CHAPITRE XVI
Veàrièb£&. -^ Leur càractètt et leiur disposllioh générale. — Convenance ^^ la peinture sur Vdfre ^ux monuments catholiques. — L'architecte du mô^^^ âge est aussi ie décorateur de son église* — Comment la décadence de l'^rt date de l'oubli de ce principe. — Époque de nos verrières. .— Leur teinta ^ letit^ dispositions générales. — Médaillons : disposition de leurs réseaux sinétàlliques. — ' Effet général deé tîoulfeurs. — Style des bofdures. — RemartjiJ^ particulières à noSvitraus. — Excellente fabrication du verre; -^Solidité de Tarmure de fer. — * Beaux effets de lumière produits par les vitraux coloriés.
tl y a dans tous les arts une théorie générale €omprîs6 dés intelligences même qui s'en occupent le moins , et qui
* Notiee himrique $ur Saini-Fronl et sur la cathédrale de Périgueux, in-8', p. 35.
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leur fait goûter, sans qu'elles y pensent , les convenances principales et rharmonie des grandes choses qui frappent les sens dans le monde civilisé. C'est une espèce d'instinct qui révèle au curieux les exigences d'un sujet sur lequel jl n'a jamais médité , et qui lui fait saisir, adopter, reconnaître la raison secrète des savantes combinaisons d'un artiste. Ainsi personne ne conteste les rapports naturels qui rattachent la peinture sur verre , telle que l'a faite le moyen âge, à l'architecture catholique.
A ces tableaux il faut un monument dont ils sont inséparables, et dans lequel leur défaut calculé de perspective aérienne ou linéaire, leurs tons fermes, leur exposition élevée, les fassent concourir à un grand tout Dépouillez-les de ces conditions natives qui font leur caractère distinctif ; donnez-leur ces tons fins qu'ils n*ont pas et que nous aamirons sur nos toiles modernes; établissez pour les siles et les personnages des plans différents, des fuites , et tout ce qui en résulte pour l'œil d'après les règles de •a perspective, et dès lors vos scènes peintes changent de nature; elles ne s'allient plus nécessairement au temple qu'elles décorent ; les tons ne sont plus les mêmes, te jour arrive où les ombres devaient venir; les types spéciaux disparaissent, l'esthétique se perd; plus de pensée d'art et de foi, partant plus d'unité entre la basilique et ces grandes pages où s'immortalise son histoire propre avec celle de ses patrons, de ses évoques, avec toutes les traditions du christianisme. C'est là le Womphedes xii*' etxiii* siècles : alors l'architecte, pre- Wntsur lui la responsabilité de toute son œuvre, pense ^ tout à la fois ; il se fait en même temps maçon et verrier; W dessine les sculptures de la pierre et celles du bois; il dirige la cuisson et la coupe du verre; il trace au pinceau '
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et à la pointe les images transparentes; il combine mélange de ses oxydes métalliques; il en essaye les eifc de la même main , du même génie qui président à taille des pierres, à la distribution des parties mon mentales : et de tout cela il prévoit l'effet, qui ne dépenc que de lui seul. Telle est la cause de l'union intime c règne, dans le beau siècle gothique, entre l'architecti et les vitraux. A partir du xiv% au contraire, décadence des deux arts est déjà toute simultané comme l'architecte abandonne peu à peu les traditic sévères et pures de l'école régénératrice, lé pein verrier devient un artiste à part, il se fait une manier lui; il pense à son ouvrage seul, s'isole de l'église i l'attend ; il peint pour lui et non pour elle : de là i: dégénérescence qui se traduit en rapides successions fautes capitales, dont l'art souffrira jusqu'à en moiii A l'idée de sa gloire personnelle, l'artiste qui s'est 1 ouvrier ajoute bientôt celle du profit et de la fortune : là le système du bon marché ; de là les grisailles a^ leurs tons fades et leurs jours équivoques; de là enf dans quelque temps, l'oubli d'un art admirable d les premières inspirations, si nobles, si spécial viennent tellement expirer, avec l'art chrétien tout entî dans les perfides étreintes de la renaissance, que di siècles durant on pourra se persuader que ses seci sont à jamais perdus.
