , à la tête épaisff ?^ S ^ ^' >' corbeille , et dont le / h'fl' ^""^'

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yons seulement quel charme résulte, dans l'archite

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qu'à elle , de ce mélange gracieux de lignes droit

courbes, de moulures et de profils si divers, qu<

monuments civils nous ont empruntés, mais dont 1

séduisant n'est originaire que de nos églises. ( PL

Voyez d^ailleurs comme les voûtes du xi* siècle , qi

identique des deux monuments explique cette analogie ^^^ qui prouve à son tour la belle unité .de Fart gothique e ce que les édifices religieux avaient déjà gagné à sei^ larges et hautes conceptions.

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