‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 54 sur 99 · VITRAIL DE LOTH · texte numérisé non relu

VITRAIL DE LOTH

( Déambulatoire nord , Jorme de droite. )

Nous retournons maintenant vers le déambulatoire septentrional, parce que ses tableaux appartiennent à FAncien Testament. Ici nous ne trouyons qu'une seule fenêtre géminée garnie de verres peints ; c'est la seconde, et nous commençons son examen par la première forme, à droite du spectateur. Il lui manque ses quatre derniers médaillons, ce qui restreint encore les données (i<^ l'archéologue sur le sens des tableaux inférieurs. Les huit premiers , en parl»"^ de la tête, relatent très-distinctement l'histoire de Loth , d'après les xix^etx^L* chap. de la Genèse. Les n"« l et 2 se confondent en un seul par la distribution des personnages , qui concourent tous à une même action ; seulement on y v^i^ trois anges, quoique la Genèse n'en mentionne que deux. C'est certainement une distraction du dessinateur , à moins que par ces trois anges il n'ait voulu repï"^* senter la sainte Trinité, dont ils étaient les envoyés près du patriarche : ce ^I"' n'est pas sans exemple. — Les dixième et onzième images 'se rapportent '^ Abraham , dont l'histoire se mêle, dans la forme suivante, à celle d'Isaac. Cetl^ brusque transition de Loth au père des croyants autoriserait à penser que i^ fenêtre précédente était garnie des épisodes de la J5ible chronologiquement i»"' térieurs à ceux-ci, et que peut-être les suivantes contenaient les récits postérieuï"?» jusqu'à la vie de Joseph, que nous verrons dans la croisée de ce mêmecôtt^ nord.

Ce vitrail est divisé en compartiments hexagones dont les angles sont légèrement courbés ; on les a bordés de perles répétées sur des galons rouges qui se croisent gracieusement dans les mosaïques intermédiaires. Les bordures en entrelacs blancs, dont les vides sont remplis par des triples feuilles vertes et jaunes , sont encore la manière romane. Il y a dans cet ensemble beaucoup d'éclat et de netteté. Cette forme et la suivante semblent être de la première moitié du xiii* siècle. *

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on ne les reconnaît plus qu'à la couleur d'abord consacrée à leui" tobe, qu'ils conservent dans tout le cours de leur histoire, ou qu'ils ne remplacent par une nouvelle qu'autant qu'il le faut pour obéir à quelque raison symbolique. Leô couleurs, en effet, ne sont pas toujours, dans les peintures sur verre, non plus que dans les fresques, distribuées au hasard et selon la seule convenance du inaflro. Les draperies en particulier doivent être à cet égard l'objet d'une graïide attention, sans laquelle on peut se ménager de grosses erreurs dans l'interprélatîon des sujets. Les détails dans lesquels nous ne pouvons entrer ici se coihprendront à l'aide de principes généraux, Ainsi, Tobservateur qui se placé en face d'une verrière pour en découvrir le sens, s'aidera beaucoup en se rappelant que le bleu est le symbole de la sagesse divine, dé l'immortalité, de l'intelligence ;— que le rouge exprime raiÈour, te feu céleste de la charité, la dispensation de la grâce , la souveraineté. -^ On rend par le blanc la pureté, Tinnocence, le bien; parlejawn^, la toute-puissance etla science divines, le prix de la victoire, la sagesse éternelle, comttie par le bleu ; — le vert indique l'idée de régénération spirituelle, de l'espérance, et de la vérité sur laquelle elle est fondée; — le noir est le mal moral, l'amour de la matière; — le rose, composé de rouge et de blanc, l'appelle l'amour de la sagesse divine, de -même qufè totilès les autres couleurs combinées modifient les unes parles autres toutes les pensées qui leur sont propres. H y a plus : les mêmes couleurs appliquées à deux objets contraires en prennent une signification opposée. Ainsi , Jésus enfant, régénérateur du monde, aura une robe verle, comme on le voit dans nos belles peintures de Sainte-Radégonde de Poitiers; et Satan, de son côté, sera

VITRAIL d'iSAAC.

{Déambulatoire nord , forme de gauche. )

Ici tout se comprend parfaitement ; excepté dans les médaillons 8 et 9. On trouve beaucoup de naïveté dans le faire des tableaux , une grande netteté et vivacité de couleur. L'invention de Tartiste a couché Abraham sur ce lit d'où il donne ses ordres à Éiiézer : la Bible , en parlant de ce fait , ne marque en rien cette circonstance , Tune des plus ingénieuses à donner une idée de la grande vieillesse du patriarche, qui avait alors cent quarante ans. On n'expliquerait pas la posture penchée et la main tendue du serviteur, si Ton ne se rappelait cette manière mystérieuse et significative de prêter serment en touchant la cuisse de celui qui le demande , et que des Pères de l'Église ont remarqué n'avoir été employé que par Abraham et Jacob ^ Il est remarquable encore que nous ne voyons pour bêtes de somme dans le voyage en Mésopotamie que des ânes, au lieu de chameaux que mentionne l'Écriture. Nous aurons occasion de remarquer qu'en général ces derniers animaux étaient assez mal réussis par les peintres ; serait-ce la raison de la préférence donnée aux autres?

La bordure ne diffère que peu de celle de la forme précédente. Ses carac- • tères romans, la profusion avec laquelle on a employé les oxydes de fer, de cuivre et de manganèse, pour donner à une grande partie des détails une belle couleur rouge , établit entre ces deux verrières et les trois du fond de tels rapports de ressemblance , qu'il n'est guère possible de leur assigner une autre date, une autre origine.

Les n«« 5 , 6 , 7 et 8 sont renfermés dans un cercle et rangés chacun dans un de ses quartiers, que coupent deux lignes horizontale et perpendiculaire. C'est une capricieuse variante de la division générale , qui présente des ovales superposés par deux. Les bordures de perles sur galon rouge enlacées dans les intervalles avec une certaine recherche sont les mêmes qu'au vitrail de Loth , avec lequel celui-ci a encore cette triste ressemblance, que quatre médaillons y ont été remplacés par du verre à vitre.

I Saint Augastiu , de Civit. Dei , lib. xvi , c. ss.— Saiat Ambroise, de jébrah. , lib. i, (• *

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