Les verrières de la cathédrale de Poitiers sont rena quables par ce mérite, que tant d'autres n'ont pli d'une parfaite harmonie avec l'édifice. Onze fenêt géminées formant vingt-deux tableaux lui rest encore toutes garnies de leurs émaux transparents • sont celles de la première époque , celles qui furent ci
slruites de H62 à 1230 environ, et donl la coope el le dessin ont pris des proportions identiques. Les types de cette période qui s'écoule entre les deux époques susdites sont assez ressemblants pour rendre difficiles, à cet égard, les raisons d'une distinction positive. Les donateurs peints dans la grande fenêtre orientale peuvent cependant autoriser pour elle une conjecture; puis des rapprochements possibles entre elle et les deux autres qui l'accompagnent au chevet permettent de leur assigner un même âge, que nous n'indiquons cependant qu'avec une certaine timidité.
En général , le fond de nos vitraux est un monochrome bleu obtenu par l'oxydation du cobalt, et d'une vivacité admirable. Sur ce champ se déroulent en séries perpendiculaires deux et quelquefois trois rangées de médaillons de formes géométriques variées en cercles, en losanges, en polygones plus ou moins réguliers, et souvent bordées de galons rouges chargés de perles d'or, à la manière grecque. Ces médaillons ont rarement plus de 35 à 40 cent, en tout sens. Ils contiennent tous quelque scène tirée des deux Testaments ou de la Légende ecclésiaslïque. La roideur des poses, des draperies , du geste, et l'emploi décidément arrêté d'un seul plan pour tout un sujet, quel que soit le nombre de ses personnages, leur donnent l'air de bas-reliefs, et cette illusion semble confirmée encore, soit parles membrures nombreuses du réseau de plomb qui se plie à chaque fragment du verre, <in suivant ses contours inégaux , soit par l'armature de fer qui encadre chaque petit tableau et promène autour de sa forme générale une ombre noire et saillante très- Propre à faire d'autant mieux ressortir la translucidité de l'intérieur. Il n'y a pas jusqu'aux branches de fer qui Ira-
fois qu'il se représente, sauf quelques portions dont un^ circonstance 'nouvelle autorise ou nécessite le changement; ce costume demeurant toujours et invariablemetil celui du temps oh la verrière s'est construite, quels qu^^ soient le peuple et l'époque mis en scène; enfin l'hab ^tude prise de ne représenter les idées collectives que pF=^r leur plus simple expression : une forêt par un ou dei^Hx arbres, une foule par deux ou trois personnes; souve^^t aussi l'arbre n'est autre chose qu'une plante de carai^vtères assez vagues, même indéterminables : tige nue — ^t flexible , penchée sous le poids de deux grosses fleu — ts qui rachètent leur origine douteuse et leur nature éqia^ivoque par la beauté de leur forme et la vivacité c:3u coloris.
• Les procédés employés au moyen âge pour la fabri&^tion du verre ne le produisaient qu'en lames fort épaisse s; l'art du peintre ne pouvait qu'y gagner, trouvant par là dans la nature même de sa matière principale une pu issance de soliàité qui devait résister à l'activité ruinei* se du temps. Trois ou quatre millimètres forment Tépaiss^ tir ordinaire de la vitre, qui se renforce d'autant plus par le peu d'étendue donnée à ses échantillons. C'est surtout à ces* deux conditions que nos plus belles verrières ont ^û de traverser six à sept cents années, quittes de toute al aération. Leur face extérieure, luttant sans discontinu î l^ contre la pluie, la poussière, l'air et le soleil , a presq^ ^^ toujours cédé, comme chez nous, à ces influences nuisibles : une multitude de petites cavités, qui vont parfois jusqu'à 2 millim. de profondeur, y témoignent de T»^' tion du temps, et préviennent que tôt ou tard ces œuvres magnifiques subiront la destinée de toutes choses. Mais rien n'a pu ébranler rirrcsistiblc solidité des panneaux,
irrévocablement allachés à leurs vôtcmenls de (er, et Lravanl , dans leur imperturbable fermeté, toute la fureur des plus terribles orages.
Si les choses d'art doivent se juger par l'effet, c'est à de tels tableaux qu'il appartînt toujours d'enlever les saffrages. Interceptant les rayons lumineux de façon que rœil peut, à toute heure et dans quelque jour que ce soit, considérer, étudier ces grandes pages des histoires sacrées, un vitrail s'offre de toutes parts à l'analyse de l'observateur comme le seul genre de peinture convenable au butqu'il remplit. Quand le soleil l'inonde de ses feux , rien n'est comparable au scintillement de ces mille pierreries qui étincellent dans les hautes parties de la basilique; s'il se retire en laissant un jour naturel pénétrer la pâle vitreuse à laquelle il s'incorpore , alors une teinte plus douce vous laisse lire jusqu'au moindre détail ; l'enceinte sacrée est pleine d'une lumière qui ne lui parvient, en quelque sorte, que purifiée, faite pour elle, et à laquelle on dirait qu'elle a seule des droits. Combien devait être imposant cet aspect général d'un si beau temple, quand ses vingt-quatre fenêtres se revêlaient de celle imposante parure, quand le vandalisme des hordes guerrières, ou l'ignorante incurie des conservateurs officiels^ n'avaient pas altéré encore l'intégrité de celte riche ornementation ! Hélas! à peine la moitié nous reste, ^t de cette moitié une portion même fut mutilée à diverses époques, non pour se donner un peu plus de jour, comme on l'a dit quelquefois sans preuves , mais ( ce qui ^st pis encore) afin de consacrer à des ravaudages maladroits quelques parties qui paraissaient moins essentielles; on s'est donc donné le tort irréparable d'enlever à i^^esquc toutes les formes quelques fragments de verre
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peint- D'autrefois on a remplacé les vides , au bas des verrières, par de la maçonnerie, ou par une surface égale de verres transparents , coupés en losanges , sertis par un rçseau de plomb bien alligné : on a ainsi négligé de remplacer les dernières scènes de plusieurs légendes, perdu deç inscriptions qui les signalaient , et déshonoré l'œuvre précieuse d'artistes qui ne revjiendrcml pas la restituer. Il est vrai qu'en dédommagement, les artistes modernes chargés de ces intéressantes réparations ont bien voulu constater par des chiffres noirs qu'elles avaient été faites , celles-ci en 1778, celles-là en 1765; ce que les vitriers les plus récents n'ont pas manqué d'imiter en 1843 et 1846...
Il nous faut encore renouveler ici sur nos verrières les trop justes plaintes que nous ont inspirées le mauvais état de la façade et le peu de soin qu'on se donne pour la mieux protéger. Pourquoi des grillages n'arrêtent-ils pas au sud, comme au nord, les accidents qui nous enlèvent tous les jours quelques vitres ? De ce côté, la pluie est chassée vers les fenêtres par un vent qui seconde trop bien son action destructive. Si l'un de ces agents ne trouvait pas d'obstacle dans le mince treillis que nous récl^' mons, l'autre du moins briserait quelque chose de ^ fureur contre les mailles serrées çt les nerveuses meflû' brures d'un châssis; et enfin nous verrions s'élever U» rempart entre les images de la Sainte Enfance ou de 1^ Passion , et les pierres des enfants qui les détruisent p^ lambeaux. Des soins de cette nature vaudraient bien ce u? qu'on s'est donnés si souvent pour embellir la nef àç grilles de jardins et les bas-côtés des lourdes et stupid^ superfétations décorées du ridicule sobriquet de taf^' tours* i»
DE POITIERS. SSI